Le bac par Patrick

Francis Ponge · La Rage de l’expression · Explication 9/11

le mimosa, le dictionnaire et les preuves après coup

13 étapes parlées9 prises9 tiroirs

L’explication à côté de toi

Le fil parlé

Treize étapes pour comprendre, dire et retenir avant d’ouvrir le dossier de l’épreuve.

Étape 01

Tu n’y comprends rien ? C’est normal

Ce passage alterne des variantes poétiques, une note datée au milieu de la nuit et une longue consultation du dictionnaire. On pourrait croire que Ponge abandonne le mimosa pour collectionner des mots. C’est l’inverse : il demande aux mots de vérifier ce que l’observation et l’invention ont déjà proposé.

Les plumes, les poussins, l’or, l’azur et le panache existaient avant la consultation. Le Littré fait apparaître que « houppe », « panache », « paradis » et « poussin » portent des sens qui rejoignent ces images. Ponge ne prétend pas que le dictionnaire les a produites. Il les reçoit comme des preuves après coup.

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Étape 02

D’abord, de quoi ça parle ?

Qui parle ? Ponge, qui écrit, date ses reprises, consulte les ouvrages et commente ses propres trouvailles.

De quoi parle-t-il ? Des variantes du poème, de l’arrivée lumineuse d’une branche, des mots utilisés pour la décrire et de leur confirmation lexicographique.

Que veut-il faire comprendre ? Une image poétique peut précéder le savoir sans lui être étrangère. Lorsqu’une définition retrouve des relations déjà pressenties par l’écriture, elle renforce l’hypothèse. La preuve ne ferme toutefois pas la recherche : elle reste « a posteriori », venue après l’expérience.

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Étape 03

Où on se trouve dans le livre

La séquence précédente s’achevait sur la décision de prendre le lecteur par la main. Le présent passage donne un exemple de ce détour guidé. Ponge conserve plusieurs poèmes, note une nouvelle intuition à trois heures du matin, puis retourne au dictionnaire pour examiner les mots de ses images.

Nous sommes donc dans une phase de contrôle. Le mimosa a déjà été décrit par les poussins d’or, les plumes et le paroxysme. Il faut maintenant savoir si ces rapprochements ne reposent que sur l’imagination ou s’ils rencontrent des propriétés reconnues de la langue, des oiseaux et des plantes.

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Étape 04

Ton introduction : comment tu ouvres

Ton introduction peut tenir en six phrases.

  • La Rage de l’expression montre Francis Ponge en train d’inventer, de reprendre et de vérifier ses formulations.
  • Dans Le Mimosa, les images de plumes, de poussins et de soleil cherchent à rendre la floraison jaune et retombante.
  • L’extrait commence par plusieurs variantes poétiques, puis enregistre une nouvelle comparaison nocturne entre la branche et le soleil.
  • Ponge consulte ensuite le Littré afin de contrôler les mots « autruche », « floribond », « houppe », « panache », « paradis » et « poussin ».
  • On peut se demander comment le dictionnaire transforme des trouvailles poétiques en preuves sans abolir leur caractère expérimental.
  • Le texte fait d’abord varier le chant des poussins d’or (PO-CORR-05-P090), relance ensuite l’image solaire et ouvre l’enquête lexicale (P091 à P092), puis rassemble les définitions en « bouquet de preuves a posteriori » (PO-CORR-05-P093).
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Étape 05

Premier moment : reprendre jusqu’à faire chanter

Les variantes déplacent les mêmes éléments : floraison abondante, cri, plumes qui retombent, poussins d’or et azur. Chaque ordre produit une autre relation. « Floribonds » donne l’abondance, « à tue-tête » la puissance sonore et « à décourage-plumes » la retombée qui accompagne l’éclat.

Le poème passe ensuite à la première personne du pluriel : « O glorieux naïfs que nous fûmes ». La gloire devient un souvenir et la naïveté introduit déjà la perte. Une autre variante place l’assistance d’azur devant les oracles. Le ciel n’est plus un fond passif ; sa splendeur muette inspire la parole d’or.

