Le bac par Patrick

Nathalie Sarraute · Pour un oui ou pour un non · Explication 8/10

le bonheur sans nom, hors catalogue

13 étapes parlées9 prises9 tiroirs

L’explication à côté de toi

Le fil parlé

Treize étapes pour comprendre, dire et retenir avant d’ouvrir le dossier de l’épreuve.

Étape 01

Et si le vrai scandale était un bonheur qu’on ne peut pas ranger ?

H.1 croit pouvoir expliquer H.2 par un sentiment connu : la jalousie. H.2 refuse cette étiquette avec une énergie presque excessive. Il ne désirait pas le bonheur de son ami et ne le jugeait même pas désirable pour lui.

Le désaccord devient alors plus profond. H.2 aurait-il découvert un bonheur sans nom, absent de tous les catalogues ? Le passage oppose une vie reconnue, classée et recherchée par tous à une expérience qui ne trouve aucune rubrique.

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Étape 02

D’abord, de quoi ça parle ?

Le passage parle d’une lutte pour définir le bonheur. H.1 nomme « jaloux » le mouvement de H.2. Celui-ci rejette le diagnostic, puis attaque le modèle collectif du « vrai Bonheur ».

Pour expliquer la peur de son ami, H.2 invente un conte de fées : une reine ne supporte pas qu’une petite princesse soit plus belle. Mais la comparaison se dérègle. Ce qui menace H.1 n’est pas un bonheur supérieur ; c’est une joie impossible à classer.

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Étape 03

Où on se trouve dans la pièce

Les témoins ont échoué à trancher la querelle, et les deux amis ont repris leur face-à-face. H.1 reproche à H.2 son retrait devant une existence faite de réussite, d’amitiés et de bonheur visible.

À réplique 174, H.2 exige qu’H.1 dise ce qu’il était dans ce tableau. Le mot « jaloux » relance l’affrontement. L’extrait s’arrête sur « Ce n’est inscrit nulle part », juste avant qu’H.1 demande s’il s’agit d’« un bonheur sans nom ».

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Étape 04

Ton introduction : comment tu ouvres

  • Dans Pour un oui ou pour un non, Sarraute met à l’épreuve les mots qui prétendent expliquer les relations.
  • H.1 pense que le retrait de H.2 cache une jalousie devant son bonheur reconnu.
  • H.2 refuse cette identité et imagine une forme de bonheur étrangère aux classements.
  • Le passage déplace ainsi la dispute privée vers une critique des modèles collectifs.
  • On peut se demander comment le refus d’un diagnostic psychologique fait apparaître un bonheur sans nom.
  • Le dialogue impose d’abord l’étiquette de la jalousie, renverse ensuite le modèle du Bonheur officiel, puis découvre une expérience qui échappe au catalogue.
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Étape 05

Premier moment : le mot « jaloux » provoque une contre-offensive

H.2 force H.1 à compléter « Tu... tu étais... ». Le diagnostic tombe : « Tu étais jaloux. » La phrase brève donne au jugement la forme d’une évidence.

H.2 répète alors que tout est « là », comme s’il trouvait enfin le ressort de l’accusation. Il multiplie les négations et les reprises de « jaloux ». Cette insistance ne signale pas nécessairement un aveu caché ; elle montre surtout la violence d’un mot qui prétend réduire toute sa conduite à un sentiment connu.

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Étape 06

Deuxième moment : le Bonheur officiel rencontre son conte

H.2 transforme le bonheur d’H.1 en institution. La majuscule, l’article défini et les questions lui donnent une valeur universelle : il serait « le vrai Bonheur », reconnu et recherché par tous.

Puis surgissent une forêt, une reine, un miroir et une petite princesse. H.1 croit d’abord que le conte désigne « un autre bonheur... plus grand ». H.2 refuse cette lecture compétitive. Il ne cherche pas à placer sa joie au-dessus de celle de son ami.

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Étape 07

Troisième moment : le catalogue ne trouve aucune rubrique

H.2 concède qu’H.1 pourrait admettre un bonheur plus grand, à condition qu’il soit « reconnu, classé ». Les listes et le catalogue représentent un ordre social capable d’accepter les différences seulement lorsqu’elles portent un nom.

Même les bonheurs extrêmes du moine ou du stylite y possèdent une rubrique. Celui de H.2 n’est pourtant « inscrit nulle part ». Le passage aboutit donc moins à une définition qu’à une absence de case.

