Zilia debout dans sa retraite ouverte sur un petit jardin, une lettre dans une main et l’autre ouverte.
Le plaisir d’exister fonde une résolution autonome.

L’ESSENTIEL · PREMIÈRE · BAC FRANÇAIS

Le plaisir d’être après les chaînes

Lettres d’une Péruvienne, Françoise de Graffigny · édition augmentée de 1752

Parcours : « Un nouvel univers s’est offert à mes yeux »

Le texte s’explique sous tes yeuxRetrouve le passage, les citations et les étapes de l’analyse.Voir l’animation ›

Le texte

Deux courriers déposent presque ensemble deux lettres sur la table de Zilia.
Le retour de Déterville est annoncé par des nouvelles rapprochées.

TEXTE original · Françoise de Graffigny, Lettres d’une Péruvienne, édition augmentée de 1752 · lettre 41.
Dans la dernière lettre, adressée à Déterville, Zilia répond à une nouvelle déclaration amoureuse. Elle refuse ce lien et précise l’amitié et la vie qu’elle souhaite construire.

Je reçois presque en même temps, Monsieur, la nouvelle de votre départ de Malte et celle de votre arrivée à Paris. Quelque plaisir que je me fasse de vous revoir, il ne peut surmonter le chagrin que me cause le billet que vous m’écrivez en arrivant.

Quoi, Déterville ! après avoir pris sur vous de dissimuler vos sentiments dans toutes vos Lettres, après m’avoir donné lieu d’espérer que je n’aurais plus à combattre une passion qui m’afflige, vous vous livrez plus que jamais à sa violence.

À quoi bon affecter une déférence pour moi que vous démentez au même instant ? Vous me demandez la permission de me voir, vous m’assurez d’une soumission aveugle à mes volontés, et vous vous efforcez de me convaincre des sentiments qui y sont les plus opposés, qui m’offensent, enfin que je n’approuverai jamais.

Mais puisqu’un faux espoir vous séduit, puisque vous abusez de ma confiance et de l’état de mon âme, il faut donc vous dire quelles sont mes résolutions plus inébranlables que les vôtres.

C’est en vain que vous vous flatteriez de faire prendre à mon cœur de nouvelles chaînes. Ma bonne foi trahie ne dégage pas mes serments ; plût au ciel qu’elle me fît oublier l’ingrat ! mais quand je l’oublierais, fidèle à moi-même, je ne serai point parjure. Le cruel Aza abandonne un bien qui lui fut cher ; ses droits sur moi n’en sont pas moins sacrés : je puis guérir de ma passion, mais je n’en aurai jamais que pour lui : tout ce que l’amitié inspire de sentiments sont à vous, vous ne la partagerez avec personne, je vous les dois. Je vous les promets ; j’y serai fidèle ; vous jouirez au même degré de ma confiance et de ma sincérité ; l’une et l’autre seront sans bornes. Tout ce que l’amour a développé dans mon cœur de sentiments vifs et délicats tournera au profit de l’amitié. Je vous laisserai voir avec une égale franchise le regret de n’être point née en France, et mon penchant invincible pour Aza ; le désir que j’aurais de vous devoir l’avantage de penser ; et mon éternelle reconnaissance pour celui qui me l’a procuré. Nous lirons dans nos âmes : la confiance sait aussi bien que l’amour donner de la rapidité au temps. Il est mille moyens de rendre l’amitié intéressante et d’en chasser l’ennui.

Vous me donnerez quelque connaissance de vos sciences et de vos arts ; vous goûterez le plaisir de la supériorité ; je le reprendrai en développant dans votre cœur des vertus que vous n’y connaissez pas. Vous ornerez mon esprit de ce qui peut le rendre amusant, vous jouirez de votre ouvrage ; je tâcherai de vous rendre agréables les charmes naïfs de la simple amitié, et je me trouverai heureuse d’y réussir.

Céline en nous partageant sa tendresse répandra dans nos entretiens la gaieté qui pourrait y manquer : que nous resterait-il à désirer ?

Vous craignez en vain que la solitude n’altère ma santé. Croyez-moi, Déterville, elle ne devient jamais dangereuse que par l’oisiveté. Toujours occupée, je saurai me faire des plaisirs nouveaux de tout ce que l’habitude rend insipide.

Sans approfondir les secrets de la nature, le simple examen de ses merveilles n’est-il pas suffisant pour varier et renouveler sans cesse des occupations toujours agréables ? La vie suffit-elle pour acquérir une connaissance légère, mais intéressante de l’univers, de ce qui m’environne, de ma propre existence ?

Le plaisir d’être ; ce plaisir oublié, ignoré même de tant d’aveugles humains ; cette pensée si douce, ce bonheur si pur, je suis, je vis, j’existe, pourrait seul rendre heureux, si l’on s’en souvenait, si l’on en jouissait, si l’on en connaissait le prix.

Venez, Déterville, venez apprendre de moi à économiser les ressources de notre âme, et les bienfaits de la nature. Renoncez aux sentiments tumultueux destructeurs imperceptibles de notre être ; venez apprendre à connaître les plaisirs innocents et durables, venez en jouir avec moi, vous trouverez dans mon cœur, dans mon amitié, dans mes sentiments tout ce qui peut vous dédommager de l’amour.

Aller au dossier d’analyseCitations, procédés et grammaire, point par point.

Lire ce passage dans le texte intégral

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On lit tranquillement, ensemble

Zilia lit un billet puis abaisse sa main avec gravité.
Le plaisir de revoir l’ami est contrarié par sa déclaration.

Nous arrivons à la dernière lettre. Déterville espère toujours être aimé de Zilia. Elle lui répond sans le laisser choisir à sa place, mais sans le chasser de sa vie. Lis donc avec deux questions : à quoi dit-elle non, et quelle relation propose-t-elle à la place ?

Si une phrase te résiste, ne reste pas bloqué dessus. Garde le texte sous les yeux : nous reviendrons à ses mots, un petit morceau après l’autre.

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De quoi parle ce passage ?

Une petite pile de lettres fermées et un billet ouvert contrastent sur un pupitre.
Les sentiments longtemps dissimulés reparaissent.

Qui parle ? Zilia s’adresse cette fois à Déterville, et non à Aza.

Que se passe-t-il ? Elle refuse de lui promettre de l’amour, lui offre son amitié et décrit la vie qu’elle souhaite mener.

Qu’est-ce qui compte ici ? Refuser une relation amoureuse ne signifie pas renoncer aux autres. Zilia cherche des liens qu’elle puisse choisir librement.

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Où sommes‑nous dans le livre ?

Déterville incline la tête en tenant une lettre, mais avance une main insistante.
La déférence affichée est démentie par la pression amoureuse.

Nous sommes dans la lettre 41, la dernière. Aza l’a déçue, et Déterville espère être aimé. Mais Zilia ne se laisse pas réduire à ce choix entre deux hommes : elle définit aussi une amitié, ses occupations et sa liberté.

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Comment ouvrir ton explication ?

Zilia ferme doucement la main devant un ruban que présente Déterville.
Refuser une passion exprime une volonté explicite.

Tu sais maintenant ce qui se passe. Pour ouvrir ton explication, il reste à présenter le texte à quelqu’un qui ne l’a pas encore lu. Prenons les choses dans l’ordre. Les phrases en vert te donnent une formulation possible ; tu pourras les redire avec tes mots.

Un, l’autrice.

Ce que tu disFrançoise de Graffigny, écrivaine du XVIIIe siècle, donne une place centrale aux expériences et à la parole d’une femme.

Deux, le contexte.

Ce que tu disLe roman appartient au siècle des Lumières. Le regard d’une étrangère permet d’interroger des usages qui paraissent aller de soi à ceux qui les pratiquent.

Trois, l’œuvre.

Ce que tu disLes Lettres d’une Péruvienne paraissent en 1747, puis dans une édition augmentée en 1752. Le roman suit Zilia, séparée d’Aza et conduite en France. Le parcours « Un nouvel univers s’est offert à mes yeux » invite à examiner les effets de cette découverte.

Quatre, le passage.

Ce que tu disDans la dernière lettre, adressée à Déterville, Zilia répond à une nouvelle déclaration amoureuse. Elle refuse ce lien et précise l’amitié et la vie qu’elle souhaite construire.

Cinq, ta question (la problématique).

Ce que tu disLe refus amoureux de Zilia signifie-t-il qu’elle renonce aux autres et au bonheur ?

Six, les mouvements.

Ce que tu disPourquoi le dévouement de Déterville ne lui donne-t-il pas droit à l’amour de Zilia ? Quelle relation peut-elle offrir sans céder sur son refus ? D’où peut venir le bonheur lorsque la vie n’est plus suspendue à une réponse amoureuse ?

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Le premier mouvement

Une pierre stable porte une lettre scellée malgré un vent figuré par deux lignes.
La résolution est déclarée inébranlable.

Au début, ne prends pas la politesse de Déterville pour une absence de pression. Il demande la permission de revoir Zilia, mais continue d’essayer de modifier ses sentiments. Elle va mettre ce décalage en mots.

Nous allons de « Je reçois presque en même temps » à « ses droits sur moi n’en sont pas moins sacrés ».

Pourquoi l’annonce du retour ne suffit‑elle pas à la réjouir ?

« presque en même temps » […] « la nouvelle de votre départ » […] « et celle de votre arrivée »

Deux nouvelles arrivent presque ensemble, le départ puis l’arrivée de Déterville. Pourtant, l’espoir de le revoir ne l’emporte pas sur le chagrin causé par son billet. Il faut donc lire la réserve, pas seulement les marques d’accueil.

