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Le sujet
Les tropismes peuvent-ils véritablement être représentés au théâtre ?
Le dossier Le devoir entièrement rédigé
Introduction les sept mouvements
1. Entrée dans le problème. Une conversation entre deux amis devrait permettre de dissiper un malentendu ; chez Sarraute, chaque précision rend pourtant le conflit plus étendu.
2. Présentation de l’autrice. Nathalie Sarraute porte à la scène les mouvements intérieurs rapides qui traversent la parole avant de recevoir un nom stable.
3. Présentation de l’œuvre. Dans Pour un oui ou pour un non, H.1 demande à H.2 pourquoi il s’éloigne. L’enquête remonte d’une intonation presque imperceptible vers deux systèmes de valeurs et deux manières d’habiter le monde.
4. Reprise du sujet. Les tropismes peuvent-ils véritablement être représentés au théâtre ?
5. Définition et tension. La dispute désigne ici l’action verbale faite de questions, de reprises, d’images, de silences et de classements. Comprendre signifie identifier l’expérience de l’autre, ce qui ne se confond ni avec l’approuver ni avec sauver l’amitié.
6. Problématique. Par quels moyens la scène rend-elle sensibles des mouvements antérieurs aux mots sans prétendre les fixer définitivement ?
7. Annonce du plan. I. La prosodie donne une forme audible aux mouvements intérieurs. II. Les images spatiales donnent un corps aux sensations. III. La représentation conserve une part d’indécision.
I. La prosodie donne une forme audible aux mouvements intérieurs trois sous-parties
I.a. La réponse négative de H.2
La réponse négative de H.2 fait entendre l’invisible comme une résistance à nommer car elle reconnaît l’existence d’une force tout en refusant les catégories qui permettraient de la désigner.
En effet, à la fin de l’exposition, H.2 ne nie plus la distance ressentie, mais il maintient son origine sous le seuil du dicible.
Sarraute écrit : « Rien qu’on puisse dire… » (réplique 19).
La restriction de « Rien » approche un mouvement intérieur à travers la résistance qu’il oppose à sa propre formulation. Les suspensions rendent cette résistance présente dans le rythme de la réplique, sans prétendre exposer d’un seul coup tout son contenu. La demande de H.1 puis le retrait de H.2 donnent à cette difficulté une forme entre deux voix. Le tropisme peut atteindre la scène par les obstacles et les impulsions qu’il produit dans la parole. Sa représentation ne dépend pas d’un portrait psychologique préalable : elle se construit dans la durée perceptible de l’hésitation.
Par conséquent, la réponse négative de h.2 confirme que la partie intitulée « La prosodie donne une forme audible aux mouvements intérieurs » répond effectivement à un aspect du sujet.
Liaison.Comment l’analyse du suspens et de l’accent prolonge-t-elle ce premier résultat ?
I.b. L’analyse du suspens et de l’accent
L’analyse du suspens et de l’accent inscrit le tropisme dans une courbe sonore car elle isole dans la prosodie des unités capables de modifier la valeur relationnelle d’une phrase banale.
En effet, H.2 décompose la formule « C’est bien… ça… » afin de faire entendre la blessure située entre le sens littéral et son intonation.
Sarraute écrit : « Juste avec ce suspens… cet accent… » (réplique 45).
Les noms du suspens et de l’accent désignent les points où une inflexion fait basculer la valeur affective de la phrase. Les arrêts écrits offrent à la voix une durée à produire, tandis que la reprise permet d’en éprouver une autre réalisation. Le mouvement sensible reste lié à l’adresse entre les deux amis, sans devenir une émotion simplement nommée dans une didascalie. Le théâtre dispose ici d’une matière vocale pour faire percevoir l’atteinte. L’expérience intérieure devient partageable dans ses effets sonores, tout en gardant l’incertitude qui divise les deux écoutes.
Par conséquent, l’analyse du suspens et de l’accent confirme que la partie intitulée « La prosodie donne une forme audible aux mouvements intérieurs » répond effectivement à un aspect du sujet.
Liaison.Comment le constat du débordement verbal prolonge-t-elle ce premier résultat ?
I.c. Le constat du débordement verbal
Le constat du débordement verbal matérialise une poussée intérieure dans la syntaxe car il donne aux deux amis une conscience commune du dérèglement sans leur permettre d’en sortir.
En effet, au terme de plusieurs explications, H.2 reconnaît que le langage se disperse et produit des blessures nouvelles.
Sarraute écrit : « On parle à tort et à travers… » (réplique 196).
