Le bac par Patrick

Nathalie Sarraute · Pour un oui ou pour un non · Explication 7/10

« condescendant », le mot outil et la cage

13 étapes parlées9 prises9 tiroirs

L’explication à côté de toi

Le fil parlé

Treize étapes pour comprendre, dire et retenir avant d’ouvrir le dossier de l’épreuve.

Étape 01

Un mot arrive enfin, mais faut-il lui faire confiance ?

H.1 propose « condescendant » pour nommer ce que H.2 a entendu dans « C’est bien… ça… ». On pourrait croire que l’enquête est résolue. H.2 possède désormais un terme partageable et peut reformuler sa demande.

Mais la pièce se méfie des noms. H.2 refuse d’être déclaré « ceci ou cela » et n’accepte « condescendant » que comme un instrument provisoire. Le passage demande donc si nommer permet de comprendre ou si le mot transforme aussitôt un mouvement en identité fixe.

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Étape 02

D’abord, de quoi ça parle ?

Le passage parle d’un mot qui circule entre deux interlocuteurs. H.1 le propose, H.2 cherche une reconnaissance, H.1 se dérobe, puis H.2 demande qu’on s’en serve malgré le désaccord.

Cette circulation change la relation. Le mot peut faire reconnaître la perception de H.2, mais il peut aussi qualifier H.1 et rouvrir l’accusation. Les personnages inventent alors une expérience : rejouer la demande devant des voisins, en présence de H.1.

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Étape 03

Où on se trouve dans la pièce

H.2 a expliqué l’étirement de « bien » et raconté le refus du tribunal imaginaire. H.1 suggère que le « ton condescendant » aurait pu constituer une circonstance atténuante. À réplique 88, il développe cette proposition.

L’extrait s’achève lorsque H.2 choisit ses voisins comme nouveaux jurés. La scène prépare donc l’entrée de H.3 et de F. Elle montre comment un mot trouvé dans le dialogue devient le protocole d’une nouvelle mise à l’épreuve.

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Étape 04

Ton introduction : comment tu ouvres

  • Sarraute fait du langage l’action principale de Pour un oui ou pour un non.
  • H.1 et H.2 cherchent à nommer le mouvement entendu sous une formule apparemment aimable.
  • H.1 propose le mot « condescendant », que H.2 veut utiliser devant de nouveaux témoins.
  • Le passage expose les pouvoirs et les dangers de la nomination.
  • On peut se demander comment un mot devient à la fois instrument de compréhension et menace d’enfermement.
  • Le dialogue éprouve d’abord la reconnaissance promise par le nom, protège ensuite les personnes contre l’étiquette, puis transforme le mot en outil d’une expérience théâtrale.
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Étape 05

Premier moment : proposer et refuser la reconnaissance

H.1 définit ce que H.2 aurait senti : ses interlocuteurs étaient « condescendants ». Le verbe « se nomme » présente le mot comme une catégorie disponible. H.2 réagit par deux questions : « tu la vois donc ? Tu la reconnais ? » Il demande moins une définition qu’une validation de son expérience.

H.1 répond : « Je ne reconnais rien ». Il a fourni le terme sans accepter qu’il corresponde à sa conduite. Puis sa phrase glisse vers « il faut que tu sois… », amorce d’une qualification de H.2. Le mot qui devait décrire un ton menace de devenir une identité.

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Étape 06

Deuxième moment : employer le mot sans enfermer

H.2 interrompt immédiatement : « pas que je sois ceci ou cela ». Les démonstratifs vides figurent toutes les étiquettes possibles. Le personnage relie ce refus à l’objectif commun : « arriver à nous comprendre ».

Il propose alors : « servons-nous de ce mot ». Le verbe pronominal et l’impératif pluriel transforment le nom en outil partagé. H.2 admet même que H.1 peut ne pas croire à la condescendance. La nomination devient une hypothèse de travail, non un verdict.

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Étape 07

Troisième moment : construire une expérience devant témoins

H.2 veut recommencer la demande « pour voir » et « en ta présence ». La scène adopte presque une méthode expérimentale : un terme a été isolé, le principal intéressé sera présent et des tiers seront appelés.

