Francis Ponge · La Rage de l’expression · Commentaire linéaire 3
Explication linéaire 3 : Formation d’un abcès poétique, la fabrique prise sur le fait
Treize étapes accompagnées, puis neuf tiroirs pour l’épreuve.
L’explication à côté de toi
Le fil parlé
Treize étapes pour comprendre, dire et retenir avant d’ouvrir le dossier de l’épreuve.
Étape 01
Tu n’y comprends rien ? C’est normal
Un poète écrit une description, puis écrit le mot « Variante » et la recommence, puis passe à une liste de mots. Et il a intitulé tout cela « Formation d'un abcès poétique ». On peut trouver que ça part mal.
Ça part exactement comme il faut. Ce texte ne montre pas un résultat : il montre une fabrication, avec ses ratures gardées. Le livre conserve ici deux états successifs et rend leur comparaison possible, ligne à ligne.
Qui parle ? Ponge, dans son carnet, à La Suchère, en août 1940.
De quoi ça parle ? Il donne deux tableaux d'un bois de pins : l'hiver, où les branches basses tombent, et le mois d'août, où le sous-bois devient une halle et une brosserie. Puis il inscrit un mot — « Variante » — et redonne le même passage avec des corrections. Deux jours après, il change de forme : plus de phrases suivies, mais des expressions à garder, une question sur le pin, une liste de mots à vérifier. Une note précise qu'il n'avait pas de dictionnaire sous la main.
Que veut faire comprendre l'auteur ? Que le travail vaut d'être montré, y compris quand il tourne mal.
On est au cœur du plus long morceau du livre, le carnet consacré à un bois de pins, écrit pendant l'été 1940.
Ce qu'il faut savoir : dans le livre, cette section est datée jour par jour. On peut donc suivre le travail comme un journal — et voir, quelques pages plus loin, l'auteur juger lui-même ce qu'il vient d'écrire.
Ton introduction peut tenir en six phrases, dans cet ordre.
Situe l'auteur : Ponge, poète du XXᵉ siècle, dont l'œuvre conserve des cahiers d'atelier, leurs dates et leurs reprises.
Nomme l'œuvre et sa date, 1952, et son genre : des carnets qui gardent des états successifs du travail.
Dis où l'on en est : au cœur du carnet consacré à un bois de pins, en août 1940.
Annonce ton parcours en trois arrêts : d'abord deux tableaux datés, ensuite le même texte repris sous nos yeux, enfin le retour au relevé et la note du bas de page.
Pose ta question, dans les termes du dossier : « Comment le passage montre-t-il la fabrication d'un texte plutôt que son résultat, jusqu'à faire du mot « Variante » un geste d'écrivain ? »
Referme en annonçant que tu suivras l'ordre du carnet.
Le premier moment commence par un titre qui oriente la lecture : « FORMATION D'UN ABCÈS POÉTIQUE ». Un abcès, c'est une accumulation qu'il faudra percer. Placé en tête dans le livre, ce titre invite à regarder naître l'écriture sous le signe d'un trouble.
Puis viennent deux tableaux. L'hiver d'abord : « Temple de la caducité. Rongées de lichens les basses branches sont déchues. » Une phrase sans verbe sacralise le lieu, la suivante le fait tomber. Le mot « déchues » dit à la fois la branche et la faute.
Et août ensuite, dans un tout autre registre : « une halle aux épingles à cheveux odoriférantes ». Les aiguilles de pin sont devenues des épingles, le sous-bois un marché couvert, et un peu plus loin une brosserie. La halle et la brosserie font entrer dans les pins un imaginaire de marché et d'atelier.
Deuxième moment : Le même texte, réécrit sous nos yeux
Le deuxième moment tient dans un mot posé seul sur une ligne : « Variante. »
Ce mot n'appartient pas au poème. Il appartient à la table de travail, et Ponge le laisse dans le livre. L'état antérieur n'est pas effacé : il reste imprimé au-dessus, et il faut comparer.
Compare, justement. Au premier jet, les chevelures se mêlaient tout en haut sans qu'on sache où cela s'arrêtait ; la reprise écrit : « ces mâts séniles dont les tignasses ne s'entremêlent qu'aux cieux ». Une restriction est apparue, et elle borne exactement l'endroit du mélange. La reprise précise ainsi la limite spatiale du mélange.