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Étape 08

Alors, qu’est-ce que ça raconte vraiment ?

La jalousie est une explication rassurante parce qu’elle maintient le bonheur de H.1 au centre. Si H.2 l’envie, il reconnaît sa valeur. En refusant de l’envier, il ouvre une possibilité plus inquiétante : une existence peut être heureuse sans désirer ce que tous reconnaissent.

Le conte ne met donc pas deux grandeurs en concurrence. Il confronte un modèle mesurable à une expérience inclassable. Le bonheur sans nom menace l’ordre non parce qu’il est supérieur, mais parce qu’il retire au catalogue le pouvoir de décider ce qui compte.

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Étape 09

Ton ouverture : la porte qui s’ouvre

Tu peux ouvrir sur la réflexion de la pièce à propos des mots. H.2 avait accepté « condescendant » comme outil provisoire ; ici, il refuse que « jaloux » ferme l’enquête et que « bonheur » n’existe qu’en rubriques.

Tu peux aussi rapprocher le passage du dénouement. Le tribunal veut classer la rupture sous la formule « pour un oui ou pour un non ». Les deux amis détachent finalement « oui » et « non », comme H.2 détache ici son expérience du catalogue.

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Étape 10

Tu vois ? Tu sais le comprendre et le dire

À l’oral, ne raconte pas seulement l’anecdote de la reine. Suis les changements de modèle : le jugement psychologique, la norme du Bonheur, la compétition du conte, puis l’expérience sans rubrique.

Fais entendre les majuscules et les répétitions. « Le Bonheur » est un monument verbal ; « pas, pas, pas jaloux » est un effort pour s’en dégager ; « nulle part » ferme toutes les cases disponibles.

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Étape 11

Et les petites questions de grammaire

Dans « Qu’est-ce que j’étais ? » (réplique 174), l’interrogation directe porte sur l’attribut du sujet « je » ; « qu’ » appartient à la locution interrogative.

Dans « que je sois jaloux » (réplique 178), la proposition subordonnée conjonctive complète « il te fallait » ; le verbe « sois » est au subjonctif présent.

Dans « qu’il figure au catalogue » (réplique 184), la proposition conjonctive est sujet réel de la tournure impersonnelle « Il faut » ; « figure » est au subjonctif présent.

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Étape 12

Ce soir, tu peux fermer le cahier

Tu peux fermer le cahier avec cette distinction : H.2 ne prétend pas posséder « un autre bonheur... plus grand ». Il conteste la nécessité même de mesurer son expérience avec l’échelle de H.1.

Le passage défend donc moins une définition nouvelle du bonheur qu’un droit à l’absence de définition. Ce qui n’est inscrit nulle part peut néanmoins être vécu.

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Étape 13

Terre ferme : tu peux t’arrêter là

Tu sais maintenant expliquer le trajet du passage : une étiquette psychologique tombe, H.2 la refuse, le Bonheur reconnu se révèle une norme et le catalogue avoue finalement son impuissance.

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Fin de l’explication accompagnée

La voix change

La voix qui t’accompagnait s’efface : finie la lettre, place au dossier de travail.

Je m’arrête iciJ’ouvre le dossier

Le dossier de l’épreuve

La même explication, classée pour la révision

Neuf tiroirs : comprendre, préparer l’oral, contrôler les preuves.

01Texte simple

H.2 demande à H.1 de le qualifier. H.1 répond qu’il était jaloux. H.2 rejette vivement ce mot : il était content pour son ami, mais ne désirait pas ce bonheur pour lui-même. Il interroge alors la valeur du « vrai Bonheur » reconnu de tous. Par un conte de fées, il compare H.1 à une reine menacée par une petite princesse cachée. H.1 suppose qu’il s’agit d’un bonheur plus grand. H.2 corrige : son ami pourrait admettre une supériorité reconnue et classée. Ce qu’il ne supporte pas, c’est un bonheur absent des listes et du catalogue. Celui de H.2 n’est inscrit nulle part.

02Introduction rédigée

Dans Pour un oui ou pour un non, Nathalie Sarraute éprouve les mots par lesquels les individus expliquent les relations. H.1 pense que le retrait de H.2 cache une jalousie devant son bonheur reconnu. H.2 refuse cette identité et imagine une forme de bonheur étrangère aux classements. Le passage déplace ainsi la dispute privée vers une critique des modèles collectifs. On peut se demander comment le refus d’un diagnostic psychologique fait apparaître un bonheur sans nom. Le dialogue impose d’abord l’étiquette de la jalousie (réplique 174 à 0178), renverse ensuite le modèle du Bonheur officiel par le conte (0179 à 0183), puis découvre une expérience qui échappe au catalogue (0184 à 0186).

