Le bac par Patrick

Francis Ponge · La Rage de l’expression · Explication 8/11

le mimosa, du paroxysme à la main du lecteur

13 étapes parlées9 prises9 tiroirs

L’explication à côté de toi

Le fil parlé

Treize étapes pour comprendre, dire et retenir avant d’ouvrir le dossier de l’épreuve.

Étape 01

Tu n’y comprends rien ? C’est normal

Le passage juxtapose des poèmes, des maximes sur la fleur et la graine, des images de découragement, puis des définitions de dictionnaire. Cette diversité peut sembler dispersée. Ponge vérifie pourtant la même intuition : le mimosa atteint un sommet d’éclat au moment même où commence son retour.

Le mot central est « paroxysme ». La floraison porte la couleur, le parfum et la joie à leur intensité la plus forte ; le feuillage retombe déjà, les petits soleils jaunissent et la fleur s’éteint. Le dictionnaire permet d’éprouver cette relation. Quand la formule ne suffit toujours pas, Ponge change de procédé et décide de conduire le lecteur à travers les détours du dossier.

↑ le fil

Étape 02

D’abord, de quoi ça parle ?

Qui parle ? Ponge, qui alterne la voix du poème, la maxime, la note d’observation et le commentaire de méthode.

De quoi parle-t-il ? De la floraison comme sommet, du passage vers le fruit et la graine, de la retombée des plumes, puis des mots capables de nommer ces phénomènes.

Que veut-il faire comprendre ? Le mimosa ne se caractérise pas par une qualité stable. Sa beauté est un instant critique : elle se déploie, jouit de sa propre manifestation et porte déjà le signe de sa fin. L’écriture doit donc reproduire un mouvement plutôt que fixer une image.

↑ le fil

Étape 03

Où on se trouve dans le livre

Le premier ensemble du Mimosa avait fait surgir un personnage solaire, lié au souvenir d’enfance, puis dégagé une alliance entre gloriole et douceur. Le présent extrait reprend ces trouvailles sous forme de variantes. Il les pousse jusqu’au paroxysme, examine leur valeur et consulte les instruments lexicographiques.

Le passage constitue ainsi le milieu réflexif du dossier. La profusion verbale atteint ses limites. Ponge constate qu’il ne conquiert pas encore son mode d’expression, mais il refuse de perdre ce que les détours ont permis de voir. L’attention se déplace alors de la seule fleur vers le trajet nécessaire au lecteur.

↑ le fil

Étape 04

Ton introduction : comment tu ouvres

Ton introduction peut tenir en six phrases.

  • Dans La Rage de l’expression, Francis Ponge laisse visibles les variantes, les consultations et les refus de son travail.
  • Le Mimosa cherche à rendre une fleur dont l’éclat solaire s’accompagne d’une retombée presque immédiate.
  • Après un premier portrait glorieux et tendre, l’extrait multiplie les formules sur la floraison, le fruit et la graine.
  • Les images sont ensuite contrôlées par l’observation et par le dictionnaire, avant qu’un aveu d’échec ne provoque un changement de méthode.
  • On peut se demander comment Ponge transforme le paroxysme du mimosa en principe de composition et de lecture.
  • Le texte oppose d’abord floraison, fruit et graine (PO-CORR-04-P084 à P085), observe ensuite le paroxysme qui retombe et l’éprouve dans les mots (P086 à P087), puis passe de la définition à la conduite du lecteur (P088 à P089).
↑ le fil

Étape 05

Premier moment : l’éclat produit déjà son retour

Les variantes condensent la couleur, la mousse, le safran et la satisfaction dans des suites sonores. Puis les notes abandonnent l’exclamation pour une série de propositions générales. La floraison est appelée « paroxysme » ; la fructification se situe déjà sur le chemin du retour.

Ponge ordonne ensuite les valeurs : le beau précède le bon, puis l’utile. La fleur correspond à la jouissance de l’individu, le fruit protège la graine et la graine porte la continuité de l’espèce. Le mouvement du mimosa devient donc temporel et presque moral : l’éclat visible conduit vers une chose modeste qui n’a l’air de rien.