Les voisins sont choisis parce qu’ils sont proches et socialement qualifiés : « serviables », « très bien », « Intègres. Solides. Pleins de bon sens. » La liste valorisante reproduit pourtant le système des catégories. Le mot-outil va être soumis à ceux qui ont le plus besoin de noms stables.

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Étape 08

Alors, qu’est-ce que ça raconte vraiment ?

Le passage montre qu’un mot ne possède pas une fonction unique. « Condescendant » rend la sensation formulable, offre une prise au dialogue et permet une expérience. Mais il peut aussi convertir un comportement en identité et inviter le tribunal à classer.

La réponse à la problématique tient donc dans le mode d’emploi proposé par H.2 : se servir du mot sans exiger une croyance préalable. La compréhension devient possible si le nom reste une hypothèse. Elle échoue dès que « tu as été condescendant » se change en « tu es ceci ou cela ».

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Étape 09

Ton ouverture : la porte qui s’ouvre

Tu peux ouvrir sur le passage des « deux camps », où H.2 reproche à H.1 et aux siens de mettre « des noms sur tout ». L’œuvre développera le danger aperçu ici.

Tu peux aussi revenir au titre. « Oui » et « non » sont les noms les plus simples de deux positions, mais le dénouement refuse de les confondre dans une locution. Sarraute ne supprime pas les mots ; elle restaure leur différence.

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Étape 10

Tu vois ? Tu sais le comprendre et le dire

À l’oral, suis le trajet du mot : proposé par H.1, réclamé comme reconnaissance par H.2, refusé comme vérité par H.1, limité par H.2, puis transformé en outil.

Fais entendre les interruptions. Lorsque H.1 commence « il faut que tu sois… », H.2 coupe la qualification. Cette vitesse est essentielle : le personnage protège la mobilité de son expérience contre une identité prête à tomber.

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Étape 11

Et les petites questions de grammaire

Dans « Ce que tu as senti […] c’est qu’ils étaient […] condescendants » (réplique 88), « ce que » introduit une subordonnée relative sans antécédent exprimé, reprise par « c’ ».

Dans « même si tu ne le crois pas » (réplique 95), la subordonnée circonstancielle de concession est introduite par « même si » ; le verbe est au présent de l’indicatif.

Dans « des gens […] qu’on choisit pour les jurys » (réplique 99), la relative complète l’antécédent « gens » ; « qu’ » est complément d’objet direct de « choisit ».

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Étape 12

Ce soir, tu peux fermer le cahier

Tu peux fermer le cahier avec une règle de lecture : ne demande pas seulement ce qu’un mot signifie, demande ce que les personnages en font. Le même terme peut ouvrir une relation, accuser, protéger ou enfermer.

La pièce ne défend pas un monde sans noms. H.2 a besoin de « condescendant ». Elle défend une parole capable de garder le mot révisable et de ne pas réduire la personne à la catégorie.

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Étape 13

Terre ferme : tu peux t’arrêter là

Tu sais maintenant expliquer pourquoi la découverte lexicale ne clôt pas l’enquête. Elle crée une nouvelle scène, avec ses témoins et ses risques.

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Fin de l’explication accompagnée

La voix change

La voix qui t’accompagnait s’efface : finie la lettre, place au dossier de travail.

Je m’arrête iciJ’ouvre le dossier

Le dossier de l’épreuve

La même explication, classée pour la révision

Neuf tiroirs : comprendre, préparer l’oral, contrôler les preuves.

01Texte simple

H.1 propose le mot « condescendant » pour nommer l’impression de H.2. Celui-ci demande si son ami reconnaît enfin la condescendance. H.1 refuse et commence à qualifier H.2. H.2 interrompt cette tentative : il ne veut pas être déclaré « ceci ou cela » et rappelle leur volonté de se comprendre. Il propose de se servir du mot comme d’une hypothèse, même si H.1 n’y croit pas. Il veut recommencer la demande devant lui. Pour juges, il choisit ses voisins, décrits comme serviables, intègres, solides et pleins de bon sens.

