Francis Ponge · La Rage de l’expression · Explication 7/11
le mimosa, du moi à la voix d’or
13 étapes parlées9 prises9 tiroirs
L’explication à côté de toi
Le fil parlé
Treize étapes pour comprendre, dire et retenir avant d’ouvrir le dossier de l’épreuve.
Étape 01
Tu n’y comprends rien ? C’est normal
Le passage peut donner l’impression d’une série de portraits incompatibles. Le mimosa ressemble à un personnage de théâtre, à un astre, à une plume, à des poussins, puis à une voix. Ponge raconte aussi son enfance, ouvre un cahier, plaisante avec les syllabes et consulte le dictionnaire. Rien ne paraît définitivement choisi.
Cette mobilité correspond pourtant à l’objet. Le mimosa associe éclat et fragilité, gloriole et douceur, expansion du parfum et retombée des feuilles. Ponge ne cherche donc pas une définition sèche. Il fait varier les distances et les procédés afin de trouver une caractéristique assez souple pour tenir les contraires ensemble.
Qui parle ? Francis Ponge, engagé personnellement par une fleur liée à sa mémoire d’enfance.
De quoi parle-t-il ? Du mimosa observé, du nom mimosa, du souvenir qu’il réveille, des comparaisons qu’il appelle et de la difficulté d’écrire à son sujet.
Que veut-il faire comprendre ? L’approche d’une chose passe à la fois par la perception, la mémoire et les mots. Mais le « moi » ne doit pas occuper toute la page. Le travail conduit de l’émotion personnelle vers une qualité partageable : un être glorieux et tendre dont la couleur et le parfum portent comme une voix.
Le Mimosa clôt le périmètre officiel de La Rage de l’expression. Après la rive, la guêpe, l’oiseau et l’œillet, ce dernier grand dossier reprend les outils déjà rencontrés : observation, étymologie, dictionnaire, analogie, néologisme, poème bref et jugement critique.
L’extrait choisi couvre le premier mouvement de la recherche. Ponge pose un portrait initial, reconnaît l’obstacle créé par le souvenir, puis tente de revenir « au mimosa sans moi ». Les comparaisons de plume, de poussin et de théâtre aboutissent à une première formulation : le mimosa parle d’or, moins par discours que par une note et un parfum.
Francis Ponge réunit dans La Rage de l’expression des dossiers où la recherche de la formule devient la matière de l’œuvre.
Le Mimosa, dernier ensemble du périmètre officiel, reprend cette méthode devant une fleur liée à l’enfance de l’auteur.
L’extrait commence par un portrait théâtral et solaire, puis expose la difficulté produite par le souvenir et par la perfection apparente du nom.
Les essais verbaux conduisent progressivement vers une caractéristique qui unit gloriole, douceur, couleur et parfum.
On peut se demander comment Ponge traverse la mémoire personnelle pour construire une voix propre du mimosa.
Le texte multiplie d’abord les apparences de la fleur (PO-CORR-03-P077 à P078), négocie ensuite le passage du moi vers l’objet (P078 à P080), puis transforme les images et les jeux de mots en parole d’or (P081 à P083).
Le mimosa entre comme un acteur de comédie italienne. Son costume à pois jaunes, sa poudre de Pierrot et son histrionisme donnent une allure sociale à la floraison. Mais Ponge corrige aussitôt la lune suggérée par Pierrot : l’arbuste est solaire, même « multisolaire », puisque chaque grain répète un petit astre.
Les feuilles ajoutent une autre qualité. Elles ressemblent à des plumes légères et pourtant accablées. L’éclat se combine donc déjà au découragement. Enfin, le jeu « tamaris », « tamis », « mimosa », « mima » fait entendre le mime dans le nom. Le langage confirme provisoirement le théâtre aperçu par le regard.