Ce que tu viens d’observer porte un nom : Subordonnée concessive (« Quelque plaisir que »). La phrase admet un élément, mais montre qu’il ne change pas sa conclusion.

Ce que tu disJ’observe une subordonnée concessive (« Quelque plaisir que »). Les deux nouvelles opposées sont placées dans la même phrase. La présence de Déterville n’a de valeur que si elle respecte les termes du lien définis par Zilia.

Ses paroles respectent‑elles vraiment son choix ?

« Vous me demandez la permission » […] « vous m’assurez d’une soumission aveugle » […] « vous vous efforcez de me convaincre des sentiments » […] « qui m’offensent »

Il demande, assure sa soumission, puis s’efforce de la convaincre. Le troisième geste contredit les deux premiers. Zilia montre ainsi que la politesse peut accompagner une pression.

Pour nommer ce geste d’écriture, on parle ici de ce procédé : Anaphore (« Vous me » / « vous m’ » / « vous vous »). Un mot ou un groupe revient au début de plusieurs phrases ou de plusieurs groupes successifs.

Ce que tu disJ’observe une anaphore (« Vous me » / « vous m’ » / « vous vous »). Les deux premiers verbes relèvent du respect ; le troisième exerce une pression. Le texte définit la véritable déférence : elle ne consiste pas à demander une permission tout en travaillant à changer la réponse.

Pourquoi appelle‑t‑elle l’amour de nouvelles chaînes ?

« C’est en vain que vous vous flatteriez de faire prendre à mon cœur de nouvelles chaînes » […] « fidèle à moi-même »

L’image présente le lien attendu comme une contrainte. Zilia ne veut pas passer d’un homme à un autre parce que le premier l’a déçue. La fidélité à elle-même intervient dans son refus.

Le terme utile pour décrire cette construction est le suivant : Métaphore (« de nouvelles chaînes »). Une réalité est présentée à travers l’image d’une autre, sans un outil de comparaison tel que « comme ».

Ce que tu disJ’observe une métaphore (« de nouvelles chaînes »). Le conditionnel « flatteriez » place l’espoir dans l’illusion. Zilia ne passe pas d’un maître amoureux à un autre. Elle affirme la continuité de ses décisions malgré la conduite des hommes.

Fais une petite pause. Rassemblons ce que nous venons de voir, sans reprendre tous les détails.

Déterville demande une permission tout en essayant de changer la volonté de Zilia. Elle refuse de prendre de nouvelles chaînes. La trahison d’Aza ne fait pas d’elle une personne disponible pour un autre amour.

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Le deuxième mouvement

Une chaîne ouverte repose au sol tandis que Zilia garde les mains libres.
Elle refuse de nouvelles chaînes pour son cœur.

Puis écoute sa proposition d’amitié. Ce n’est pas une promesse d’amour remise à plus tard. Zilia nomme ce qu’elle peut donner et imagine des échanges où chacun apprend de l’autre.

Nous allons de « je puis guérir de ma passion » à « que nous resterait-il à désirer ? ».

L’amitié laisse‑t‑elle ouverte une promesse d’amour ?

« je puis guérir de ma passion, mais je n’en aurai jamais que pour lui » […] « tout ce que l’amitié inspire de sentiments sont à vous »

Elle distingue clairement les deux sentiments et leurs destinataires. Le « mais » empêche de confondre guérir d’une passion et la remplacer. L’amitié offerte a ses propres limites.

Ce que tu viens d’observer porte un nom : Connecteur adversatif (« mais »). Un petit mot, comme « mais » ou « cependant », fait passer d’une idée à ce qui lui résiste.

Ce que tu disJ’observe un connecteur adversatif (« mais »). « Mais » distingue guérison et remplacement. L’amitié n’est pas un amour diminué. Elle reçoit sa propre totalité, ses devoirs et sa fidélité.

Faut‑il effacer tout ce que l’amour lui a appris ?

« Tout ce que l’amour a développé dans mon cœur » […] « tournera au profit de l’amitié »

Zilia pense au contraire que les sentiments développés peuvent nourrir l’amitié. Une expérience douloureuse n’est donc pas seulement perdue : elle peut prendre une autre place dans sa vie.

Pour nommer ce geste d’écriture, on parle ici de ce procédé : Métaphore (« tournera au profit de l’amitié »). Une réalité est présentée à travers l’image d’une autre, sans un outil de comparaison tel que « comme ».

Ce que tu disJ’observe une métaphore (« tournera au profit de l’amitié »). L’amour a « développé » des sentiments qui subsistent indépendamment de leur premier objet. Zilia transforme son expérience au lieu de la nier. L’autonomie consiste ici à disposer de ce que l’amour a fait naître en elle.

Qui apprendra de qui ?

« Vous me donnerez » […] « je le reprendrai » […] « Vous ornerez mon esprit » […] « je tâcherai de vous rendre agréables »

Déterville apportera des sciences et des arts ; Zilia développera d’autres qualités chez lui. Les « vous » et les « je » alternent. Cette circulation fait de leur relation un échange, pas une leçon donnée dans un seul sens.

Le terme utile pour décrire cette construction est le suivant : Parallélisme (« Vous me donnerez » / « je le reprendrai »). Deux groupes ou deux phrases reprennent une construction semblable ; on peut alors comparer ce qu’ils disent.

Ce que tu disJ’observe un parallélisme (« Vous me donnerez » / « je le reprendrai »). Déterville transmet sciences et arts ; Zilia développe des vertus et les charmes de l’amitié. Graffigny imagine une relation entre femme et homme qui ne repose ni sur la possession ni sur l’effacement d’une compétence par l’autre.

Fais une petite pause. Rassemblons ce que nous venons de voir, sans reprendre tous les détails.

Zilia promet une amitié entière et sincère. Les deux amis pourront apprendre l’un de l’autre, avec Céline. Ce projet garde sa valeur propre : il n’est pas la promesse déguisée d’un mariage.

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Le troisième mouvement

Zilia conserve un petit ruban ancien dans un coffret, sans autre personnage.
L’abandon subi n’efface pas instantanément la fidélité.

Enfin, elle répond à la peur d’une vie solitaire et triste. Sa solitude sera occupée par l’étude, la nature et le plaisir de vivre. La lettre peut alors se finir par une invitation, sans annuler le refus amoureux.

Nous allons de « Vous craignez en vain » à « vous dédommager de l’amour. ».

La solitude est‑elle forcément dangereuse ?

« elle ne devient jamais dangereuse que par l’oisiveté. Toujours occupée, je saurai me faire des plaisirs nouveaux »

Zilia précise ce qui la rend dangereuse : l’oisiveté. Puis elle annonce qu’elle sera occupée. La restriction dans la phrase lui permet de répondre à la crainte sans nier toute difficulté possible.

Ce que tu viens d’observer porte un nom : Restriction (« ne devient jamais dangereuse que par l’oisiveté »). Un mot ou une construction limite la portée de ce qui est affirmé.

Ce que tu disJ’observe une restriction (« ne devient jamais dangereuse que par l’oisiveté »). « Ne... jamais que » limite le danger à une cause évitable. Zilia ne réclame pas l’isolement absolu. Elle refuse que l’absence d’époux soit confondue avec l’absence de vie.

Pourquoi toute une vie ne suffirait‑elle pas ?

« La vie suffit-elle pour acquérir une connaissance » […] « de l’univers, de ce qui m’environne, de ma propre existence ? »

Il y a tant à connaître : l’univers, ce qui nous entoure, puis nous-mêmes. La liste se rapproche peu à peu de la personne. La question fait sentir une richesse d’occupations plutôt qu’un vide.

Pour nommer ce geste d’écriture, on parle ici de ce procédé : Interrogation oratoire (« La vie suffit-elle »). La forme est celle d’une question, mais elle fait comprendre une réponse sans attendre celle d’un interlocuteur.

Ce que tu disJ’observe une interrogation oratoire (« La vie suffit-elle »). Les trois compléments avancent de la totalité cosmique à l’environnement proche puis à l’existence personnelle. Penser n’est plus seulement le moyen de retrouver Aza. La connaissance devient une fin propre de l’existence de Zilia.

Que reste‑t‑il dans les trois derniers verbes ?

« je suis, je vis, j’existe » […] « si l’on s’en souvenait, si l’on en jouissait, si l’on en connaissait le prix »

« Je suis, je vis, j’existe » n’attend pas de complément. Le fait d’être vivante prend de la valeur en lui-même. Les conditions qui suivent rappellent toutefois qu’il faut prêter attention à ce bonheur pour en jouir.

Le terme utile pour décrire cette construction est le suivant : Anaphore (« je suis, je vis, j’existe »). Un mot ou un groupe revient au début de plusieurs phrases ou de plusieurs groupes successifs.

Ce que tu disJ’observe une anaphore (« je suis, je vis, j’existe »). Les trois verbes sans complément donnent une présence nue au sujet. Zilia trouve en elle une valeur antérieure aux liens amoureux. L’invitation finale propose à Déterville d’apprendre cette économie de l’âme, sans lui promettre ce qu’elle refuse.

Fais une petite pause. Rassemblons ce que nous venons de voir, sans reprendre tous les détails.

La solitude n’est pas, pour Zilia, l’inaction. Elle veut étudier, observer et entretenir le plaisir de vivre. Elle invite Déterville à partager ces activités, dans les limites de l’amitié annoncée.

