Le bac par Patrick

Francis Ponge · La Rage de l’expression · Explication 6/11

la guêpe, du dard à la voix

13 étapes parlées9 prises9 tiroirs

L’explication à côté de toi

Le fil parlé

Treize étapes pour comprendre, dire et retenir avant d’ouvrir le dossier de l’épreuve.

Étape 01

Tu n’y comprends rien ? C’est normal

Ce passage semble changer sans cesse de sujet. Ponge compare d’abord la guêpe à une machine, examine ensuite le mot « hyménoptère », réfléchit au dard, fait parler l’insecte, imagine son corps coupé, puis revient au fruit endommagé. Ces détours possèdent pourtant un centre : le contact.

La guêpe paraît faite pour transformer ce qu’elle touche, mais le contact la met aussi en danger. Son dard blesse et la condamne ; sa parole imaginaire devient une réponse extrême ; le fruit perd son intégrité après sa visite. L’écriture suit cette contradiction et cherche une forme capable d’unir activité, susceptibilité et contamination.

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Étape 02

D’abord, de quoi ça parle ?

Qui parle ? Ponge, mais sa voix prête aussi un discours intérieur à la guêpe.

De quoi parle-t-il ? Du corps de l’insecte, de sa classification, de son dard, de son comportement et du rapport dangereux qu’il entretient avec le monde.

Que veut-il faire comprendre ? La guêpe n’est pas seulement un objet regardé de l’extérieur. Les analogies techniques, l’étymologie et la prosopopée tentent de saisir une cohérence : une activité intime produit du merveilleux, tandis qu’une sensibilité excessive transforme la moindre rencontre en crise.

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Étape 03

Où on se trouve dans le livre

L’explication héritée de La Guêpe étudie l’ouverture : le vol félin, la vibration continue, l’aimantation au sucre et les premières analogies électriques. Le présent extrait prolonge ce travail. Il part de l’image du « chaudron à confitures volant », puis déplace l’enquête vers les mots de la classification et vers les conséquences du contact.

Ce second passage est donc un approfondissement. L’analogie mécanique ne suffit plus ; Ponge essaie une histoire morale du dard, un monologue de l’insecte et des notations sur sa résistance physique. À chaque étape, la guêpe devient moins une définition qu’un système de tensions.

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Étape 04

Ton introduction : comment tu ouvres

Ton introduction peut tenir en six phrases.

  • Dans La Rage de l’expression, Francis Ponge conserve les essais et les reprises par lesquels la langue cherche à rendre compte des choses.
  • La Guêpe observe un insecte caractérisé dès l’ouverture par sa vibration, sa convoitise du sucre et son état de crise.
  • L’extrait choisi prolonge cette approche en passant de l’analogie mécanique à la classification, puis du dard à une parole imaginaire.
  • Le contact devient le point commun de ces essais : la guêpe touche, transforme, pique et se perd.
  • On peut se demander comment Ponge construit une cohérence de l’insecte en faisant varier les instruments de l’écriture.
  • Le texte explore d’abord le corps et le nom de la guêpe (PO-CORR-01-P020), transforme ensuite le dard en conduite et en voix (P021 à P022), puis pousse la crise jusqu’à la survie impossible et au fruit contaminé (P023 à P024).
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Étape 05

Premier moment : une machine, une aile, un mot

La guêpe est d’abord un récipient volant, clos et mou, chargé d’une activité intérieure. Ponge ne choisit pas une seule machine : chaudron, siphon, alambic et véhicule se superposent. Les analogies font sentir un corps qui absorbe, transforme et transporte.

Le texte passe ensuite à la classification. Pour distinguer les insectes, il a fallu choisir une partie qui reste attachée au corps ou permette encore de reconnaître l’espèce. L’aile conduit au mot « hyménoptère ». Ponge examine ce terme abstrait comme une matière concrète et trouve dans son caractère naturalisé, tendu et doctoral quelque chose qui convient à l’aile de la guêpe.

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Étape 06

Deuxième moment : le contact devient tragique

Une information reçue relance l’enquête : la guêpe laisserait son dard dans sa victime et en mourrait. Ponge transforme ce mécanisme en petite scène morale. Le contact punit les deux parties, mais plus sévèrement l’insecte. La piqûre apparaît comme une colère défensive qui répond trop fort à la rencontre.