Deuxième moment : remercier sans rester prisonnier du souvenir
Ponge choisit le mimosa parce que le sujet est difficile. La fleur ne l’inspire plus, alors qu’elle a éveillé sa sensualité enfantine. Le parfum fait revenir une adoration ancienne, mais le souvenir fane dès qu’il apparaît. Le cahier doit donc accueillir cette contradiction plutôt que la masquer.
L’écrivain estime devoir remercier la fleur par un texte. Pourtant, il se méfie d’un préambule intitulé « Le mimosa et moi ». Il veut en venir au mimosa lui-même, tout en qualifiant cette séparation de « douce illusion ». Le sujet ne peut effacer sa mémoire, mais il peut la reconnaître et la déplacer pour rendre l’objet à l’observation.
Le regard se rapproche du rameau. Les palmes deviennent plumes, les boules jaunes pompons ou poussins d’or. Ponge varie même la distance : vus de loin, les grains sont de petits animaux ; à la lunette d’approche, la branche embaume. Le nom « mimosa » paraît si juste qu’il menace de rendre toute autre définition inutile.
La recherche change alors de question. Il ne s’agit plus seulement de définir, mais d’insister sur un caractère à la fois glorieux et doux. Le dictionnaire précise « épanchement » et « déférence » ; les calembours testent le mime ; le poème apostrophe le rameau. Le parfum et la couleur prennent enfin la forme d’une voix portée loin : le mimosa parle d’or.
Le passage raconte un dégagement progressif. Au départ, le mimosa est pris dans des images culturelles et dans la mémoire privée. Le cahier conserve ces données, puis les soumet à l’objet. Les ressemblances de plume et de poussin, le mouvement retombant et le parfum conduisent vers une qualité plus précise.
La réponse à la problématique est donc la suivante : Ponge traverse le moi en le déclarant. Le souvenir explique l’intensité du sujet, mais ne fournit pas la conclusion. La voix propre du mimosa se construit lorsque plusieurs observations convergent : éclat solaire, gloriole, tendresse, déférence et don parfumé. Le « je » ne disparaît pas ; il devient l’opérateur qui reconnaît ses projections et les rectifie.
Tu peux ouvrir sur la suite du dossier. Ponge consultera encore les dictionnaires, multipliera les variantes et reviendra à la formule « glorioleux, vite découragé ». Le passage présent n’est donc pas une arrivée, mais le premier état d’une caractéristique soumise à de nouveaux contrôles.
Dans le parcours « Dans l’atelier du poète », cette page montre aussi que l’émotion personnelle n’est pas interdite. Elle devient un matériau parmi d’autres. L’atelier commence par la déclarer, puis examine ce qu’elle révèle et ce qu’elle risque de déformer.
Tu peux retenir quatre étapes : mettre la fleur en scène, reconnaître le souvenir, revenir à l’objet, lui donner une voix. Elles organisent la variété du passage.
Les procédés doivent être mis en relation. Les comparaisons théâtrales et solaires construisent l’apparition. Les antithèses unissent légèreté et accablement. Les jeux sur le nom prolongent le mime. Les définitions du dictionnaire stabilisent les nuances affectives. L’apostrophe et la personnification transforment enfin le parfum en parole.
Première phrase : « Mais ce n’est pas un arbuste lunaire: plutôt solaire, multisolaire… » (PO-CORR-03-P077). La négation totale ne… pas corrige l’image lunaire. La proposition elliptique après les deux points omet le verbe et reprend l’attribut attendu : il est plutôt solaire.
Deuxième phrase : « Je ne choisis pas les sujets les plus faciles: voilà pourquoi je choisis le mimosa. » (PO-CORR-03-P078). La première proposition contient une négation totale. Voilà pourquoi introduit une proposition qui exprime la conséquence paradoxale de cette difficulté.
Troisième phrase : « Chaque grain n’est aucunement lisse, mais, formé de poils soyeux, un astre si l’on veut » (PO-CORR-03-P077). Le groupe participial « formé de poils soyeux » se rapporte à « Chaque grain ». « si l’on veut » est une subordonnée circonstancielle de condition à valeur incidente, qui modalise la métaphore.