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Ce que le passage fait comprendre

Zilia seule face à un miroir simple, une main sur sa poitrine.
Être fidèle à soi-même devient un principe de conduite.

Revenons à notre question : Le refus amoureux de Zilia signifie-t-il qu’elle renonce aux autres et au bonheur ?

La lettre ne se ferme donc pas sur un refus de vivre avec les autres. Elle affirme le droit de choisir ses liens et montre de quoi remplir sa vie. L’amitié proposée ne retire rien au refus amoureux.

Ce que tu disEn conclusion, le refus ouvre un projet positif : des sentiments clairement nommés, un apprentissage réciproque et une solitude active. Zilia définit elle-même les relations qu’elle accepte et les occupations auxquelles elle donne sa vie.

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Une ouverture dans l’œuvre

Deux sièges séparés encadrent une table de lecture, avec Zilia et Déterville.
L’amitié propose une forme choisie de relation.

Pour finir, tu peux rapprocher ce passage d’un autre moment du livre. Ce rapprochement doit aider à mieux comprendre ce que nous avons lu.

Ce que tu disLa lettre de la fenêtre mesurait la valeur de vivre à la possibilité de revoir Aza. La dernière affirme au contraire « je suis, je vis, j’existe » : ce rapprochement donne la mesure du parcours de Zilia.

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Tu vois ? Tu sais le comprendre et le dire

Un maillon rompu accompagne deux coupes égales, un livre fermé et une branche verte.
Zilia refuse la contrainte et choisit l’amitié ainsi qu’une vie à elle.

Reprends le texte du début et relis-le. Tu comprends que le refus de Zilia n’est pas un refus de vivre. Elle distingue l’amour de l’amitié, choisit ses liens et imagine les occupations qui donneront du sens à sa liberté. Et surtout, tu sais maintenant nommer ce que fait Graffigny : une subordonnée concessive, une anaphore, une métaphore, un parallélisme, une restriction. Ces noms ne sont plus une liste à apprendre : tu peux montrer les mots du texte qui leur correspondent et expliquer ce qu’ils font comprendre. Tu es passé de « je n’y comprends rien » à « je sais l’expliquer ». C’est un très beau chemin pour une soirée.

Un dernier conseil pour être tranquille : ce soir, nous avons pris le temps de tout regarder, pour que tu maîtrises le passage. Le jour de l’oral, tu ne rediras pas absolument tout, et c’est normal. Tu garderas les moments les plus forts : le refus de nouvelles chaînes, la proposition d’une amitié réciproque, puis le plaisir d’apprendre et d’exister. À chaque étape, garde une citation précise et explique-la. Le dragon ne réclame pas l’exhaustivité ; il veut une explication claire, dans l’ordre du texte. Et ça, tu as maintenant de quoi le faire.

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Et les petites questions de grammaire

Trois phrases avant la rive Les trois dernières dalles de la lame avant la rive, numérotées un, deux, trois, et une flèche rouge qui indique la rive. ① ② ③
Trois dalles numérotées : après elles commence la rive de la grammaire.

L’adresse commune

Les sept leçons de grammaire

  1. Le verbe : valeurs temporelles, aspectuelles et modales.
  2. La phrase complexe : juxtaposition, coordination, subordination.
  3. La subordonnée relative : antécédent, syntaxe et fonction.
  4. La circonstancielle : cause, conséquence, but, condition, concession.
  5. L’interrogation : directe, indirecte, syntaxe et pragmatique.
  6. La négation : totale, partielle, exceptive et textuelle.
  7. Le lexique : néologie, synonymie, antonymie et hypéronymie.
  8. En plus, et tout le monde en a besoin L’accord du participe passé

Il reste un dernier morceau, qui peut impressionner : la question de grammaire. À l’oral, le dragon te montre une phrase du texte, te pose une question précise, et tu y réponds. On va s’entraîner sur trois questions, chacune sur une notion différente. Tu n’as pas à tout savoir d’un coup : nous allons refaire le même petit geste.

Le réflexe en cinq pas. Un, la phrase est-elle simple ou complexe ? Repère les verbes conjugués, sans compter deux fois l’auxiliaire et le participe d’un temps composé. Deux, qu’est-ce qu’on te demande de regarder ? Trois, analyse doucement, mot par mot. Quatre, nomme les natures et les fonctions utiles à la question. Cinq, conclus en nommant la notion. S’il y a une ellipse, pense aussi aux mots sous-entendus : compter ne suffit pas toujours.

Une interrogation totale

La vie est reprise par elle. Sujet nominal : La vie. Lien : repris par elle. Verbe et reprise : suffit-elle. La question totale admet oui ou non.
Elle reprend le sujet La vie après suffit dans une interrogation totale.

Le « ne » explétif

Retirer un ne explétif. Forme du texte : Vous craignez en vain que la solitude n’altère ma santé. Lien : même objet de crainte. Manipulation : Vous craignez en vain que la solitude altère ma santé. Le retrait de n’ ne renverse pas le sens.
La suppression de n’ conserve la crainte d’une altération de la santé.

Un conditionnel et ses conditions

Trois conditions réunies. Se souvenir : si l’on s’en souvenait. Lien : même principale. Jouir : si l’on en jouissait. Lien : même principale. Connaître la valeur : si l’on en connaissait le prix. Toutes dépendent de pourrait seul rendre heureux.
Les trois conditions se rattachent à pourrait seul rendre heureux.

Première question : une interrogation totale

Cette question se rapporte à la leçon 5 : L’interrogation.

Le dragon te montre cette phrase : « La vie suffit-elle pour acquérir une connaissance légère, mais intéressante de l’univers, de ce qui m’environne, de ma propre existence ? »

Et il te demande : Analysez la construction de l’interrogation principale.

Commençons par les verbes. La phrase est complexe et directement interrogative, de forme affirmative. Les verbes conjugués sont « suffit » et « environne ». Le sujet principal est « La vie ». « Acquérir » est un infinitif.

Regardons ce qui est demandé. La question demande si la vie suffit : c’est une interrogation totale. « La vie » est repris par « elle » après le verbe. Il ne faut pas confondre ce repérage grammatical avec la réponse que le passage invite ensuite à donner. Tu peux maintenant nommer la construction et expliquer comment tu l’as reconnue.

La vie est reprise par elle. Type : Interrogation directe totale, affirmative. Construction : Inversion complexe du sujet : La vie / elle. Repère : Acquérir est un infinitif ; qui m’environne est une relative.
La question principale est totale ; la phrase contient aussi une relative.

Ce que tu disLa question est totale : elle porte sur le fait que la vie suffise ou non. L’interrogation est marquée par le point final et par l’inversion complexe : le sujet nominal « La vie » précède le verbe, puis le pronom « elle » le reprend. « De l’univers », « de ce qui m’environne » et « de ma propre existence » sont trois compléments juxtaposés du nom « connaissance ». La relative « qui m’environne » appartient au deuxième de ces groupes. La forme grammaticale permet oui ou non ; la réponse suggérée par le raisonnement relève du commentaire, pas de l’identification syntaxique.

Deuxième question : le « ne » explétif

Cette question se rapporte à la leçon 6 : La négation.

Le dragon te montre cette phrase : « Vous craignez en vain que la solitude n’altère ma santé. »

Et il te demande : Le « ne » de « n’altère » exprime-t-il une négation ?

Commençons par les verbes. La phrase est complexe, déclarative et affirmative. Elle comporte deux verbes conjugués : « craignez » et « altère ». Le sujet principal est « Vous » ; le sujet de la subordonnée est « la solitude ».

Regardons ce qui est demandé. On peut écrire, pour vérifier la construction : « Vous craignez que la solitude altère ma santé. » Le sens de la crainte reste le même. Le « n’ » n’est donc pas négatif ici. C’est ce qu’on appelle un « ne explétif ». Ajouter « pas » changerait le sens. Tu peux maintenant nommer la construction et expliquer comment tu l’as reconnue.

Retirer un ne explétif. Forme : N’ est explétif, sans valeur négative. Temps : Altère : présent du subjonctif après craignez. Fonction : La complétive en que est COD de craignez.
Le ne explétif apparaît dans une complétive au subjonctif après craindre.

Ce que tu dis« Que la solitude n’altère ma santé » est une proposition subordonnée conjonctive complétive, complément d’objet direct de « craignez ». « Altère » est au présent du subjonctif après le verbe de crainte. Le « ne » est explétif : son retrait ne renverse pas le sens de la proposition. La crainte porte sur une altération de la santé, non sur l’absence de cette altération. Ajouter « pas » dans « que la solitude n’altère pas ma santé » introduirait une véritable négation et changerait ce qui est craint. « En vain » qualifie la crainte ; il ne constitue pas une négation grammaticale.

Troisième question : un conditionnel et ses conditions

Cette question se rapporte à la leçon 4 : La circonstancielle.

Le dragon te montre cette phrase : « Le plaisir d’être ; ce plaisir oublié, ignoré même de tant d’aveugles humains ; cette pensée si douce, ce bonheur si pur, je suis, je vis, j’existe, pourrait seul rendre heureux, si l’on s’en souvenait, si l’on en jouissait, si l’on en connaissait le prix. »

Et il te demande : Analysez les trois propositions introduites par « si ».

Commençons par les verbes. La phrase est complexe et déclarative. Elle comporte sept formes conjuguées : « suis », « vis », « existe », « pourrait », « souvenait », « jouissait » et « connaissait ». Le noyau du sujet de « pourrait » est « Le plaisir d’être », développé par plusieurs reprises.