La remarque sur la parole excessive accompagne une approche du corps et le contact de la main sur l’épaule. Le jugement général introduit par « On » ne distribue plus d’abord les fautes entre les interlocuteurs. Son rythme suspendu permet à l’aveu d’affection de prolonger ce relâchement de l’hostilité dans la même réplique. Le changement sensible reçoit plusieurs formes conjointes : posture, toucher et manière de s’adresser à l’autre. La scène représente une proximité en train de se reformer, sans la fixer en sentiment que la reprise du conflit ne pourrait plus atteindre.
Par conséquent, le constat du débordement verbal confirme que la partie intitulée « La prosodie donne une forme audible aux mouvements intérieurs » répond effectivement à un aspect du sujet.
Transition vers la partie II. Les tropismes deviennent perceptibles parce que la prosodie donne une forme audible aux mouvements intérieurs. Or la scène ne peut montrer directement un mouvement intérieur ; elle passe donc par les images spatiales donnent un corps aux sensations. Cette médiation spatiale ouvre la deuxième partie.
II. Les images spatiales donnent un corps aux sensations trois sous-parties
II.a. Le retour déclaré à la source
Le retour déclaré à la source donne à l’impulsion une histoire rejouable sur scène car il organise la dispute comme une enquête capable de remonter des effets actuels vers un foyer ancien.
En effet, les personnages pensent avoir retrouvé, dans l’usage des guillemets, le lieu d’où leurs violences successives ont procédé.
Sarraute écrit : « Voilà le point. C’est ici qu’est la source. » (réplique 232).
L’image de la « source » donne un foyer à des effets que le dialogue avait fait apparaître dans des situations éloignées. L’adverbe « ici » désigne le point de reconnaissance atteint après l’aveu sur les guillemets. H.2 peut relier la distance entendue dans ces signes à l’enfermement qu’il éprouve lorsqu’il parle de poésie. Le mécanisme reçoit une localisation dans la relation, sans que le caractère entier de H.1 soit fixé par un adjectif. La représentation du mouvement gagne une précision causale en rapprochant le geste verbal et la sensation qu’il déclenche.
Par conséquent, le retour déclaré à la source confirme que la partie intitulée « Les images spatiales donnent un corps aux sensations » répond effectivement à un aspect du sujet.
Liaison.Comment l’image de la taupe prolonge-t-elle ce premier résultat ?
II.b. L’image de la taupe
L’image de la taupe convertit une sensation obscure en volume souterrain car elle matérialise la peur d’une vie souterraine qui échappe aux surfaces ordonnées du monde social.
En effet, H.2 interprète le désir d’inspection de H.1 comme la défense d’un territoire stable contre une présence inconnue.
Sarraute écrit : « une taupe qui creuse sous les pelouses bien soignées » (réplique 268).
L’activité de la taupe permet de figurer ce qui agit sans être offert au regard de ceux qui vivent à la surface. Le verbe « creuse » donne du mouvement à cette présence, tandis que les pelouses dessinent l’ordre auquel elle échappe. La menace supposée puis la tentative d’expulsion distribuent plusieurs forces dans un même espace imaginaire. Le tropisme devient partageable par ces rapports de retrait, d’inquiétude et de capture. L’image ne montre pas un intérieur transparent ; elle permet d’éprouver les tensions qui relient une expérience cachée à la présence insistante d’autrui.
Par conséquent, l’image de la taupe confirme que la partie intitulée « Les images spatiales donnent un corps aux sensations » répond effectivement à un aspect du sujet.
Liaison.Comment l’image des sables mouvants prolonge-t-elle ce premier résultat ?
II.c. L’image des sables mouvants
L’image des sables mouvants offre au trouble de H.1 un espace instable car elle donne une forme spatiale à l’angoisse de H.1 devant un univers sans appui ni catégories stables.
En effet, H.1 reconnaît finalement l’appréhension qu’il éprouve lorsqu’il tente de se placer dans le monde de son ami.
Sarraute écrit : « des sables mouvants où l’on s’enfonce » (réplique 283).
La mobilité du sable donne à l’appréhension une forme que la voix peut prolonger par la sensation de s’enfoncer. La relative entraîne la présence dans un milieu qui ne lui fournit plus de point d’appui. Les suspensions empêchent la description de se refermer sur une propriété stable du personnage. Le besoin de sortir prend sens à partir de ce mouvement éprouvé, plutôt que d’une explication psychologique extérieure. Le théâtre représente l’indéterminé en faisant entendre sa dynamique sensible, dont le retour vers un espace solide indique la force exercée sur H.1.
Par conséquent, l’image des sables mouvants confirme que la partie intitulée « Les images spatiales donnent un corps aux sensations » répond effectivement à un aspect du sujet.