Tu peux fermer le cahier avec une distinction nette. Ponge ne raconte pas son enfance pour faire du mimosa un simple symbole intime. Il inscrit le souvenir afin de comprendre pourquoi l’objet lui résiste et pourquoi il exige une approche délicate.
La formule finale ne supprime pas les essais. Dire que le mimosa « parle d’or » rassemble la couleur, la valeur, la portée du parfum et le caractère public de la floraison. Elle reste cependant un état de la recherche, destiné à être repris.
Belle traversée. Tu sais maintenant expliquer pourquoi le passage part du personnage et aboutit à la voix : il cherche une expression qui fasse entendre la présence du mimosa sans effacer la mémoire et les corrections de celui qui écrit.
Neuf tiroirs : comprendre, préparer l’oral, contrôler les preuves.
01Texte simple
Ponge présente d’abord le mimosa comme un personnage de théâtre poudré et vêtu de jaune. Il corrige cette image en faisant de la fleur un astre solaire répété dans chaque grain. Les feuilles ressemblent à des plumes légères mais déjà accablées. Le nom lui-même fait entendre le mime. L’écrivain explique ensuite que le mimosa fut une passion de son enfance, éveillée par le parfum, mais que ce souvenir fane lorsqu’il revient. Il doit remercier la fleur sans enfermer le texte dans « Le mimosa et moi ». Revenu au rameau, il multiplie les images de plumes, de pompons et de poussins d’or. Le nom paraît déjà parfait. La recherche se concentre alors sur un caractère glorieux et tendre, puis transforme la couleur et le parfum en voix : le mimosa parle d’or.
02Introduction rédigée
Francis Ponge rassemble dans La Rage de l’expression des dossiers où les essais et les corrections de l’écriture restent visibles. Le Mimosa, dernier ensemble du périmètre officiel, reprend cette méthode devant une fleur liée à l’enfance de l’auteur. L’extrait commence par un portrait théâtral et solaire, puis expose la difficulté produite par le souvenir et par la perfection apparente du nom. Les essais conduisent progressivement vers une caractéristique qui unit gloriole, douceur, couleur et parfum. On peut donc se demander comment Ponge traverse la mémoire personnelle pour construire une voix propre du mimosa. Le texte multiplie d’abord les apparences de la fleur (PO-CORR-03-P077 à P078), négocie ensuite le passage du moi vers l’objet (P078 à P080), puis transforme les images et les jeux de mots en parole d’or (P081 à P083).
Les prises ★ à mémoriser
I.a. ★ · I.a. Entrer en scène : le personnage jaune
I.b. ★ · I.b. Multiplier le soleil : chaque grain devient astre
I.c. ★ · I.c. Entendre le mime : le nom rejoue la chose
II.a. ★ · II.a. Choisir la difficulté : le cahier nécessaire
III.a. ★ · III.a. Trouver un nom déjà parfait : plume et mimosa
03Analyse linéaire complète
★ I.a. Entrer en scène : le personnage jaune
Orientation. Le portrait initial transforme la floraison en apparition théâtrale.
Citation. « comme un personnage de la comédie italienne » (PO-CORR-03-P077).
Procédé principal. Une comparaison théâtrale qui personnifie l’arbuste.
Procédé secondaire. Le réseau du costume, de la poudre, des pois jaunes et de l’histrionisme.
Analyse. Le mimosa « le voici » surgit devant le regard comme un acteur entrant sur scène. La comédie italienne apporte ses types, ses costumes et son jeu visible. Ponge précise la poudre de Pierrot et les pois jaunes, si bien que la couleur naturelle devient un vêtement. Le « rien d’histrionisme saugrenu » donne à la fleur une volonté de paraître, mais l’atténuation évite d’en faire un personnage assuré. Le portrait saisit déjà une contradiction : le mimosa attire le regard tout en conservant quelque chose de naïf et de fragile. La comparaison ne vaut donc pas comme décoration culturelle. Elle prépare les notions de gloriole, de pantomime et de voix publique qui reviendront dans la suite.