Regardons ce qui est demandé. Cherche d’abord le verbe qui attend les conditions : « pourrait ». Puis rassemble les trois groupes commençant par « si ». Ils répondent à la même principale. Leurs imparfaits servent à présenter des hypothèses ; ils ne racontent pas un souvenir passé. Tu peux maintenant nommer la construction et expliquer comment tu l’as reconnue.

Trois conditions réunies. Nature : Trois circonstancielles de condition juxtaposées. Temps : Trois imparfaits, associés au conditionnel présent pourrait. Fonction : Chaque si est une conjonction, sans fonction interne.
Trois imparfaits présentent des conditions dépendant du même conditionnel.

Ce que tu disLes trois propositions « si l’on s’en souvenait », « si l’on en jouissait » et « si l’on en connaissait le prix » sont des subordonnées conjonctives circonstancielles de condition. Elles sont juxtaposées et se rattachent toutes à « pourrait seul rendre heureux ». Chaque « si » est une conjonction, sans fonction interne. Les trois imparfaits de l’indicatif ont pour sujet « l’on » et s’associent au conditionnel présent « pourrait ». Ils formulent des conditions envisagées, non trois événements successifs. Les présents « je suis, je vis, j’existe » appartiennent à l’expression développée de « cette pensée » ; ils ne sont pas régis par si.

  1. 1Repérer les verbes
  2. 2Lire la question
  3. 3Observer les mots
  4. 4Nommer et justifier
  5. 5Conclure
Une phrase, une question, puis cinq gestes pour construire ta réponse.

Tu as vu le geste : une phrase, une question posée, une réponse. Nous avons travaillé trois points différents : une interrogation totale, le « ne » explétif et un conditionnel et ses conditions. Chaque fois, tu es parti des mots pour expliquer leur construction. Le jour de l’oral, reprends ces cinq pas et réponds à la question posée, sans réciter tout un cours. Ce réflexe se construit en s’entraînant ; tu viens de le faire trois fois.

↑ le fil

Ce soir, tu peux fermer le cahier

Un sablier posé entre deux lecteurs absorbés par leur échange.
La confiance sait donner de la rapidité au temps.

Pour ce soir, tu peux t’arrêter ici. Tu as suivi une voix, compris son chemin et regardé de près quelques phrases.

La lettre ne se ferme donc pas sur un refus de vivre avec les autres. Elle affirme le droit de choisir ses liens et montre de quoi remplir sa vie. L’amitié proposée ne retire rien au refus amoureux.

Demain, reprends une seule de ces phrases et explique-la avec tes mots. Si tu veux maintenant les analyses développées, les procédés et le mémo, le dossier qui suit les rassemble. Tu n’es pas obligé de tout faire ce soir.

↑ le fil

Fin de l’explication

Tu peux t’arrêter là. Ou continuer.

Ce que tu viens de lire, c’est le texte expliqué comme on l’explique à voix haute, à côté de toi. Si c’était ton but, c’est fini : tu as compris le texte.

Le dossier

Le même commentaire linéaire, sous l’angle institutionnel et administratif.

Déterville montre à Zilia un instrument scientifique simple et un livre.La relation permet le partage des connaissances. Le texte dit simplement On raconte ce qui se passe, sans jargon.

Le texte dit simplement

Déterville demande une permission tout en essayant de changer la volonté de Zilia. Elle refuse de prendre de nouvelles chaînes. La trahison d’Aza ne fait pas d’elle une personne disponible pour un autre amour.

Zilia promet une amitié entière et sincère. Les deux amis pourront apprendre l’un de l’autre, avec Céline. Ce projet garde sa valeur propre : il n’est pas la promesse déguisée d’un mariage.

La solitude n’est pas, pour Zilia, l’inaction. Elle veut étudier, observer et entretenir le plaisir de vivre. Elle invite Déterville à partager ces activités, dans les limites de l’amitié annoncée.

Zilia guide Déterville qui tend un objet utile à une personne venue demander de l’aide.L’échange porte aussi sur les vertus. L’introduction rédigée Ce qu’on écrit en tête de copie, mot pour mot.

L’introduction rédigée

L’autrice. Françoise de Graffigny, écrivaine du XVIIIe siècle, donne une place centrale aux expériences et à la parole d’une femme.

Le contexte. Le roman appartient au siècle des Lumières. Le regard d’une étrangère permet d’interroger des usages qui paraissent aller de soi à ceux qui les pratiquent.

L’œuvre. Les Lettres d’une Péruvienne paraissent en 1747, puis dans une édition augmentée en 1752. Le roman suit Zilia, séparée d’Aza et conduite en France. Le parcours « Un nouvel univers s’est offert à mes yeux » invite à examiner les effets de cette découverte.

Le passage. Dans la dernière lettre, adressée à Déterville, Zilia répond à une nouvelle déclaration amoureuse. Elle refuse ce lien et précise l’amitié et la vie qu’elle souhaite construire.

La question. Le refus amoureux de Zilia signifie-t-il qu’elle renonce aux autres et au bonheur ?

Mouvements. Pourquoi le dévouement de Déterville ne lui donne-t-il pas droit à l’amour de Zilia ? Quelle relation peut-elle offrir sans céder sur son refus ? D’où peut venir le bonheur lorsque la vie n’est plus suspendue à une réponse amoureuse ?

Un compas, une petite peinture et une plante sont réunis entre deux mains ouvertes.Sciences, arts et dispositions morales enrichissent l’entretien. L’explication linéaire L’analyse complète, mouvement par mouvement.

L’explication linéaire

Des résolutions contre une pression

De « Je reçois presque en même temps » à « ses droits sur moi n’en sont pas moins sacrés ».

★ I.a. Se revoir ne suffit pas : la lettre impose une réserve

Départ, arrivée et billet amoureux se rejoignent au même instant.

Citation. « presque en même temps » […] « la nouvelle de votre départ » […] « et celle de votre arrivée »

Retrouver ce passage dans l’œuvre

Procédé principal. Subordonnée concessive (« Quelque plaisir que »)

Analyse. Les deux nouvelles opposées sont placées dans la même phrase. La première phrase coordonne « la nouvelle de votre départ » et « celle de votre arrivée », avec reprise du même nom par « celle ». « Presque en même temps » rapproche la réception d’événements pourtant distincts. Le destinataire est appelé « Monsieur », ce qui installe une adresse différente des lettres à Aza. La phrase suivante admet le plaisir de revoir Déterville dans la concession « Quelque plaisir que je me fasse ». La principale lui refuse pourtant la capacité de « surmonter le chagrin ». Le pronom « il » reprend le plaisir, et la relative « que me cause le billet » donne au chagrin une origine précise. La réunion géographique ne suffit donc pas à déterminer le ton de l’accueil : les sentiments et les contenus des lettres restent distingués par la construction concessive.

Effet sur le lecteur. Le lecteur entend la joie du retour aussitôt limitée par une réserve.

Interprétation. La présence de Déterville n’a de valeur que si elle respecte les termes du lien définis par Zilia.

Phrase de liaison. Quelle contradiction son billet révèle-t-il ?

★ I.b. Une permission démentie : les paroles contredisent la demande

Zilia confronte les marques de soumission aux sentiments effectivement imposés.

Citation. « Vous me demandez la permission » […] « vous m’assurez d’une soumission aveugle » […] « vous vous efforcez de me convaincre des sentiments » […] « qui m’offensent »

Retrouver ce passage dans l’œuvre

Procédé principal. Anaphore (« Vous me » / « vous m’ » / « vous vous »)

Analyse. Les deux premiers verbes relèvent du respect ; le troisième exerce une pression. Trois propositions maintiennent Déterville comme sujet. Les deux premières lui attribuent une demande de permission et une assurance de soumission. La troisième commence par « et », mais le groupe « vous vous efforcez » décrit une action qui travaille contre les volontés qu’il vient de déclarer respecter. Les relatives rattachées aux « sentiments » en précisent successivement l’opposition, l’offense et le refus définitif. « Enfin » clôt cette gradation avant « jamais ». La répétition des formes de deuxième personne ne construit donc pas trois compliments : elle place les différentes actions du même destinataire les unes à côté des autres. La question précédente « À quoi bon » avait déjà demandé l’utilité d’une déférence immédiatement démentie. Le passage confronte les signes du respect à leurs effets concrets dans l’échange.

Effet sur le lecteur. Le lecteur retrouve Déterville au début de plusieurs propositions qui confrontent ses paroles à ses actes.

Interprétation. Le texte définit la véritable déférence : elle ne consiste pas à demander une permission tout en travaillant à changer la réponse.

Phrase de liaison. Comment Zilia répond-elle à cet espoir qu’elle juge faux ?

◆ I.c. Refuser le transfert : la fidélité ne change pas de maître

La trahison d’Aza ne suffit pas à transférer l’amour vers Déterville.

Citation. « C’est en vain que vous vous flatteriez de faire prendre à mon cœur de nouvelles chaînes » […] « fidèle à moi-même »

Retrouver ce passage dans l’œuvre

Procédé principal. Métaphore (« de nouvelles chaînes »)

Analyse. Le conditionnel « flatteriez » place l’espoir dans l’illusion. La construction « C’est en vain que » place l’échec de la tentative avant le verbe qui la décrit. « Vous vous flatteriez » donne à l’espoir de Déterville une forme conditionnelle et pronominale ; cet espoir ne devient pas une promesse de Zilia. « Faire prendre à mon cœur » lui attribue l’initiative d’une contrainte, dont les « chaînes » fournissent l’image. L’adjectif « nouvelles » établit une succession possible de liens, sans les identifier tous matériellement. Dans la suite, deux propositions distinguent la « bonne foi trahie » et les « serments » qui ne sont pas dégagés. La concession « quand je l’oublierais » va jusqu’à supposer l’oubli d’Aza ; le groupe détaché « fidèle à moi-même » maintient alors un critère propre à Zilia. Le refus ne dépend donc pas seulement de la conduite future des deux hommes.