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Étape 06

Deuxième moment : une branche apporte le soleil

La date et l’heure interrompent les variantes. À trois heures du matin, le mimosa apparaît comme le soleil lui-même transporté à l’intérieur. La branche devient rameau béni, torche ou constellation de gouttelettes lumineuses. Le rapprochement semble soudain, mais il reprend tout le réseau solaire du dossier.

Ponge retourne ensuite au Littré. L’autruche confirme la tension entre grandes plumes et incapacité de voler. « Floribond » ne figure pas dans le dictionnaire ; l’écrivain annonce qu’il devra y entrer. La langue reçue ne suffit donc pas toujours. Elle peut confirmer l’image, mais elle doit aussi accueillir le mot que l’objet exige.

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Étape 07

Troisième moment : houppes, panaches et poussins font preuve

Les articles « houppe » et « panache » font converger bouquet, touffe, plumes, mouvement et écume. « Paradis » mène aux jardins, à l’oiseau aux longues plumes et au saule pleureur. « Poussin » révèle le mot « poussinée » et les Pléiades appelées « Poussinières ».

Ces rencontres semblent reprendre une à une les images déjà écrites : bosquet paradisiaque, plumes retombantes, petites boules jaunes, constellation de poussins. Ponge les nomme « bouquet de preuves a posteriori ». La métaphore du bouquet réunit le savoir comme les fleurs du mimosa, tout en rappelant que la confirmation vient après l’invention.

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Étape 08

Alors, qu’est-ce que ça raconte vraiment ?

Le passage raconte une coopération entre intuition et vérification. Le poème produit d’abord des relations sensibles. La comparaison nocturne les relance. Le dictionnaire révèle ensuite que les mots et les savoirs portent des parentés auxquelles l’écriture était déjà arrivée.

La réponse à la problématique est donc la suivante : le dictionnaire transforme les trouvailles en preuves parce qu’il fournit des correspondances indépendantes, mais il ne les rend pas nécessaires ni définitives. Le terme « a posteriori » conserve l’ordre réel du travail. La poésie a proposé ; le savoir contrôle ; le jugement rassemble les confirmations sans faire croire qu’elles garantissent une expression finale.

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Étape 09

Ton ouverture : la porte qui s’ouvre

Tu peux ouvrir sur la séquence suivante. Ponge reviendra à « glorioleux, vite découragé », puis organisera trois nuances et un poème final. Les preuves lexicales ne remplacent donc pas la synthèse ; elles lui donnent des appuis.

On peut aussi ouvrir sur L’Œillet, qui énumère le dictionnaire, l’encyclopédie, le rêve et le microscope parmi les outils de l’entreprise. Le présent passage montre leur articulation concrète : aucun instrument ne règne seul, mais chacun met les autres à l’épreuve.

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Étape 10

Tu vois ? Tu sais le comprendre et le dire

Tu peux retenir quatre gestes : varier, dater, consulter, rassembler. Ils correspondent aux étapes de la preuve.

Les procédés suivent cette logique. Les néologismes condensent la perception. La première personne transforme la gloire en mémoire. La comparaison solaire relance l’intuition. Les définitions accumulent des correspondances. Enfin, la métaphore du bouquet donne une forme végétale à l’ensemble des confirmations.

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Étape 11

Et les petites questions de grammaire

Première phrase : « Quand on apporte du mimosa, c’est presque comme si l’on apportait (une surprise!) le soleil lui-même. » (PO-CORR-05-P091). La subordonnée circonstancielle de temps « Quand on apporte du mimosa » fixe la situation. La comparative hypothétique « comme si l’on apportait » emploie l’imparfait après « comme si ».

Deuxième phrase : « Floribond: ce mot ne figure pas au Littré. Il figurera donc dans les éditions futures. » (PO-CORR-05-P092). Le présent négatif constate l’absence actuelle ; le futur simple « figurera » transforme cette lacune en prédiction. L’adverbe donc marque la conséquence.

Troisième phrase : « liées par le bas, voltigent par le haut, forment une espèce de bouquet » (PO-CORR-05-P093). Les deux verbes coordonnés « voltigent » et « forment » ont pour sujet le pronom relatif qui, dont l’antécédent « plumes » apparaît à la page précédente. Le groupe participial « liées par le bas » se rapporte au même antécédent féminin pluriel.