La prosopopée donne ensuite une voix à cette susceptibilité. La guêpe se connaît comme être des extrêmes. Elle préfère éviter la discussion, car toute sincérité deviendrait coup, blessure et mort. Le dard est sa réponse. Lorsque le monologue s’achève, une simple tape la fait tomber : le texte ramène brusquement la psychologie imaginaire au corps vulnérable.

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Étape 07

Troisième moment : survivre, briller, altérer

Ponge prolonge la stupeur. Même coupée en deux, la guêpe continuerait à s’agiter, comme si son activité persistait après la mort. L’image donne à la frénésie une autonomie inquiétante : le mouvement ne prouve plus la vie, il retarde seulement la reconnaissance de sa fin.

Les questions finales reviennent aux couleurs du soleil et au fruit. La guêpe brillante transporte une pulpe qu’elle a baisée, meurtrie et contaminée. Le contact qui nourrissait l’insecte modifie la matière touchée. L’intégrité perdue du fruit donne ainsi une conséquence visible à l’activité intime décrite au début.

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Étape 08

Alors, qu’est-ce que ça raconte vraiment ?

Le passage cherche une unité sans enfermer la guêpe dans une définition. Les comparaisons mécaniques expliquent l’activité ; le mot savant met en relation abstraction et aile ; le récit du dard donne au contact une structure tragique ; la prosopopée traduit cette structure en conscience ; le fruit en porte la trace matérielle.

La réponse à la problématique est donc la suivante : Ponge construit une cohérence par variations. Chaque instrument saisit une face du même rapport au monde. La guêpe est attirée par le contact nécessaire à son activité, mais sa sensibilité le rend dangereux pour elle et pour ce qu’elle touche. L’objet résiste à une formule unique ; les essais convergent pourtant vers cette contradiction.

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Étape 09

Ton ouverture : la porte qui s’ouvre

Tu peux ouvrir sur Le Mimosa. La fleur y est elle aussi caractérisée par un rayonnement qui sort d’elle-même : couleur, parfum, parole d’or. Mais son expansion s’accompagne déjà de découragement. Dans les deux dossiers, Ponge cherche une qualité dynamique où l’épanouissement contient sa propre retombée.

On peut aussi rapprocher la prosopopée du projet annoncé dans Notes prises pour un oiseau. Ponge envisage d’y décrire l’animal à la première personne. La Guêpe montre ce que produit ce procédé : une disposition physique devient une logique verbale et morale, sans cesser d’être rapportée au corps.

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Étape 10

Tu vois ? Tu sais le comprendre et le dire

Tu peux retenir quatre images : le chaudron volant, l’aile naturalisée dans le mot savant, le dard-réponse et le fruit contaminé. Elles suivent la progression du corps vers la relation au monde.

Les procédés doivent être reliés. Les analogies techniques rendent l’activité visible. Le commentaire du mot « hyménoptère » interroge la classification. La prosopopée dramatise la susceptibilité. Les paradoxes de la survie après la coupure poussent la frénésie jusqu’à l’absurde. Enfin, le lexique de la blessure décrit ce que coûte le contact.

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Étape 11

Et les petites questions de grammaire

Première phrase : « Il fallait bien, pour classer les espèces, les prendre par quelque endroit » (PO-CORR-01-P020). Le groupe infinitif « pour classer les espèces » est un complément circonstanciel de but. Le pronom « les », placé avant l’infinitif « prendre », reprend « les espèces » et en est le complément d’objet direct.

Deuxième phrase : « Qu'elle laisse son dard dans sa victime et qu’elle en meurt? » (PO-CORR-01-P021). Les deux propositions subordonnées conjonctives, coordonnées par « et », dépendent de la question précédente « Qu'est-ce qu’on me dit? ». Le pronom « en » reprend le fait de laisser le dard et possède une valeur causale : elle meurt de cela.

Troisième phrase : « si je me laisse aller, la moindre dispute tournera au tragique » (PO-CORR-01-P022). La subordonnée conjonctive circonstancielle de condition est introduite par « si » et emploie le présent. La principale emploie le futur simple « tournera », conformément au système de l’hypothèse possible.

