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Francis Ponge · La Rage de l’expression · Commentaire linéaire 2

Explication linéaire 2 : L’Œillet, le défi des choses au langage

Treize étapes accompagnées, puis neuf tiroirs pour l’épreuve.

L’explication à côté de toi

Le fil parlé

Treize étapes pour comprendre, dire et retenir avant d’ouvrir le dossier de l’épreuve.

Étape 01

Tu n’y comprends rien ? C’est normal

Un poète annonce qu'il va écrire sur une fleur, puis passe deux pages à expliquer sa méthode, et finit par recopier des articles de dictionnaire. On peut se demander où est le poème.

Il n'y en a pas encore, et c'est voulu. Ce texte est la porte de l'atelier : Ponge y dit ce qu'il cherche, avec quels outils, et à quoi on saura qu'il a réussi. Le critère qu'il se donne appelle une reconnaissance extérieure : on pourra éprouver la réussite sur l'objet.

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Étape 02

D’abord, de quoi ça parle ?

Qui parle ? Ponge, à la première personne, dans une section dédiée à Georges Limbour.

De quoi ça parle ? Il commence par une consigne : les choses lancent un défi au langage, il faut le relever. Il se demande si cela s'appelle poésie, et écarte la question. Il explique ensuite que tout objet, même le plus banal, porte des qualités que l'habitude nous empêche de voir, et qu'il veut les dégager. Il énumère ses moyens — dictionnaire, rêve, télescope, jeu de mots, sommeil. Il admet que d'autres réussiront mieux. Enfin il dit pourquoi il choisit des objets muets, et le texte se transforme en carnet de mots.

Que veut faire comprendre l'auteur ? Qu'une chose qui ne parle pas oblige à inventer une langue, et que c'est là que le travail commence.

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Étape 03

Où on se trouve dans le livre

On est à l'ouverture d'une des grandes sections du livre, celle de l'œillet.

Ce qu'il faut savoir : dans le livre, chaque section porte sur un objet — un oiseau, une guêpe, un mimosa, un bois de pins. Le programme y est exposé longuement avant les tentatives de description. Cette ouverture peut donc servir de porte d'entrée dans la méthode du recueil.

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Étape 04

Ton introduction : comment tu ouvres

Ton introduction peut tenir en six phrases, dans cet ordre.

  • Situe l'auteur : Ponge, poète du XXᵉ siècle, qui place ici les choses au centre de son travail.
  • Nomme l'œuvre et sa date, 1952, et son genre : des carnets de travail publiés comme un recueil.
  • Dis où l'on en est : l'ouverture de la section consacrée à l'œillet, avant toute description.
  • Annonce ton parcours en trois arrêts : d'abord une consigne et un titre décliné, ensuite une méthode avec son outillage, enfin des objets muets et des notes brutes.
  • Pose ta question, dans les termes du dossier : « Comment l'ouverture de « L'œillet » transforme-t-elle le défi des choses en programme de recherche, de la définition du but à l'inventaire des moyens ? »
  • Referme en annonçant que tu suivras l'ordre du texte.
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Étape 05

Premier moment : Le défi, et le refus du titre

Le premier moment tient dans une phrase sans sujet : « Relever le défi des choses au langage. »

Personne ne relève : c'est une consigne, comme dans une recette. Et le sens du défi va dans l'autre sens que celui qu'on attend. Ce n'est pas le poète qui attaque le monde, ce sont les choses qui mettent les mots en défaut.

Puis Ponge se donne un critère, et il est extérieur à lui : « l'on doive s'écrier nécessairement : c'est de quelque chose comme un œillet qu'il s'agit ». Quelqu'un d'autre doit reconnaître la fleur, sans qu'on l'ait nommée. La réussite se mesure, elle ne se déclare pas.

Et la question qui vient est balayée en une ligne : « Est-ce là poésie ? Je n'en sais rien, et peu importe. » Ces quatre mobiles — besoin, engagement, colère, amour-propre — détournent l'attention de l'étiquette « poésie » pour la reporter vers le travail.