02Introduction rédigée

Dans Pour un oui ou pour un non, Nathalie Sarraute fait du langage l’action principale du théâtre. H.1 et H.2 cherchent à nommer le mouvement entendu sous « C’est bien… ça… ». H.1 propose le mot « condescendant », que H.2 veut ensuite utiliser devant de nouveaux témoins. Le passage expose donc les pouvoirs et les dangers de la nomination. On peut se demander comment un mot devient à la fois instrument de compréhension et menace d’enfermement. Le dialogue éprouve d’abord la reconnaissance promise par le nom (réplique 88 à 0090), protège ensuite les personnes contre l’étiquette (0091 à 0095), puis transforme le mot en outil d’une expérience théâtrale (0096 à 0099).

03Analyse linéaire complète
★ I.a. La pièce lexicale trouvée : H.1 propose une catégorie

Orientation. H.1 fournit le terme qui semble manquer à H.2 pour décrire l’accent.

Citation. « c’est le mot “condescendant” » (réplique 88).

Procédé principal. Présentatif.

Procédé secondaire. Guillemets autonymiques autour du mot cité.

Analyse. La tournure « c’est » identifie directement la solution lexicale. Le groupe « le mot » attire l’attention sur le signe lui-même, non encore sur une personne. Les guillemets donnent à « condescendant » un statut autonymique : le terme est montré comme une pièce disponible. H.1 relie ensuite ce nom à l’accent et au suspens perçus par H.2. Il traduit donc une sensation prosodique en catégorie sémantique. Cependant, le présentatif donne à cette traduction une netteté que l’expérience n’avait pas. Le mot promet une stabilité et une recevabilité nouvelles, mais il risque de supprimer la mobilité qui avait rendu l’intonation difficile à dire.

Effet sur le lecteur. Le lecteur voit une sensation diffuse recevoir soudain une étiquette claire.

Interprétation. La nomination offre un gain de communication tout en ouvrant le danger d’une simplification.

Liaison. H.2 reçoit-il ce mot comme une simple définition ?

★ I.b. « Tu la vois donc ? » : la question réclame une validation

Orientation. H.2 transforme immédiatement la proposition lexicale en demande de reconnaissance personnelle.

Citation. « Ah ? tu la vois donc ? Tu la reconnais ? » (réplique 89).

Procédé principal. Double interrogation directe.

Procédé secondaire. Reprise pronominale, « la ».

Analyse. Les deux questions partagent le même sujet « Tu » et un complément pronominal féminin renvoyant à la condescendance. « Voir » suppose une perception ; « reconnaître » ajoute l’identification et l’acceptation d’une réalité déjà rencontrée. L’adverbe « donc » tire une conséquence enthousiaste de la proposition de H.1. H.2 passe ainsi du mot à l’expérience : s’il peut nommer, son ami doit pouvoir voir. La brièveté et la succession accélèrent l’espoir. Mais le pronom « la » traite déjà la condescendance comme un objet stable, alors que H.1 n’a peut-être proposé qu’une catégorie explicative.

Effet sur le lecteur. Le lecteur perçoit l’espoir soudain d’une compréhension enfin partagée.

Interprétation. Pour H.2, trouver le mot n’a de valeur que si l’autre valide la sensation qu’il rend dicible.

Liaison. H.1 accepte-t-il cette conséquence tirée de sa propre proposition ?

◆ I.c. La qualification prête à tomber : le refus se retourne vers H.2

Orientation. H.1 nie toute reconnaissance et commence à déplacer le jugement vers la personne de son ami.

Citation. « Je ne reconnais rien […] il faut que tu sois… » (réplique 90).

Procédé principal. Rupture syntaxique.

Procédé secondaire. Négation totale, « ne… rien ».

Analyse. « Je ne reconnais rien » répond terme à terme à la question précédente et retire immédiatement la validation espérée. H.1 cherche ensuite une explication à l’impossibilité d’avoir été condescendant « avec toi ». Sa phrase commence « il faut que tu sois », construction qui appelle un attribut. Les points de suspension suspendent la qualification, mais sa structure est prête. Le problème du ton risque donc d’être reporté sur une propriété de H.2 : susceptible, jaloux ou anormal. La rupture laisse entendre le geste de classement avant même le mot choisi. Elle montre que la langue peut enfermer par sa syntaxe autant que par son lexique.