03Analyse linéaire complète
★ I.a. Une identité exigée : la question réclame un attribut

Orientation. H.2 force H.1 à dire quel rôle il lui attribue dans le récit de son bonheur.

Citation. « Et moi quoi ? Qu’est-ce que j’étais ? » (réplique 174).

Procédé principal. Double interrogation directe.

Procédé secondaire. Pronom tonique détaché, « moi ».

Analyse. La première question disloque la syntaxe ordinaire : le pronom tonique « moi » est placé entre la conjonction « Et » et l’interrogatif « quoi ». H.2 réclame sa place dans le tableau que son ami vient de construire. La seconde question reformule plus grammaticalement la même demande. L’imparfait « étais » suppose qu’un attribut peut résumer son état passé. En demandant lui-même ce complément, H.2 semble accepter le mécanisme de la qualification, mais la répétition presse H.1 et révèle que le mot attendu est déjà soupçonné. L’échange transforme une relation complexe en case à remplir : après le bonheur de H.1, que devient l’ami qui s’en détourne ?

Effet sur le lecteur. Le lecteur entend une demande impatiente dont la réponse risque déjà de devenir un verdict.

Interprétation. H.2 expose le besoin de H.1 de lui assigner une identité dans un récit centré sur le bonheur reconnu.

Liaison. H.1 prononce-t-il immédiatement cette qualification attendue ?

★ I.b. Le mot retardé puis lâché : « jaloux » ferme l’explication

Orientation. H.1 hésite avant de réduire le retrait de son ami à un sentiment conventionnel.

Citation. « Tu... tu étais... […] Tu étais jaloux » (réplique 175, réplique 177).

Procédé principal. Suspension puis phrase déclarative brève.

Procédé secondaire. Répétition du groupe sujet-verbe.

Analyse. Les points de suspension fragmentent d’abord « Tu... tu étais... » et rendent audible la difficulté de prononcer l’attribut. H.2 doit relancer H.1 avant que la phrase complète tombe. La reprise « Tu étais » efface alors les hésitations et place « jaloux » en position finale, comme la solution unique d’une équation. L’imparfait donne au sentiment une durée et paraît expliquer rétrospectivement le comportement. Le lexique est banal, immédiatement reconnaissable par tous, à l’opposé des tropismes presque indicibles explorés par Sarraute. La brièveté fait donc la force et la faiblesse du diagnostic : il ordonne les faits avec efficacité parce qu’il renonce à leur singularité.

Effet sur le lecteur. Le lecteur ressent le soulagement brutal d’une explication simple après une hésitation chargée.

Interprétation. « Jaloux » protège le modèle de H.1 en faisant du refus de H.2 un désir contrarié du même bonheur.

Liaison. Comment H.2 répond-il à cette identité qui lui est imposée ?

◆ I.c. La négation martelée : H.2 refuse le désir supposé

Orientation. H.2 retourne le diagnostic en révélant ce que son ami avait besoin de trouver.

Citation. « Pas, pas, pas jaloux. Non, je ne t’enviais pas » (réplique 178).

Procédé principal. Répétition ternaire.

Procédé secondaire. Négations syntaxiques et lexicales.

Analyse. Le mot « jaloux » est repris trois fois sous la portée de « Pas ». Ce martèlement peut faire entendre l’agacement et l’urgence, mais il ne suffit pas à prouver le contraire de ce qu’il affirme. H.2 reformule donc par une phrase complète : « je ne t’enviais pas ». Le verbe « envier » précise l’enjeu en mettant H.1 comme objet direct du désir refusé. Auparavant, H.2 disait être content « pour toi » et « pour vous seulement » : il distingue le partage bienveillant d’un bonheur et le souhait de le posséder. La série négative s’accompagne ainsi d’une analyse. Elle ne nie pas l’existence du bonheur de H.1 ; elle conteste qu’il constitue l’horizon nécessaire de toute vie.

Effet sur le lecteur. Le lecteur entend d’abord une protestation fébrile, puis la distinction précise qui la rend intelligible.

Interprétation. H.2 refuse la jalousie parce qu’elle convertirait son altérité en adhésion cachée au modèle qu’il quitte.