Effet sur le lecteur. Le lecteur se représente un nouvel engagement amoureux comme un nouvel attachement contraignant.

Interprétation. Zilia ne passe pas d’un maître amoureux à un autre. Elle affirme la continuité de ses décisions malgré la conduite des hommes.

Transition vers le mouvement suivant. Déterville demande une permission tout en essayant de changer la volonté de Zilia. Quelle relation peut-elle offrir sans céder sur son refus ?

Une amitié définie

De « je puis guérir de ma passion » à « que nous resterait-il à désirer ? ».

★ II.a. Deux liens nommés : l’amitié ne remplace pas la passion

Zilia attribue explicitement une forme de lien à chacun.

Citation. « je puis guérir de ma passion, mais je n’en aurai jamais que pour lui » […] « tout ce que l’amitié inspire de sentiments sont à vous »

Retrouver ce passage dans l’œuvre

Procédé principal. Connecteur adversatif (« mais »)

Analyse. « Mais » distingue guérison et remplacement. Le verbe modal « puis » admet une guérison de la passion, tandis que « mais » refuse d’en conclure à un nouvel objet amoureux. La combinaison « ne… jamais que » associe une restriction à une portée temporelle sans limite donnée. « Pour lui » désigne Aza ; la proposition suivante oppose à ce complément « à vous », qui s’adresse à Déterville. Le sujet de celle-ci rassemble « tout ce que l’amitié inspire de sentiments ». L’attribution des sentiments à Déterville est formulée au présent, avant les promesses exprimées au futur. Le lien reçoit ainsi un nom et un destinataire avant que ses pratiques soient détaillées. « Vous ne la partagerez avec personne » ajoute à l’amitié une exclusivité distincte. Les pronoms et les noms de sentiments répartissent donc deux engagements au lieu de présenter le second comme une simple version affaiblie du premier.

Effet sur le lecteur. Le lecteur entend une limite nette entre la guérison d’une passion et la naissance d’un autre amour.

Interprétation. L’amitié n’est pas un amour diminué. Elle reçoit sa propre totalité, ses devoirs et sa fidélité.

Phrase de liaison. Que deviennent les capacités affectives développées par l’amour ?

◆ II.b. L’expérience conservée : l’amour profite à l’amitié

Zilia ne détruit pas son histoire ; elle en réoriente les acquis.

Citation. « Tout ce que l’amour a développé dans mon cœur » […] « tournera au profit de l’amitié »

Retrouver ce passage dans l’œuvre

Procédé principal. Métaphore (« tournera au profit de l’amitié »)

Analyse. L’amour a « développé » des sentiments qui subsistent indépendamment de leur premier objet. Le sujet « Tout ce que l’amour a développé dans mon cœur » rassemble des acquis affectifs déjà produits, exprimés au passé composé. Le verbe principal « tournera » les projette ensuite vers un emploi futur. « Au profit de » applique au sentiment le vocabulaire d’une ressource dont un autre lien peut bénéficier. La suite organise des couples que Zilia promet de rendre visibles : regret de ne pas être née en France et penchant pour Aza, désir de devoir à Déterville l’avantage de penser et reconnaissance envers celui qui l’a donné. Les coordinations maintiennent ces contenus simultanément, sans exiger qu’un attachement efface l’autre. « Avec une égale franchise » leur attribue la même règle de communication. L’amitié est ainsi précisée comme un usage transparent de l’expérience, et non comme l’oubli préalable de tout ce qui a été aimé.

Effet sur le lecteur. Le lecteur voit les sentiments décrits comme des ressources qui peuvent servir à l’amitié.

Interprétation. Zilia transforme son expérience au lieu de la nier. L’autonomie consiste ici à disposer de ce que l’amour a fait naître en elle.

Phrase de liaison. Quelle forme concrète prendra cette amitié ?

★ II.c. Apprendre l’un de l’autre : la supériorité circule

Le programme distribue à chacun une supériorité et un apprentissage.

Citation. « Vous me donnerez » […] « je le reprendrai » […] « Vous ornerez mon esprit » […] « je tâcherai de vous rendre agréables »

Retrouver ce passage dans l’œuvre

Procédé principal. Parallélisme (« Vous me donnerez » / « je le reprendrai »)

Analyse. Déterville transmet sciences et arts ; Zilia développe des vertus et les charmes de l’amitié. Les futurs distribuent les initiatives entre « vous » et « je ». Déterville doit transmettre des connaissances scientifiques et artistiques ; Zilia annonce qu’elle développera des vertus dans son cœur. Le pronom « le » reprend le « plaisir de la supériorité », non les sciences, et indique qu’une position peut changer de détenteur. « Vous ornerez mon esprit » reçoit en parallèle « je tâcherai de vous rendre agréables » les charmes de l’amitié. Le verbe « tâcherai » maintient une intention d’essai plutôt qu’une réussite garantie. La phrase suivante ajoute Céline : l’échange n’est pas enfermé dans un tête-à-tête conjugal proposé à nouveau. La question finale « que nous resterait-il à désirer ? » présente la suffisance espérée de ce programme. Le texte détaille donc les pratiques du lien après en avoir fixé les limites.

Effet sur le lecteur. Le lecteur suit un échange dans lequel chacun peut donner à l’autre et apprendre de lui.

Interprétation. Graffigny imagine une relation entre femme et homme qui ne repose ni sur la possession ni sur l’effacement d’une compétence par l’autre.

Transition vers le mouvement suivant. Zilia promet une amitié entière et sincère. D’où peut venir le bonheur lorsque la vie n’est plus suspendue à une réponse amoureuse ?

Une existence occupée et partageable

De « Vous craignez en vain » à « vous dédommager de l’amour. ».

★ III.a. La solitude occupée : le danger reçoit une condition

Zilia répond à une crainte médicale et sociale de Déterville.

Citation. « elle ne devient jamais dangereuse que par l’oisiveté. Toujours occupée, je saurai me faire des plaisirs nouveaux »

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Procédé principal. Restriction (« ne devient jamais dangereuse que par l’oisiveté »)

Analyse. « Ne... jamais que » limite le danger à une cause évitable. La réponse à la crainte de Déterville commence par « Croyez-moi », impératif qui demande d’accorder crédit à la locutrice. « Elle » reprend la solitude. La négation complexe « ne […] jamais […] que » ne supprime pas tout danger : elle le limite à la présence de l’oisiveté. Le groupe détaché « Toujours occupée » donne ensuite à Zilia une conduite opposée, avec un participe accordé à la première personne féminine. Le futur « saurai » suivi de « me faire » transforme cette opposition en capacité annoncée. Le complément « de tout ce que l’habitude rend insipide » définit la matière à renouveler, y compris ce qui paraît répétitif. La phrase distingue donc solitude et absence d’activité ; elle ne prétend pas qu’une vie retirée serait par définition sans risque ou sans relation.

Effet sur le lecteur. Le lecteur entend le danger de la solitude ramené à une cause précise, l’oisiveté.

Interprétation. Zilia ne réclame pas l’isolement absolu. Elle refuse que l’absence d’époux soit confondue avec l’absence de vie.

Phrase de liaison. Quel champ d’étude peut nourrir durablement cette activité ?

◆ III.b. Un savoir sans fin : la vie ne suffit pas à l’épuiser

Deux interrogations élargissent la connaissance de la nature à celle de soi.

Citation. « La vie suffit-elle pour acquérir une connaissance » […] « de l’univers, de ce qui m’environne, de ma propre existence ? »

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Procédé principal. Interrogation oratoire (« La vie suffit-elle »)

Analyse. Les trois compléments avancent de la totalité cosmique à l’environnement proche puis à l’existence personnelle. La question précédente porte sur le « simple examen » de la nature et suggère qu’il suffit à fournir des occupations. La suivante inverse le rapport : c’est maintenant la vie qui est mesurée à l’étendue de la connaissance. L’inversion complexe « La vie suffit-elle » fait de cette durée le sujet de la question. Le groupe « une connaissance légère, mais intéressante » limite l’ambition du savoir avant même d’en détailler les objets. Trois compléments vont de « l’univers » à « ce qui m’environne », puis à « ma propre existence ». Le dernier rapproche l’objet étudié et le sujet qui parle. Les deux interrogations n’attendent donc pas la même réponse dans le raisonnement : oui pour la fécondité du simple examen, non pour la possibilité d’épuiser cette connaissance en une vie. Leur forme grammaticale demeure totale dans les deux cas.

Effet sur le lecteur. Le lecteur rencontre deux questions qui l’invitent à envisager la variété des occupations possibles.

Interprétation. Penser n’est plus seulement le moyen de retrouver Aza. La connaissance devient une fin propre de l’existence de Zilia.

Phrase de liaison. Quel bonheur demeure avant même toute connaissance approfondie ?

★ III.c. Le bonheur de se savoir vivante : une valeur à entretenir

La phrase réduit le bonheur à la conscience de l’être, puis l’amplifie.