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Étape 12

Ce soir, tu peux fermer le cahier

Tu peux fermer le cahier avec une règle simple : trouver une correspondance dans le dictionnaire ne prouve pas que le poème est terminé. Cela prouve seulement que l’image a rencontré une structure de langue ou de savoir qui ne dépend pas d’elle seule.

Ponge conserve donc les preuves et le doute. Le bouquet est offert au texte déjà écrit ; il n’est pas un certificat définitif délivré à l’expression.

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Étape 13

Terre ferme : tu peux t’arrêter là

Belle traversée. Tu sais maintenant expliquer pourquoi la consultation savante appartient à la poésie : elle ne remplace pas la trouvaille, elle en mesure la portée et peut obliger la langue à s’agrandir.

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Fin de l’explication accompagnée

La voix change

La voix qui t’accompagnait s’efface : finie la lettre, place au dossier de travail.

Je m’arrête iciJ’ouvre le dossier

Le dossier de l’épreuve

La même explication, classée pour la révision

Neuf tiroirs : comprendre, préparer l’oral, contrôler les preuves.

01Texte simple

Ponge écrit plusieurs variantes qui associent le mimosa à des poussins d’or, à des plumes retombantes et à une parole inspirée par l’azur. À trois heures du matin, il note qu’apporter une branche revient presque à apporter le soleil. Il retourne ensuite au dictionnaire. L’autruche confirme les grandes plumes incapables de vol ; « floribond » manque au Littré et devra, selon lui, entrer dans les éditions futures ; « houppe » et « panache » réunissent touffes, bouquets et plumes ; « paradis » mène aux oiseaux à longues plumes et au saule pleureur ; « poussin » conduit à une troupe et à une constellation. Ces correspondances rejoignent les images déjà inventées. Ponge les rassemble comme un bouquet de preuves venues après coup.

02Introduction rédigée

La Rage de l’expression montre Francis Ponge en train d’inventer, de reprendre et de vérifier ses formulations. Dans Le Mimosa, les images de plumes, de poussins et de soleil cherchent à rendre la floraison jaune et retombante. L’extrait commence par plusieurs variantes poétiques, puis enregistre une comparaison nocturne entre la branche et le soleil. Ponge consulte ensuite le Littré afin de contrôler les mots liés à ses images. On peut donc se demander comment le dictionnaire transforme des trouvailles poétiques en preuves sans abolir leur caractère expérimental. Le texte fait d’abord varier le chant des poussins d’or (PO-CORR-05-P090), relance ensuite l’image solaire et ouvre l’enquête lexicale (P091 à P092), puis rassemble les définitions en « bouquet de preuves a posteriori » (PO-CORR-05-P093).

03Analyse linéaire complète
★ I.a. Florir à tue-tête : l’image comprimée

Orientation. La première variante condense abondance, cri et retombée dans une suite de groupes rythmiques.

Citation. « Floribonds, à tue-tête, à décourage-plumes » (PO-CORR-05-P090).

Procédé principal. Une accumulation ternaire construite autour d’un adjectif rare et d’un néologisme.

Procédé secondaire. Le rythme des groupes brefs, séparés par des virgules.

Analyse. « Floribonds » attribue aux poussins une abondance de fleurs et prépare la consultation lexicale. « À tue-tête » transforme le jaune et le parfum en cri porté avec force. « À décourage-plumes » fabrique enfin un mot capable d’unir la voix et la retombée des feuilles. Le préfixe verbal suggère que le chant même décourage les plumes, comme si le paroxysme produisait son affaissement. La série ne construit aucune phrase complète : elle avance par chocs nominaux, à la manière d’une note de recherche. La condensation permet de tester plusieurs qualités à la fois, mais elle laisse ouverte leur relation exacte. La variante sert ainsi de matrice à reprendre.

Le lecteur reçoit en trois battements l’expansion, la puissance et le découragement de la floraison.

Interprétation. Le néologisme cherche une syntaxe assez serrée pour rendre contemporains l’éclat et la retombée.

Liaison. Comment la variante suivante transforme-t-elle la gloire présente en souvenir déjà révolu ?