↑ le fil

Étape 06

Deuxième moment : observer le découragement, vérifier le mot

Le panache retombe au moment où les petits soleils jaunissent. Le mimosa semble demander pardon de sa propre joie, par déférence envers lui-même et les spectateurs. La fumée et l’encens donnent une autre image de cette expansion qui se dissipe, tandis que le poids et la fixité expliqueraient le découragement de l’arbuste.

Ponge se rend alors à la bibliothèque. Le dictionnaire décompose « paroxysme », « enthousiasme », « geyser », « mimosa » et « mimeux ». La recherche savante ne vient pas remplacer les images. Elle contrôle leur précision, confirme certaines intuitions et en refuse d’autres, comme « geyser », déclaré impropre.

↑ le fil

Étape 07

Troisième moment : changer de procédé, prendre par la main

La notice botanique ramène à des faits : pleine lumière, fleurs sessiles, longues étamines, houppes soyeuses. Un bref poème reformule encore les poussins d’or, mais Ponge constate qu’il n’a pas conquis son mode d’expression. La profusion n’a pas produit une forme définitive.

L’échec ouvre pourtant une décision. Puisque quelque chose a été gagné, il ne faut pas le perdre. Le poète choisit de prendre le lecteur par la main, de solliciter sa patience et de l’amener par de longs détours jusqu’au cœur du bosquet. Le dossier devient ainsi le trajet même de la connaissance.

↑ le fil

Étape 08

Alors, qu’est-ce que ça raconte vraiment ?

Le passage raconte le déplacement d’une ambition. Ponge cherche d’abord une formule capable de concentrer le mimosa. Les maximes et les images éclairent son cycle, mais aucune ne suffit. Le dictionnaire fournit des preuves et des limites. L’écrivain reconnaît alors que la vérité de l’objet réside peut-être dans l’ensemble du parcours.

La réponse à la problématique est donc la suivante : le paroxysme devient principe de composition parce que l’écriture reproduit l’expansion et la retombée de la fleur. Les variantes s’accumulent, atteignent leur sommet, se corrigent et se contractent en décision méthodique. Prendre le lecteur par la main permet de conserver ce mouvement sans prétendre le remplacer par une formule unique.

↑ le fil

Étape 09

Ton ouverture : la porte qui s’ouvre

Tu peux ouvrir sur la dernière séquence du Mimosa. Après de nouvelles variantes et une seconde consultation du dictionnaire, Ponge reviendra à la caractéristique « glorioleux, vite découragé ». Les détours guidés prépareront donc un retour nuancé au premier portrait.

Dans le parcours « Dans l’atelier du poète », le passage pose aussi la question du lecteur. L’atelier n’est pas seulement montré ; il devient praticable. Lire, c’est accepter les essais assez longtemps pour comprendre ce que leurs reprises font apparaître.

↑ le fil

Étape 10

Tu vois ? Tu sais le comprendre et le dire

Tu peux retenir quatre mots : paroxysme, retour, dictionnaire, main. Ils donnent la logique du passage.

Les procédés suivent cette courbe. Les capitales et les sonorités produisent l’explosion verbale. Les maximes ordonnent les étapes de la plante. Les personnifications traduisent la retombée en déférence. Les définitions contrôlent les mots employés. Enfin, la métaphore de la main transforme la méthode en relation avec le lecteur.

↑ le fil

Étape 11

Et les petites questions de grammaire

Première phrase : « La floraison est un paroxysme. » (PO-CORR-04-P084). Le verbe « est » est attributif. Le groupe nominal « un paroxysme » est attribut du sujet « La floraison » et propose une identification définitoire.

Deuxième phrase : « oh! pardon, semblent-elles dire, de nous être si ostensiblement réjouies! » (PO-CORR-04-P086). L’inversion « semblent-elles » place le sujet pronominal après le verbe dans l’incise. Le groupe infinitif passé « de nous être si ostensiblement réjouies » complète le verbe « dire » et exprime le contenu de l’excuse.

Troisième phrase : « Il faut que je prenne le lecteur par la main » (PO-CORR-04-P089). La tournure « Il faut » est impersonnelle. La proposition subordonnée conjonctive complétive introduite par « que » est sujet réel de la tournure ; son verbe « prenne » est au subjonctif présent.