Citation. « je suis, je vis, j’existe » […] « si l’on s’en souvenait, si l’on en jouissait, si l’on en connaissait le prix »

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Procédé principal. Anaphore (« je suis, je vis, j’existe »)

Analyse. Les trois verbes sans complément donnent une présence nue au sujet. Le nom « plaisir » est repris par plusieurs groupes qui développent ce qu’il désigne : « cette pensée », « ce bonheur », puis trois propositions au présent. « Je suis », « je vis » et « j’existe » ne donnent pas un métier, un statut ou un destinataire à la première personne ; les verbes retiennent ici l’existence elle-même. Le conditionnel « pourrait » ne transforme toutefois pas cette possibilité de bonheur en état universellement acquis. Trois subordonnées en « si » l’associent au souvenir, à la jouissance et à la connaissance du prix de ce plaisir. Le dernier paragraphe change alors de mode avec les impératifs « Venez » et « Renoncez ». Déterville est invité à apprendre et à partager, non à recevoir un accord au mariage. L’expression finale « dédommager de l’amour » maintient la différence entre le lien refusé et celui qui est proposé.

Effet sur le lecteur. Le lecteur entend trois affirmations très brèves faire sentir la présence et la vie.

Interprétation. Zilia trouve en elle une valeur antérieure aux liens amoureux. L’invitation finale propose à Déterville d’apprendre cette économie de l’âme, sans lui promettre ce qu’elle refuse.

Phrase de liaison vers la conclusion. Le refus amoureux de Zilia signifie-t-il qu’elle renonce aux autres et au bonheur ?

Céline rejoint Zilia et Déterville autour d’une petite table ronde.La présence de Céline ajoute sa gaieté à l’amitié. La conclusion rédigée Le bilan et l’ouverture.

La conclusion rédigée

Le bilan. Zilia ne passe pas d’un maître amoureux à un autre. Elle affirme la continuité de ses décisions malgré la conduite des hommes. Graffigny imagine une relation entre femme et homme qui ne repose ni sur la possession ni sur l’effacement d’une compétence par l’autre. Zilia trouve en elle une valeur antérieure aux liens amoureux. L’invitation finale propose à Déterville d’apprendre cette économie de l’âme, sans lui promettre ce qu’elle refuse.

La réponse. Le refus ouvre un projet positif : des sentiments clairement nommés, un apprentissage réciproque et une solitude active. Zilia définit elle-même les relations qu’elle accepte et les occupations auxquelles elle donne sa vie.

La portée. Cette autonomie reste liée à une situation matérielle et à des soutiens. Le texte n’exige pas l’absence de tout lien ; il cherche une manière de choisir les liens sans subir une passion imposée.

L’ouverture. La lettre de la fenêtre mesurait la valeur de vivre à la possibilité de revoir Aza. La dernière affirme au contraire « je suis, je vis, j’existe » : ce rapprochement donne la mesure du parcours de Zilia.

Zilia range un livre, un panier et des outils de jardin dans sa retraite.La solitude choisie est active. Le mémo de l’oral Ce qu’on dit vraiment en dix minutes.

Le mémo de l’oral

Françoise de Graffigny, Lettres d’une Péruvienne, édition augmentée de 1752. Objet d’étude : le roman et le récit. Parcours : « Un nouvel univers s’est offert à mes yeux ».

Situer et lire

Dans la dernière lettre, adressée à Déterville, Zilia répond à une nouvelle déclaration amoureuse. Elle refuse ce lien et précise l’amitié et la vie qu’elle souhaite construire.

Lire le passage en faisant entendre les phrases, les interrogations et les changements de mouvement.

Le refus amoureux de Zilia signifie-t-il qu’elle renonce aux autres et au bonheur ?

Des résolutions contre une pression

  • ★ I.a « presque en même temps » […] « la nouvelle de votre départ » […] « et celle de votre arrivée » J’observe une subordonnée concessive (« Quelque plaisir que »). Les deux nouvelles opposées sont placées dans la même phrase. Le lecteur entend la joie du retour aussitôt limitée par une réserve. La présence de Déterville n’a de valeur que si elle respecte les termes du lien définis par Zilia.
  • ★ I.b « Vous me demandez la permission » […] « vous m’assurez d’une soumission aveugle » […] « vous vous efforcez de me convaincre des sentiments » […] « qui m’offensent » J’observe une anaphore (« Vous me » / « vous m’ » / « vous vous »). Les deux premiers verbes relèvent du respect ; le troisième exerce une pression. Le lecteur retrouve Déterville au début de plusieurs propositions qui confrontent ses paroles à ses actes. Le texte définit la véritable déférence : elle ne consiste pas à demander une permission tout en travaillant à changer la réponse.

Déterville demande une permission tout en essayant de changer la volonté de Zilia. Quelle relation peut-elle offrir sans céder sur son refus ?

Une amitié définie

  • ★ II.a « je puis guérir de ma passion, mais je n’en aurai jamais que pour lui » […] « tout ce que l’amitié inspire de sentiments sont à vous » J’observe un connecteur adversatif (« mais »). « Mais » distingue guérison et remplacement. Le lecteur entend une limite nette entre la guérison d’une passion et la naissance d’un autre amour. L’amitié n’est pas un amour diminué. Elle reçoit sa propre totalité, ses devoirs et sa fidélité.
  • ★ II.c « Vous me donnerez » […] « je le reprendrai » […] « Vous ornerez mon esprit » […] « je tâcherai de vous rendre agréables » J’observe un parallélisme (« Vous me donnerez » / « je le reprendrai »). Déterville transmet sciences et arts ; Zilia développe des vertus et les charmes de l’amitié. Le lecteur suit un échange dans lequel chacun peut donner à l’autre et apprendre de lui. Graffigny imagine une relation entre femme et homme qui ne repose ni sur la possession ni sur l’effacement d’une compétence par l’autre.

Zilia promet une amitié entière et sincère. D’où peut venir le bonheur lorsque la vie n’est plus suspendue à une réponse amoureuse ?

Une existence occupée et partageable

  • ★ III.a « elle ne devient jamais dangereuse que par l’oisiveté. Toujours occupée, je saurai me faire des plaisirs nouveaux » J’observe une restriction (« ne devient jamais dangereuse que par l’oisiveté »). « Ne... jamais que » limite le danger à une cause évitable. Le lecteur entend le danger de la solitude ramené à une cause précise, l’oisiveté. Zilia ne réclame pas l’isolement absolu. Elle refuse que l’absence d’époux soit confondue avec l’absence de vie.
  • ★ III.c « je suis, je vis, j’existe » […] « si l’on s’en souvenait, si l’on en jouissait, si l’on en connaissait le prix » J’observe une anaphore (« je suis, je vis, j’existe »). Les trois verbes sans complément donnent une présence nue au sujet. Le lecteur entend trois affirmations très brèves faire sentir la présence et la vie. Zilia trouve en elle une valeur antérieure aux liens amoureux. L’invitation finale propose à Déterville d’apprendre cette économie de l’âme, sans lui promettre ce qu’elle refuse.

Conclure

Le refus ouvre un projet positif : des sentiments clairement nommés, un apprentissage réciproque et une solitude active. Zilia définit elle-même les relations qu’elle accepte et les occupations auxquelles elle donne sa vie.

La lettre de la fenêtre mesurait la valeur de vivre à la possibilité de revoir Aza. La dernière affirme au contraire « je suis, je vis, j’existe » : ce rapprochement donne la mesure du parcours de Zilia.

Zilia compare deux feuilles différentes sur une table près d’une plante.L’examen de la nature renouvelle les occupations. Le tableau des procédés Tout ce qui se révise en un coup d’œil.