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Étape 12

Ce soir, tu peux fermer le cahier

Tu peux fermer le cahier avec cette idée : la prosopopée n’est pas une fantaisie séparée de l’observation. Elle traduit en conduite ce que le corps et le dard ont déjà montré. La guêpe parle comme elle pique, par une réponse qui risque de la tuer.

Le passage ne décide pas qu’un insecte pense réellement ainsi. Il essaie une forme pour rendre intelligible la relation entre sensibilité, défense et contact. La fiction devient un outil soumis à l’objet.

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Étape 13

Terre ferme : tu peux t’arrêter là

Belle traversée. Tu peux maintenant expliquer pourquoi le passage passe de la machine à la voix : il cherche moins à accumuler des comparaisons qu’à éprouver plusieurs façons de saisir la même crise.

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Fin de l’explication accompagnée

La voix change

La voix qui t’accompagnait s’efface : finie la lettre, place au dossier de travail.

Je m’arrête iciJ’ouvre le dossier

Le dossier de l’épreuve

La même explication, classée pour la révision

Neuf tiroirs : comprendre, préparer l’oral, contrôler les preuves.

01Texte simple

Ponge poursuit son étude de la guêpe par l’image d’un chaudron à confitures volant. Il cherche ensuite pourquoi la classification des insectes a retenu l’aile et examine le mot « hyménoptère ». Une information sur le dard transforme alors l’observation en scène morale : la guêpe blesse son adversaire, mais meurt de son propre geste. L’écrivain lui prête une voix qui dit sa peur de toute discussion et son goût des réponses extrêmes. Une simple tape suffit pourtant à la faire tomber. Sa frénésie semble continuer même lorsque le corps est coupé. Le passage revient enfin au fruit, dont le contact de la guêpe détruit l’intégrité. Les variations convergent vers un être qui doit toucher pour vivre, mais rend le contact dangereux.

02Introduction rédigée

Dans La Rage de l’expression, Francis Ponge conserve les recherches, les comparaisons et les refus par lesquels il tente de rendre compte des choses. La Guêpe observe un insecte d’abord caractérisé par sa vibration, sa convoitise du sucre et son état de crise. L’extrait choisi prolonge cette ouverture : il passe de l’analogie mécanique à la classification, puis du dard à une parole imaginaire. Le contact devient le point commun de ces essais, puisque la guêpe touche, transforme, pique et se perd. On peut donc se demander comment Ponge construit une cohérence de l’insecte en faisant varier les instruments de l’écriture. Le texte explore d’abord le corps et le nom de la guêpe (PO-CORR-01-P020), transforme ensuite le dard en conduite et en voix (P021 à P022), puis pousse la crise jusqu’à la survie impossible et au fruit contaminé (P023 à P024).

03Analyse linéaire complète
★ I.a. Fermer et faire voler : le chaudron vivant

Orientation. La première analogie rassemble la mollesse du corps, son contenu sucré et son déplacement aérien.

Citation. « Un chaudron à confitures volant, hermétiquement clos mais mou » (PO-CORR-01-P020).

Procédé principal. Une métaphore nominale qui unit un récipient de cuisson et le vol de l’insecte.

Procédé secondaire. L’opposition entre « hermétiquement clos » et « mou », qui associe fermeture et vulnérabilité.

Analyse. Le « chaudron » prolonge les analogies de l’alambic et de la cuisine volante. Il donne au corps une activité de transformation : la guêpe absorbe du sucre et semble fabriquer intérieurement une substance mystérieuse. Le complément « à confitures » relie directement la machine imaginaire à l’attirance observée autour des fruits et des pots. Le participe « volant » produit un contraste comique entre le récipient lourd et la mobilité aérienne. Pourtant, « hermétiquement clos mais mou » corrige l’image métallique. Le corps contient et protège, mais il reste flexible et fragile. Ponge ne fixe donc pas l’objet dans une machine unique ; il déforme l’analogie pour y réintroduire la qualité organique de l’insecte.

Le lecteur voit un petit corps accomplir une transformation intime que l’image technique rend sensible sans l’expliquer entièrement.