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Étape 06

Deuxième moment : Le programme, et ses outils

Le deuxième moment donne la méthode, et il faut suivre l'ordre des mots. « Celles de l'esprit scientifique sans doute, mais surtout beaucoup d'art. »

On accorde d'abord, on corrige ensuite, et c'est la correction qui compte. L'esprit scientifique est associé à une forte part d'art, sans que le texte en fasse deux contraires.

Avant cela, il a expliqué ce qu'il cherche : « si elles étaient clairement et simplement exprimées, il y aurait opinion unanime et constante ». Le texte imagine ainsi un accord stable obtenu par la clarté de l'expression.

Vient alors la liste, et elle est mémorable : « Au dictionnaire, à l'encyclopédie, à l'imagination, au rêve, au télescope », puis le microscope, la lorgnette, le calembour, la rime, l'oubli, le silence, le sommeil. La même petite préposition revient devant chacun. L'inventaire multiplie ainsi les ressources sans annoncer de classement.

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Étape 07

Troisième moment : Les objets indifférents, et le carnet

Le troisième moment justifie le choix des sujets. « non des sentiments ou des aventures humaines mais des objets les plus indifférents possible »

D'un côté ce que la poésie prend d'habitude ; de l'autre ce que Ponge prend. Et le mot « indifférent » ne veut pas dire sans intérêt : le texte l'oppose ici aux sentiments et aux aventures humaines.

La raison suit, et elle tient en un mot : « la garantie de la nécessité d'expression se trouve dans le mutisme habituel de l'objet ». Le texte fait de ce mutisme une double garantie : nécessité d'expression et opposition aux expressions communes.

Puis le texte s'arrête d'argumenter, et le carnet apparaît : « Papillotes, papillons, papilles : même mot que vaciller. » Un relevé de vocabulaire s'inscrit alors dans le livre publié. On ne nous décrit pas la table de travail : on nous y laisse entrer.

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Étape 08

Alors, qu’est-ce que ça raconte vraiment ?

En une phrase : un programme de travail qui se donne un critère vérifiable, et qui maintient ce critère avant toute étiquette poétique.

Ce que le passage établit, c'est que Ponge subordonne l'effet verbal à une exigence d'exactitude, et qu'il accepte d'être jugé là-dessus. Si on te demande pourquoi il choisit une fleur plutôt qu'un chagrin, réponds que la fleur ne peut pas se raconter elle-même.

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Étape 09

Ton ouverture : la porte qui s’ouvre

Pour ouvrir, tu peux dire ceci : la promesse faite ici est tenue juste après, sur des dizaines de pages datées où l'auteur s'y reprend et renonce plus d'une fois. La doctrine est immédiatement suivie de sa facture.

Une seconde ouverture : voilà ce qui sépare ce recueil des arts poétiques ordinaires. Un art poétique peut s'arrêter à la règle ; ici les pages suivantes en montrent le coût.

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Étape 10

Tu vois ? Tu sais le comprendre et le dire

Le chemin qu'on vient de faire : l'infinitif sans sujet, le critère extérieur, la question congédiée ; puis l'hypothèse de l'accord unanime, la science associée à l'art, l'inventaire des recours ; enfin les objets sans attache, le mutisme qui garantit, la note de dictionnaire. Trois temps.

Tu sais nommer ce que tu vois : un infinitif qui vaut consigne, un verbe de nécessité qui fixe un critère, une concession corrigée par ce qui la suit, une préposition répétée qui isole chaque recours, une opposition entre deux sortes de sujets. Cinq choses, cinq citations.

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Étape 11

Et les petites questions de grammaire

Trois constructions à savoir sur ce passage.

« Relever le défi des choses au langage. » — un groupe infinitif seul, sans sujet ni verbe conjugué. Employé ainsi, l'infinitif vaut ordre ou programme. Et les deux compléments désignent l'un l'agent, l'autre le destinataire : le défi part des choses et va vers les mots.