↑ le fil

Étape 12

Ce soir, tu peux fermer le cahier

Tu peux fermer le cahier avec cette idée : l’aveu d’échec n’annule pas les pages précédentes. Il les requalifie. Elles n’ont pas livré la formule finale, mais elles ont construit un chemin de perception qu’il faut maintenant transmettre.

La main tendue au lecteur n’est donc pas une facilité pédagogique ajoutée après l’œuvre. Elle devient le procédé poétique qui permet de transformer les détours en expérience partagée.

↑ le fil

Étape 13

Terre ferme : tu peux t’arrêter là

Belle traversée. Tu sais maintenant expliquer pourquoi la bibliothèque et le lecteur appartiennent au même mouvement : l’une vérifie les mots, l’autre suit la recherche jusqu’à la chose.

↑ le fil

Fin de l’explication accompagnée

La voix change

La voix qui t’accompagnait s’efface : finie la lettre, place au dossier de travail.

Je m’arrête iciJ’ouvre le dossier

Le dossier de l’épreuve

La même explication, classée pour la révision

Neuf tiroirs : comprendre, préparer l’oral, contrôler les preuves.

01Texte simple

Ponge multiplie d’abord des formules éclatantes sur le mimosa. Il définit ensuite la floraison comme un sommet et la fructification comme le début du retour. La fleur représente la jouissance visible ; le fruit protège la graine, plus modeste mais porteuse de l’espèce. Le panache retombe pendant que les petits soleils jaunissent. Le mimosa paraît déjà découragé de sa propre joie. Ponge consulte alors les dictionnaires pour vérifier « paroxysme », « enthousiasme » et le nom botanique. Les notices confirment certains traits et en écartent d’autres. Un nouveau poème ne suffit pourtant pas. L’écrivain reconnaît son échec, mais choisit de conserver ce qui a été gagné en prenant le lecteur par la main et en le conduisant au cœur du bosquet.

02Introduction rédigée

Dans La Rage de l’expression, Francis Ponge conserve les variantes, les consultations et les refus de son travail. Le Mimosa cherche à rendre une fleur dont l’éclat solaire s’accompagne d’une retombée presque immédiate. Après un premier portrait glorieux et tendre, l’extrait multiplie les formules sur la floraison, le fruit et la graine. Les images sont ensuite contrôlées par l’observation et par le dictionnaire, avant qu’un aveu d’échec ne provoque un changement de méthode. On peut donc se demander comment Ponge transforme le paroxysme du mimosa en principe de composition et de lecture. Le texte oppose d’abord floraison, fruit et graine (PO-CORR-04-P084 à P085), observe ensuite le paroxysme qui retombe et l’éprouve dans les mots (P086 à P087), puis passe de la définition à la conduite du lecteur (P088 à P089).

03Analyse linéaire complète
★ I.a. Faire jaillir les plumes : le paroxysme verbal

Orientation. La variante initiale cherche à reproduire l’explosion de la fleur dans la matière sonore.

Citation. « Geyser de plumes poussinantes! » (PO-CORR-04-P084).

Procédé principal. Une métaphore nominale qui associe la poussée d’eau, les plumes et la naissance animale.

Procédé secondaire. Le néologisme « poussinantes », dérivé de « poussin » comme s’il s’agissait d’un verbe.

Analyse. Le « geyser » donne à la floraison la force d’une poussée verticale et soudaine. Pourtant, ce qui jaillit n’est pas de l’eau, mais des « plumes », matière légère déjà associée aux feuilles et aux houppes. « Poussinantes » ajoute une naissance : les boules jaunes deviennent les poussins que la branche ferait surgir. En trois mots, Ponge superpose énergie, texture et couleur. L’exclamation porte cette expansion à son sommet. Mais la densité même de l’image signale un risque : le mot « geyser » sera plus loin contrôlé puis refusé. La trouvaille reste donc une expérience. Elle fait sentir le paroxysme avant que le dictionnaire et l’observation ne mesurent son ajustement.

Le lecteur reçoit la floraison comme une poussée de plumes et de vies minuscules dont l’exclamation concentre l’énergie.

Interprétation. La variante mime le paroxysme du mimosa par une métaphore qui sera elle-même soumise au contrôle.

Liaison. Comment la maxime suivante transforme-t-elle cette explosion sensible en loi temporelle de la plante ?

