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Nathalie Sarraute · Pour un oui ou pour un non · Commentaire linéaire 4

Explication linéaire 4 : Devant la fenêtre

Treize étapes accompagnées, puis neuf tiroirs pour l’épreuve.

L’explication à côté de toi

Le fil parlé

Treize étapes pour comprendre, dire et retenir avant d’ouvrir le dossier de l’épreuve.

Le passage

Titre élève : Devant la fenêtre : un rapprochement pris au piège des mots. Nathalie Sarraute, Pour un oui ou pour un non. Début : didascalie où H. 1 se dirige vers la porte puis s’arrête devant la fenêtre (SA-E-0192). Fin : H. 1 mentionne le mur, le toit et le ciel au-dessus du toit (SA-E-0216). Le passage commence par un déplacement sur scène et se termine par la persistance d’une interprétation contestée. Tableau de lecture : repère local / texte dans le périmètre autorisé / reformulation ; dans une œuvre en français moderne, la troisième colonne se nomme « Pour comprendre », pas « Traduction ». Reformulations dans l’ordre : 192–197, un regard partagé rapproche les amis ; 198–203, H. 1 entend une citation que H. 2 ne revendique pas ; 204–216, H. 1 traite cette invitation comme un piège analogue à celui dont il était accusé.

↑ le fil

Ces hésitations te déroutent ?

La difficulté vient de la scène : les personnages discutent moins d’un événement visible que de ce qu’ils croient entendre derrière les mots. Garde d’abord trois faits. H. 1 s’arrête devant une fenêtre. H. 2 se rapproche de lui. Puis le nom de Verlaine transforme cet accord fragile en nouvelle dispute. Tu peux suivre ces trois changements avant de chercher le nom des procédés.

↑ le fil

Avant tout : que se passe-t-il ?

Qui est là ? Les deux amis, H. 1 et H. 2. Que se passe-t-il ? Leur discussion paraît s’apaiser devant la fenêtre. H. 1 reconnaît dans une phrase de son ami des mots associés à Verlaine. H. 2 affirme qu’il n’avait pas pensé au poète. Quel problème la scène fait-elle comprendre ? Une parole offerte comme un rapprochement peut être reçue comme une manière d’attirer et de dominer l’autre.

↑ le fil

D’où l’on part, où l’on arrive

Avant cette pause, les amis ont discuté de leur bonheur, de leurs différences et du sentiment d’être enfermé dans les catégories de l’autre. La fenêtre semble offrir une sortie à leur affrontement. À la fin de l’extrait, cette sortie est refermée par une nouvelle attribution : H. 1 soupçonne H. 2 de posséder lui aussi un domaine réservé. Les mots « poésie » et « poétique », puis la question des guillemets, prolongent cette reprise du conflit après notre borne finale.

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Ton entrée en matière, six phrases

Tous les blocs Ce que tu dis sont rendus en vert, y compris à l’impression si la couleur est disponible ; le libellé les identifie aussi sans couleur.

  1. Ce que tu dis. « Nathalie Sarraute s’intéresse aux mouvements intérieurs que les paroles ordinaires font naître entre les personnes. »
  2. Ce que tu dis. « Dans Pour un oui ou pour un non, deux amis essaient de comprendre pourquoi leur relation s’est abîmée. »
  3. Ce que tu dis. « Dans cet extrait, une pause devant la fenêtre paraît leur permettre de se rapprocher. »
  4. Ce que tu dis. « Les gestes, les hésitations et les paroles reprises font pourtant renaître leur conflit. »
  5. Ce que tu dis. « Comment la scène transforme-t-elle un moment de proximité en nouvelle lutte pour décider du sens des mots ? »
  6. Ce que tu dis. « Qu’est-ce qui rapproche les amis, pourquoi le nom de Verlaine les sépare-t-il, et de quelle manière l’accusation se retourne-t-elle ? »
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Première halte : se retrouver devant la fenêtre

Bornes : de « Se dirige vers la porte » à « Mais qu’est-ce que tu as ? ».