Interprétation. L’analogie vaut par sa tension : elle saisit l’activité de la guêpe tout en laissant apparaître ce qui échappe au modèle mécanique.

Liaison. Comment le texte passe-t-il de cette machine singulière au besoin scientifique de classer l’espèce ?

★ I.b. Saisir par l’aile : le choix de la classification

Orientation. Ponge réfléchit au geste qui isole un caractère assez stable pour reconnaître une espèce.

Citation. « Ainsi a-t-on choisi l’aile, des insectes. » (PO-CORR-01-P020).

Procédé principal. Une tournure impersonnelle avec inversion qui présente le choix taxinomique comme une décision collective.

Procédé secondaire. Le verbe concret « choisi », qui transforme la classification en opération de prélèvement.

Analyse. La phrase est préparée par une réflexion sur la partie que l’on pourrait saisir sans qu’elle se détache ou qui permettrait encore d’identifier l’animal. Classer devient un geste matériel : prendre l’espèce « par quelque endroit ». L’adverbe « ainsi » conclut ce raisonnement et conduit à l’aile. Pourtant, Ponge ajoute aussitôt « Peut-être avec raison », puis avoue ne pas pouvoir le jurer. La science n’est pas rejetée, mais son choix est rendu à sa contingence. Le nom de l’ordre ne tombe pas du ciel ; il dépend d’un caractère retenu parmi d’autres. Cette réserve prépare l’examen du mot « hyménoptère », dont la forme savante va être confrontée à la chose.

Le lecteur découvre derrière le nom de classe une décision humaine qui sélectionne un morceau du corps pour représenter l’ensemble.

Interprétation. La taxinomie fournit un outil, mais Ponge en rouvre le geste afin de vérifier ce que son abstraction conserve de l’insecte.

Liaison. Que peut révéler le mot savant lorsqu’on le traite lui-même comme une matière transformée ?

★ I.c. Naturaliser le concret : l’abstraction examinée

Orientation. Le commentaire du mot « hyménoptère » rapproche l’abstraction savante de l’aile réelle.

Citation. « l’abstrait est du concret naturalisé, diaphanéisé » (PO-CORR-01-P020).

Procédé principal. Une définition paradoxale qui fait de l’abstrait un concret transformé.

Procédé secondaire. Le néologisme « diaphanéisé », qui associe transparence et procédure de naturalisation.

Analyse. Ponge part d’un terme formé dans une langue morte et qui désigne un groupe zoologique. L’abstraction paraît éloignée du corps. La formule la reconduit pourtant au concret : elle serait une matière devenue étrangère à son lieu d’origine, puis rendue transparente par l’usage savant. « Naturalisé » appartient au vocabulaire juridique et rappelle un changement de statut ; « diaphanéisé » invente l’opération qui donne à l’aile son aspect mince et tendu. La suite, mièvre, tendu, prétentieux, doctoral, attribue au mot les qualités contradictoires de l’organe. Le langage scientifique n’est donc pas seulement explicatif. Sa texture devient un nouvel objet d’observation.

Le lecteur perçoit que le terme abstrait garde une matérialité sonore et culturelle susceptible de rejoindre l’aile qu’il classe.

Interprétation. Ponge éprouve la langue savante comme une chose, afin de mesurer si sa transformation du concret reste fidèle à l’insecte.

Transition. Le premier mouvement a fait varier trois prises : récipient, aile et mot abstrait. Une information sur le dard déplace maintenant l’enquête vers la conséquence du contact et vers la conduite imaginaire de la guêpe.

★ II.a. Laisser le dard : une rencontre qui punit

Orientation. Le texte reçoit comme une objection le récit de la mort provoquée par la piqûre.

Citation. « Qu'elle laisse son dard dans sa victime et qu’elle en meurt? » (PO-CORR-01-P021).

Procédé principal. Une interrogation qui fait entrer dans le texte une information rapportée.

Procédé secondaire. La coordination des deux conséquences, blessure de la victime et mort de la guêpe.