★ I.b. Atteindre puis revenir : floraison et fructification

Orientation. Ponge oppose le sommet de la fleur au mouvement de retour qui produit le fruit.

Citation. « La floraison est un paroxysme. La fructification est déjà sur le chemin du retour. » (PO-CORR-04-P084).

Procédé principal. Deux phrases parallèles qui attribuent à chaque étape une position dans un mouvement.

Procédé secondaire. L’adverbe « déjà », qui fait commencer le retour aussitôt après le sommet.

Analyse. La première phrase identifie la floraison à la plus haute intensité. Le nom médical « paroxysme » donne à la beauté la forme d’une crise. La seconde conserve le présent, mais remplace le sommet par un chemin. « Déjà » réduit presque à rien l’intervalle entre expansion et retrait. La fructification n’est pas une nouvelle apogée ; elle engage le retour vers la graine et la continuité de l’espèce. Le parallélisme clarifie ainsi une intuition née des images de panache découragé. La fleur se manifeste avec force au moment où son temps bascule. Le mimosa n’unit pas successivement gloire et tristesse : la retombée appartient à la structure même de son éclat.

Le lecteur voit la beauté atteindre son maximum dans un instant qui ouvre aussitôt le mouvement inverse.

Interprétation. Le paroxysme donne une forme temporelle à la caractéristique « glorieux, vite découragé ».

Liaison. Quelle place le fruit et la graine reçoivent-ils lorsque l’éclat visible cesse d’être la valeur unique ?

★ I.c. Protéger le rien : la graine comme chose

Orientation. La série de maximes déplace la valeur de la fleur spectaculaire vers la graine discrète.

Citation. « La graine est le joyau spécifique, c’est la chose, le rien. » (PO-CORR-04-P085).

Procédé principal. Une apposition ternaire qui associe des valeurs apparemment contradictoires.

Procédé secondaire. Le paradoxe entre « joyau » et « rien ».

Analyse. Après la jouissance de la fleur, le fruit est défini comme enveloppe et protecteur. La graine occupe le centre fonctionnel, mais son apparence reste modeste. « Joyau spécifique » lui donne une valeur concentrée : elle porte la reproduction de l’espèce. « C’est la chose » semble ensuite lui accorder l’essentiel, avant que « le rien » n’annule toute grandeur visible. Le paradoxe corrige une esthétique fascinée par le seul éclat. Ce qui paraît presque absent peut contenir la puissance la plus durable. La formule répond aussi au mimosa : ses innombrables soleils attirent le regard, mais leur paroxysme ne constitue qu’un moment du cycle.

Le lecteur est conduit de la valeur spectaculaire de la fleur vers une puissance cachée dans ce qui n’a presque pas d’apparence.

Interprétation. Le cycle végétal oblige l’écriture à hiérarchiser autrement le beau, le bon et l’utile.

Transition. Le premier mouvement a converti l’explosion de la fleur en cycle de valeurs allant vers la graine. Le texte revient maintenant au panache visible pour observer sa retombée, puis consulte les mots capables de la nommer.

★ II.a. Retomber en jaunissant : le paroxysme vécu

Orientation. L’observation replace la loi générale dans le mouvement concret du rameau.

Citation. « ils ont vécu. » (PO-CORR-04-P086).

Procédé principal. Une succession de verbes qui fait passer l’épanouissement à la contraction.

Procédé secondaire. La personnification finale « ils ont vécu », qui donne au cycle la brièveté d’une vie entière.

Analyse. « Panache » conserve la splendeur des plumes, mais « retombe » lui impose une direction descendante. Les petits soleils ne disparaissent pas d’un coup : ils se contractent et jaunissent, comme si la couleur vive se repliait sur elle-même. Les verbes coordonnés donnent à voir la transition. Après les deux points, « ils ont vécu » transforme les fleurs en existences achevées. Le passé composé constate le terme depuis le présent du regard. Le paroxysme reçoit ici sa preuve sensible : l’expansion maximale ne dure pas et le mouvement de retour est déjà visible dans les feuilles accablées. L’image ne moralise pas la plante ; elle cherche le rythme propre de sa manifestation.

Le lecteur assiste à une gloire qui se replie sous ses yeux et trouve dans sa brièveté même son intensité.

Interprétation. La retombée n’est pas un accident après la beauté ; elle en révèle la forme temporelle.