Le lecteur voit l’arbuste occuper l’espace comme un acteur dont l’éclat vestimentaire appelle immédiatement l’interprétation.
Interprétation. La scène théâtrale donne une première forme au besoin de paraître qui caractérisera la floraison.
Liaison. Quelle correction lumineuse empêche la poudre de Pierrot d’enfermer le mimosa dans une image lunaire ?
★ I.b. Multiplier le soleil : chaque grain devient astre
Orientation. Ponge corrige l’image lunaire et distribue l’éclat solaire dans toute la fleur.
Procédé principal. Une correction antithétique suivie d’un néologisme amplificateur.
Procédé secondaire. Les points de suspension, qui laissent le mot nouveau rayonner au-delà de la phrase.
Analyse. La négation retire au mimosa le caractère lunaire suggéré par Pierrot. « Plutôt » introduit une rectification mesurée, mais « multisolaire » dépasse aussitôt l’opposition simple. Le préfixe « multi » correspond à la structure de la floraison : chaque grain couvert de poils devient un petit astre, étoilé au maximum. Ponge ne compare donc pas seulement la couleur à celle du soleil ; il invente un adjectif qui épouse la multiplication matérielle des boules jaunes. Les points de suspension conservent l’élan de cette trouvaille. Pourtant, la phrase suivante associe la gloriole au découragement. L’éclat maximal contient déjà la possibilité de sa retombée.
Le lecteur perçoit une lumière distribuée en une foule de petits foyers plutôt qu’un rayonnement unique et stable.
Interprétation. Le néologisme ajuste la langue à la pluralité visible du mimosa et prépare la tension entre expansion et fragilité.
Liaison. Comment le nom de la fleur vient-il confirmer, tout en la déplaçant, l’apparition théâtrale ?
★ I.c. Entendre le mime : le nom rejoue la chose
Orientation. Le texte passe de l’image visuelle aux syllabes contenues dans les noms.
Citation. « Comme dans tamaris il y a tamis, dans mimosa il y a mima. » (PO-CORR-03-P078).
Procédé principal. Un jeu de découpage lexical qui fait apparaître un mot dans un autre.
Procédé secondaire. Le parallélisme syntaxique « dans… il y a… », qui donne au rapprochement la forme d’une démonstration.
Analyse. La phrase met côte à côte deux opérations semblables. « Tamaris » contient le son de « tamis » ; « mimosa » contient le passé simple « mima ». Le jeu n’établit pas une étymologie. Il écoute le nom comme une matière capable de produire un geste. Le verbe « mima » rejoint rétrospectivement le personnage de comédie italienne et annonce la pantomime. La chose semble donc avoir inscrit dans son nom l’une des images que le regard vient de proposer. Mais la construction très nette contraste avec le caractère aventureux du rapprochement. Ponge essaie le mot, mesure son rendement et le conserve comme un indice plaisant, non comme la définition complète de la fleur.
Le lecteur entend le nom propre de l’objet se mettre en mouvement et prolonger la scène aperçue dans sa forme visible.
Interprétation. Le calembour devient un outil d’exploration lorsqu’il rejoint une qualité observée sans prétendre l’épuiser.
Transition. Le premier mouvement a donné au mimosa un théâtre, plusieurs soleils et un mime caché dans son nom. Le passage doit maintenant traverser la mémoire personnelle qui nourrit et gêne l’approche de l’objet.
★ II.a. Choisir la difficulté : le cahier nécessaire
Orientation. Ponge justifie son choix par la résistance même du sujet.
Citation. « Je ne choisis pas les sujets les plus faciles: voilà pourquoi je choisis le mimosa. » (PO-CORR-03-P078).
Procédé principal. Un paradoxe causal qui transforme la difficulté en motif du choix.