Analyse. « Qu'est-ce qu’on me dit? » met en scène une voix extérieure qui corrige ou complète l’observation. Les deux subordonnées coordonnées donnent au contact une symétrie tragique : le dard reste dans la victime et son abandon tue l’assaillante. Ponge y voit une image de « guerre qui ne paye pas ». La formule morale ne remplace pas le mécanisme ; elle en dégage une structure où l’agression condamne les deux parties. La « justice immanente » satisfait cette réciprocité, mais la peine reste inégale puisque la guêpe meurt à coup sûr. Le passage transforme ainsi une donnée corporelle en problème de conduite : pourquoi répondre par un geste dont le prix excède le danger ?

Le lecteur voit la piqûre unir attaque, perte de l’arme et destruction de celui qui l’a portée.

Interprétation. Le dard donne au contact une logique sans retour où la défense devient plus dangereuse que l’évitement.

Liaison. Quelle disposition peut expliquer qu’un insecte engage sa vie dans une réponse aussi disproportionnée ?

◆ II.b. Éviter l’adversaire : la susceptibilité défensive

Orientation. Ponge interprète la piqûre comme le résultat d’une sensibilité qui transforme la rencontre en hostilité.

Citation. « la guêpe n’a aucun intérêt à rencontrer un adversaire » (PO-CORR-01-P021).

Procédé principal. Une négation absolue qui formule une règle de conduite rationnelle.

Procédé secondaire. Le lexique moral de la colère, de la peur et des circonstances atténuantes.

Analyse. Le raisonnement distingue l’intérêt objectif de la réaction effective. Puisque le contact peut tuer la guêpe, elle devrait l’éviter et multiplier les détours. Or elle considère la rencontre comme hostile, se met en « colère défensive » et frappe. Ponge prête à l’insecte les catégories d’un procès : faute, punition, circonstances atténuantes. L’anthropomorphisme ne prétend pas établir une psychologie animale. Il traduit le contraste entre une vulnérabilité extrême et une réponse extrême. La « susceptibilité » désigne précisément ce seuil trop bas où toute proximité devient offense. Le vol en zigzag, décrit comme précaution, reçoit alors une cohérence nouvelle.

Le lecteur comprend que l’agressivité apparente peut être relue comme l’effet d’une peur et d’une sensibilité excessives.

Interprétation. La guêpe se caractérise par une défense qui confirme l’état de crise continu annoncé à l’ouverture.

Liaison. Comment la prosopopée transforme-t-elle cette logique corporelle en discours intérieur reconnaissable ?

◆ II.c. Parler par coups : le dard devient réponse

Orientation. Ponge prête à la guêpe une voix qui organise la susceptibilité en connaissance de soi.

Citation. « Je ne connais que les arguments extrêmes, les injures, les coups » (PO-CORR-01-P022).

Procédé principal. Une prosopopée à la première personne qui fait parler l’insecte.

Procédé secondaire. Une gradation ternaire qui conduit de l’argument verbal à la violence physique.

Analyse. Le monologue commence par « Je me connais » et fait de la guêpe l’analyste de sa propre crise. La négation restrictive « ne… que » ferme le choix des réponses : elle ne dispose que des extrêmes. La série « arguments », « injures », « coups » accélère le passage de la discussion à l’agression. Le dard devient le terme concret de cette gradation et la « réponse » laissée avec la vie. La fiction unit ainsi langage et anatomie. Discuter serait déjà risquer la piqûre, car dire sincèrement ce qu’elle pense équivaut à frapper. Pourtant, la prière « ne discutons pas » rend cette violence presque comique et plaintive. La voix ne glorifie pas l’agression ; elle avoue l’incapacité à soutenir un contact mesuré.

Le lecteur entend une parole qui mime la tension de l’insecte et convertit le dard en ponctuation fatale de la dispute.

Interprétation. La prosopopée révèle une cohérence entre corps, comportement et style de parole : tout fonctionne sur le régime de la crise.

Transition. Le deuxième mouvement a donné au dard une logique de punition, de susceptibilité et de parole extrême. Le texte examine enfin ce qui reste de cette activité lorsque le corps est détruit, puis mesure sa trace sur le fruit.

★ III.a. Retarder l’explication : la chute après le monologue

Orientation. La fin de la prosopopée demande d’éviter toute explication, avant que le réel corporel n’interrompe la voix.