Appui 1. « S’arrête devant la fenêtre » : c’est une didascalie. Le départ est interrompu par un regard, pas par un argument victorieux. Ce que tu dis. « L’arrêt de H. 1 suspend la séparation et rend possible une rencontre différente. »

Appui 2. La main sur l’épaule est aussi indiquée par une didascalie. H. 2 réduit la distance entre les corps avant de proposer une explication. Ce que tu dis. « Le rapprochement existe d’abord dans le geste, même si la discussion n’est pas résolue. »

Appui 3. « Tout à coup » marque la soudaineté du sentiment de proximité. H. 2 ne décrit pas un accord définitivement installé. Ce que tu dis. « La scène rend sensible une proximité qui revient dans l’instant et peut encore se perdre. »

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Deuxième halte : qui a parlé de Verlaine ?

Bornes : de « La vie est là… simple et tranquille… » à « Qu’est-ce qui te prend tout à coup ? ».

Appui 4. H. 1 transforme une phrase en citation attribuée. « N’est-ce pas ? » demande un accord sur le nom du poète. Ce que tu dis. « La question fait passer les amis de ce qu’ils regardent à l’origine supposée d’une parole. »

Appui 5. H. 2 ne nie pas que les mots existent chez Verlaine : il nie avoir pensé à lui. La négation porte sur cette intention. Ce que tu dis. « Les amis ne discutent pas seulement des mots prononcés, mais de l’intention qu’on leur attribue. »

Appui 6. « Nous avons […] fait nos classes » invoque un passé scolaire partagé. H. 1 s’appuie sur ce savoir commun pour faire paraître la suite de la citation inévitable. Ce que tu dis. « La culture commune devient un argument qui oblige H. 2 à se défendre. »

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Troisième halte : retourner le piège

Bornes : de « Qu’est-ce qui me prend ? » à « on y était en plein… ».

Appui 7. « Celui qui…, c’est toi » détache l’identité du responsable. Le « petit bout de lard » reprend l’image du piège discutée auparavant. Ce que tu dis. « H. 1 utilise les mots du conflit pour placer son ami dans le rôle de celui qui attire. »

Appui 8. « Tu l’as dit. Implicitement. » sépare l’accusation de sa justification. H. 1 traite ce qu’il a compris comme une parole imputable à H. 2. Ce que tu dis. « L’interprétation devient une preuve que l’ami ne parvient plus à récuser. »

Appui 9. « Admettons » semble concéder l’absence d’intention ; la suite maintient pourtant le rapprochement avec le paysage de Verlaine. Ce que tu dis. « La concession change la forme de l’accusation sans rendre aux amis leur accord. »

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La réponse

La scène fait renaître le conflit lorsque chaque ami ne peut plus faire reconnaître le sens de sa propre parole. Le geste et le regard avaient rapproché les personnages. L’attribution d’une citation puis l’imputation d’un piège donnent à l’un le pouvoir de dire ce que l’autre aurait signifié malgré ses dénégations. Aucun narrateur ne vient établir l’intention véritable.

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Le passage se prolonge

Le conflit initial autour de « C’est bien… ça… » opposait déjà des mots apparemment ordinaires et le ton qu’un ami y avait entendu. Devant la fenêtre, cette difficulté change de côté : H. 1 invoque maintenant un implicite que H. 2 refuse de reconnaître. Après l’extrait, les guillemets autour de la poésie rendent de nouveau sensible une distance contenue dans la manière de parler.

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Mesure le chemin

Tu peux maintenant distinguer le rapprochement visible, l’attribution à Verlaine et le retournement du piège. Tu sais aussi éviter une conclusion trop rapide : le refus de H. 2 ne prouve pas à lui seul son innocence, pas plus que l’assurance de H. 1 ne prouve son accusation. Ce que tu dis. « Le théâtre laisse entendre la lutte des interprétations sans nous donner une voix extérieure pour trancher. »

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Trois constructions, trois réponses de grammaire

Trois constructions sont prêtes dans le dossier. D'abord, la négation « Je n'ai pas pensé à Verlaine » : demande-toi exactement ce qu'elle refuse. Ensuite, « Attiré où ? » : le mot interrogatif réclame un lieu, malgré la phrase raccourcie. Enfin, dans « celui qui a placé le petit bout de lard », rattache « qui » à « celui » et donne-lui sa fonction de sujet. Les réponses développées t'attendent au neuvième tiroir.

↑ le fil

Tu peux t’arrêter là

Cette scène paraissait faite de presque rien. Tu as suivi ses gestes, ses changements de voix et les mots qui reprennent le conflit. Tu peux refermer la page : le chemin parcouru tient maintenant dans trois moments.

↑ le fil

Fin de l’explication accompagnée

La voix change

La voix qui t’accompagnait s’efface : finie la lettre, place au dossier de travail.