Et l'autre correction transforme une caractérisation : la noble et sauvage rousse devient « la flamboyante créature qui sort de la baignoire ». La caractérisation se resserre, la couleur reste, et l'être est devenu indéterminé.
Le troisième moment change de forme. Nouvelle date, et le texte suivi s'arrête : « Expressions simples et justes à retenir du bois de pins : Lente fabrique de bois. »
Regarde la formule retenue. Elle est courte, sans verbe, et dans la formule citée, l'adjectif ralentit le rythme tandis que le substantif présente le bois comme un atelier productif. Voilà ce que la règle du livre permet d'attraper : une expression exacte, dont la beauté vient par surcroît.
Puis l'observation reprend la main : « Le pin n'est-il pas l'arbre qui fournit le plus de bois mort ? » Une question de fait, posée sous une forme qui appelle le oui.
Et le passage se termine sur un manque : « Mots à chercher dans Littré ». En bas de page, un aveu : le dictionnaire n'était pas à sa portée, là où il écrivait. Ce qui a fait défaut est consigné avec le reste — un journal de travail enregistre aussi les empêchements.
En une phrase : un texte donné deux fois, avec le mot qui sépare les deux versions laissé bien en vue.
Ce que le passage établit, c'est qu'un livre peut conserver deux états successifs de son propre brouillon. Si on te demande où est l'atelier dans ce recueil, montre le mot « Variante » : il tient sur une ligne, et il est tout entier là.
Pour ouvrir, tu peux dire ceci : plus tard dans le carnet, l'auteur relira ces feuillets et estimera l'effort peu fructueux. La métaphore pathologique résonnera alors avec ce bilan sévère.
Une seconde ouverture : dater chaque entrée transforme un recueil en journal. On ne lit plus des poèmes, on suit quelqu'un qui travaille, et qui échoue certains jours.
Le chemin qu'on vient de faire : le titre qui diagnostique, le temple qui tombe, la halle et la brosserie ; puis le mot posé seul, la restriction gagnée, le décor retiré ; enfin la formule retenue, la question de fait, le dictionnaire absent. Trois temps.
Tu sais nommer ce que tu vois : un titre emprunté à la médecine, une phrase sans verbe qui vaut inscription, une négation soutenue qui définit par l'absence, un mot d'atelier laissé dans le texte, une question négative qui appelle le oui. Cinq choses, cinq citations.
« Temple de la caducité. » — un groupe nominal complété par « de », sans verbe. Une phrase ainsi bâtie pose son contenu comme une inscription, un fronton. Et le nom abstrait qui la complète réapparaîtra bientôt, parmi ceux dont l'auteur veut vérifier le sens.
« point de serpentements de lianes, ni de cordes » — l'adverbe « point » remplace « pas » et régit un nom sans déterminant. La conjonction « ni » range un second terme sous la même négation. Le lieu est décrit par ce qu'il ne contient pas.
« Le pin n'est-il pas l'arbre qui fournit le plus de bois mort ? » — une interrogation totale marquée par l'inversion, dont la négation n'a pas valeur de refus : elle appelle un oui. Le superlatif dans la relative donne à cette réponse attendue une portée comparative.
Ce soir, tu peux fermer le cahier. Tu as compris qu'un livre peut imprimer un texte et sa reprise l'un sous l'autre, et quelles transformations distinguent le second du premier. C'est l'essentiel.
Et s'il ne devait rester qu'une image pour la nuit, ce serait celle-ci : un homme dans un bois, en 1940, qui cherche un mot dans un dictionnaire qu'il n'a pas.
Terre ferme : tu peux t'arrêter là. Le dossier de l'épreuve t'attend quand tu voudras, avec ses neuf tiroirs. Ce soir, tu en sais assez pour en parler. Une chose n'a pas été expliquée : ce que Ponge faisait à La Suchère en août 1940, et pourquoi il n'y avait pas de dictionnaire.
Neuf tiroirs : comprendre, préparer l’oral, contrôler les preuves.
01Le texte, dit simplementLe raisonnement sans jargon.
Idée générale. Ponge décrit un bois de pins, puis recommence sa description en la corrigeant sous nos yeux, avant de passer du texte suivi à une liste de mots. Le titre médical invite à observer cette fabrication comme une accumulation problématique.