Citation. « Retardons autant que possible toute explication... » (PO-CORR-01-P022).

Procédé principal. Un impératif inclusif qui cherche à suspendre le contact verbal.

Procédé secondaire. La chute narrative immédiate : une tape, la chute au sol, puis l’écrasement.

Analyse. Le verbe « retardons » ne promet pas d’éviter définitivement la rencontre. Il reconnaît qu’une explication finira par avoir lieu et qu’elle sera dangereuse. L’adjectif indéfini « toute » généralise la menace : aucune mise au clair ne paraît supportable. Le mot possède aussi une valeur métapoétique, puisque Ponge multiplie lui-même les explications de la guêpe. La scène se ferme par une rupture de registre. Après la longue parole intérieure, « une petite tape » suffit à faire tomber l’insecte. Le diminutif implicite de « petite » contraste avec les arguments extrêmes. La vulnérabilité matérielle met fin à l’éloquence et rappelle que la psychologie inventée reste attachée à un corps écrasable.

Le lecteur passe brusquement de la grandeur tragique du monologue à la faiblesse dérisoire d’un insecte tombé.

Interprétation. La chute contrôle l’anthropomorphisme : la voix éclaire la crise, mais ne doit pas faire oublier la disproportion du corps.

Liaison. Que devient la frénésie lorsque l’activité semble survivre même à la destruction de l’organisme ?

○ III.b. Comprendre sa mort : l’agitation sans vie

Orientation. Ponge pousse la stupeur jusqu’au paradoxe d’un corps qui continue à bouger après sa coupure.

Citation. « elle met deux jours à comprendre qu’elle est morte » (PO-CORR-01-P023).

Procédé principal. Une personnification paradoxale qui attribue au corps un retard de compréhension.

Procédé secondaire. La répétition du verbe « continuer » et du mouvement « s’agiter ».

Analyse. La phrase transforme une persistance physiologique en retard intellectuel. La guêpe « comprend » sa mort après deux jours, comme si la connaissance devait rattraper un corps encore lancé dans son activité. L’absurdité assumée prolonge la prosopopée, mais elle rejoint aussi la vibration décrite au début. L’insecte semble incapable d’interrompre son régime de mouvement, même lorsque l’unité organique a disparu. La répétition de « elle continue » et le comparatif « même plus qu’avant » font de la frénésie un mécanisme autonome. Ponge nomme ce phénomène « stupeur », mot qui associe immobilité mentale et agitation physique. Le défi de l’insecte devient alors le maintien insensé de l’activité contre l’évidence de la mort.

Le lecteur rencontre un mouvement qui ne garantit plus la vie et semble seulement retarder la reconnaissance de la destruction.

Interprétation. La crise continue jusqu’au paradoxe : l’énergie qui caractérise la guêpe se sépare presque du corps qui la produisait.

Liaison. Quelle marque durable cette énergie laisse-t-elle sur la matière extérieure que l’insecte a touchée ?

○ III.c. Contaminer le fruit : l’intégrité perdue

Orientation. La dernière notation déplace le regard de la guêpe vers le fruit transformé par sa visite.

Citation. « Intégrité perdue par le contact d’un visiteur trop brillant. » (PO-CORR-01-P024).

Procédé principal. Une phrase nominale qui présente la conséquence du contact comme un constat.

Procédé secondaire. L’opposition entre la valeur séduisante de « brillant » et le lexique négatif de la perte et de la contamination.

Analyse. La guêpe apparaissait d’abord attirée par le sucre ; la phrase finale regarde ce qu’elle fait à la pulpe. La série « baisée, meurtrie, endommagée, contaminée, mortifiée » transforme l’approche en dégradation progressive. Le mot « visiteur » paraît civil et léger, mais « trop brillant » fait de l’éclat même un danger. La phrase nominale retire l’action à un récit précis et laisse une trace : l’intégrité n’existe plus après le contact. Le passage revient ainsi à sa structure centrale. La guêpe a besoin du fruit, transporte sa matière et la modifie ; son activité intime possède un coût extérieur. La contamination donne une version matérielle de la piqûre et de la dispute imaginées plus haut.