« si elles étaient clairement et simplement exprimées, il y aurait opinion unanime » — une hypothèse à l'imparfait, une principale au conditionnel : le système de ce qui pourrait être et n'est pas. Le sujet réel est rejeté après le verbe et privé d'article, ce qui lui donne une portée générale.

« Au dictionnaire, à l'encyclopédie, à l'imagination, au rêve, au télescope » — des compléments juxtaposés, chacun précédé de la même préposition. Cette répétition n'est pas obligatoire en français : elle isole chaque recours et donne à chacun la même netteté syntaxique.

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Étape 12

Ce soir, tu peux fermer le cahier

Ce soir, tu peux fermer le cahier. Tu as compris que Ponge se donne un critère qu'un autre peut vérifier, et qu'il maintient ce travail avant l'étiquette qui pourrait le nommer. C'est l'essentiel.

Et s'il ne devait rester qu'une image pour la nuit, ce serait celle-ci : un homme qui feuillette un dictionnaire pour approcher une fleur, et qui recopie ce qu'il y trouve.

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Étape 13

Terre ferme : tu peux t’arrêter là

Terre ferme : tu peux t'arrêter là. Le dossier de l'épreuve t'attend quand tu voudras, avec ses neuf tiroirs. Ce soir, tu en sais assez pour en parler. Il reste une chose non éclaircie : qui était Georges Limbour, à qui cette section est dédiée.

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Fin de l’explication accompagnée

La voix change

La voix qui t’accompagnait s’efface : finie la lettre, place au dossier de travail.

Je m’arrête iciJ’ouvre le dossier

Le dossier de l’épreuve

La même explication, classée pour la révision

Neuf tiroirs : comprendre, préparer l’oral, contrôler les preuves.

01Le texte, dit simplementLe raisonnement sans jargon.

Idée générale. Ponge annonce ce qu'il veut faire — trouver des mots tels qu'on reconnaisse un œillet sans qu'on l'ait nommé — refuse de s'appeler poète, expose sa méthode, puis laisse voir ses notes de travail brutes.

Situation simple. Le texte s'ouvre sur une consigne : relever le défi que les choses lancent au langage. L'auteur se demande si c'est de la poésie, répond qu'il n'en sait rien et que peu importe. Il explique que toute chose, même la plus ordinaire, a des qualités que l'habitude nous cache, et qu'il cherche à les dégager. Il énumère ses outils : dictionnaire, encyclopédie, rêve, télescope, calembour, sommeil. Il reconnaît que d'autres feront mieux. Puis il donne la seule particularité de son programme — il choisit des objets muets — et le texte devient un carnet : étymologies, définitions, associations de mots.

Mouvement I. Dans ce mouvement, un défi est relevé et un titre est refusé. L'idée importante est que le défi vient de la chose, pas du poète.

Mouvement II. Dans ce mouvement, la méthode est exposée avec ses outils. L'idée importante est que la recherche associe l'esprit scientifique, l'art et une liste de recours très différents.

Mouvement III. Dans ce mouvement, le choix des objets est justifié, puis le carnet apparaît. L'idée importante est que le silence de l'objet est ce qui rend l'expression nécessaire.

Pour finir. La leçon du passage est qu'on peut se donner un programme vérifiable en poésie : quelqu'un doit reconnaître la chose sans qu'on l'ait nommée.

02L’introduction rédigéeSix étapes, une question directrice.

Étape 1 : Francis Ponge est un poète du XXᵉ siècle, qui prend les objets ordinaires pour sujets d'étude.

Étape 2 : La Rage de l'expression, publié en 1952, réunit des carnets où l'on voit le travail se faire, échouer et reprendre.

Étape 3 : L'extrait ouvre la section « L'œillet », dédiée à Georges Limbour, et il précède les tentatives de description proprement dites.

Étape 4 : Le passage s'organise en trois temps — un défi relevé et un titre refusé, un programme et ses outils, le choix des objets muets suivi d'un carnet de mots.