Je m’arrête iciJ’ouvre le dossier

Le dossier de l’épreuve

La même explication, classée pour la révision

01Le texte, dit simplement

Dans ce texte, Sarraute raconte un rapprochement entre deux amis pour montrer combien le sens d’une parole peut devenir un objet de lutte. H. 1 est sur le point de partir ; il s’arrête devant la fenêtre. Dans le premier mouvement, H. 2 rejoint son ami et partage avec lui son attachement au lieu. L’idée importante est que le regard et le geste rendent une proximité possible. Dans le deuxième mouvement, H. 1 entend une phrase de Verlaine là où H. 2 dit ne pas avoir pensé au poète. L’idée importante est que reconnaître des mots et attribuer une intention sont deux opérations différentes. Dans le troisième mouvement, H. 1 reprend l’image d’un piège et accuse son ami de l’avoir attiré sur son propre terrain. La leçon du passage est que l’amitié peut être menacée quand chacun prétend connaître le sens caché des paroles de l’autre.

02L’introduction rédigée

Nathalie Sarraute explore les mouvements presque imperceptibles qui se développent sous les échanges ordinaires. Son théâtre donne à ces tensions une présence scénique par les voix, les interruptions et les silences. Pour un oui ou pour un non confronte deux amis qui cherchent l’origine de leur éloignement. Après une discussion sur le bonheur et sur les catégories où chacun se sent enfermé, un arrêt devant la fenêtre semble permettre leur rapprochement. Ce dialogue fait pourtant glisser la rencontre vers une dispute sur une citation supposée de Verlaine. Comment la scène transforme-t-elle un moment de proximité en nouvelle lutte pour décider du sens des mots ? Qu’est-ce qui rapproche les amis, pourquoi le nom de Verlaine les sépare-t-il, et de quelle manière l’accusation se retourne-t-elle ?

03L’explication linéaire
I. Une halte partagée : la proximité revient sans régler le désaccord

De « Se dirige vers la porte » à « Mais qu’est-ce que tu as ? ». Le déplacement prévu s’interrompt. Le regard vers l’extérieur donne lieu à un rapprochement corporel puis à un aveu d’attachement. Le mouvement conserve la fragilité de cet accord en le faisant apparaître dans un instant.

★ I.a. Un départ suspendu : le regard rouvre la rencontre

H. 1 allait quitter le lieu de la discussion ; un arrêt devant la fenêtre introduit une action qui ne prolonge pas immédiatement les accusations.

Citation : « S'arrête devant la fenêtre. » (SA-E-0192).

Procédé principal : didascalie (« S’arrête »).

Analyse. Le verbe pronominal indique une interruption et suppose le déplacement qui le précède. Il ne donne pas un motif intérieur à cette interruption : la consigne porte sur une action visible que la représentation doit faire exister. Le complément « devant la fenêtre » organise un nouveau rapport à l’espace. H. 1 ne se tourne pas d’abord vers son ami pour lui répondre ; son attention quitte le face-à-face de la dispute. La fenêtre ouvre le regard vers un dehors que les paroles décriront ensuite. Elle demeure un objet concret avant de recevoir une fonction dans l’échange. La suite de verbes séparés par des points distingue les étapes du jeu : se diriger, s’arrêter, regarder. Cette succession permet de faire sentir un temps de suspension sans qu’un discours annonce une réconciliation. Le changement de situation reste offert à l’autre personnage, qui peut l’observer puis s’en approcher. Rien dans la didascalie n’autorise encore à dire que H. 1 tend volontairement un piège.

Effet sur le lecteur. Le lecteur perçoit une pause dans l’affrontement avant d’en connaître les conséquences.

Interprétation. La relation peut se déplacer par un geste que les paroles n’avaient pas préparé. Le théâtre donne à cette possibilité une forme visible, sans la garantir pour la suite.

Phrase de liaison. Que fait H. 2 de cette interruption du départ ?

◆ I.b. La main avant l’explication : une présence offerte à l’autre

H. 2 rejoint physiquement son ami avant de reparler du conflit, comme si une autre manière d’être ensemble devenait possible.

Citation : « lui met la main sur l'épaule » (SA-E-0193).

Procédé principal : didascalie (« lui met la main sur l’épaule »).