★ I.b. Se souvenir de la gloire : les naïfs au passé

Orientation. Le poème adopte une voix collective et regarde l’éclat depuis son achèvement.

Citation. « O glorieux naïfs que nous fûmes » (PO-CORR-05-P090).

Procédé principal. Une apostrophe exclamative à la première personne du pluriel.

Procédé secondaire. Le passé simple « fûmes », qui transforme la caractéristique en état révolu.

Analyse. L’apostrophe « O » élève les fleurs au rang d’êtres célébrés. « Glorieux » reprend la lumière et l’ostentation, tandis que « naïfs » retire à cette gloire toute arrogance calculée. Le pronom « nous » fait parler ensemble les poussins du mimosa et peut inclure le sujet humain dans leur enthousiasme. Mais le passé simple place cette splendeur dans un temps fermé. La fleur parle depuis l’après de son paroxysme. L’expression unit donc joie et conscience de sa disparition. Ponge n’ajoute pas une morale extérieure sur la vanité ; il inscrit le retour dans le temps verbal de la floraison. La voix poétique devient la mémoire brève d’un éclat.

Le lecteur entend la fleur célébrer une gloire dont le temps verbal annonce qu’elle est déjà perdue.

Interprétation. Le passé simple donne à « vite découragé » une profondeur temporelle et transforme la floraison en souvenir collectif.

Liaison. Quel rôle l’azur reçoit-il lorsque la variante déplace la parole des fleurs vers l’espace qui les entoure ?

★ I.c. Inspirer les oracles : l’autorité muette de l’azur

Orientation. Une autre variante fait du ciel le destinataire et la source de la parole d’or.

Citation. « Narine bée inspire leurs oracles » (PO-CORR-05-P090).

Procédé principal. Une personnification de l’azur réduit à une « narine » ouverte.

Procédé secondaire. Le lexique sacré des « oracles », qui élève le pépiement des fleurs.

Analyse. La variante mentionne une « fidèle assistance d’azur » : le ciel devient public. « Narine bée » lui prête l’organe qui reçoit le parfum, comme la foule décrite plus tôt. Le verbe « inspire » possède alors deux sens. L’azur fait entrer un souffle et provoque la parole oraculaire ; il fournit aussi l’inspiration poétique. Les fleurs ne parlent donc pas seules. Leur or dépend de la relation avec le fond bleu qui les fait ressortir et semble écouter leur parfum. Pourtant, l’azur garde une « muette autorité ». L’oracle naît du contraste entre un espace silencieux et la multitude criante des poussins.

Le lecteur voit la parole du mimosa se former dans une relation entre parfum offert, ciel récepteur et contraste des couleurs.

Interprétation. La variante déplace l’origine du chant : l’objet se caractérise par l’échange qu’il ouvre avec son milieu.

Transition. Le premier mouvement a fait varier la floraison comme cri, mémoire et oracle. Une note datée revient maintenant à l’expérience d’une branche apportée, puis le dictionnaire commence à contrôler les images.

★ II.a. Apporter le soleil : la surprise nocturne

Orientation. La note de trois heures du matin reformule l’éclat du mimosa comme transport du soleil.

Citation. « Quand on apporte du mimosa, c’est presque comme si l’on apportait (une surprise!) le soleil lui-même. » (PO-CORR-05-P091).

Procédé principal. Une comparaison hypothétique qui identifie l’arrivée de la branche à celle du soleil.

Procédé secondaire. L’incise exclamative « une surprise! », qui marque l’événement vécu.

Analyse. La subordonnée « Quand on apporte » part d’un geste ordinaire : une branche entre dans une pièce. La comparaison le transforme en événement cosmique. « Presque » maintient une distance nécessaire, tandis que « lui-même » donne au soleil une présence transportable. L’incise « une surprise! » enregistre l’étonnement plutôt qu’elle ne l’explique. La date nocturne renforce le contraste : le soleil apparaît dans les mots à l’heure de son absence. Les images de rameau béni, de torche et de gouttelettes d’or prolongent cette intuition. Ponge retrouve ainsi par une expérience concrète le caractère « multisolaire » du début.