Étape 5 : On se demandera comment l'ouverture de « L'œillet » transforme le défi des choses en programme de recherche, de la définition du but à l'inventaire des moyens.

Étape 6 : On suivra d'abord l'infinitif liminaire et la question congédiée, puis la méthode et l'inventaire des recours, enfin le mutisme de l'objet et les notes laissées telles quelles.

03L’explication linéaireTrois mouvements, neuf prises de lecture.

I. Le défi, et le refus du titre

De « Relever le défi des choses au langage » à « Je crois ma vision fort commune ».

La section s'ouvre sur un infinitif sans sujet, qui vaut programme. Ce ne sont pas les mots qui attaquent la fleur, c'est la fleur qui met les mots en défaut. Puis la question de la poésie est posée et immédiatement congédiée, et l'auteur refuse de se prévaloir du titre de poète.

★ I.a. Un défi lancé par les choses

« Relever le défi des choses au langage. » folio 55

Infinitif sans sujet à valeur de programme. Un infinitif sans sujet, et un point. La phrase n'a pas d'auteur grammatical : elle vaut consigne. Et le complément renverse le rapport attendu — le défi vient des choses, il est adressé au langage. Ce n'est pas le poète qui s'attaque au monde, c'est le monde qui met les mots en défaut.

★ I.b. La preuve exigée du lecteur

« l'on doive s'écrier nécessairement : c'est de quelque chose comme un œillet qu'il s'agit » folio 55

Subordonnée relative au subjonctif, renforcée par un adverbe de nécessité. La réussite reçoit un critère, et il est extérieur : quelqu'un doit s'écrier. Le subjonctif « doive » et l'adverbe « nécessairement » construisent un critère présenté comme nécessaire. La formule prêtée à ce lecteur est prudente — quelque chose comme — car il s'agit d'approcher, non de nommer.

◆ I.c. La question de la poésie, écartée

« Est-ce là poésie ? Je n'en sais rien, et peu importe. » folio 55

Interrogative directe suivie de deux réponses brèves. La question est posée puis écartée en deux temps : une ignorance déclarée, puis un désintérêt. Quatre mobiles prennent alors le relais — besoin, engagement, colère, amour-propre — et déplacent la réponse hors de la seule question du genre poétique.

II. Le programme, et ses outils

De « Étant donnée une chose » à « les héros de l'esprit de demain ».

Le deuxième mouvement expose la méthode : dégager des qualités que la routine empêche d'apercevoir, avec les disciplines de la science et surtout beaucoup d'art. Puis vient l'inventaire des recours, où le télescope et le sommeil figurent sur la même ligne.

◆ II.a. Ce qu'il cherche à dégager

« si elles étaient clairement et simplement exprimées, il y aurait opinion unanime et constante » folio 56

Système hypothétique et présentatif de désignation. Le système hypothétique met la réussite à portée : il suffirait de dire clairement. Et l'accord annoncé est double — unanime dans l'espace, constant dans le temps. Le texte fait ainsi de la clarté d'expression la condition hypothétique d'un consensus.

★ II.b. Deux disciplines, et la seconde l'emporte

« Celles de l'esprit scientifique sans doute, mais surtout beaucoup d'art. » folio 56

Concession par sans doute, suivie d'un renchérissement introduit par mais surtout. La concession est faite d'abord, puis « mais surtout » renchérit. L'ordre des mots associe la rigueur scientifique à une forte part d'art, sans en faire deux contraires. La phrase est nominale, sans verbe : elle liste des disciplines, pas des intentions.

★ II.c. L'inventaire des recours

« Au dictionnaire, à l'encyclopédie, à l'imagination, au rêve, au télescope » folio 56

Accumulation de compléments introduits par la même préposition. La même préposition revient devant chaque terme, et l'énumération se poursuit sur la page suivante jusqu'au calembour et au sommeil. La construction met dans une même série l'instrument d'optique et le jeu de mots : l'inventaire multiplie les ressources sans annoncer de classement.

III. Les objets indifférents, et le carnet

De « où je choisis comme sujets » à « dans des limites raisonnables ».