Liaison. Quelle image peut rendre la dissipation d’un arbuste qui paraît souffrir de son propre poids et de sa fixité ?

◆ II.b. Devenir fumée : l’éclat qui se dissipe

Orientation. Ponge essaie une image moins solide que le panache pour rendre l’expansion et le retrait.

Citation. « Bosquet de fumées végétales. » (PO-CORR-04-P086).

Procédé principal. Une métaphore nominale qui transforme les branches en fumées.

Procédé secondaire. L’alliance du nom volatil « fumées » et de l’adjectif matériel « végétales ».

Analyse. Le « bosquet » désigne un ensemble enraciné, tandis que les « fumées » montent, se dispersent et s’effacent. Leur rapprochement contient la contradiction du mimosa : la forme aspire à la légèreté mais reste attachée au sol. L’encens, évoqué ensuite, ajoute le parfum et la valeur d’offrande. Ponge se demande si l’arbuste ne se conçoit pas lui-même comme une fumée et ne se décourage pas de son poids. La personnification reste hypothétique ; elle traduit l’écart entre l’apparence aérienne des plumes et la fixité végétale. La métaphore ne cherche donc pas seulement une ressemblance visuelle. Elle explique le nonchaloir du rameau par une aspiration impossible.

Le lecteur voit la plante hésiter entre l’enracinement du bosquet et la dispersion légère d’une fumée parfumée.

Interprétation. L’image de fumée donne au découragement une cause formelle : le mimosa paraît trop léger pour sa propre fixité.

Liaison. Comment le recours au dictionnaire permet-il de vérifier la crise et l’enthousiasme que les images attribuent à la fleur ?

◆ II.c. Définir la crise : l’enthousiasme contrôlé

Orientation. La consultation lexicographique confronte les intuitions poétiques à l’histoire des mots.

Citation. « Premier sens: fureur divine: état physique désordonné » (PO-CORR-04-P087).

Procédé principal. Une définition citée qui réintroduit l’étymologie et un sens ancien d’« enthousiasme ».

Procédé secondaire. Le lexique corporel du désordre, des cris et de l’écume.

Analyse. L’enthousiasme désignait une présence divine accompagnée d’un état physique violent. Cette définition rejoint la floraison sans se confondre avec elle. Le mimosa manifeste une joie visible, presque oraculaire, dont le parfum et la couleur débordent. Le mot « fureur » rapproche aussi cet enthousiasme de la « rage » du titre du recueil. Ponge ne se contente cependant pas de trouver une confirmation. Il teste d’autres termes et note que « geyser » ne convient pas. Le dictionnaire sert donc à ouvrir et à trier. Il offre des sens historiques capables de préciser une image, mais l’écrivain conserve le droit de refuser le mot si sa forme ne répond pas à l’objet.

Le lecteur comprend que le savoir lexical ne ferme pas l’interprétation : il fournit une épreuve supplémentaire pour les images.

Interprétation. La consultation transforme l’enthousiasme en notion contrôlée et montre le jugement à l’œuvre dans l’érudition.

Transition. Le deuxième mouvement a fait coïncider l’observation du déclin, l’image de fumée et les sens de « paroxysme » et d’« enthousiasme ». Les notices botaniques ramènent maintenant aux faits avant que l’échec ne conduise à un nouveau pacte de lecture.

★ III.a. Revenir aux étamines : la notice comme reprise

Orientation. Après les grandes images, la définition botanique réduit la fleur à des caractères observables.

Citation. « Fleurs petites, sessiles. » (PO-CORR-04-P088).

Procédé principal. Deux groupes nominaux brefs empruntés au registre descriptif scientifique.

Procédé secondaire. L’ellipse du verbe, qui donne à la notice sa densité.

Analyse. La phrase tranche avec les variantes exclamatives. « Petites » rappelle l’échelle réelle des inflorescences ; « sessiles » précise leur attache directe, sans pédoncule. La notice poursuit avec les étamines nombreuses qui produisent l’apparence de houppes soyeuses. Le savoir botanique retrouve ainsi, par un autre chemin, les plumes et les pompons du poète. Il ne prouve pas que les images soient vraies, mais il montre les caractères matériels qui les ont rendues possibles. Cette reprise est importante : après l’enthousiasme, l’écriture revient à une langue sèche capable de mesurer la chose. La variété des registres empêche chaque formule de devenir seule souveraine.