Analyse. La consigne vient après deux étapes : H. 2 observe puis s’approche. Le mouvement est orienté vers H. 1, désigné par le pronom « lui », et aboutit à un contact localisé. L’épaule donne au geste une place concrète, distincte d’un face-à-face où il faudrait aussitôt soutenir le regard de l’autre. Le texte ne qualifie pas ce geste d’affectueux ou de manipulateur ; il demande d’abord qu’il ait lieu. La parole « Pardonne-moi » arrive dans cette proximité et peut être reçue à partir d’elle. H. 2 revient ensuite sur les explications, sur ce qu’on dit et sur ce qu’on pense : il reconnaît que leur discussion peut produire des paroles qui dépassent les sentiments. Le contact ne démontre pas que ce diagnostic est juste. Il lui donne une situation d’énonciation nouvelle. Les corps sont rapprochés alors même que le désaccord n’a pas reçu de solution commune. L’action scénique et l’explication verbale restent deux données qu’il faut suivre sans les confondre.

Effet sur le lecteur. Le lecteur voit le rapprochement des corps précéder toute résolution argumentée de la dispute.

Interprétation. L’amitié subsiste dans un geste qui ne dépend pas de l’accord sur les mots. Cette proximité peut être éprouvée sans que l’origine du conflit ait été effacée.

Phrase de liaison. De quelle manière H. 2 formule-t-il la proximité que ce geste accompagne ?

★ I.c. La soudaineté du proche : un accord attaché à l’instant

H. 2 décrit le retour de son attachement à partir de ce qu’il observe chez son ami, sans transformer ce moment en état durable.

Citation : « tout à coup tu m'es proche » (SA-E-0195).

Procédé principal : locution adverbiale temporelle (« tout à coup »).

Analyse. La locution place le changement dans une survenue. H. 2 ne dit pas seulement que son ami est proche ; il situe le moment où cette proximité se fait sentir de nouveau. Le présent « es » rapporte l’expérience à la rencontre actuelle et le pronom « m’ » en donne le point d’épreuve : la proximité est ressentie par celui qui parle. Le passage décrit auparavant une forme d’abandon dans le regard de H. 1, puis il enchaîne avec les éléments de l’endroit que H. 2 aime. Le sentiment relie un comportement de l’ami et un espace regardé ensemble. Les reprises et les suspensions autour de cette formulation montrent une recherche d’expression, non un discours préparé qui aurait déjà maîtrisé son effet. H. 2 multiplie les précautions lorsqu’il évoque une force difficile à dire. La brièveté de « tu m’es proche » prend place dans cet effort. La dernière question du mouvement, suscitée par une réaction de H. 1, interrompt l’expansion de l’accord au moment où elle semblait se poursuivre.

Effet sur le lecteur. Le lecteur éprouve la brièveté d’un accord qui apparaît avant d’être de nouveau menacé.

Interprétation. Sarraute donne à la proximité une durée fragile. Le moment partagé n’efface ni la différence des sensibilités ni la possibilité d’entendre autrement les paroles de l’ami.

Transition vers le mouvement II. Le regard et le geste ont rendu la rencontre possible sans résoudre le conflit. Pourquoi une référence littéraire suffit-elle à déplacer cet accord vers une nouvelle défense ?

II. Une parole attribuée : le savoir partagé devient un désaccord

De « La vie est là… simple et tranquille… » à « Qu’est-ce qui te prend tout à coup ? ». H. 1 complète la phrase de son ami et lui associe le nom de Verlaine. H. 2 distingue ses paroles de l’intention qu’on leur prête. La culture commune devient l’appui d’une interprétation qu’il ne parvient pas à faire abandonner.

★ II.a. Une question qui assigne : reconnaître devient attribuer

H. 1 reprend et complète la phrase entendue avant de demander à son ami de confirmer le nom du poète auquel il la rattache.

Citation : « C'est de Verlaine, n'est-ce pas ? » (SA-E-0198).

Procédé principal : interrogation (« n’est-ce pas ? »).

Analyse. L’énoncé commence par une proposition affirmative : l’attribution à Verlaine précède la demande d’accord. La reprise interrogative finale n’ouvre pas une recherche entièrement indéterminée de l’auteur ; elle sollicite la confirmation d’un nom déjà posé. H. 1 a auparavant répété la phrase en y ajoutant les mots qui lui font reconnaître la citation. Il produit ainsi l’énoncé complet sur lequel porte sa question. H. 2 répond que c’est bien de Verlaine, puis demande pourquoi cette attribution intervient. Le désaccord ne porte donc pas d’abord sur l’existence de la phrase chez le poète. Il concerne la relation entre cette reconnaissance et ce que l’ami vient de dire devant la fenêtre. Le texte laisse voir l’opération qui risque d’être escamotée : passer des mots entendus aux mots complétés, puis de la phrase reconnue à une intention attribuée. La question finale rend cette opération conversationnelle ; elle ne la transforme pas en preuve objective d’une pensée cachée.