Le troisième mouvement donne la seule particularité que l'auteur reconnaisse à son programme : le choix d'objets muets. Puis le texte cesse d'argumenter et devient un carnet de mots — étymologies, définitions, associations — laissé tel quel dans le livre.

★ III.a. Le choix des objets indifférents

« non des sentiments ou des aventures humaines mais des objets les plus indifférents possible » folio 58

Opposition marquée entre deux groupes de compléments d'objet. Deux groupes de compléments opposés par une négation et une conjonction. Les sentiments et les aventures humaines sont explicitement écartés ; ce qui les remplace est défini par un superlatif d'indifférence. Le texte présente ainsi ce choix comme une particularité du programme.

★ III.b. Le mutisme comme garantie

« la garantie de la nécessité d'expression se trouve dans le mutisme habituel de l'objet » folio 58

Nom abstrait de garantie appuyé sur un nom de privation. Le raisonnement tient en un mot : mutisme. Le texte fait de ce silence une double garantie : il rend l'expression nécessaire et l'oppose aux formules communes. La chose muette devient ainsi le point de résistance du langage.

○ III.c. Le carnet de mots, laissé tel quel

« Papillotes, papillons, papilles : même mot que vaciller. » folio 58

Juxtaposition de notices lexicales sans phrase de liaison. Le texte cesse d'argumenter. Trois mots, deux points, une étymologie : c'est une note lexicale, dont la forme brève est conservée dans la page publiée. L'atelier n'est pas seulement raconté : sa manière de prendre note reste visible.

04La conclusion rédigéeRépondre, puis prolonger dans l’œuvre.

Le passage donne à la recherche un critère que le lecteur pourra constater : les mots assemblés doivent lui faire reconnaître quelque chose comme un œillet. La réponse à notre question tient aussi dans la méthode qui suit : l'esprit scientifique et l'art sont associés, tandis que la liste des recours fait voisiner le microscope et le calembour. L'étiquette de poésie reste secondaire par rapport au travail annoncé.

Ouverture. Ce que le texte annonce, la suite de la section l'exécute : des dizaines de pages de tentatives datées, dont beaucoup sont abandonnées. Le programme est donc suivi d'une mise à l'épreuve publique — c'est là ce qui distingue ce livre d'un art poétique.

05Le mémo de l’oralLes appuis indispensables et les prolongements possibles.

L'ouverture de la section consacrée à l'œillet : une consigne, un critère vérifiable, un refus du titre de poète, l'inventaire des recours, et le carnet de mots laissé tel quel dans le livre.

★ I.a : « Relever le défi des choses au langage. ». Infinitif sans sujet à valeur de programme. Un infinitif sans sujet, et un point.

★ I.b : « l'on doive s'écrier nécessairement : c'est de quelque chose comme… ». Subordonnée relative au subjonctif, renforcée par un adverbe de nécessité. La réussite reçoit un critère, et il est extérieur : quelqu'un doit s'écrier.

◆ I.c : « Est-ce là poésie ? Je n'en sais rien, et peu importe. ». Interrogative directe suivie de deux réponses brèves. La question est posée puis écartée en deux temps : une ignorance déclarée, puis un désintérêt.

◆ II.a : « si elles étaient clairement et simplement exprimées, il y aurait… ». Système hypothétique et présentatif de désignation. Le système hypothétique met la réussite à portée : il suffirait de dire clairement.

★ II.b : « Celles de l'esprit scientifique sans doute, mais surtout beaucoup… ». Concession par sans doute, suivie d'un renchérissement introduit par mais surtout. La concession est faite d'abord, puis « mais surtout » renchérit.

★ II.c : « Au dictionnaire, à l'encyclopédie, à l'imagination, au rêve, au… ». Accumulation de compléments introduits par la même préposition. La même préposition revient devant chaque terme, et l'énumération se poursuit sur la page suivante jusqu'au calembour et au sommeil.