Le lecteur éprouve l’arrivée de la branche comme l’irruption lumineuse d’un dehors solaire dans l’espace intérieur.

Interprétation. La comparaison nocturne confirme l’image solaire en la rattachant à une scène de perception datée.

Liaison. Que se passe-t-il lorsque le mot forgé pour cette abondance ne figure pas dans l’autorité lexicographique ?

◆ II.b. Faire entrer floribond : le dictionnaire à compléter

Orientation. La consultation rencontre une absence qui transforme Ponge en futur correcteur du dictionnaire.

Citation. « Floribond: ce mot ne figure pas au Littré. Il figurera donc dans les éditions futures. » (PO-CORR-05-P092).

Procédé principal. Une opposition temporelle entre le présent négatif et le futur affirmatif.

Procédé secondaire. Le connecteur « donc », qui donne à la prédiction la force d’une conséquence logique.

Analyse. La notice attendue n’existe pas. Le présent « ne figure pas » constate la limite du dictionnaire ; il ne condamne pas le mot. Le futur « figurera » renverse même l’autorité : ce n’est plus l’écrivain qui attend la permission du Littré, mais le Littré futur qui devra recevoir la trouvaille. « Donc » transforme l’audace en évidence. Le néologisme répond à un besoin précis, nommer ce qui porte beaucoup de fleurs, et rencontre le mot savant « florican ». Ponge montre ainsi que l’outil lexical est vivant. Il vérifie les mots reçus, mais l’objet peut obliger à produire une forme qui manque encore à l’instrument.

Le lecteur voit la recherche poétique découvrir une lacune et revendiquer pour son mot une place future dans la langue commune.

Interprétation. Le dictionnaire ne fixe pas la limite du dicible ; il devient un atelier que l’expérience de la chose peut agrandir.

Liaison. Quelle définition permet de retrouver ensemble bouquet, touffe, poils et plumes dans l’image du mimosa ?

◆ II.c. Déployer la houppe : le mot comme carrefour

Orientation. L’article « houppe » rassemble plusieurs matières déjà rencontrées dans la description.

Citation. « Houppe: 1° Assemblage de fils de laine, de soie, formant un bouquet, une touffe. » (PO-CORR-05-P092).

Procédé principal. Une définition lexicographique par genre et composition.

Procédé secondaire. L’accumulation « laine », « soie », « bouquet », « touffe », qui croise textile et végétal.

Analyse. La définition relie des fils doux à une forme rassemblée. Elle rejoint directement les inflorescences du mimosa, faites d’étamines nombreuses et perçues comme pompons. Mais les sens suivants ajoutent les flocons de plumes, les touffes de poils, les papilles nerveuses et même l’écume légère de deux vagues. Le mot devient un carrefour où textile, animal, corps et eau se rencontrent. Ponge avait déjà mobilisé ces domaines sans connaître nécessairement toute cette série. Leur présence dans l’article fournit un contrôle surprenant de ses rapprochements. La polysémie ne dissout pas l’objet ; elle montre qu’un même geste de rassemblement traverse plusieurs matières.

Le lecteur découvre dans un seul mot la structure commune qui soutenait plusieurs images du dossier.

Interprétation. La définition donne aux analogies un réseau lexical antérieur au poème et renforce leur cohérence sans les rendre obligatoires.

Transition. Le deuxième mouvement a relié l’expérience solaire à la lacune de « floribond » et au carrefour de « houppe ». Les dernières définitions multiplient les correspondances jusqu’au jugement final du « bouquet de preuves ».

★ III.a. Faire voltiger le panache : une forme liée et libre

Orientation. L’article « panache » décrit la structure même des feuilles comparées à des plumes.

Citation. « liées par le bas, voltigent par le haut, forment une espèce de bouquet » (PO-CORR-05-P093).

Procédé principal. Une définition dynamique fondée sur l’opposition entre liaison et mouvement.

Procédé secondaire. Les compléments symétriques « par le bas » et « par le haut ».