Effet sur le lecteur. Le lecteur entend une demande de confirmation déplacer l’échange vers l’origine supposée de la parole.

Interprétation. Le savoir littéraire introduit une nouvelle dissymétrie : celui qui reconnaît une citation prétend pouvoir qualifier l’expérience de l’autre. La référence commune ne garantit plus une compréhension commune.

Phrase de liaison. Quelle distinction H. 2 oppose-t-il à cette attribution ?

◆ II.b. Nier une intention : la parole ne se confond pas avec sa source supposée

H. 2 admet le rapprochement verbal, tout en refusant que la référence à Verlaine explique ce qu’il voulait exprimer à cet instant.

Citation : « Je n'ai pas pensé à Verlaine » (SA-E-0201).

Procédé principal : négation (« n’… pas »).

Analyse. La négation porte sur le groupe verbal « ai pensé à Verlaine ». Elle ne nie ni l’existence du poète ni l’existence de la citation reconnue. Le passé composé situe la pensée contestée avant le moment où H. 2 répond : il revient sur ce qui aurait accompagné sa parole. La première personne revendique un accès à cette intention et s’oppose à l’explication de l’autre. La suite restreint ce qu’il reconnaît avoir fait : il a dit que la vie était là. Cette formulation maintient le lien à l’endroit regardé, sans accepter le développement littéraire que H. 1 lui donne. Les points de suspension ménagent une recherche et une reprise de l’énoncé. Ils ne suffisent pas à prouver que H. 2 hésite parce qu’il ment. La scène fait entendre une défense dont la portée est précise : un locuteur réclame de pouvoir distinguer la phrase qu’il prononce de l’ensemble des références qu’un autre y reconnaît. Cette demande reste contestable dans le dialogue, sans être réfutée par une voix extérieure.

Effet sur le lecteur. Le lecteur distingue les mots prononcés de la pensée que leur destinataire leur associe.

Interprétation. Le conflit atteint le droit de chacun à expliquer sa propre parole. L’affirmation d’une intention n’arrête pas l’interprétation de l’autre, ce qui rend l’accord plus difficile.

Phrase de liaison. Sur quelle autorité H. 1 s’appuie-t-il pour maintenir sa lecture ?

★ II.c. Les classes faites ensemble : la communauté devient contrainte

H. 1 invoque un apprentissage partagé pour rendre la continuation de la phrase évidente et fragiliser le refus de son ami.

Citation : « Nous avons quand même fait nos classes » (SA-E-0202).

Procédé principal : première personne du pluriel (« Nous »).

Analyse. Le pronom rassemble les deux amis dans une expérience passée, exprimée par le passé composé. H. 1 ne se présente pas comme le seul détenteur d’un savoir inaccessible : il l’attribue aussi à H. 2. Le possessif « nos » prolonge ce partage. La locution « quand même » suppose que ce bagage commun devrait faire obstacle à la dénégation : leurs études rendent la suite disponible à tous deux. L’expression familière « fait nos classes » évite un exposé savant et présente la reconnaissance littéraire comme une compétence acquise de longue date. Elle fonctionne dans la conversation comme un rappel que l’autre devrait admettre. Ce rappel ne prouve pourtant pas que la phrase a été prononcée avec cette référence à l’esprit. Il établit une possibilité de connaissance et la fait peser sur la déclaration d’intention. H. 2 se retrouve à devoir justifier l’écart entre ce qu’il sait et ce qu’il affirme avoir voulu dire. Son interrogation suivante porte sur cette situation de défense elle-même, qui a remplacé le partage sensible devant la fenêtre.

Effet sur le lecteur. Le lecteur voit un souvenir de formation commune se transformer en pression sur la réponse de H. 2.

Interprétation. Un savoir partagé peut devenir un instrument de mise en cause lorsqu’il sert à prescrire le sens que l’autre aurait dû donner à ses paroles. La proximité culturelle ne préserve pas l’amitié de la lutte des interprétations.