Le tableau des procédés

Procédé désignéAnalyse dans le texteEffet sur le lecteurInterprétation
★ I.a · Subordonnée concessive (« Quelque plaisir que »)Les deux nouvelles opposées sont placées dans la même phrase. La première phrase coordonne « la nouvelle de votre départ » et « celle de votre arrivée », avec reprise du même nom par « celle ». « Presque en même temps » rapproche la réception d’événements pourtant distincts. Le destinataire est appelé « Monsieur », ce qui installe une adresse différente des lettres à Aza. La phrase suivante admet le plaisir de revoir Déterville dans la concession « Quelque plaisir que je me fasse ». La principale lui refuse pourtant la capacité de « surmonter le chagrin ». Le pronom « il » reprend le plaisir, et la relative « que me cause le billet » donne au chagrin une origine précise. La réunion géographique ne suffit donc pas à déterminer le ton de l’accueil : les sentiments et les contenus des lettres restent distingués par la construction concessive.Le lecteur entend la joie du retour aussitôt limitée par une réserve.La présence de Déterville n’a de valeur que si elle respecte les termes du lien définis par Zilia.
★ I.b · Anaphore (« Vous me » / « vous m’ » / « vous vous »)Les deux premiers verbes relèvent du respect ; le troisième exerce une pression. Trois propositions maintiennent Déterville comme sujet. Les deux premières lui attribuent une demande de permission et une assurance de soumission. La troisième commence par « et », mais le groupe « vous vous efforcez » décrit une action qui travaille contre les volontés qu’il vient de déclarer respecter. Les relatives rattachées aux « sentiments » en précisent successivement l’opposition, l’offense et le refus définitif. « Enfin » clôt cette gradation avant « jamais ». La répétition des formes de deuxième personne ne construit donc pas trois compliments : elle place les différentes actions du même destinataire les unes à côté des autres. La question précédente « À quoi bon » avait déjà demandé l’utilité d’une déférence immédiatement démentie. Le passage confronte les signes du respect à leurs effets concrets dans l’échange.Le lecteur retrouve Déterville au début de plusieurs propositions qui confrontent ses paroles à ses actes.Le texte définit la véritable déférence : elle ne consiste pas à demander une permission tout en travaillant à changer la réponse.
◆ I.c · Métaphore (« de nouvelles chaînes »)Le conditionnel « flatteriez » place l’espoir dans l’illusion. La construction « C’est en vain que » place l’échec de la tentative avant le verbe qui la décrit. « Vous vous flatteriez » donne à l’espoir de Déterville une forme conditionnelle et pronominale ; cet espoir ne devient pas une promesse de Zilia. « Faire prendre à mon cœur » lui attribue l’initiative d’une contrainte, dont les « chaînes » fournissent l’image. L’adjectif « nouvelles » établit une succession possible de liens, sans les identifier tous matériellement. Dans la suite, deux propositions distinguent la « bonne foi trahie » et les « serments » qui ne sont pas dégagés. La concession « quand je l’oublierais » va jusqu’à supposer l’oubli d’Aza ; le groupe détaché « fidèle à moi-même » maintient alors un critère propre à Zilia. Le refus ne dépend donc pas seulement de la conduite future des deux hommes.Le lecteur se représente un nouvel engagement amoureux comme un nouvel attachement contraignant.Zilia ne passe pas d’un maître amoureux à un autre. Elle affirme la continuité de ses décisions malgré la conduite des hommes.
★ II.a · Connecteur adversatif (« mais »)« Mais » distingue guérison et remplacement. Le verbe modal « puis » admet une guérison de la passion, tandis que « mais » refuse d’en conclure à un nouvel objet amoureux. La combinaison « ne… jamais que » associe une restriction à une portée temporelle sans limite donnée. « Pour lui » désigne Aza ; la proposition suivante oppose à ce complément « à vous », qui s’adresse à Déterville. Le sujet de celle-ci rassemble « tout ce que l’amitié inspire de sentiments ». L’attribution des sentiments à Déterville est formulée au présent, avant les promesses exprimées au futur. Le lien reçoit ainsi un nom et un destinataire avant que ses pratiques soient détaillées. « Vous ne la partagerez avec personne » ajoute à l’amitié une exclusivité distincte. Les pronoms et les noms de sentiments répartissent donc deux engagements au lieu de présenter le second comme une simple version affaiblie du premier.Le lecteur entend une limite nette entre la guérison d’une passion et la naissance d’un autre amour.L’amitié n’est pas un amour diminué. Elle reçoit sa propre totalité, ses devoirs et sa fidélité.
◆ II.b · Métaphore (« tournera au profit de l’amitié »)L’amour a « développé » des sentiments qui subsistent indépendamment de leur premier objet. Le sujet « Tout ce que l’amour a développé dans mon cœur » rassemble des acquis affectifs déjà produits, exprimés au passé composé. Le verbe principal « tournera » les projette ensuite vers un emploi futur. « Au profit de » applique au sentiment le vocabulaire d’une ressource dont un autre lien peut bénéficier. La suite organise des couples que Zilia promet de rendre visibles : regret de ne pas être née en France et penchant pour Aza, désir de devoir à Déterville l’avantage de penser et reconnaissance envers celui qui l’a donné. Les coordinations maintiennent ces contenus simultanément, sans exiger qu’un attachement efface l’autre. « Avec une égale franchise » leur attribue la même règle de communication. L’amitié est ainsi précisée comme un usage transparent de l’expérience, et non comme l’oubli préalable de tout ce qui a été aimé.Le lecteur voit les sentiments décrits comme des ressources qui peuvent servir à l’amitié.Zilia transforme son expérience au lieu de la nier. L’autonomie consiste ici à disposer de ce que l’amour a fait naître en elle.
★ II.c · Parallélisme (« Vous me donnerez » / « je le reprendrai »)Déterville transmet sciences et arts ; Zilia développe des vertus et les charmes de l’amitié. Les futurs distribuent les initiatives entre « vous » et « je ». Déterville doit transmettre des connaissances scientifiques et artistiques ; Zilia annonce qu’elle développera des vertus dans son cœur. Le pronom « le » reprend le « plaisir de la supériorité », non les sciences, et indique qu’une position peut changer de détenteur. « Vous ornerez mon esprit » reçoit en parallèle « je tâcherai de vous rendre agréables » les charmes de l’amitié. Le verbe « tâcherai » maintient une intention d’essai plutôt qu’une réussite garantie. La phrase suivante ajoute Céline : l’échange n’est pas enfermé dans un tête-à-tête conjugal proposé à nouveau. La question finale « que nous resterait-il à désirer ? » présente la suffisance espérée de ce programme. Le texte détaille donc les pratiques du lien après en avoir fixé les limites.Le lecteur suit un échange dans lequel chacun peut donner à l’autre et apprendre de lui.Graffigny imagine une relation entre femme et homme qui ne repose ni sur la possession ni sur l’effacement d’une compétence par l’autre.
★ III.a · Restriction (« ne devient jamais dangereuse que par l’oisiveté »)« Ne... jamais que » limite le danger à une cause évitable. La réponse à la crainte de Déterville commence par « Croyez-moi », impératif qui demande d’accorder crédit à la locutrice. « Elle » reprend la solitude. La négation complexe « ne […] jamais […] que » ne supprime pas tout danger : elle le limite à la présence de l’oisiveté. Le groupe détaché « Toujours occupée » donne ensuite à Zilia une conduite opposée, avec un participe accordé à la première personne féminine. Le futur « saurai » suivi de « me faire » transforme cette opposition en capacité annoncée. Le complément « de tout ce que l’habitude rend insipide » définit la matière à renouveler, y compris ce qui paraît répétitif. La phrase distingue donc solitude et absence d’activité ; elle ne prétend pas qu’une vie retirée serait par définition sans risque ou sans relation.Le lecteur entend le danger de la solitude ramené à une cause précise, l’oisiveté.Zilia ne réclame pas l’isolement absolu. Elle refuse que l’absence d’époux soit confondue avec l’absence de vie.
◆ III.b · Interrogation oratoire (« La vie suffit-elle »)Les trois compléments avancent de la totalité cosmique à l’environnement proche puis à l’existence personnelle. La question précédente porte sur le « simple examen » de la nature et suggère qu’il suffit à fournir des occupations. La suivante inverse le rapport : c’est maintenant la vie qui est mesurée à l’étendue de la connaissance. L’inversion complexe « La vie suffit-elle » fait de cette durée le sujet de la question. Le groupe « une connaissance légère, mais intéressante » limite l’ambition du savoir avant même d’en détailler les objets. Trois compléments vont de « l’univers » à « ce qui m’environne », puis à « ma propre existence ». Le dernier rapproche l’objet étudié et le sujet qui parle. Les deux interrogations n’attendent donc pas la même réponse dans le raisonnement : oui pour la fécondité du simple examen, non pour la possibilité d’épuiser cette connaissance en une vie. Leur forme grammaticale demeure totale dans les deux cas.Le lecteur rencontre deux questions qui l’invitent à envisager la variété des occupations possibles.Penser n’est plus seulement le moyen de retrouver Aza. La connaissance devient une fin propre de l’existence de Zilia.
★ III.c · Anaphore (« je suis, je vis, j’existe »)Les trois verbes sans complément donnent une présence nue au sujet. Le nom « plaisir » est repris par plusieurs groupes qui développent ce qu’il désigne : « cette pensée », « ce bonheur », puis trois propositions au présent. « Je suis », « je vis » et « j’existe » ne donnent pas un métier, un statut ou un destinataire à la première personne ; les verbes retiennent ici l’existence elle-même. Le conditionnel « pourrait » ne transforme toutefois pas cette possibilité de bonheur en état universellement acquis. Trois subordonnées en « si » l’associent au souvenir, à la jouissance et à la connaissance du prix de ce plaisir. Le dernier paragraphe change alors de mode avec les impératifs « Venez » et « Renoncez ». Déterville est invité à apprendre et à partager, non à recevoir un accord au mariage. L’expression finale « dédommager de l’amour » maintient la différence entre le lien refusé et celui qui est proposé.Le lecteur entend trois affirmations très brèves faire sentir la présence et la vie.Zilia trouve en elle une valeur antérieure aux liens amoureux. L’invitation finale propose à Déterville d’apprendre cette économie de l’âme, sans lui promettre ce qu’elle refuse.

Hiérarchie claire pour la révision

Les étoiles sont les repères à ne pas omettre. Les losanges permettent d’approfondir si le temps le permet.

  • ★ I.a · Subordonnée concessive (« Quelque plaisir que »)
  • ★ I.b · Anaphore (« Vous me » / « vous m’ » / « vous vous »)
  • ★ II.a · Connecteur adversatif (« mais »)
  • ★ II.c · Parallélisme (« Vous me donnerez » / « je le reprendrai »)
  • ★ III.a · Restriction (« ne devient jamais dangereuse que par l’oisiveté »)
  • ★ III.c · Anaphore (« je suis, je vis, j’existe »)
Une loupe simple agrandit une fleur au-dessus d’un livre vierge.Une connaissance légère peut garder tout son intérêt. Vérifier son mémo Vérifier qu’on n’a rien laissé de côté.