Effet sur le lecteur. Le lecteur entend une étiquette imminente dont le contenu reste vide mais dont la violence est déjà active.

Interprétation. L’échec de la reconnaissance pousse H.1 à expliquer la perception par l’identité de celui qui perçoit.

Transition. Le premier mouvement a proposé un mot, suscité l’espoir d’une validation puis préparé une qualification de H.2. Celui-ci interrompt le classement et tente de redéfinir l’usage du langage.

★ II.a. « Ceci ou cela » : les démonstratifs refusent toutes les cages

Orientation. H.2 coupe H.1 avant l’attribut et rejette le principe même d’une identité fixée.

Citation. « pas que je sois ceci ou cela » (réplique 91).

Procédé principal. Alternative indéfinie.

Procédé secondaire. Démonstratifs sans référent lexical, « ceci », « cela ».

Analyse. La réplique commence par des négations et des impératifs d’arrêt. Le fragment cité reprend la structure « que je sois » amorcée par H.1, mais remplace l’attribut attendu par deux démonstratifs vides. « Ceci ou cela » peut accueillir n’importe quelle catégorie ; le refus porte donc sur le mécanisme, non sur un adjectif particulier. H.2 ne veut pas que l’explication de son ressenti soit transformée en définition de sa personne. L’alternative donne l’apparence d’un choix, mais les deux termes sont également rejetés. En reprenant la syntaxe adverse pour la neutraliser, le personnage maintient ouverte la possibilité d’un mouvement qui ne soit pas une essence.

Effet sur le lecteur. Le lecteur voit le personnage se dégager d’une qualification avant même qu’elle soit prononcée.

Interprétation. Comprendre un tropisme exige de ne pas convertir la perception passagère en identité stable.

Liaison. Au nom de quel projet commun H.2 demande-t-il cette prudence ?

★ II.b. L’infinitif commun : comprendre reste un horizon partagé

Orientation. H.2 rappelle que le refus des étiquettes doit servir l’objectif initial des deux amis.

Citation. « puisque tu veux que nous arrivions à nous comprendre » (réplique 91).

Procédé principal. Subordination causale.

Procédé secondaire. Pronom réciproque, « nous ».

Analyse. « Puisque » présente la volonté de H.1 comme une cause admise et lui oppose ses propres engagements. La construction « veux que » introduit un subjonctif, « arrivions », qui présente la compréhension comme un résultat encore incertain. Le pronom « nous » réunit les interlocuteurs, et le pronom réfléchi de « nous comprendre » reçoit une valeur réciproque. H.2 ne réclame donc pas d’être seul compris ; il inscrit l’échange dans une tâche commune. Pourtant, « arriver à » suppose un parcours difficile. La phrase transforme la compréhension en horizon et donne une règle négative : ne pas figer l’autre en chemin.

Effet sur le lecteur. Le lecteur perçoit un bref retour du duel vers une entreprise commune.

Interprétation. La parole peut encore être un outil relationnel si chacun accepte que la compréhension reste progressive.

Liaison. Quel mode d’emploi du mot H.2 propose-t-il pour respecter cet horizon ?

◆ II.c. « Servons-nous » : le nom devient un instrument partagé

Orientation. H.2 conserve « condescendant » sans demander à H.1 d’en reconnaître immédiatement la vérité.

Citation. « servons-nous de ce mot » (réplique 93).

Procédé principal. Impératif inclusif.

Procédé secondaire. Métaphore implicite de l’outil portée par « se servir de ».

Analyse. L’impératif à la première personne du pluriel associe les deux personnages dans une action. Le verbe pronominal « se servir de » ne demande pas d’adhérer au mot, mais de l’utiliser. Le démonstratif « ce » reprend le terme disponible dans le contexte et limite l’opération. H.2 précise ensuite qu’H.1 peut admettre la condescendance « même s’il ne le croit pas ». La concession sépare la croyance et l’expérimentation. Le mot reçoit ainsi un statut provisoire comparable à une hypothèse : on examine ce qu’il permet de reformuler avant de décider s’il désigne correctement le mouvement.

Effet sur le lecteur. Le lecteur voit le vocabulaire passer du verdict à l’instrument d’une enquête commune.