Transition vers le mouvement III. L’attribution à Verlaine a transformé l’accord sensible en désaccord sur l’intention. De quelle manière H. 1 reprend-il alors les accusations de son ami pour les retourner contre lui ?

III. Le piège retourné : l’interprétation prétend tenir lieu de preuve

De « Qu’est-ce qui me prend ? » à « on y était en plein… ». H. 1 réemploie le vocabulaire du piège discuté auparavant. La dénégation de H. 2 rencontre une accusation fondée sur l’implicite. La dernière concession préserve l’interprétation qu’elle semblait abandonner.

★ III.a. Le responsable désigné : l’accusation change de côté

H. 1 se saisit d’une image déjà présente dans leur discussion pour attribuer à son ami le rôle de celui qui attire l’autre.

Citation : « celui qui a placé le petit bout de lard, c'est toi » (SA-E-0204).

Procédé principal : construction clivée (« celui qui…, c’est toi »).

Analyse. Le groupe initial définit une action et laisse son responsable en attente. Le présentatif « c’est » introduit ensuite le pronom tonique « toi », placé à la fin de la construction. L’organisation de la phrase concentre l’attention sur cette attribution. Le « petit bout de lard » reprend l’image d’un appât, au lieu d’introduire une accusation formulée dans un vocabulaire neuf. H. 1 utilise ce que la discussion précédente lui a appris : celui qui se disait enfermé dans une cage peut à son tour être décrit comme attirant l’autre sur son terrain. La reprise crée une symétrie des positions accusatrices, pas une preuve que les deux intentions seraient identiques. Elle donne à H. 1 le moyen de faire reconnaître son accusation à l’intérieur du langage choisi par H. 2. La question de ce dernier sur le morceau de lard manifeste qu’il refuse encore la relation proposée entre le regard devant la fenêtre et le piège. La construction met en scène une désignation insistante dont la justesse demeure disputée.

Effet sur le lecteur. Le lecteur entend le rôle d’accusateur se déplacer sans que le vocabulaire du conflit soit quitté.

Interprétation. Le dialogue produit ses propres armes, que chacun peut reprendre contre l’autre. L’apprentissage de l’écoute se retourne ici en capacité accrue d’accuser.

Phrase de liaison. Que devient cette accusation lorsque H. 2 nie avoir prononcé la phrase qu’on lui attribue ?

★ III.b. L’implicite affirmé : une lecture résiste à la dénégation

H. 1 refuse de limiter sa réponse aux mots que H. 2 reconnaît avoir prononcés et maintient l’existence d’un sens sous-entendu.

Citation : « Tu l'as dit. Implicitement. » (SA-E-0212).

Procédé principal : segmentation (« dit. Implicitement. »).

Analyse. La première proposition affirme un acte de parole accompli. Le pronom « l’ » renvoie au contenu contesté, tandis que le passé composé le présente comme ayant eu lieu. Le point pourrait fermer cette affirmation sur un fait verbal. Le segment suivant ajoute pourtant un adverbe qui en modifie le statut : ce qui a été « dit » n’a pas nécessairement été formulé. Son isolement oblige à recevoir cette précision après la force de l’accusation initiale. H. 1 répond ainsi à la dénégation sur un autre terrain. H. 2 peut rappeler ses mots exacts sans atteindre ce qui lui est désormais imputé. Le texte rend sensible un glissement du prononcé vers l’interprété et ne fournit pas de critère extérieur pour le résoudre. L’assurance de H. 1 appartient à sa réplique ; elle ne devient pas la voix de l’autrice. La suite rassemble des catégories dont H. 2 prétend être éloigné et prépare la description de son propre domaine. L’adverbe isolé ouvre donc une nouvelle extension de l’accusation.

Effet sur le lecteur. Le lecteur entend le désaccord changer de terrain au moment où une vérification des mots semblait possible.

Interprétation. L’implicite devient difficile à discuter lorsqu’une interprétation est affirmée comme un fait de parole. Le conflit porte alors sur les règles mêmes qui permettraient de se répondre.

Phrase de liaison. Une concession de H. 1 peut-elle rendre à H. 2 la maîtrise du sens qu’il revendique ?

◆ III.c. Une concession limitée : le paysage continue d’accuser

H. 1 accepte provisoirement l’absence de référence consciente, tout en conservant les éléments qui soutiennent sa lecture du moment partagé.

Citation : « Bon. Admettons, je veux bien. » (SA-E-0216).