Situation simple. Le 22 août 1940, il écrit deux tableaux du bois de pins, l'un pour l'hiver, l'autre pour août. Puis il écrit le mot « Variante » et redonne le même passage, corrigé. Deux jours plus tard, il change de forme : il note des expressions à retenir, pose une question sur le pin, et dresse une liste de mots à chercher dans le Littré — en précisant en note qu'il n'en avait pas.
Mouvement I. Dans ce mouvement, un poème en prose est donné dans son premier état. L'idée importante est que le temple hivernal et le sous-bois d'août sont construits par deux réseaux d'images très différents.
Mouvement II. Dans ce mouvement, le même texte est réécrit et les deux états sont imprimés successivement. L'idée importante est que les changements précisent les limites et transforment les images.
Mouvement III. Dans ce mouvement, le texte suivi cède la place au relevé. L'idée importante est que le carnet consigne aussi ce qui a manqué.
Pour finir. La leçon du passage est qu'un écrivain peut conserver deux états successifs d'un même brouillon, et faire de leur comparaison une partie de l'œuvre.
02L’introduction rédigéeSix étapes, une question directrice.
Étape 1 : Francis Ponge est un poète du XXᵉ siècle, dont les carnets de travail sont devenus des livres.
Étape 2 :La Rage de l'expression, publié en 1952, réunit des carnets en conservant leurs dates, leurs reprises et certains de leurs états successifs.
Étape 3 : L'extrait appartient au Carnet du Bois de Pins, la plus longue section du recueil, écrite en août 1940 à La Suchère.
Étape 4 : Le passage s'organise en trois temps — un poème en prose donné dans son premier état, le même texte réécrit sous nos yeux, et le retour au relevé.
Étape 5 : On se demandera comment le passage montre la fabrication d'un texte plutôt que son résultat, jusqu'à faire du mot « Variante » un geste d'écrivain.
Étape 6 : On suivra d'abord le titre et les deux tableaux, puis la réécriture et ses gains, enfin la liste et la note du bas de page.
03L’explication linéaireTrois mouvements, neuf prises de lecture.
I. Le poème en prose, premier état
De « 22 août 1940 » à « fumante au bas-côté ».
Sous un titre médical qui oriente la lecture, une date, puis deux tableaux du bois de pins : l'hiver et le mois d'août. Le premier mouvement donne le morceau tel qu'il est venu — métaphores religieuses, lexique de la vieillesse, puis un vocabulaire entièrement domestique.
★ I.a. Une date, et un titre qui diagnostique
« FORMATION D'UN ABCÈS POÉTIQUE » folio 119
Titre médical encadrant un fait d'écriture. Le titre emprunte à la médecine, et il n'est pas flatteur : un abcès est une accumulation qu'il faudra percer. En nommant ainsi la section, Ponge porte un processus d'accumulation. Placé en tête dans le livre, il invite le lecteur à observer la formation du texte comme un phénomène problématique.
★ I.b. Le bois en hiver, un temple qui tombe
« Temple de la caducité. Rongées de lichens les basses branches sont déchues. » folio 119
Métaphore religieuse suivie d'un lexique de la vieillesse. Une phrase nominale sacralise le lieu, la suivante le fait tomber. Le participe placé en tête, le verbe « déchues » avec sa double valeur — physique et morale — installent l'image d'une ruine végétale.
◆ I.c. Le bois en août, une halle et une brosserie
« une halle aux épingles à cheveux odoriférantes » folio 119
Double image concrète de la halle et de la brosserie. Les aiguilles de pin deviennent des épingles à cheveux, et le sous-bois un marché couvert. Un motif traditionnel de la poésie — la forêt — reçoit un vocabulaire concret et quotidien, prolongé ensuite par la brosserie.
II. Le même texte, réécrit sous nos yeux
De « Variante » à « fumante au bas-côté ».
Un mot suffit à ouvrir l'atelier. Le deuxième mouvement redonne le même passage, corrigé : une restriction ajoutée, un groupe substitué, des parenthèses déplacées. L'état antérieur n'est pas effacé, il est imprimé en regard.
★ II.a. Le mot « Variante », et ce qu'il ouvre
« Variante. » folio 120
Mot isolé en tête de paragraphe, servant de marque d'atelier. Un mot, un point, une ligne à lui seul. Ce mot n'appartient pas au poème : il appartient à l'atelier. En le laissant dans le livre, Ponge publie l'état antérieur au lieu de le remplacer — c'est le geste éditorial qui définit tout le recueil.