Interprétation. Sarraute ne condamne pas la nomination ; elle propose un usage révisable qui laisse l’expérience ouverte.

Transition. Le deuxième mouvement a refusé l’identité fixe, rappelé l’horizon réciproque et transformé le mot en outil. H.2 peut maintenant organiser une nouvelle expérience devant H.1 et des témoins.

★ III.a. Recommencer la demande : le dialogue devient protocole

Orientation. H.1 comprend que l’introduction du mot permet de rejouer la procédure antérieure.

Citation. « Tu vas faire une nouvelle demande ? » (réplique 96).

Procédé principal. Interrogation directe.

Procédé secondaire. Futur proche.

Analyse. La question traduit immédiatement l’usage du mot en action. Le futur proche « vas faire » présente la demande comme imminente. L’adjectif « nouvelle » établit la répétition, mais aussi la modification : la première procédure manquait du terme « condescendant ». H.1 semble saisir la logique expérimentale de H.2. Toutefois, « demande » conserve le cadre d’autorisation que le personnage n’a pas remis en cause. Le mot-outil doit encore être présenté à un jury. L’interrogation peut porter une curiosité réelle ou une distance amusée, ce qui maintient l’ambivalence de la collaboration.

Effet sur le lecteur. Le lecteur voit une découverte lexicale transformer la conversation en répétition organisée d’une scène.

Interprétation. Le théâtre se construit sous nos yeux comme lieu où une hypothèse relationnelle peut être rejouée.

Liaison. Quelles conditions H.2 fixe-t-il pour rendre cette nouvelle expérience contrôlable ?

◆ III.b. « Pour voir » : la présence de l’accusé garantit l’épreuve

Orientation. H.2 présente la nouvelle demande comme un essai et exige qu’H.1 y assiste.

Citation. « Pour voir. Et en ta présence » (réplique 97).

Procédé principal. Phrase infinitive de but.

Procédé secondaire. Phrase nominale ajoutée par coordination.

Analyse. « Pour voir » réduit la finalité à une observation : H.2 ne prétend pas connaître le verdict. L’infinitif garde le sujet général et donne à l’essai une apparence méthodique. La phrase suivante ajoute « en ta présence », groupe sans verbe qui pose une condition décisive. H.1, désigné par le possessif « ta », ne sera plus absent de la procédure où son ton est jugé. Il pourra entendre le récit, intervenir et observer les témoins. La coordination « Et » donne à cette présence le statut d’un supplément qui change pourtant toute l’expérience. Le passage prépare ainsi une scène à plusieurs niveaux d’observation.

Effet sur le lecteur. Le lecteur perçoit la volonté de rendre l’épreuve contradictoire et publique.

Interprétation. H.2 cherche moins une condamnation secrète qu’un dispositif où les perceptions pourront s’affronter devant lui.

Liaison. Quels témoins sont choisis pour recevoir cette expérience du mot ?

○ III.c. « Intègres. Solides. » : le jury porte déjà ses étiquettes

Orientation. H.2 sélectionne des voisins dont les qualités correspondent exactement au bon sens attendu.

Citation. « Intègres. Solides. Pleins de bon sens » (réplique 99).

Procédé principal. Accumulation de phrases nominales.

Procédé secondaire. Gradation rythmique.

Analyse. Les deux premiers adjectifs sont isolés par des points. « Intègres » qualifie la moralité ; « Solides » suggère la stabilité du jugement et du monde social. Le dernier groupe s’allonge et revient au « bon sens » déjà invoqué. La juxtaposition ressemble à une fiche de sélection. H.2 emploie donc lui-même des catégories générales pour choisir ceux qui devront comprendre un mouvement particulier. L’ironie tient à cette contradiction : il refuse d’être « ceci ou cela », mais présente les voisins par des qualités fixées. Le rythme sec donne au jury une assurance avant même son entrée.

Effet sur le lecteur. Le lecteur voit les témoins enfermés dans les catégories qui fondent leur autorité.

Interprétation. L’expérience est menacée dès son protocole, car elle confie le mot mobile aux représentants d’un langage stable.