★ III.a : « non des sentiments ou des aventures humaines mais des objets les… ». Opposition marquée entre deux groupes de compléments d'objet. Deux groupes de compléments opposés par une négation et une conjonction.

★ III.b : « la garantie de la nécessité d'expression se trouve dans le mutisme… ». Nom abstrait de garantie appuyé sur un nom de privation. Le raisonnement tient en un mot : mutisme.

○ III.c : « Papillotes, papillons, papilles : même mot que vaciller. ». Juxtaposition de notices lexicales sans phrase de liaison. Le texte cesse d'argumenter.

Appuis ★ repris : I.a I.b II.b II.c III.a III.b

06Le tableau des procédésComparer les fonctions des neuf appuis.
Procédé désignéAnalyse dans le texteEffet sur le lecteurInterprétation
★ Infinitif sans sujet à valeur de programme (I.a)Un infinitif sans sujet, et un point.Le lecteur entend une déclaration de guerre, et elle est adressée aux mots.Le défi n'est pas lancé par le poète mais par la chose : c'est elle qui met le langage en cause.
★ Subordonnée relative au subjonctif, renforcée par un adverbe de nécessité (I.b)La réussite reçoit un critère, et il est extérieur : quelqu'un doit s'écrier.Le lecteur comprend que la réussite se mesure à une réaction, pas à un jugement.La réussite est vérifiable : quelqu'un doit reconnaître l'objet sans qu'on l'ait nommé.
◆ Interrogative directe suivie de deux réponses brèves (I.c)La question est posée puis écartée en deux temps : une ignorance déclarée, puis un désintérêt.Le lecteur voit l'auteur refuser l'étiquette qui l'honorerait.Ne pas se prévaloir du titre de poète maintient la recherche avant l'étiquette.
◆ Système hypothétique et présentatif de désignation (II.a)Le système hypothétique met la réussite à portée : il suffirait de dire clairement.Le lecteur découvre que l'objet le plus banal cache des qualités que l'habitude masque.Ce n'est pas l'objet qui est banal, c'est notre regard : la routine est l'adversaire.
★ Concession par sans doute, suivie d'un renchérissement introduit par mais surtout (II.b)La concession est faite d'abord, puis « mais surtout » renchérit.Le lecteur voit la rigueur scientifique associée à une forte exigence d'art.L'art n'est pas posé contre la rigueur : le texte les associe, en insistant sur la part de l'art.
★ Accumulation de compléments introduits par la même préposition (II.c)La même préposition revient devant chaque terme, et l'énumération se poursuit sur la page suivante jusqu'au calembour et au sommeil.Le lecteur reçoit une liste où le microscope voisine avec le calembour.Le rêve et le microscope appartiennent à la même liste de recours, volontairement hétérogène.
★ Opposition marquée entre deux groupes de compléments d'objet (III.a)Deux groupes de compléments opposés par une négation et une conjonction.Le lecteur mesure l'écart avec la poésie qu'on lui enseigne d'ordinaire.Choisir un œillet plutôt qu'une aventure humaine est une décision de méthode, pas de goût.
★ Nom abstrait de garantie appuyé sur un nom de privation (III.b)Le raisonnement tient en un mot : mutisme.Le lecteur comprend pourquoi une chose muette est un meilleur sujet qu'un sentiment.Le mutisme habituel de l'objet garantit à la fois la nécessité d'exprimer et la résistance aux expressions communes.
○ Juxtaposition de notices lexicales sans phrase de liaison (III.c)Le texte cesse d'argumenter.Le lecteur tombe sur des notes brutes et voit l'atelier sans mise en scène.La forme de notes lexicales demeure visible dans la page publiée : l'atelier devient lisible.
07Le tableau de couvertureRetrouver chaque sous-partie dans le mémo.
Prise ★RangDans le mémo
I.a★oui
I.b★oui
II.b★oui
II.c★oui
III.a★oui
III.b★oui
Sous-partieProcédé principalDans le mémo ?
I.aInfinitif sans sujet à valeur de programmeoui
I.bSubordonnée relative au subjonctif, renforcée par un adverbe de nécessitéoui
II.bConcession par sans doute, suivie d'un renchérissement introduit par mais surtoutoui
II.cAccumulation de compléments introduits par la même prépositionoui
III.aOpposition marquée entre deux groupes de compléments d'objetoui
III.bNom abstrait de garantie appuyé sur un nom de privationoui

Les 6 appuis marqués ★ couvrent les trois mouvements et sont tous repris dans le mémo : résultat 6/6. Ce décompte atteste la couverture, non la qualité générale de la page.