Analyse. Le panache est un faisceau : plusieurs plumes sont réunies. La relative précise ensuite leur organisation. Elles sont « liées par le bas », donc retenues par un point fixe, mais « voltigent par le haut ». La définition retrouve exactement la tension du mimosa entre enracinement et aspiration aérienne. Les compléments parallèles distribuent la contrainte et la liberté sur deux zones de la même forme. Le bouquet annoncé à la fin de la définition rapproche encore plume et fleur. Ponge n’a donc pas seulement choisi « panache » pour son élégance. Le mot contient une mécanique qui rend la retombée et le mouvement des feuilles.

Le lecteur voit une forme attachée à sa base et libre à son extrémité, comme le rameau qui semble souffrir de sa fixité.

Interprétation. La définition confirme que l’image du panache saisit une structure, non une ressemblance décorative.

Liaison. Comment les mots du paradis et de l’oiseau ajoutent-ils au panache une valeur de paysage et de constellation ?

○ III.b. Relier paradis et poussinière : les images se répondent

Orientation. Deux entrées nouvelles font revenir les jardins, les longues plumes et la multitude des poussins.

Citation. « Le mot poussinée existe: troupe de poussins. » (PO-CORR-05-P093).

Procédé principal. Une affirmation d’existence suivie d’une définition brève.

Procédé secondaire. La proximité de « Poussinières », nom populaire d’une constellation.

Analyse. Ponge avait multiplié les « poussins d’or » pour décrire les petites boules jaunes. Le dictionnaire lui apprend qu’un nom collectif, « poussinée », rassemble précisément ces animaux. Le mot confirme la multitude aperçue sur le rameau. « Poussinières » étend ensuite la relation au ciel, puisque le terme désigne les Pléiades. Les poussins rejoignent donc les étoiles déjà suggérées par « multisolaire ». De même, l’oiseau de paradis aux longues plumes et le saule pleureur réunissent splendeur, plume et retombée. Les articles ne suivent pas un raisonnement linéaire ; ils construisent une constellation de correspondances autour des images du poème.

Le lecteur voit les poussins du rameau se constituer en troupe puis en constellation, comme si le lexique prolongeait l’échelle du regard.

Interprétation. Les définitions confirment la capacité des images à relier forme, nombre, couleur et espace.

Liaison. Quel statut Ponge accorde-t-il finalement à ces correspondances découvertes après l’écriture ?

○ III.c. Nouer le bouquet : des preuves a posteriori

Orientation. Le dernier jugement rassemble les définitions sans leur attribuer une autorité absolue.

Citation. « un bouquet de preuves a posteriori. » (PO-CORR-05-P093).

Procédé principal. Une métaphore végétale qui réunit les confirmations comme des fleurs coupées.

Procédé secondaire. La locution latine « a posteriori », qui précise l’ordre logique de la preuve.

Analyse. Le « bouquet » donne une unité à la série des articles et la rend au mimosa. Chaque définition est une fleur distincte ; leur rassemblement produit une confirmation plus visible. Mais « a posteriori » empêche de réécrire l’histoire du travail. Les images de plumes, de poussins, de paradis et de panache ont précédé la consultation. Le dictionnaire ne les a ni dictées, ni démontrées d’avance. Il rencontre après coup les relations que le poème avait risquées. Le mot « preuves » exprime la joie de cette convergence, tandis que la précision latine en limite la portée. Ponge conserve ainsi l’indépendance de l’intuition et l’exigence de vérification.

Le lecteur reçoit les définitions comme une confirmation offerte au texte déjà écrit, non comme la source cachée de ses images.

Interprétation. La preuve pongienne est cumulative et rétrospective : elle augmente la confiance sans transformer l’essai en vérité définitive.

Aboutissement. Le passage conduit des variantes au dictionnaire puis revient au végétal par le bouquet, montrant que l’invention et le savoir peuvent se contrôler sans perdre leur ordre propre.