Transition. Le premier mouvement a sollicité une identité, fait tomber le mot « jaloux » puis refusé le désir qu’il suppose. H.2 peut maintenant interroger le modèle de bonheur que ce diagnostic cherchait à préserver.

★ II.a. Le monument verbal : le bonheur particulier devient « le Bonheur »

Orientation. H.2 transforme le mode de vie de son ami en norme universelle afin d’en montrer la prétention.

Citation. « Ce ne serait donc pas le Bonheur ? Le vrai Bonheur, reconnu partout ? » (réplique 178).

Procédé principal. Questions rhétoriques.

Procédé secondaire. Article défini, majuscule et reprise nominale.

Analyse. L’article défini singulier et la majuscule produisent une abstraction presque monumentale. Il ne s’agit plus du bonheur d’H.1, mais du « Bonheur » censé valoir pour tous. L’adverbe « donc » feint de tirer une conséquence scandalisée du refus de H.2. La seconde question ajoute « vrai » et le participe « reconnu », qui lie la vérité à l’approbation collective. « Partout » abolit toute exception géographique ou sociale. L’ironie de H.2 mime donc la voix d’une norme : si un bonheur est recherché par tous, ne pas le désirer paraît impossible. La forme interrogative ébranle toutefois ce présupposé en montrant qu’une seule expérience dissidente suffit à ouvrir la question.

Effet sur le lecteur. Le lecteur voit une réussite privée se gonfler ironiquement jusqu’à devenir une institution universelle.

Interprétation. La valeur du bonheur officiel dépend moins de son contenu que du consensus qui le reconnaît.

Liaison. Quelle image H.2 invente-t-il pour représenter la peur provoquée par l’exception ?

★ II.b. Une menace cachée : le conte matérialise l’exception

Orientation. H.2 fait surgir une petite princesse au fond d’une forêt pour figurer ce qui échappe au regard du modèle dominant.

Citation. « cachée au fond de la forêt, une petite princesse » (réplique 178).

Procédé principal. Allusion au conte de fées.

Procédé secondaire. Expansion spatiale et adjectifs de petitesse.

Analyse. Le participe « cachée » et le complément « au fond de la forêt » éloignent la princesse du monde visible et reconnu. « Petite » ne lui donne aucun pouvoir institutionnel ; elle existe en marge. H.2 emprunte ensuite le miroir et la reine à un conte connu, mais adapte le scénario à leur dispute. L’image rend sensible la possibilité qu’une valeur inconnue défasse une hiérarchie reconnue. Elle permet aussi à H.2 de parler indirectement : au lieu de définir son propre bonheur, il raconte l’inquiétude supposée de H.1. Le registre merveilleux contraste avec le vocabulaire social du catalogue. L’invention ouvre un espace où ce qui n’a ni nom ni statut peut pourtant menacer la certitude royale.

Effet sur le lecteur. Le lecteur voit apparaître une figure minuscule dont l’existence suffit à troubler un ordre assuré.

Interprétation. Le conte donne une image à l’altérité cachée sans encore la soumettre à une catégorie abstraite.

Liaison. H.1 comprend-il la menace comme H.2 voulait la formuler ?

◆ II.c. La fausse bonne réponse : H.1 rétablit une échelle commune

Orientation. H.1 traduit la princesse en concurrente et ramène l’inconnu à une comparaison de grandeurs.

Citation. « Un autre bonheur... plus grand ? » (réplique 181).

Procédé principal. Phrase nominale interrogative.

Procédé secondaire. Comparatif de supériorité.

Analyse. Le groupe nominal « Un autre bonheur » paraît d’abord reconnaître la pluralité. Pourtant, l’ajout suspendu « plus grand » place aussitôt les deux expériences sur une même échelle. L’interrogation cherche l’approbation de H.2 et montre qu’H.1 peut concevoir l’altérité seulement comme concurrence. Le comparatif maintient un critère partagé : même supérieur, l’autre bonheur resterait mesurable et identifiable comme bonheur. H.2 répondra « Non justement », car le danger n’est pas une défaite dans le classement. La brièveté de la réplique d’H.1 révèle ainsi le réflexe que le long développement de H.2 tente de défaire : traduire l’inconnu dans une hiérarchie déjà disponible.

Effet sur le lecteur. Le lecteur reconnaît une interprétation plausible qui manque pourtant le cœur de la découverte.

Interprétation. H.1 accepte la différence tant qu’elle reste comparable et confirme l’existence d’une mesure commune.