08Les erreurs rédhibitoiresLes contresens propres à ce passage.
  • Croire que Ponge lance un défi aux choses : la phrase dit le contraire, ce sont les choses qui défient le langage.
  • Lire « Je ne me prétends pas poète » comme une simple modestie de convenance : dans ce passage, la phrase maintient la recherche et son critère avant toute étiquette.
  • Traiter la liste des recours comme une fantaisie sans fonction : elle associe le microscope et le calembour dans un inventaire volontairement hétérogène.
  • Confondre objet indifférent et objet sans qualités : le texte affirme au contraire que la chose la plus ordinaire porte des qualités particulières.
  • Passer sur les notes lexicales comme sur un rebut : leur forme demeure visible dans la page publiée et donne directement accès au travail des mots.
  • Dire que le texte refuse absolument la poésie : Ponge écarte d'abord l'étiquette, puis envisage qu'une telle recherche puisse un jour être appelée poésie.
09L’analyse grammaticaleTrois constructions distinctes, trois leçons.
  1. Question grammaticale 1
  2. Question grammaticale 2
  3. Question grammaticale 3

Phrase 1 : Infinitif employé comme programme, sans sujet exprimé

Phrase étudiée : « Relever le défi des choses au langage. » folio 55

Leçon de grammaire : ① le verbe

Question : Analysez, dans « Relever le défi des choses au langage. », la construction suivante : Infinitif employé comme programme, sans sujet exprimé. Justifiez votre réponse.

Réponse : La phrase se réduit à un groupe infinitif suivi de ses compléments, sans verbe conjugué ni sujet. L'infinitif ainsi employé a valeur d'ordre ou de programme, comme dans une consigne ou une recette. Le complément du nom « des choses » désigne l'agent du défi, et le complément « au langage » son destinataire : la construction inverse le rapport que l'on attendrait entre le poète et le monde.

Phrase 2 : Système hypothétique avec tournure impersonnelle

Phrase étudiée : « si elles étaient clairement et simplement exprimées, il y aurait opinion unanime et constante » folio 56

Leçon de grammaire : ④ la circonstancielle

Question : Analysez, dans « si elles étaient clairement et simplement exprimées,… », la construction suivante : Système hypothétique avec tournure impersonnelle. Justifiez votre réponse.

Réponse : La subordonnée introduite par « si » porte son verbe à l'imparfait de l'indicatif, et la principale au conditionnel présent : c'est le système de l'hypothèse envisagée mais non réalisée. La principale est une tournure impersonnelle, dont le sujet réel « opinion » est postposé et employé sans déterminant, ce qui lui donne une valeur générale.

Phrase 3 : Accumulation de compléments juxtaposés avec préposition répétée

Phrase étudiée : « Au dictionnaire, à l'encyclopédie, à l'imagination, au rêve, au télescope » folio 56

Leçon de grammaire : ② la phrase complexe

Question : Analysez, dans « Au dictionnaire, à l'encyclopédie, à l'imagination, au… », la construction suivante : Accumulation de compléments juxtaposés avec préposition répétée. Justifiez votre réponse.

Réponse : Les compléments sont juxtaposés et introduits chacun par la même préposition, contractée ou non selon le déterminant qui suit. La répétition de la préposition devant chaque terme est facultative en français ; elle est ici systématique, ce qui isole chaque recours et interdit de les hiérarchiser. L'énumération se poursuit au folio suivant et se clôt sur « etc. ».