Nathalie Sarraute · Pour un oui ou pour un non
Animation de l’explication 4 · Explication linéaire 4 : combattre en vers
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Point de départ · 1/14
Explication linéaire 4 : combattre en vers
Cyrano commence par expliquer la forme de la ballade, comme si le duel était une leçon. Il promet de composer le poème en combattant et de toucher Valvert au dernier vers. La création devient visible lorsqu’il choisit ses rimes, puis l’anaphore de « je » synchronise gestes et paroles. Le refrain rapproche chaque strophe de l’échéance. Interrogations, bruits, insultes et verbes d’escrime transforment enfin l’adversaire en matière du poème, jusqu’à la touche annoncée.
Adresse du passage : Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, acte I, scène 4, ballade du duel.
Comment Rostand fait-il coïncider la virtuosité poétique, le comique du duel et la victoire scénique de Cyrano ?
Trois mouvements
- Cyrano annonce un duel changé en poème.
- La ballade accompagne chaque geste de l’épée.
- Le langage touche avant l’épée.
Analyse 1 · 2/14
★ I.a. La didascalie transforme la menace en leçon : une étape de la progression
Cyrano commence par définir la forme qu’il va improviser.
«récitant comme une leçon» (V1-S1).
didascalie de manière.
La comparaison donne au héros le calme d’un professeur au milieu du duel. Le savoir poétique devient déjà une supériorité sur le vicomte agité.
Le lecteur de la scène et celui de la salle attendent une démonstration.
Cyrano prend le contrôle du combat en imposant ses propres règles.
Analyse 2 · 3/14
★ I.b. La définition métrique retarde plaisamment le combat : une étape de la progression
Cyrano expose la structure de la ballade avant de tirer son épée.
«La ballade, donc, se compose de trois / Couplets de huit vers…» (V1-S1).
présent de définition.
Le présent donne une valeur didactique, tandis que l’enjambement reporte le nombre sur le vers suivant. Les suspensions laissent le vicomte attendre et piétiner.
Le lecteur savoure le contraste entre la leçon calme et l’urgence du duel.
La forme poétique devient une arme de maîtrise temporelle.
Analyse 3 · 4/14
★ I.c. Le dernier vers devient une échéance dramatique : une étape de la progression
Cyrano lie la touche finale à la fin du poème.
«Et vous toucher, monsieur, au dernier vers.» (V1-S1).
promesse performative.
Le verbe « toucher » appartient au duel, tandis que « dernier vers » appartient au poème. Leur réunion fixe une échéance que chaque strophe rapprochera.
Le lecteur peut mesurer la progression simultanée du texte et du combat.
La contrainte formelle produit le suspense de la scène.
Analyse 4 · 5/14
◆ II.a. Le choix des rimes se joue devant le public : une étape de la progression
Cyrano montre la naissance du poème au lieu de cacher son effort.
«Attendez !… je choisis mes rimes… Là, j’y suis.» (V1-S2).
verbes au présent et métathéâtre.
L’impératif suspend le duel, puis le présent « je choisis » expose le travail créateur. La phrase brève « Là, j’y suis » annonce la réussite immédiate.
Le lecteur partage le temps de l’improvisation et son risque.
La création devient une action scénique aussi visible que l’escrime.
Analyse 5 · 6/14
◆ II.b. L’anaphore de je synchronise parole et mouvement : une étape de la progression
Cyrano décrit ses gestes au moment où il les accomplit.
«Je jette avec grâce mon feutre, / Je fais lentement l’abandon… / Et je tire mon espadon» (V1-S2).
anaphore du pronom sujet.
La répétition de « je » règle trois gestes successifs : jeter, abandonner, tirer. Les adverbes « avec grâce » et « lentement » donnent au duel l’élégance d’une cérémonie.
Le lecteur voit chaque vers commander une étape de la préparation.
Cyrano impose son rythme au corps, au texte et à son adversaire.