Procédé secondaire. La répétition du verbe « choisis », négative puis affirmative.
Analyse. La première proposition écarte la recherche de facilité. Les deux points annoncent une conséquence, mais celle-ci paraît renverser la logique ordinaire : le mimosa est choisi précisément parce qu’il résiste. La répétition de « choisis » place la décision au centre de la méthode. L’objet n’est pas imposé par une inspiration soudaine ; il est retenu comme épreuve. Cette difficulté conduit à ouvrir un cahier, espace destiné à la durée, aux essais et aux retours. Le texte reconnaît même que le mimosa ne l’inspire pas. L’absence d’inspiration ne suspend donc pas l’écriture ; elle rend nécessaire une procédure capable de faire sortir l’idée encore confuse que l’écrivain porte en lui.
Le lecteur comprend que l’atelier commence lorsque l’écrivain choisit de travailler là où la formule ne vient pas d’elle-même.
Interprétation. La difficulté n’est pas un obstacle extérieur à l’œuvre : elle devient la condition qui ouvre le dossier.
Liaison. Quel souvenir ancien explique à la fois l’importance du mimosa et l’impossibilité de retrouver immédiatement l’émotion passée ?
◆ II.b. Flotter dans le parfum : l’enfance rappelée
Orientation. La mémoire associe le mimosa à l’éveil de la sensualité et à une ancienne extase.
Citation. « Sur les ondes puissantes de son parfum je flottais, extasié. » (PO-CORR-03-P078).
Procédé principal. Une métaphore liquide qui transforme le parfum en milieu portant le sujet.
Procédé secondaire. Le participe détaché « extasié », qui fixe l’état du « je » enfant.
Analyse. Le parfum n’est pas une propriété discrète ; il devient une matière en mouvement dont les « ondes puissantes » soulèvent le sujet. Le verbe « flottais » retire au « je » la maîtrise de son déplacement et fait de l’odeur une force enveloppante. « Extasié » dit à la fois l’intensité du plaisir et une sortie de soi. Pourtant, le souvenir ne rend pas l’écriture facile. Chaque retour du mimosa rappelle cette passion et « fane aussitôt ». Le passé risque donc de substituer une émotion déjà formée à l’objet présent. Ponge doit remercier la fleur pour ce qu’elle a produit en lui, tout en refusant que l’ancienne extase commande seule la description.
Le lecteur éprouve la puissance sensible du souvenir et comprend pourquoi cette puissance peut empêcher un regard neuf.
Interprétation. La mémoire appartient au dossier comme fait de relation, mais elle doit être reconnue avant que l’objet puisse retrouver sa différence.
Liaison. Comment le texte formule-t-il le désir de sortir du récit personnel tout en avouant que cette séparation reste impossible ?
◆ II.c. Viser le mimosa sans moi : la douce illusion
Orientation. Ponge tente de quitter le préambule autobiographique pour revenir à la branche elle-même.
Citation. « au mimosa sans moi... » (PO-CORR-03-P079).
Procédé principal. Une formule elliptique qui oppose l’objet au couple annoncé par « Le mimosa et moi ».
Procédé secondaire. La modalisation précédente « douce illusion », qui reconnaît la limite de l’effacement.
Analyse. Le préambule pourrait porter le titre « Le mimosa et moi » parce qu’il raconte l’adoration enfantine, la sensualité et la dette de l’écrivain. Le mouvement correctif veut passer au « mimosa lui-même ». Pourtant, l’incise « douce illusion » refuse de prétendre à une neutralité absolue. Le complément « sans moi » énonce un horizon méthodique, non une disparition réalisée. Les points de suspension maintiennent cette difficulté. Le texte propose alors de réduire l’objet à une fleur, une branche, un rameau ou même une plume. Ces reformulations montrent que le retour à la chose passe encore par des choix de mots et de cadrage. Le sujet s’efface en surveillant son intervention, non en l’abolissant.