★ II.b. Les tignasses, corrigées deux fois
« ces mâts séniles dont les tignasses ne s'entremêlent qu'aux cieux » folio 120
Réécriture d'une même proposition, avec restriction ajoutée. La première version disait que les tignasses étaient emmêlées dans les hauteurs ; la seconde ajoute une restriction. Le sens gagne une limite exacte : le mélange n'a lieu qu'en haut, et le bas reste dégagé. La correction ne cherche pas le beau, elle cherche le juste.
◆ II.c. La créature, débarrassée de son costume
« pour la flamboyante créature qui sort de la baignoire » folio 120
Substitution d'un groupe adjectival à un autre. Le premier état parlait d'une noble et sauvage rousse ; le second la remplace par une flamboyante créature. La caractérisation se resserre, la couleur reste, et l'être devient plus indéterminé.
III. Le retour au relevé
De « 24 août 1940 » à « les mots à chercher ».
Deux jours plus tard, le texte suivi cède la place à une liste ponctuée d'astérisques : des expressions à retenir, une question posée au pin, des mots à vérifier. Le troisième mouvement montre le retour à la méthode — et une note avoue que le dictionnaire manquait.
★ III.a. Le passage du poème à la liste
« Expressions simples et justes à retenir du bois de pins : Lente fabrique de bois. » folio 120
Passage du texte suivi à une liste ponctuée d'astérisques. Le texte suivi s'arrête, une nouvelle date est posée, et ce qui vient est un relevé. La formule retenue est nominale et courte : l'adjectif « lente » donne le rythme, tandis que le nom « fabrique » fait du bois un lieu de production. C'est exactement le genre de trouvaille que la méthode autorise, parce qu'elle est juste avant d'être jolie.
◆ III.b. La question posée au pin
« Le pin n'est-il pas l'arbre qui fournit le plus de bois mort ? » folio 121
Interrogation totale négative portant sur un superlatif. Après les métaphores, une question de fait, posée sous forme négative pour appeler l'assentiment. L'observation reprend la main : ce que le poème cherchait par l'image, la question le demande directement à l'arbre.
○ III.c. Les mots à chercher, et le Littré absent
« Mots à chercher dans Littré » folio 121
Note infrapaginale expliquant l'absence de l'outil annoncé. La liste des outils promise dans « L'œillet » réapparaît ici en situation, et elle bute sur une absence : une note précise que l'auteur n'avait pas de Littré à sa disposition. Le manque est consigné comme le reste — un carnet note aussi ce qu'il n'a pas pu faire.
04La conclusion rédigéeRépondre, puis prolonger dans l’œuvre.
Le passage imprime successivement deux états du même brouillon. La réponse à notre question tient dans un seul mot, « Variante », posé sur une ligne : il ne remplace pas, il ajoute, et il oblige le lecteur à comparer. Cette comparaison montre une restriction ajoutée et une caractérisation transformée : la reprise cherche une formulation plus ajustée à ce que l'auteur veut retenir.
Ouverture. Une vingtaine de pages plus loin, l'auteur relira quinze feuillets et conclura que leur gain est trop mince pour le temps donné. Le titre médical trouve ainsi un prolongement dans l'autocritique du carnet.
05Le mémo de l’oralLes appuis indispensables et les prolongements possibles.
Deux tableaux du bois de pins, puis le mot « Variante » et le même texte corrigé sous nos yeux, puis le retour au relevé. Le titre — une métaphore médicale — oriente d'emblée la lecture de cette fabrication.
★ I.a : « FORMATION D'UN ABCÈS POÉTIQUE ». Titre médical encadrant un fait d'écriture. Le titre emprunte à la médecine, et il n'est pas flatteur : un abcès est une accumulation qu'il faudra percer.
★ I.b : « Temple de la caducité. Rongées de lichens les basses branches sont… ». Métaphore religieuse suivie d'un lexique de la vieillesse. Une phrase nominale sacralise le lieu, la suivante le fait tomber.
◆ I.c : « une halle aux épingles à cheveux odoriférantes ». Double image concrète de la halle et de la brosserie. Les aiguilles de pin deviennent des épingles à cheveux, et le sous-bois un marché couvert.
★ II.a : « Variante. ». Mot isolé en tête de paragraphe, servant de marque d'atelier. Un mot, un point, une ligne à lui seul.