Le lecteur voit le contact laisser sur le fruit une blessure qui résume la séduction et le danger de l’insecte.

Interprétation. La guêpe se définit par une relation transformatrice où l’attirance, l’éclat et la violence deviennent inséparables.

Aboutissement. Les changements de procédé convergent vers une même qualité : machine vivante, mot tendu, dard parlant et visiteur contaminant décrivent un être dont l’activité rend toute rencontre critique.

04Conclusion rédigée

Dans ce second extrait de La Guêpe, Ponge cherche la cohérence de l’insecte en faisant varier ses instruments. Le premier mouvement prolonge les analogies techniques par le « chaudron à confitures volant », réfléchit au choix de l’aile dans la classification, puis traite l’abstraction savante comme un concret naturalisé. Le deuxième transforme l’information sur le dard en petite scène morale : le contact punit les deux parties, la susceptibilité fait de la rencontre un danger et la prosopopée convertit le dard en réponse extrême. Le dernier mouvement ramène cette voix au corps vulnérable, pousse la frénésie au-delà de la mort et observe l’intégrité perdue du fruit. Les détours ne sont donc pas gratuits. Ils convergent vers une contradiction : la guêpe vit d’une activité de contact qui la met en péril et altère ce qu’elle touche.

05Mémo pour l’oral
  • Situation : prolongement de l’ouverture de La Guêpe.
  • Problématique : comment les variations de procédé construisent-elles une cohérence de l’insecte ?
  • Mouvement I : machine, aile, mot savant.
  • Mouvement II : dard, susceptibilité, prosopopée.
  • Mouvement III : chute, agitation posthume, fruit contaminé.
  • Centre du passage : le contact nécessaire et dangereux.
  • Procédé majeur : la prosopopée relie le dard à une parole extrême.
  • Point de vigilance : l’anthropomorphisme reste un essai, contrôlé par le retour au corps.
  • Réponse finale : plusieurs modèles convergent vers un être en crise dans toute rencontre.
  • Ouverture : le mimosa unit lui aussi expansion et retombée.

Les prises ★ à mémoriser

  • I.a. ★ · I.a. Fermer et faire voler : le chaudron vivant
  • I.b. ★ · I.b. Saisir par l’aile : le choix de la classification
  • I.c. ★ · I.c. Naturaliser le concret : l’abstraction examinée
  • II.a. ★ · II.a. Laisser le dard : une rencontre qui punit
  • III.a. ★ · III.a. Retarder l’explication : la chute après le monologue

Appuis ★ repris : I.a I.b I.c II.a III.a

06Tableau procédés, effets, sens, oral

Passage | Procédé | Effet | Sens à formuler à l’oral |

« chaudron… volant » (P020) | métaphore technique | unit transformation et vol | la guêpe possède une activité intime |

« choisi l’aile » (P020) | réflexion taxinomique | rouvre le geste de classer | le nom dépend d’un caractère retenu |

« concret naturalisé » (P020) | paradoxe et néologisme | matérialise l’abstraction | le mot savant est lui aussi observé |

« laisse son dard » (P021) | question rapportée | relie attaque et mort | le contact punit les deux parties |

« aucun intérêt » (P021) | négation | formule une règle rationnelle | la susceptibilité contredit l’intérêt |

« arguments extrêmes » (P022) | prosopopée et gradation | dramatise la crise | la parole fonctionne comme le dard |

« Retardons » (P022) | impératif | suspend l’explication | la rencontre verbale est dangereuse |

« comprendre qu’elle est morte » (P023) | paradoxe | sépare activité et vie | la frénésie survit au corps |

« Intégrité perdue » (P024) | phrase nominale | fixe la trace du contact | le fruit porte le coût de la visite |

07Tableau de couverture
Prise ★RangDans le mémo
I.a★oui
I.b★oui
I.c★oui
II.a★oui
III.a★oui

Mouvement | Sous-partie | Citation ancrée | Procédé principal | Fonction dans le passage |

I | I.a | P020, « chaudron… volant » | métaphore | décrit l’activité interne |

I | I.b | P020, « choisi l’aile » | taxinomie | interroge la classification |

I | I.c | P020, « concret naturalisé » | paradoxe | éprouve le mot savant |

II | II.a | P021, « laisse son dard » | interrogation | introduit le coût du contact |