Le lecteur voit l’écrivain déplacer le moi sans masquer la part de regard qui demeure dans toute description.
Interprétation. L’objectivité pongienne prend la forme d’une vigilance déclarée envers les projections du sujet.
Transition. Le deuxième mouvement a converti la difficulté et le souvenir en règles de travail. Revenu au rameau, le texte peut maintenant éprouver les images, le nom et le dictionnaire jusqu’à faire entendre une voix du mimosa.
★ III.a. Trouver un nom déjà parfait : plume et mimosa
Orientation. La description rapprochée rencontre la force des images et la résistance du nom existant.
Citation. « le nom du mimosa est déjà parfait. » (PO-CORR-03-P080).
Procédé principal. Une affirmation superlative qui semble rendre toute nouvelle définition inutile.
Procédé secondaire. Les séries nominales de plumes, pompons et poussins qui précèdent ce constat.
Analyse. Avant de juger le nom, Ponge multiplie les prises visuelles. La palme devient plume jeune, les boules sont pompons d’or, houppettes ou poussins. La variation de distance produit même des poussins vus à deux kilomètres. Chaque image tente une relation entre douceur, couleur et multitude. Or le nom « mimosa » paraît s’appliquer à la chose avec une perfection qui décourage la recherche. La formule pourrait fermer le dossier : pourquoi trouver mieux ? Ponge se reprend aussitôt par « Mais non ! » et demande s’il s’agit vraiment de définir. L’obstacle du nom parfait provoque donc un changement de tâche. Il faudra moins remplacer le nom que développer la qualité sensible qu’il ne formule pas seul.
Le lecteur mesure la force d’un nom qui semble coïncider avec la chose, puis voit cette coïncidence relancer la recherche au lieu de l’achever.
Interprétation. L’écriture avance en transformant une impossibilité de mieux nommer en nécessité de mieux caractériser.
Liaison. Quelle alliance d’adjectifs permet de tenir ensemble l’éclat public et la délicatesse de l’arbuste ?
○ III.b. Nuancer la gloriole : douceur et déférence
Orientation. Ponge remplace la définition par une caractérisation affective et gestuelle.
Citation. « le caractère à la fois glorieux et doux, caressant, sensible, tendre du mimosa » (PO-CORR-03-P081).
Procédé principal. Une accumulation d’adjectifs organisée autour de l’alliance « à la fois ».
Procédé secondaire. Les définitions empruntées au dictionnaire pour « épanchement » et « déférence ».
Analyse. « Glorieux » reprend l’éclat solaire et l’histrionisme, mais la série « doux, caressant, sensible, tendre » empêche de réduire la fleur à l’orgueil. « À la fois » fait de cette coexistence la question centrale. Le geste de la palme et l’exhalation du parfum sont ensuite nommés « épanchements » : ils communiquent quelque chose d’intime vers l’extérieur. La « déférence » ajoute une condescendance mêlée d’égards, comme si la branche retombante s’excusait de sa gloriole. Le dictionnaire ne refroidit donc pas le portrait. Il fournit des distinctions capables de préciser la relation entre rayonnement et retrait. La caractéristique devient un mouvement adressé à autrui.
Le lecteur voit l’éclat du mimosa se courber en salut et transformer la gloire en offrande délicate.
Interprétation. La justesse naît d’une nuance dynamique : la fleur se montre tout en corrigeant elle-même l’excès de sa manifestation.
Liaison. Comment couleur, parfum et portée publique peuvent-ils finalement devenir une parole propre à la fleur ?
○ III.c. Parler d’or : la floraison devient voix
Orientation. Les dernières notations convertissent l’expansion sensible du mimosa en acte de parole.
Citation. « Le mimosa parle à haute et intelligible voix; il parle d’or. » (PO-CORR-03-P083).
Procédé principal. Une personnification qui attribue au parfum et à la couleur une voix intelligible.
Procédé secondaire. La répétition de « parle » et le jeu polysémique de l’expression « parler d’or ».