★ II.b : « ces mâts séniles dont les tignasses ne s'entremêlent qu'aux cieux ». Réécriture d'une même proposition, avec restriction ajoutée. La première version disait que les tignasses étaient emmêlées dans les hauteurs ; la seconde ajoute une restriction.
◆ II.c : « pour la flamboyante créature qui sort de la baignoire ». Substitution d'un groupe adjectival à un autre. Le premier état parlait d'une noble et sauvage rousse ; le second la remplace par une flamboyante créature.
★ III.a : « Expressions simples et justes à retenir du bois de pins : Lente… ». Passage du texte suivi à une liste ponctuée d'astérisques. Le texte suivi s'arrête, une nouvelle date est posée, et ce qui vient est un relevé.
◆ III.b : « Le pin n'est-il pas l'arbre qui fournit le plus de bois mort ? ». Interrogation totale négative portant sur un superlatif. Après les métaphores, une question de fait, posée sous forme négative pour appeler l'assentiment.
○ III.c : « Mots à chercher dans Littré ». Note infrapaginale expliquant l'absence de l'outil annoncé. La liste des outils promise dans « L'œillet » réapparaît ici en situation, et elle bute sur une absence : une note précise que l'auteur n'avait pas de Littré à sa disposition.
Appuis ★ repris :I.aI.bII.aII.bIII.a
06Le tableau des procédésComparer les fonctions des neuf appuis.
Procédé désigné
Analyse dans le texte
Effet sur le lecteur
Interprétation
★ Titre médical encadrant un fait d'écriture (I.a)
Le titre emprunte à la médecine, et il n'est pas flatteur : un abcès est une accumulation qu'il faudra percer.
Le titre invite le lecteur à regarder la fabrication comme une accumulation problématique.
Nommer abcès ce qui va suivre, c'est juger son propre texte avant de l'écrire.
★ Métaphore religieuse suivie d'un lexique de la vieillesse (I.b)
Une phrase nominale sacralise le lieu, la suivante le fait tomber.
Le lecteur voit un bois d'hiver devenir une ruine sacrée.
La métaphore du temple se combine au lexique de la vieillesse et de la chute.
◆ Double image concrète de la halle et de la brosserie (I.c)
Les aiguilles de pin deviennent des épingles à cheveux, et le sous-bois un marché couvert.
Le lecteur sourit : le sous-bois est devenu un magasin de brosses.
Un motif traditionnel de la poésie reçoit le vocabulaire concret de la halle et de la brosserie.
★ Mot isolé en tête de paragraphe, servant de marque d'atelier (II.a)
Un mot, un point, une ligne à lui seul.
Le lecteur voit l'atelier s'ouvrir : un seul mot, et le texte recommence.
Le mot « Variante » est le geste d'atelier par excellence : il publie l'état antérieur au lieu de l'effacer.
★ Réécriture d'une même proposition, avec restriction ajoutée (II.b)
La première version disait que les tignasses étaient emmêlées dans les hauteurs ; la seconde ajoute une restriction.
Le lecteur compare deux états d'une même phrase et voit ce qui a été gagné.
La correction restreint : ce qui se mêlait partout ne se mêle plus qu'en haut. L'exactitude a gagné une limite.
◆ Substitution d'un groupe adjectival à un autre (II.c)
Le premier état parlait d'une noble et sauvage rousse ; le second la remplace par une flamboyante créature.
Le lecteur mesure ce qu'une seule substitution change à l'image.
La variante remplace une caractérisation détaillée par une figure plus indéterminée, tout en gardant l'intensité de la couleur.
★ Passage du texte suivi à une liste ponctuée d'astérisques (III.a)
Le texte suivi s'arrête, une nouvelle date est posée, et ce qui vient est un relevé.
Le lecteur passe du poème au relevé, sans transition et sans excuse.
La liste n'est pas une chute : c'est le retour à la méthode annoncée dans les Berges.
◆ Interrogation totale négative portant sur un superlatif (III.b)
Après les métaphores, une question de fait, posée sous forme négative pour appeler l'assentiment.
Le lecteur retrouve l'observation sous la métaphore.
La question ramène au fait vérifiable, et prépare la formule qui sera retenue.