Les prises ★ à mémoriser

  • I.a. ★ · I.a. Florir à tue-tête : l’image comprimée
  • I.b. ★ · I.b. Se souvenir de la gloire : les naïfs au passé
  • I.c. ★ · I.c. Inspirer les oracles : l’autorité muette de l’azur
  • II.a. ★ · II.a. Apporter le soleil : la surprise nocturne
  • III.a. ★ · III.a. Faire voltiger le panache : une forme liée et libre
04Conclusion rédigée

Dans cette séquence du Mimosa, Ponge met en scène le contrôle lexicographique de ses images. Les variantes font d’abord de la floraison un cri, une gloire passée et un oracle inspiré par l’azur. La note de trois heures du matin relance l’intuition solaire : apporter une branche revient presque à apporter le soleil. Le retour au dictionnaire produit alors une série de rencontres. « Floribond » manque et devra entrer dans les éditions futures ; « houppe » rassemble bouquet, plumes et touffe ; « panache » unit la base liée au sommet mobile ; « poussinée » et « Poussinières » confirment la multitude et la constellation. Ponge nomme ces trouvailles un « bouquet de preuves a posteriori ». Le dictionnaire ne crée donc pas le poème et ne le clôt pas. Il vérifie après coup que certaines relations inventées rencontrent des structures de langue et de savoir.

05Mémo pour l’oral
  • Situation : phase de vérification après les variantes du Mimosa.
  • Problématique : comment le dictionnaire transforme-t-il les images en preuves limitées ?
  • Mouvement I : floribond, gloire passée, oracle de l’azur.
  • Mouvement II : soleil apporté, floribond absent, houppe polysémique.
  • Mouvement III : panache, poussinière, bouquet de preuves.
  • Ordre essentiel : l’image vient avant la confirmation.
  • Mot de méthode : « a posteriori ».
  • Point de vigilance : le dictionnaire peut être complété par le poète.
  • Réponse finale : les définitions contrôlent et renforcent sans imposer une vérité finale.
  • Ouverture : la synthèse suivante reviendra à « glorioleux, vite découragé ».

Les prises ★ à mémoriser

  • I.a. ★ · I.a. Florir à tue-tête : l’image comprimée
  • I.b. ★ · I.b. Se souvenir de la gloire : les naïfs au passé
  • I.c. ★ · I.c. Inspirer les oracles : l’autorité muette de l’azur
  • II.a. ★ · II.a. Apporter le soleil : la surprise nocturne
  • III.a. ★ · III.a. Faire voltiger le panache : une forme liée et libre

Appuis ★ repris : I.a I.b I.c II.a III.a

06Tableau procédés, effets, sens, oral

Passage | Procédé | Effet | Sens à formuler à l’oral |

« Floribonds… décourage-plumes » (P090) | néologismes | condense le mouvement | l’éclat produit sa retombée |

« glorieux naïfs » (P090) | apostrophe | met la gloire au passé | le paroxysme devient souvenir |

« Narine bée » (P090) | personnification | fait écouter l’azur | la parole naît d’une relation |

« le soleil lui-même » (P091) | comparaison | dramatise l’arrivée | la branche transporte la lumière |

« figurera donc » (P092) | futur | corrige le dictionnaire | l’objet agrandit la langue |

« Houppe » (P092) | polysémie | relie plusieurs matières | le mot soutient les analogies |

« liées… voltigent » (P093) | opposition | décrit le panache | la forme unit fixité et mouvement |

« poussinée » (P093) | définition | rassemble la multitude | les poussins forment troupe et ciel |

« preuves a posteriori » (P093) | métaphore | réunit les contrôles | le savoir confirme après coup |

07Tableau de couverture
Prise ★RangDans le mémo
I.a★oui
I.b★oui
I.c★oui
II.a★oui
III.a★oui

Mouvement | Sous-partie | Citation ancrée | Procédé principal | Fonction dans le passage |

I | I.a | P090, « décourage-plumes » | néologisme | condense la caractéristique |