Transition vers la partie III. Les images ont donné un corps scénique à l’invisible et établi que les images spatiales donnent un corps aux sensations. Elles ne dissipent pas tout : la représentation conserve une part d’indécision. La représentation doit maintenant être pensée avec cette réserve.
III. La représentation conserve une part d’indécision trois sous-parties
III.a. L’image de l’édifice fermé
L’image de l’édifice fermé représente le tropisme par une construction contestable car elle retourne l’accusation en faisant de l’univers stable de H.1 un espace compartimenté et claustrophobe.
En effet, H.2 répond aux sables mouvants par l’expérience inverse qu’il fait lorsqu’il entre dans le monde de son ami.
Sarraute écrit : « un édifice fermé de tous côtés » (réplique 284).
La réponse de H.2 substitue l’enfermement à l’enfoncement, alors que les deux images racontent la difficulté de séjourner dans le monde d’autrui. Les parois et les divisions de l’édifice produisent une matière oppressante, différente du sol qui se dérobe à H.1. La même structure de réponse conserve deux qualités sensibles incompatibles, au lieu de les ramener à un seul malaise abstrait. Les tropismes deviennent comparables dans leur relation à l’autre sans perdre leur singularité. La scène accueille cette différence par le relais des voix et la transformation de leurs espaces imaginaires.
Par conséquent, l’image de l’édifice fermé confirme que la partie intitulée « . La représentation conserve une part d’indécision » répond effectivement à un aspect du sujet.
Liaison.Comment le retour de la pulsation prolonge-t-elle ce premier résultat ?
III.b. Le retour de la pulsation
Le retour de la pulsation laisse la sensation évoluer au-delà de sa métaphore car il définit la sortie du monde adverse comme une reprise lente de la vie plutôt que comme une victoire argumentative.
En effet, H.2 explique qu’après avoir quitté l’édifice de H.1, il lui faut du temps pour retrouver son propre rythme.
Sarraute écrit : « cette pulsation, un pouls qui se remet à battre… » (réplique 286).
Le passage de « pulsation » à « pouls » rapproche une sensation diffuse d’un rythme corporel sans la figer en définition. La reprise exprimée par « se remet à » garde en elle le temps de l’épuisement qui la précède. Les suspensions accompagnent ce mouvement encore fragile, que H.2 situe après son retour dans son propre milieu. La représentation conserve la durée et les variations de l’expérience au lieu d’en donner un état final immobile. Le tropisme peut être entendu comme un devenir, à travers la recherche de mots qui suivent son retour sensible.
Par conséquent, le retour de la pulsation confirme que la partie intitulée « . La représentation conserve une part d’indécision » répond effectivement à un aspect du sujet.
Liaison.Comment la différence maintenue au seuil de la fin prolonge-t-elle ce premier résultat ?
III.c. La différence maintenue au seuil de la fin
La différence maintenue au seuil de la fin protège l’indécision des signes représentés car elle empêche le titre de confondre les deux réponses et conserve l’écart que toute la pièce a exploré.
En effet, après le second silence, H.1 refuse que le oui et le non soient traités comme des motifs interchangeables.
Sarraute écrit : « Ce n’est pourtant pas la même chose… » (réplique 309).
La dernière distinction ne reçoit aucun commentaire extérieur qui établirait la vérité complète de ce que les deux amis éprouvent. H.1 refuse l’équivalence des réponses, puis chaque voix porte l’un des deux mots sur lesquels le texte s’arrête. Cette clôture conserve une tension dans la distribution scénique de la parole, au lieu de lui ajouter une synthèse psychologique. Les mouvements représentés restent attachés à des présences qui ne se confondent pas. Le théâtre peut les rendre perceptibles et les mettre en rapport sans prétendre épuiser l’expérience de chacun par une explication unique.
Par conséquent, la différence maintenue au seuil de la fin confirme que la partie intitulée « . La représentation conserve une part d’indécision » répond effectivement à un aspect du sujet.
Conclusion le bilan et l’ouverture
Les tropismes ne peuvent être exposés comme des objets stables ; c’est justement cette impossibilité que la représentation prend en charge. Le rythme, les arrêts, la reprise d’une syllabe et les métaphores spatiales donnent une forme sensible à des mouvements qui précèdent leur explication. Le corps de l’acteur et l’attention du public complètent ce dispositif sans prétendre livrer un secret psychologique. Chaque signe reste soumis à la contestation de l’autre voix. La scène représente donc véritablement les tropismes, mais sur le mode d’une approximation active : elle en fait percevoir la poussée, les effets et l’instabilité plutôt qu’elle n’en fournirait une image définitive.