Procédé principal : concession (« Admettons »).

Analyse. Les segments brefs donnent à l’acceptation un caractère successif. « Bon » semble clore la résistance ; l’impératif à la première personne du pluriel propose ensuite un accord provisoire ; « je veux bien » réintroduit celui qui en autorise la possibilité. La phrase suivante reprend l’absence de pensée attribuée à H. 2, puis le connecteur adversatif relance la position de H. 1. La concession porte donc sur un point limité, la référence consciente, sans abandonner la relation que le paysage permettrait d’établir. Le petit mur, le toit et le ciel au-dessus du toit prolongent le rapprochement avec Verlaine. Ils sont des éléments de ce qui a été regardé et décrit, désormais sélectionnés comme indices par H. 1. L’espace qui avait rendu possible une rencontre sensible reçoit ainsi une autre fonction dans le dialogue. Il appuie une lecture dont H. 2 ne parvient pas à se dégager. La fin suspendue de la réplique laisse se poursuivre cette pression au-delà de notre extrait, vers les mots qui nommeront le domaine poétique.

Effet sur le lecteur. Le lecteur perçoit une concession qui ne restaure pas l’accord annoncé par ses premiers mots.

Interprétation. La scène ne se ferme pas sur la découverte d’une intention certaine. Elle montre la persistance d’une lecture capable de réorganiser les gestes, les paroles et le lieu autour d’un soupçon.

Phrase de liaison vers la conclusion. Le moment de proximité s’est transformé en lutte pour attribuer le sens, sans qu’une voix extérieure départage les amis.

04La conclusion rédigée

Un arrêt et un geste rapprochent les amis ; l’attribution d’une citation les remet en désaccord ; l’image du piège retourne ensuite l’accusation. La scène transforme la proximité en conflit parce que chacun ne peut plus faire reconnaître la portée de ses propres paroles. La violence de l’échange tient moins à un fait établi qu’à la possibilité de traiter une interprétation comme une preuve. Ce passage prolonge le désaccord initial sur « C’est bien… ça… » en redistribuant les positions de celui qui accuse et de celui qui se défend.

05Le mémo de l’oral

Auteur / œuvre : Nathalie Sarraute, Pour un oui ou pour un non. Passage : arrêt devant la fenêtre jusqu’au paysage rapproché de Verlaine. Objet : théâtre de la parole. Situation : tentative de rapprochement après la dispute sur le bonheur et les catégories. Problématique : Comment la scène transforme-t-elle un moment de proximité en nouvelle lutte pour décider du sens des mots ? Mouvements : rencontre sensible ; attribution discutée ; piège retourné.

Les six ★ à garder : arrêt/didascalie ; « tout à coup »/soudaineté ; question Verlaine/attribution ; « nous »/savoir scolaire commun ; construction « celui qui…, c’est toi »/accusation déplacée ; « Implicitement »/segmentation et changement de preuve. Les trois ◆ si le temps le permet : main sur l’épaule ; portée précise de la négation ; concession finale. Conclusion : aucun verdict extérieur sur les intentions, une lutte sur le sens. Ouverture : le ton de la phrase initiale puis les guillemets après l’extrait. Répartir le temps de parole selon le format de l’épreuve préparé par le professeur ; le mémo n’impose pas de lire le dossier intégral à voix haute.

Les ★ reprises : I.a I.c II.a II.c III.a III.b

06Le tableau des procédés
Procédé désignéAnalyse dans le texteEffet sur le lecteurInterprétation
Didascalie d’arrêtLe départ de H. 1 est suspendu par un regard.Une pause devient perceptible.La rencontre peut se déplacer hors de l’accusation.
Didascalie de contactH. 2 rejoint son ami et touche son épaule.Le rapprochement des corps est visible.Le geste ne dépend pas d’un accord déjà établi.
Locution temporelle« Tout à coup » situe une proximité soudaine.L’accord paraît fragile.Le sentiment demeure attaché à un instant.
Interrogation« N’est-ce pas ? » sollicite une confirmation déjà orientée.L’échange change d’objet.Reconnaître devient attribuer une intention.
NégationH. 2 nie avoir pensé au poète, pas l’existence de ses mots.Deux opérations se distinguent.Le locuteur revendique le sens de sa propre parole.
Première personne plurielleLe savoir scolaire est imputé aux deux amis.Le passé commun exerce une pression.Le partage culturel peut soutenir une mise en cause.
Construction clivée« Toi » est détaché comme responsable.L’accusation change de côté.Les mots du conflit sont réutilisables contre chacun.
SegmentationL’adverbe isolé modifie après coup la portée de « dit ».La preuve semble changer de terrain.L’implicite risque de devenir irréfutable.
ConcessionL’intention consciente est concédée, le rapprochement maintenu.L’accord annoncé ne vient pas.Le soupçon continue d’organiser le paysage.