○ Note infrapaginale expliquant l'absence de l'outil annoncé (III.c)
La liste des outils promise dans « L'œillet » réapparaît ici en situation, et elle bute sur une absence : une note précise que l'auteur n'avait pas de Littré à sa disposition.
Le lecteur découvre que l'outil de travail manquait, et que le travail a eu lieu quand même.
Un dictionnaire absent est un fait de biographie ; il devient ici un élément du texte.
07Le tableau de couvertureRetrouver chaque sous-partie dans le mémo.
Prise ★
Rang
Dans le mémo
I.a
★
oui
I.b
★
oui
II.a
★
oui
II.b
★
oui
III.a
★
oui
Sous-partie
Procédé principal
Dans le mémo ?
I.a
Titre médical encadrant un fait d'écriture
oui
I.b
Métaphore religieuse suivie d'un lexique de la vieillesse
oui
II.a
Mot isolé en tête de paragraphe, servant de marque d'atelier
oui
II.b
Réécriture d'une même proposition, avec restriction ajoutée
oui
III.a
Passage du texte suivi à une liste ponctuée d'astérisques
oui
Les 5 appuis marqués ★ couvrent les trois mouvements et sont tous repris dans le mémo : résultat 5/5. Ce décompte atteste la couverture, non la qualité générale de la page.
08Les erreurs rédhibitoiresLes contresens propres à ce passage.
Prendre le titre pour un simple ornement : la métaphore médicale oriente la lecture vers la formation problématique du texte.
Lire la variante comme un simple remplacement : le premier état demeure lisible, et la comparaison fait apparaître les transformations.
Croire que le vocabulaire quotidien annule l'objet : la halle et la brosserie transforment les aiguilles, les troncs et le sous-bois en réseau d'images.
Traiter la liste du troisième mouvement comme un abandon : c'est le retour à la méthode annoncée dès les premières pages du recueil.
Passer sur la note du bas de page : l'absence de dictionnaire est un fait de travail, et le carnet la consigne comme le reste.
Dire que Ponge décrit un paysage : il décrit un objet, et il note en même temps ce que cette description lui coûte.
09L’analyse grammaticaleTrois constructions distinctes, trois leçons.
Question grammaticale 1
Question grammaticale 2
Question grammaticale 3
Phrase 1 : Phrase nominale sans verbe
Phrase étudiée : « Temple de la caducité. » folio 119
Leçon de grammaire : ⑦ le lexique
Question : Analysez, dans « Temple de la caducité. », la construction suivante : Phrase nominale sans verbe. Justifiez votre réponse.
Réponse : La phrase se réduit à un groupe nominal suivi d'un complément du nom introduit par « de », sans verbe conjugué ni sujet. Une telle phrase, dite nominale, pose son contenu comme un constat ou une inscription — ici, comme le fronton d'un édifice. Le nom abstrait « caducité » désigne la propriété de ce qui est près de tomber, et il est repris deux folios plus loin dans la liste des mots à vérifier.
Phrase 2 : Négation partielle par « point de » sans article
Phrase étudiée : « point de serpentements de lianes, ni de cordes » folio 120
Leçon de grammaire : ⑥ la négation
Question : Analysez, dans « point de serpentements de lianes, ni de cordes », la construction suivante : Négation partielle par « point de » sans article. Justifiez votre réponse.
Réponse : L'adverbe de négation « point » remplace ici « pas » et régit directement un nom sans déterminant, par l'intermédiaire de la préposition « de ». La conjonction « ni » coordonne un second terme sous la même portée négative. Cette construction, plus soutenue que la négation ordinaire, décrit ce que le lieu ne contient pas — le bois est défini par ses absences.
Phrase 3 : Interrogation totale à forme négative
Phrase étudiée : « Le pin n'est-il pas l'arbre qui fournit le plus de bois mort ? » folio 121
Leçon de grammaire : ⑤ l'interrogation
Question : Analysez, dans « Le pin n'est-il pas l'arbre qui fournit le plus de… », la construction suivante : Interrogation totale à forme négative. Justifiez votre réponse.
Réponse : L'interrogation porte sur l'ensemble de la phrase et se marque par l'inversion du pronom sujet, repris après le verbe. La négation « ne… pas » y est employée non pour nier mais pour appeler une réponse affirmative : c'est une interrogation oratoire. L'attribut comporte une relative déterminative et un superlatif, qui donne à l'affirmation attendue une portée comparative.