04Conclusion rédigée

Le passage montre les deux puissances contraires de la nomination. H.1 propose « condescendant », ce qui permet à H.2 de réclamer une reconnaissance, mais son refus glisse aussitôt vers une qualification de l’ami. H.2 protège alors le mouvement contre « ceci ou cela », rappelle le projet réciproque de comprendre et transforme le terme en outil par « servons-nous ». La dernière partie organise une nouvelle demande, en présence de H.1, devant des voisins déjà définis comme intègres, solides et pleins de bon sens. Le mot ouvre donc une expérience sans garantir son succès. Chez Sarraute, comprendre exige des noms, mais aussi la capacité de ne pas les prendre pour des identités définitives.

05Mémo pour l’oral

Situer : H.1 vient de proposer « condescendant » comme nom du ton entendu.

Problématique : comment le mot devient-il outil de compréhension et menace d’enfermement ?

Mouvement I : mot présenté, validation réclamée, qualification de H.2 amorcée.

Mouvement II : refus de « ceci ou cela », objectif réciproque, usage instrumental du mot.

Mouvement III : nouvelle demande, essai en présence de H.1, voisins définis par leurs catégories.

Conclusion : le nom est fécond s’il reste une hypothèse, dangereux s’il devient une identité.

Appuis ★ repris : I.a I.b II.a II.b III.a

06Tableau procédés, effets, sens, oral

Forme | Appui | Effet | Emploi à l’oral |

Présentatif | « c’est le mot » | stabilise | isoler le terme |

Interrogation | « Tu la vois ? » | accélère l’espoir | faire monter l’élan |

Rupture | « il faut que tu sois… » | prépare l’étiquette | suspendre nettement |

Alternative | « ceci ou cela » | généralise le refus | détacher les démonstratifs |

Subordination | « puisque » | rappelle le but commun | relier cause et exigence |

Impératif | « servons-nous » | associe les interlocuteurs | marquer l’inclusion |

Futur proche | « vas faire » | rend l’essai imminent | relancer |

Accumulation | « Intègres. Solides. » | fige les témoins | laisser tomber les mots |

07Tableau de couverture
Prise ★RangDans le mémo
I.a★oui
I.b★oui
II.a★oui
II.b★oui
III.a★oui

Élément incontournable | Présent dans le mémo | Contrôle |

Situation | oui | mot proposé avant l’extrait |

Problématique | oui | outil et cage |

Validation | oui | questions analysées |

Qualification | oui | rupture syntaxique |

Refus des étiquettes | oui | « ceci ou cela » |

Usage du mot | oui | impératif inclusif |

Nouvelle demande | oui | expérience théâtrale |

Jury | oui | catégories déjà actives |

08Erreurs rédhibitoires

Erreur | Pourquoi elle est grave | Formulation correcte |

Dire que H.1 reconnaît sa condescendance | il propose le mot puis nie | H.1 fournit une catégorie sans s’y reconnaître |

Dire que H.2 refuse tous les mots | il demande de se servir de celui-ci | H.2 refuse l’identité fixe, non l’outil lexical |

Prendre « ceci ou cela » pour deux qualités précises | les référents sont vides | les démonstratifs représentent toute étiquette |

Présenter la nouvelle demande comme un procès réel | elle est organisée dans le dialogue | H.2 prépare une expérience théâtrale |

Décrire les voisins comme neutres | ils sont déjà classés par H.2 | leur bon sens est la condition et la limite du test |

09Analyse grammaticale
  1. Question grammaticale 1
  2. Question grammaticale 2
  3. Question grammaticale 3

Phrase 1

« Ce que tu as senti […], c’est qu’ils étaient […] condescendants » : relative sans antécédent exprimé, reprise par le présentatif « c’est ».

Phrase 2

« même si tu ne le crois pas » : subordonnée circonstancielle de concession ; présent de l’indicatif.

Phrase 3

« des gens […] qu’on choisit pour les jurys » : relative complément de « gens » ; pronom relatif COD de « choisit ».

Leçon à retenir

Une relative sans antécédent peut occuper une fonction nominale, une concession admet une hypothèse contraire et une relative adjective complète un nom. Ces trois structures doivent être distinguées.

Dépendances du fonds : /assets/le-dragon-passe.js.

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