Priorité de révision : les six lignes ★ du mémo. Idée à garder : un fait verbal, une intention affirmée et une interprétation ne sont pas interchangeables.

07La couverture
Sous-partieProcédé principalDans le mémo ?
I.aDidascalie★ oui
I.cLocution temporelle★ oui
II.aInterrogation★ oui
II.cPremière personne du pluriel★ oui
III.aConstruction clivée★ oui
III.bSegmentation★ oui

Les six appuis ★ couvrent les trois mouvements et sont tous repris dans le mémo.

08Les erreurs propres à ce passage
Erreur à ne pas commettrePourquoi c’est une erreurFormulation correcte à retenir
⛔ H. 2 cite volontairement VerlaineIl nie avoir pensé au poète ; le dialogue ne tranche pas son intention.H. 1 reconnaît et attribue une référence que H. 2 ne revendique pas.
⛔ H. 1 prouve que son ami mentSon assurance reste une position de personnage.L’imputation de l’implicite rend la dénégation difficile.
⚠ Les deux amis se réconcilientLe rapprochement est suivi d’une reprise du conflit.Un accord sensible provisoire est mis à l’épreuve.
⚠ La fenêtre symbolise forcément la libertéSa fonction doit être suivie dans les gestes et le regard.Elle interrompt un départ et devient le support d’une interprétation.
· Verlaine intervient sur scèneSeul son nom et des mots associés à son œuvre sont présents.H. 1 fait entrer une référence littéraire dans la conversation.

Méthode à l’oral : ne pas raconter la biographie de Verlaine à la place du passage ; distinguer trois opérations, reconnaître / attribuer / nier. Formulations : remplacer « les points montrent qu’il ment » par « les suspensions rendent audible une parole qui cherche ou reprend sa formulation ». Procédés : ne pas appeler « sous-conversation » un procédé isolé ; pointer d’abord négation, reprise, segmentation ou didascalie. Ne pas nommer « question ouverte » le « n’est-ce pas ? » orienté de H. 1.

09L’analyse grammaticale

G1 · Négation, leçon ⑥. Phrase étudiée : « Je n’ai pas pensé à Verlaine. » (SA-E-0201, extrait autonome ; ponctuation finale de présentation). Question : quelle est la construction et la portée de la négation ? Leçon : ⑥, la négation. Nature : phrase déclarative négative, une proposition. Analyse : « n’… pas » encadre l’auxiliaire du passé composé « ai pensé ». « Je » est sujet ; « à Verlaine » complète le verbe « penser à ». La négation porte sur l’action de penser à Verlaine ; elle n’est pas restrictive. Cette phrase relève de la leçon ⑥, parce que son analyse porte sur les deux éléments de la négation et sur leur portée.

G2 · Interrogation, leçon ⑤. Phrase étudiée : « Attiré où ? » (SA-E-0209). Question : quelle information est demandée et quelle construction est employée ? Leçon : ⑤, l’interrogation. Nature : interrogation directe partielle dans une formulation elliptique. Analyse : l’adverbe interrogatif « où » demande le lieu ; le participe « attiré » reprend le verbe de l’échange. La proposition verbale complète n’est pas répétée. La question ne demande pas une réponse par oui ou non. Cette phrase relève de la leçon ⑤, parce que « où » construit une interrogation directe partielle sur le lieu.

G3 · Relative, leçon ③. Phrase étudiée : « Cette fois-ci, celui qui a placé le petit bout de lard, c’est toi. » (SA-E-0204). Question : analyser la proposition introduite par « qui ». Leçon : ③, la relative. Nature : phrase déclarative complexe avec une relative dans une construction clivée. Analyse : « qui a placé le petit bout de lard » complète le pronom démonstratif « celui ». « Qui » reprend cet antécédent et est sujet de « a placé ». « Le petit bout de lard » est complément d’objet direct de « a placé ». Cette phrase relève de la leçon ③, parce que le pronom relatif « qui » reprend un antécédent et possède une fonction dans la subordonnée.