Vérifier son mémo

Repère indispensableCitation dans le mémoExplication et interprétationPrésent
I.a« presque en même temps » […] « la nouvelle de votre départ » […] « et celle de votre arrivée »Les deux nouvelles opposées sont placées dans la même phrase. La présence de Déterville n’a de valeur que si elle respecte les termes du lien définis par Zilia.oui
I.b« Vous me demandez la permission » […] « vous m’assurez d’une soumission aveugle » […] « vous vous efforcez de me convaincre des sentiments » […] « qui m’offensent »Les deux premiers verbes relèvent du respect ; le troisième exerce une pression. Le texte définit la véritable déférence : elle ne consiste pas à demander une permission tout en travaillant à changer la réponse.oui
II.a« je puis guérir de ma passion, mais je n’en aurai jamais que pour lui » […] « tout ce que l’amitié inspire de sentiments sont à vous »« Mais » distingue guérison et remplacement. L’amitié n’est pas un amour diminué. Elle reçoit sa propre totalité, ses devoirs et sa fidélité.oui
II.c« Vous me donnerez » […] « je le reprendrai » […] « Vous ornerez mon esprit » […] « je tâcherai de vous rendre agréables »Déterville transmet sciences et arts ; Zilia développe des vertus et les charmes de l’amitié. Graffigny imagine une relation entre femme et homme qui ne repose ni sur la possession ni sur l’effacement d’une compétence par l’autre.oui
III.a« elle ne devient jamais dangereuse que par l’oisiveté. Toujours occupée, je saurai me faire des plaisirs nouveaux »« Ne... jamais que » limite le danger à une cause évitable. Zilia ne réclame pas l’isolement absolu. Elle refuse que l’absence d’époux soit confondue avec l’absence de vie.oui
III.c« je suis, je vis, j’existe » […] « si l’on s’en souvenait, si l’on en jouissait, si l’on en connaissait le prix »Les trois verbes sans complément donnent une présence nue au sujet. Zilia trouve en elle une valeur antérieure aux liens amoureux. L’invitation finale propose à Déterville d’apprendre cette économie de l’âme, sans lui promettre ce qu’elle refuse.oui
Zilia observe un papillon posé sur une branche, le corps détendu.Le plaisir vient de l’attention à ce qui l’environne. Les erreurs à éviter Ce qui coûte des points, et pourquoi.

Les erreurs à éviter

A. Les erreurs de fond

Erreur à ne pas commettrePourquoi c’est une erreurFormulation correcte
⛔ Annoncer un mariage avec DétervilleLa lettre refuse l’amour et offre l’amitié en distinguant les deux.L’invitation finale ne retire pas le refus.
⛔ Donner la même réponse implicite aux deux questions sur l’étudeLe simple examen suffit à occuper ; une vie ne suffit pas à épuiser la connaissance.Les deux interrogations totales soutiennent des réponses argumentatives différentes.
⛔ Comprendre « n’altère » comme « n’altère pas »Après « craignez », ce ne est explétif.La crainte porte sur une altération possible, non sur son absence.

B. La méthode à l’oral

Erreur de méthodeCorrection attendue
⚠ Résumer seulement « Des résolutions contre une pression ».Partir de « presque en même temps » […] « la nouvelle de votre départ » […] « et celle de votre arrivée » puis expliquer : Les deux nouvelles opposées sont placées dans la même phrase.
⚠ Résumer seulement « Une amitié définie ».Partir de « je puis guérir de ma passion, mais je n’en aurai jamais que pour lui » […] « tout ce que l’amitié inspire de sentiments sont à vous » puis expliquer : « Mais » distingue guérison et remplacement.
⚠ Résumer seulement « Une existence occupée et partageable ».Partir de « elle ne devient jamais dangereuse que par l’oisiveté. Toujours occupée, je saurai me faire des plaisirs nouveaux » puis expliquer : « Ne... jamais que » limite le danger à une cause évitable.

C. Des formulations à préciser

Formulation à éviterFormulation précise
· « C’est frappant. »Le lecteur entend la joie du retour aussitôt limitée par une réserve. La présence de Déterville n’a de valeur que si elle respecte les termes du lien définis par Zilia.
· « C’est une critique. »Le lecteur entend une limite nette entre la guérison d’une passion et la naissance d’un autre amour. L’amitié n’est pas un amour diminué. Elle reçoit sa propre totalité, ses devoirs et sa fidélité.
· « C’est une belle fin. »Le lecteur entend trois affirmations très brèves faire sentir la présence et la vie. Zilia trouve en elle une valeur antérieure aux liens amoureux. L’invitation finale propose à Déterville d’apprendre cette économie de l’âme, sans lui promettre ce qu’elle refuse.

D. Identifier les procédés

Erreur à ne pas commettrePourquoi c’est une erreurCorrection attendue
⚠ Présenter « une permission démentie » comme un procédé.Ce titre formule un enjeu ; il ne nomme pas un moyen d’écriture.Anaphore (« Vous me » / « vous m’ » / « vous vous ») : Les deux premiers verbes relèvent du respect ; le troisième exerce une pression.
⚠ Présenter « l’expérience conservée » comme un procédé.Ce titre formule un enjeu ; il ne nomme pas un moyen d’écriture.Métaphore (« tournera au profit de l’amitié ») : L’amour a « développé » des sentiments qui subsistent indépendamment de leur premier objet.
⚠ Présenter « un savoir sans fin » comme un procédé.Ce titre formule un enjeu ; il ne nomme pas un moyen d’écriture.Interrogation oratoire (« La vie suffit-elle ») : Les trois compléments avancent de la totalité cosmique à l’environnement proche puis à l’existence personnelle.
Zilia debout sur une bande de sol, les paumes ouvertes près d’un petit arbre.Le sentiment d’être suffit à rendre l’existence sensible. L’analyse grammaticale Les trois questions au format de l’épreuve.

L’analyse grammaticale

Question 1 : Une interrogation totale

Phrase étudiée. « La vie suffit-elle pour acquérir une connaissance légère, mais intéressante de l’univers, de ce qui m’environne, de ma propre existence ? »

Question de grammaire. Analysez la construction de l’interrogation principale.

Leçon de grammaire. 5 · L’interrogation

Nature de la phrase. La phrase est complexe et directement interrogative, de forme affirmative. Les verbes conjugués sont « suffit » et « environne ». Le sujet principal est « La vie ». « Acquérir » est un infinitif.

Analyse grammaticale. La question est totale : elle porte sur le fait que la vie suffise ou non. L’interrogation est marquée par le point final et par l’inversion complexe : le sujet nominal « La vie » précède le verbe, puis le pronom « elle » le reprend. « De l’univers », « de ce qui m’environne » et « de ma propre existence » sont trois compléments juxtaposés du nom « connaissance ». La relative « qui m’environne » appartient au deuxième de ces groupes. La forme grammaticale permet oui ou non ; la réponse suggérée par le raisonnement relève du commentaire, pas de l’identification syntaxique.

Cette phrase relève de la leçon 5, parce que une interrogation directe totale présente une inversion complexe du sujet.

Question 2 : Le « ne » explétif

Phrase étudiée. « Vous craignez en vain que la solitude n’altère ma santé. »

Question de grammaire. Le « ne » de « n’altère » exprime-t-il une négation ?

Leçon de grammaire. 6 · La négation

Nature de la phrase. La phrase est complexe, déclarative et affirmative. Elle comporte deux verbes conjugués : « craignez » et « altère ». Le sujet principal est « Vous » ; le sujet de la subordonnée est « la solitude ».

Analyse grammaticale. « Que la solitude n’altère ma santé » est une proposition subordonnée conjonctive complétive, complément d’objet direct de « craignez ». « Altère » est au présent du subjonctif après le verbe de crainte. Le « ne » est explétif : son retrait ne renverse pas le sens de la proposition. La crainte porte sur une altération de la santé, non sur l’absence de cette altération. Ajouter « pas » dans « que la solitude n’altère pas ma santé » introduirait une véritable négation et changerait ce qui est craint. « En vain » qualifie la crainte ; il ne constitue pas une négation grammaticale.

Cette phrase relève de la leçon 6, parce que il faut distinguer un ne explétif d’une négation véritable.

Question 3 : Un conditionnel et ses conditions

Phrase étudiée. « Le plaisir d’être ; ce plaisir oublié, ignoré même de tant d’aveugles humains ; cette pensée si douce, ce bonheur si pur, je suis, je vis, j’existe, pourrait seul rendre heureux, si l’on s’en souvenait, si l’on en jouissait, si l’on en connaissait le prix. »

Question de grammaire. Analysez les trois propositions introduites par « si ».

Leçon de grammaire. 4 · Les circonstancielles

Nature de la phrase. La phrase est complexe et déclarative. Elle comporte sept formes conjuguées : « suis », « vis », « existe », « pourrait », « souvenait », « jouissait » et « connaissait ». Le noyau du sujet de « pourrait » est « Le plaisir d’être », développé par plusieurs reprises.

Analyse grammaticale. Les trois propositions « si l’on s’en souvenait », « si l’on en jouissait » et « si l’on en connaissait le prix » sont des subordonnées conjonctives circonstancielles de condition. Elles sont juxtaposées et se rattachent toutes à « pourrait seul rendre heureux ». Chaque « si » est une conjonction, sans fonction interne. Les trois imparfaits de l’indicatif ont pour sujet « l’on » et s’associent au conditionnel présent « pourrait ». Ils formulent des conditions envisagées, non trois événements successifs. Les présents « je suis, je vis, j’existe » appartiennent à l’expression développée de « cette pensée » ; ils ne sont pas régis par si.

Cette phrase relève de la leçon 4, parce que trois circonstancielles de condition à l’imparfait dépendent d’une principale au conditionnel.