Transition. Le deuxième mouvement a élevé le bonheur reconnu en norme, inventé une exception cachée puis montré qu’H.1 la convertit en supériorité mesurable. H.2 doit maintenant distinguer le bonheur concurrent du bonheur sans rubrique.

★ III.a. La condition d’admission : reconnaître et classer

Orientation. H.2 affirme qu’H.1 tolérerait même un bonheur supérieur s’il demeurait lisible dans l’ordre commun.

Citation. « A condition qu’il soit reconnu, classé » (réplique 184).

Procédé principal. Subordonnée circonstancielle de condition.

Procédé secondaire. Couple de participes passés au passif.

Analyse. « À condition que » limite explicitement la générosité prêtée à H.1. Les deux participes « reconnu, classé » décrivent moins des qualités du bonheur que les opérations accomplies sur lui par une collectivité implicite. La voix passive efface les agents, comme si la reconnaissance et le classement allaient de soi. Leur juxtaposition établit une progression : identifier une expérience, puis lui assigner une place. H.2 admet même qu’un bonheur puisse être « plus grand » ; ce n’est donc pas la hiérarchie qui effraierait H.1, mais l’impossibilité de l’appliquer. L’ordre social supporte la diversité lorsqu’il possède les catégories qui la rendent repérable et récupérable.

Effet sur le lecteur. Le lecteur comprend que la tolérance affichée dépend d’une opération préalable de normalisation.

Interprétation. La reconnaissance peut devenir une prise de pouvoir lorsqu’elle exige que toute expérience entre dans une classe.

Liaison. Quelle image concrète donne à ce classement sa forme institutionnelle ?

◆ III.b. La grande administration des joies : le catalogue promet une place à tout

Orientation. H.2 représente les bonheurs reconnus comme des objets enregistrés dans un catalogue collectif.

Citation. « Il faut qu’il figure au catalogue parmi tous les autres bonheurs » (réplique 184).

Procédé principal. Métaphore administrative et commerciale du catalogue.

Procédé secondaire. Tournure impersonnelle d’obligation.

Analyse. « Il faut » présente l’inscription comme une nécessité, non comme une préférence d’H.1. Le verbe « figure » suggère une présence officielle et vérifiable. Le « catalogue » transforme les expériences en entrées consultables, tandis que « parmi tous les autres » promet une pluralité déjà ordonnée. H.2 cite le moine et le stylite : même les vies ascétiques, éloignées du bonheur mondain d’H.1, peuvent être rangées dans la « béatitude des mystiques, des saints ». Le classement paraît donc accueillant. Mais cette largeur confirme sa puissance : il reconnaît les différences déjà nommées et rend suspecte celle qui ne possède aucune rubrique. Le catalogue contient beaucoup pour faire croire qu’il peut contenir tout.

Effet sur le lecteur. Le lecteur imagine un inventaire immense dont l’ouverture apparente rend l’exclusion plus nette.

Interprétation. La norme moderne ne supprime pas les singularités reconnues ; elle les absorbe dans son système de noms.

Liaison. Le bonheur de H.2 peut-il finalement recevoir l’une de ces places disponibles ?

○ III.c. La case absente : « nulle part » protège et isole

Orientation. H.2 clôt l’extrait en refusant toute localisation de son expérience dans les listes proposées.

Citation. « Ni là, ni ailleurs. Ce n’est inscrit nulle part » (réplique 186).

Procédé principal. Négation corrélative puis négation totale.

Procédé secondaire. Indéfinis spatiaux opposés, « ailleurs », « nulle part ».

Analyse. « Ni là, ni ailleurs » parcourt d’abord les deux possibilités : la rubrique mystique et toutes les autres. La phrase suivante reprend le refus par « ne... nulle part » et emploie le participe « inscrit », qui appartient au vocabulaire de l’enregistrement. Aucun nom positif n’est donné au bonheur de H.2. Cette absence lui conserve sa singularité, mais elle le prive aussi de reconnaissance partagée. La cadence est brève après les longues listes : le catalogue rencontre une limite nette. Le passage ne prouve donc pas que H.2 est heureux ; il affirme que l’absence de rubrique ne suffit pas à invalider son expérience. Le vide lexical devient à la fois liberté et solitude.

Effet sur le lecteur. Le lecteur reste devant une expérience non définie dont l’existence résiste à toutes les cases.

Interprétation. Le bonheur sans nom échappe au pouvoir du classement, au prix d’une reconnaissance toujours incertaine.