Analyse 6 · 7/14
◆ II.c. Le refrain convertit la promesse en certitude : une étape de la progression
Chaque strophe s’achève par l’annonce de la touche.
«Qu’à la fin de l’envoi, je touche !» (V1-S2).
refrain.
La répétition identique donne à la formule une valeur prophétique. Le présent « touche » anticipe l’action future comme si elle était déjà accomplie.
Le lecteur attend le retour du refrain et la réalisation de la menace.
La contrainte de la ballade construit le suspense comique du duel.
Analyse 7 · 8/14
○ III.a. Les interrogations transforment le corps adverse en cible comique : une étape de la progression
Cyrano feint de choisir l’endroit où il frappera.
«Où vais-je vous larder, dindon ?… / Dans le flanc… ?… / Au cœur… ?…» (V1-S3).
série d’interrogations.
Les questions retardent le choix et détaillent le corps du vicomte. « Dindon » rabaisse l’adversaire au rang d’une volaille destinée à être piquée.
Le lecteur rit d’un ennemi déjà vaincu par la parole.
Cyrano transforme la menace physique en jeu verbal humiliant.
Analyse 8 · 9/14
○ III.b. La recherche de rime produit l’insulte nécessaire : une étape de la progression
Cyrano annonce une difficulté avant de la résoudre sur son adversaire.
«Il me manque une rime en eutre… / C’est pour me fournir le mot pleutre !» (V1-S3).
rime métalinguistique et pointe.
Le manque est formulé au milieu du combat, puis le recul du vicomte fournit le mot attendu. La rime « eutre / pleutre » convertit le comportement en matériau poétique.
Le lecteur assiste à une résolution simultanément verbale et guerrière.
La supériorité de Cyrano vient de sa capacité à intégrer l’imprévu dans la forme.
Analyse 9 · 10/14
○ III.c. La touche finale coïncide avec la clôture du poème : une étape de la progression
Cyrano annonce l’envoi, multiplie les gestes puis se fend.
«Je coupe, je feinte… / Hé ! là donc […] À la fin de l’envoi, je touche.» (V1-S3).
accumulation de verbes d’escrime.
Les verbes brefs accélèrent l’action, tandis que la suspension précède la fente. Le refrain revient sans exclamation : la touche réalisée n’a plus besoin d’être promise.
Le lecteur reçoit une résolution exacte et spectaculaire.
Rostand fait coïncider la victoire du héros, la fin de la ballade et la chute scénique du vicomte.
Grammaire 1 · 11/14
Phrase 1
« Où vais-je vous larder, dindon ? » : L’adverbe interrogatif « où » porte sur le lieu de la touche. L’inversion « vais-je » marque l’interrogation directe partielle, tandis que le nom « dindon », détaché par une virgule, exerce la fonction d’apostrophe.
Grammaire 2 · 12/14
Phrase 2
« Non ! » : L’adverbe-phrase « Non » constitue à lui seul une réplique et exprime une négation totale de la promesse précédente. L’exclamation traduit moins une démonstration qu’un refus immédiat de Valvert, que l’action suivante va démentir.
Grammaire 3 · 13/14
Phrase 3
« Qu’à la fin de l’envoi, je touche ! » : La proposition introduite par « que » complète le verbe de parole « je vous préviens ». En son sein, « à la fin de l’envoi » est un groupe prépositionnel complément circonstanciel de temps ; il fixe l’échéance commune du poème et du duel.
Bilan · 14/14
Répondre à la problématique
Comment Rostand fait-il coïncider la virtuosité poétique, le comique du duel et la victoire scénique de Cyrano ? Le passage répond en transformant chaque reprise en action. Le premier mouvement construit cyrano annonce un duel changé en poème. Le deuxième fait apparaître la ballade accompagne chaque geste de l’épée. Le troisième conduit à le langage touche avant l’épée. La progression ne livre pas une psychologie certaine : elle rend observables les effets de la parole et les interprétations qui séparent ou hiérarchisent les interlocuteurs.