II | II.b | P021, « aucun intérêt » | négation | explique l’évitement nécessaire |

II | II.c | P022, « arguments extrêmes » | prosopopée | donne une voix au dard |

III | III.a | P022, « Retardons » | impératif | prépare la chute |

III | III.b | P023, « comprendre… morte » | paradoxe | radicalise la frénésie |

III | III.c | P024, « Intégrité perdue » | phrase nominale | montre la trace extérieure |

Couverture exacte des prises ★

Prise | Dans le mémo | Couverture |

I.a. ★ | oui | oui |

I.b. ★ | oui | oui |

I.c. ★ | oui | oui |

II.a. ★ | oui | oui |

III.a. ★ | oui | oui |

08Erreurs rédhibitoires
  • Réduire les machines à des décorations. Elles cherchent l’activité intérieure du corps.
  • Présenter « hyménoptère » comme une étymologie établie par Ponge. Le texte examine librement le mot savant.
  • Affirmer que la guêpe choisit consciemment de mourir. La scène morale transpose un mécanisme corporel.
  • Lire la « justice immanente » comme une vérité scientifique. C’est un modèle interprétatif.
  • Oublier que la susceptibilité est reliée à la peur et à la vulnérabilité.
  • Prendre la prosopopée pour une déclaration sur la pensée réelle de l’insecte.
  • Isoler le monologue de la petite tape qui le ramène au corps fragile.
  • Comprendre la survie après la coupure comme une preuve de conscience. Le paradoxe figure une agitation persistante.
  • Oublier le fruit : il donne au contact une conséquence extérieure et matérielle.
  • Oublier le statut documentaire : la transcription et les citations restent à recoller sur l’exemplaire directeur.
09Analyse grammaticale
  1. Question grammaticale 1
  2. Question grammaticale 2
  3. Question grammaticale 3

Phrase 1

« Il fallait bien, pour classer les espèces, les prendre par quelque endroit » (PO-CORR-01-P020).

« Il fallait » est une tournure impersonnelle : le pronom « il » ne représente aucun référent. Le groupe infinitif détaché « pour classer les espèces » est un complément circonstanciel de but ; « les espèces » est le complément d’objet direct de « classer ». Le pronom personnel « les » reprend ce groupe nominal et devient le complément d’objet direct de l’infinitif « prendre ».

Phrase 2

« Qu'elle laisse son dard dans sa victime et qu’elle en meurt? » (PO-CORR-01-P021).

Les deux propositions subordonnées conjonctives sont coordonnées par « et ». Elles complètent le verbe de parole contenu dans la question précédente « Qu'est-ce qu’on me dit? ». Dans la première, « son dard » est complément d’objet direct de « laisse » et « dans sa victime » complément circonstanciel de lieu. Dans la seconde, le pronom « en » reprend le fait précédent et prend une valeur causale : mourir de cette perte.

Phrase 3

« si je me laisse aller, la moindre dispute tournera au tragique » (PO-CORR-01-P022).

La phrase associe une subordonnée conjonctive circonstancielle de condition et une proposition principale. La subordonnée est introduite par « si » et son verbe est au présent de l’indicatif. La principale emploie le futur simple « tournera ». Ce système présent plus futur exprime une hypothèse tenue pour possible. Le groupe prépositionnel « au tragique » est complément du verbe et indique le résultat du changement.

Leçon à retenir

Le but explique le geste de classer, les complétives transmettent l’information sur le dard et le système conditionnel transforme la susceptibilité en prévision : si le contact a lieu, la réponse deviendra tragique.

Droits et source. Francis Ponge, La Rage de l’expression (Mermod, 1952 ; Gallimard, collection Poésie, 1976) : œuvre protégée. Conformément à la charte éditoriale du dossier, aucune page publique autonome de texte intégral n’est servie. Lorsqu’un passage de Ponge est reproduit, il reste dans le périmètre nécessaire au commentaire, à l’explication ou à l’animation, avec attribution et source. Analyses, structure, dessins et appareil pédagogique © Patrick Levieux, 2026.

Valeurs fonctionnelles héritées des exercices

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