Analyse. Le premier membre affirme la portée : la voix est haute, intelligible et reçue par une foule aux narines ouvertes. Le second condense la trouvaille. « Parler d’or » signifie produire une parole précieuse, mais l’expression devient littérale puisque la floraison est jaune et lumineuse. La couleur semble donc être la matière même du message. Ponge précise que le mimosa ne tient pas un discours ; il émet une « note prestigieuse », toujours la même, capable de persuasion. Cette restriction maintient l’objet végétal contre une personnification trop complète. La parole désigne une action sensible : le parfum porte loin, la couleur se donne, la fleur provoque une réception commune.
Le lecteur entend dans l’éclat et l’odeur une présence publique qui agit sans construire un discours humain.
Interprétation. La voix d’or rassemble les images précédentes en donnant au mimosa une manière propre de se communiquer.
Aboutissement. Le passage traverse théâtre, souvenir, plume, dictionnaire et poème pour dégager une caractéristique relationnelle : le mimosa rayonne avec gloriole, mais son geste retombant transforme l’éclat en don tendre.
Les prises ★ à mémoriser
I.a. ★ · I.a. Entrer en scène : le personnage jaune
I.b. ★ · I.b. Multiplier le soleil : chaque grain devient astre
I.c. ★ · I.c. Entendre le mime : le nom rejoue la chose
II.a. ★ · II.a. Choisir la difficulté : le cahier nécessaire
III.a. ★ · III.a. Trouver un nom déjà parfait : plume et mimosa
04Conclusion rédigée
Dans ce premier ensemble du Mimosa, Ponge conduit la recherche de l’apparition extérieure vers une voix propre de la fleur. Le premier mouvement met l’arbuste en scène comme un personnage de comédie, corrige la lune par le néologisme « multisolaire » et découvre le mime dans le nom. Le deuxième reconnaît la difficulté choisie, inscrit l’extase de l’enfance, puis vise le « mimosa sans moi » tout en avouant la part d’illusion de cet effacement. Le troisième revient au rameau, rencontre la perfection apparente du nom et remplace la définition par une caractérisation nuancée. Gloriole, douceur, déférence, couleur et parfum convergent alors dans la formule « il parle d’or ». Le passage ne supprime donc pas la subjectivité : il la déclare, la déplace et la contrôle pour faire apparaître la manière dont le mimosa se communique.
05Mémo pour l’oral
Situation : ouverture du dernier grand dossier du périmètre officiel.
Problématique : comment traverser la mémoire personnelle pour construire la voix de l’objet ?
Mouvement I : théâtre, soleil, mime dans le nom.
Mouvement II : difficulté, souvenir parfumé, « mimosa sans moi ».
Mouvement III : nom parfait, caractère nuancé, parole d’or.
Contraste majeur : glorieux et doux.
Procédé majeur : variations d’analogie contrôlées par les corrections.
Point de vigilance : le moi n’est ni supprimé, ni laissé souverain.
Réponse finale : la voix de la fleur rassemble couleur, parfum, geste et réception.
Ouverture : la suite reprendra cette formule par les dictionnaires et les variantes.