04Conclusion rédigée

Le passage transforme une accusation de jalousie en enquête sur les conditions de reconnaissance du bonheur. H.1 impose d’abord un mot simple qui ferait du retrait de H.2 une envie cachée. H.2 refuse cette explication, ironise sur le « vrai Bonheur » et invente la petite princesse du conte. H.1 traduit encore cette figure en bonheur « plus grand », mais H.2 déplace la question : une différence mesurable resterait acceptable si elle était reconnue et classée. La véritable menace est une expérience absente du catalogue. « Ce n’est inscrit nulle part » ne définit pas cette joie ; la phrase défend son droit à exister hors des rubriques et montre simultanément la solitude de celui qui ne peut la faire reconnaître.

05Mémo pour l’oral

Situer : après l’échec des témoins, H.1 explique le retrait de H.2 par la jalousie.

Problématique : comment le refus d’un diagnostic psychologique fait-il apparaître un bonheur sans nom ?

Mouvement I : identité réclamée, mot « jaloux » prononcé, désir supposé refusé.

Mouvement II : Bonheur universel ironisé, conte de la princesse, erreur du « plus grand ».

Mouvement III : reconnaissance sous condition, catalogue des joies, inscription impossible.

Conclusion : le bonheur de H.2 résiste moins à une hiérarchie qu’au principe même de la case.

Appuis ★ repris : I.a I.b II.a II.b III.a

06Tableau procédés, effets, sens, oral

Forme | Appui | Effet | Emploi à l’oral |

Double question | « Et moi quoi ? » | exige une identité | presser la relance |

Suspension | « Tu... tu étais... » | retarde le verdict | marquer les coupures |

Répétition | « Pas, pas, pas » | refuse l’étiquette | marteler sans crier |

Majuscule | « le Bonheur » | monumentalise la norme | détacher le nom |

Conte | « petite princesse » | figure l’exception | faire voir l’image |

Comparatif | « plus grand » | rétablit l’échelle | laisser monter la question |

Passif | « reconnu, classé » | efface les classeurs | souligner les participes |

Métaphore | « catalogue » | administre les joies | poser le mot froidement |

Négation | « nulle part » | ferme les rubriques | conclure nettement |

07Tableau de couverture
Prise ★RangDans le mémo
I.a★oui
I.b★oui
II.a★oui
II.b★oui
III.a★oui

Élément incontournable | Présent dans le mémo | Contrôle |

Situation | oui | reprise après les témoins |

Problématique | oui | diagnostic et bonheur sans nom |

Jalousie | oui | mot imposé puis refusé |

Bonheur officiel | oui | article et majuscule |

Conte | oui | reine, miroir, princesse |

Comparaison | oui | « plus grand » corrigé |

Classement | oui | reconnaissance et catalogue |

Issue | oui | aucune inscription possible |

08Erreurs rédhibitoires

Erreur | Pourquoi elle est grave | Formulation correcte |

Affirmer que H.2 avoue sa jalousie | il la nie et distingue joie pour l’autre et envie | H.1 impose le diagnostic que H.2 conteste |

Dire que H.2 veut un bonheur supérieur | il refuse précisément cette lecture | il évoque un bonheur sans échelle commune |

Résumer le conte à une fantaisie | il figure une menace pour l’ordre reconnu | l’image rend visible l’exception cachée |

Présenter le catalogue comme une simple liste | il représente une puissance de classement | la métaphore montre les conditions sociales de reconnaissance |

Faire du bonheur sans nom une certitude objective | le passage ne le définit ni ne le prouve | H.2 revendique une expérience non inscrite |

09Analyse grammaticale
  1. Question grammaticale 1
  2. Question grammaticale 2
  3. Question grammaticale 3

Phrase 1

« Qu’est-ce que j’étais ? » : interrogation directe portant sur l’attribut du sujet « je » ; « étais » est à l’imparfait de l’indicatif.

Phrase 2

« que je sois jaloux » : subordonnée conjonctive complétive de « il te fallait » ; subjonctif présent.

Phrase 3

« qu’il figure au catalogue » : subordonnée conjonctive sujet réel d’une tournure impersonnelle ; subjonctif présent.

Leçon à retenir

L’attribut peut être visé par l’interrogation, la complétive peut compléter un verbe ou fournir le sujet réel d’une tournure impersonnelle, et le subjonctif apparaît ici sous la dépendance d’une nécessité.

Dépendances du fonds : /assets/le-dragon-passe.js.

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