I | I.b | P090, « nous fûmes » | passé | inscrit la fin |

I | I.c | P090, « Narine bée » | personnification | relie fleur et azur |

II | II.a | P091, « soleil lui-même » | comparaison | relance l’intuition |

II | II.b | P092, « figurera » | futur | complète la langue |

II | II.c | P092, « Houppe » | définition | contrôle les matières |

III | III.a | P093, « liées… voltigent » | opposition | confirme le panache |

III | III.b | P093, « poussinée » | définition | confirme la multitude |

III | III.c | P093, « bouquet de preuves » | métaphore | qualifie le contrôle |

Couverture exacte des prises ★

Prise | Dans le mémo | Couverture |

I.a. ★ | oui | oui |

I.b. ★ | oui | oui |

I.c. ★ | oui | oui |

II.a. ★ | oui | oui |

III.a. ★ | oui | oui |

08Erreurs rédhibitoires
  • Présenter les variantes comme des répétitions identiques. Chacune modifie les relations.
  • Oublier le passé dans « nous fûmes » : la gloire est déjà révolue.
  • Réduire l’azur à un décor. Il devient assistance et source d’inspiration.
  • Isoler la comparaison solaire de la note datée à trois heures du matin.
  • Croire que l’absence de « floribond » invalide le mot. Ponge revendique son entrée future.
  • Réduire « houppe » à une seule définition. Sa polysémie produit le contrôle.
  • Oublier la tension du panache entre base liée et sommet mobile.
  • Prendre les définitions pour la source des images. Elles viennent après.
  • Donner aux preuves une valeur absolue. « A posteriori » limite leur statut.
  • Oublier le statut documentaire : la transcription et les citations restent à recoller sur l’exemplaire directeur.
09Analyse grammaticale
  1. Question grammaticale 1
  2. Question grammaticale 2
  3. Question grammaticale 3

Phrase 1

« Quand on apporte du mimosa, c’est presque comme si l’on apportait (une surprise!) le soleil lui-même. » (PO-CORR-05-P091).

« Quand on apporte du mimosa » est une proposition subordonnée conjonctive circonstancielle de temps. « C’ » est le sujet grammatical de « est ». La structure comparative « comme si l’on apportait » emploie l’imparfait de l’indicatif après « comme si » pour construire une comparaison hypothétique. « Le soleil lui-même » est complément d’objet direct de « apportait ».

Phrase 2

« Floribond: ce mot ne figure pas au Littré. Il figurera donc dans les éditions futures. » (PO-CORR-05-P092).

Les deux phrases ont le même sujet lexical, « ce mot » puis le pronom « Il ». La première contient une négation totale « ne… pas » et un verbe au présent. La seconde emploie le futur simple « figurera ». L’adverbe de liaison « donc » marque la conséquence et transforme l’absence présente en annonce d’une correction future.

Phrase 3

« liées par le bas, voltigent par le haut, forment une espèce de bouquet » (PO-CORR-05-P093).

Le fragment poursuit une proposition relative commencée à la page précédente. Les verbes coordonnés « voltigent » et « forment » ont pour sujet le pronom relatif qui, dont l’antécédent est « plumes ». Le groupe participial détaché « liées par le bas » se rapporte aussi à cet antécédent, ce que montre l’accord au féminin pluriel.

Leçon à retenir

Le temps place l’expérience, le futur corrige l’autorité du dictionnaire et la relative déplie le panache : la grammaire ordonne le passage de l’intuition à la preuve.

Droits et source. Francis Ponge, La Rage de l’expression (Mermod, 1952 ; Gallimard, collection Poésie, 1976) : œuvre protégée. Conformément à la charte éditoriale du dossier, aucune page publique autonome de texte intégral n’est servie. Lorsqu’un passage de Ponge est reproduit, il reste dans le périmètre nécessaire au commentaire, à l’explication ou à l’animation, avec attribution et source. Analyses, structure, dessins et appareil pédagogique © Patrick Levieux, 2026.

Valeurs fonctionnelles héritées des exercices

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[ { "texte": "Phrase 1 « Quand on apporte du mimosa, c’est presque comme si l’on apportait (une surprise!) le soleil lui-même. » (PO-CORR-05-P091 ).", "donnees": { "data-question-grammaire": "1" } }, { "texte": "Phrase 2 « Floribond: ce mot ne figure pas au Littré. Il figurera donc dans les éditions futures. » (PO-CORR-05-P092 ).", "donnees": { "data-question-grammaire": "2" } }, { "texte": "Phrase 3 « liées par le bas, voltigent par le haut, forment une espèce de bouquet » (PO-CORR-05-P093 ).", "donnees": { "data-question-grammaire": "3" } } ]

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