Les prises ★ à mémoriser
I.a. ★ · I.a. Entrer en scène : le personnage jaune
I.b. ★ · I.b. Multiplier le soleil : chaque grain devient astre
I.c. ★ · I.c. Entendre le mime : le nom rejoue la chose
II.a. ★ · II.a. Choisir la difficulté : le cahier nécessaire
III.a. ★ · III.a. Trouver un nom déjà parfait : plume et mimosa
Appuis ★ repris :I.aI.bI.cII.aIII.a
06Tableau procédés, effets, sens, oral
Passage | Procédé | Effet | Sens à formuler à l’oral |
I | I.c | P078, « mimosa… mima » | calembour | éprouve le nom |
II | II.a | P078, « sujets… difficiles » | paradoxe | justifie le cahier |
II | II.b | P078, « parfum… flottais » | métaphore | inscrit la mémoire |
II | II.c | P079, « sans moi » | ellipse | déplace le sujet |
III | III.a | P080, « nom… parfait » | superlatif | rouvre la tâche |
III | III.b | P081, « glorieux et doux » | accumulation | construit la nuance |
III | III.c | P083, « parle d’or » | personnification | donne une voix à la fleur |
Les prises ★ à mémoriser
I.a. ★ · I.a. Entrer en scène : le personnage jaune
I.b. ★ · I.b. Multiplier le soleil : chaque grain devient astre
I.c. ★ · I.c. Entendre le mime : le nom rejoue la chose
II.a. ★ · II.a. Choisir la difficulté : le cahier nécessaire
III.a. ★ · III.a. Trouver un nom déjà parfait : plume et mimosa
Couverture exacte des prises ★
Prise | Dans le mémo | Couverture |
I.a. ★ | oui | oui |
I.b. ★ | oui | oui |
I.c. ★ | oui | oui |
II.a. ★ | oui | oui |
III.a. ★ | oui | oui |
08Erreurs rédhibitoires
Prendre Pierrot pour une identification définitive. L’image lunaire est aussitôt corrigée.
Réduire « multisolaire » à un ornement. Le mot correspond à la pluralité des grains.
Présenter « mimosa… mima » comme une étymologie. C’est un jeu de découpage lexical.
Dire que l’absence d’inspiration arrête Ponge. Elle provoque l’ouverture du cahier.
Faire du souvenir d’enfance le sens unique du mimosa. Le texte cherche précisément à le dépasser.
Affirmer que Ponge atteint un mimosa sans sujet. Il qualifie cette ambition de « douce illusion ».
Considérer le nom parfait comme la fin du travail. Il déplace la tâche vers la caractérisation.
Séparer gloriole et douceur. Leur coexistence constitue l’enjeu central.
Comprendre « parle d’or » comme un discours articulé. Ponge parle d’une note, d’une couleur et d’un parfum.
Oublier le statut documentaire : la transcription et les citations restent à recoller sur l’exemplaire directeur.
09Analyse grammaticale
Question grammaticale 1
Question grammaticale 2
Question grammaticale 3
Phrase 1
« Mais ce n’est pas un arbuste lunaire: plutôt solaire, multisolaire… » (PO-CORR-03-P077).
La conjonction « Mais » introduit une correction. La proposition « ce n’est pas un arbuste lunaire » est déclarative et négative ; « ce » est sujet, « est » verbe attributif et « un arbuste lunaire » attribut du sujet. Après les deux points, la proposition elliptique omet « il est » et conserve deux attributs, le second étant un néologisme.
Phrase 2
« Je ne choisis pas les sujets les plus faciles: voilà pourquoi je choisis le mimosa. » (PO-CORR-03-P078).
La première proposition contient une négation totale « ne… pas ». « Les sujets les plus faciles » est le complément d’objet direct de « choisis » ; le groupe « les plus faciles » contient un superlatif relatif. « Voilà pourquoi » introduit une proposition déclarative qui exprime la conséquence : la difficulté motive paradoxalement le choix.
Phrase 3
« Chaque grain n’est aucunement lisse, mais, formé de poils soyeux, un astre si l’on veut » (PO-CORR-03-P077).
« Chaque grain » est le sujet de la première proposition ; « n’est aucunement lisse » comporte une négation renforcée par l’adverbe « aucunement ». Après « mais », le verbe attributif est sous-entendu. Le groupe participial « formé de poils soyeux » se rapporte à « Chaque grain ». « si l’on veut » est une subordonnée circonstancielle de condition employée comme incise modalisatrice.
Leçon à retenir
La correction négative écarte la lune, la conséquence paradoxale transforme la difficulté en choix et l’ellipse rapproche directement le grain de l’astre : la grammaire accompagne les rectifications du regard.