Le lecteur retrouve sous les plumes poétiques la structure précise de petites fleurs fixées et hérissées d’étamines.

Interprétation. La notice sert de contrepoids : elle ramène la profusion verbale aux données qui l’ont suscitée.

Liaison. Pourquoi cette convergence des mots, des images et des faits ne suffit-elle pas encore à donner à Ponge son mode d’expression ?

○ III.b. Avouer la non-conquête : l’échec qui conserve

Orientation. Ponge juge les essais accumulés et refuse d’annoncer une réussite qu’il n’éprouve pas.

Citation. « Il ne me reste qu’un procédé. » (PO-CORR-04-P089).

Procédé principal. Une restriction négative qui réduit les possibilités à une seule voie.

Procédé secondaire. Le nom « procédé », qui déplace la recherche du résultat vers la méthode.

Analyse. Le verdict d’échec qui précède affirme que le mimosa ne donnera pas encore à Ponge la conquête de son mode d’expression. Pourtant, le texte refuse de perdre ce qui a été gagné. La phrase restrictive resserre alors le champ : un seul « procédé » demeure. Ce mot ne promet ni formule parfaite, ni poème clos. Il désigne une opération à accomplir sur la relation de lecture. Le passage de la conquête au procédé transforme l’échec en décision. Ponge renonce à posséder immédiatement la forme de l’objet, mais il peut organiser l’accès aux découvertes partielles. La restriction donne ainsi à la suite une nécessité logique, et non la valeur d’un simple choix de présentation.

Le lecteur voit l’écrivain séparer honnêtement l’absence de forme finale des connaissances réellement obtenues en chemin.

Interprétation. L’échec déclaré devient une mesure de justesse et la restriction prépare la transformation du dossier en parcours.

Liaison. Quel procédé peut préserver ce qui a été gagné sans le réduire à une conclusion artificielle ?

○ III.c. Prendre par la main : le détour comme méthode

Orientation. Ponge choisit de faire du trajet de la recherche le moyen même de conduire à l’objet.

Citation. « Il faut que je prenne le lecteur par la main » (PO-CORR-04-P089).

Procédé principal. Une métaphore de l’accompagnement qui transforme la lecture en déplacement guidé.

Procédé secondaire. La tournure impersonnelle de nécessité « Il faut », suivie du subjonctif.

Analyse. Après l’échec de la forme concentrée, la nécessité porte sur la relation au lecteur. « Prendre par la main » suppose proximité, confiance et durée. Ponge demande une « longue complaisance » et reconnaît le risque d’ennuyer par ses détours. La récompense promise n’est pourtant pas une formule finale : le lecteur sera amené « au cœur du bosquet », dans une position d’expérience. Les pages précédentes deviennent donc un itinéraire perceptif. Leur multiplicité n’est plus un défaut à supprimer, mais le moyen de modifier progressivement le regard. La métaphore donne une forme au dossier lui-même : l’œuvre transmet moins une possession qu’une manière d’approcher.

Le lecteur comprend que sa patience participe à l’expérience et que le détour peut être la voie la plus fidèle vers la chose.

Interprétation. L’accompagnement résout provisoirement l’inachèvement en faisant de la recherche partagée l’œuvre à lire.

Aboutissement. Le passage mène de l’explosion des variantes à un pacte de lecture : le paroxysme, sa retombée et leurs contrôles ne se condensent pas en définition, mais forment un chemin jusqu’au mimosa.

04Conclusion rédigée

Dans cet extrait du Mimosa, Ponge transforme la crise de la floraison en principe de composition. Les variantes font d’abord mousser les syllabes, puis les maximes opposent le paroxysme de la fleur au retour vers le fruit et la graine. L’observation du panache qui retombe donne à cette loi sa preuve sensible, tandis que l’image des fumées végétales et les définitions de l’enthousiasme en précisent la tension. La notice botanique ramène ensuite aux petites fleurs sessiles et aux étamines. Malgré ces convergences, Ponge refuse d’annoncer la conquête de son mode d’expression. Il distingue toutefois cet échec d’un travail nul : quelque chose a été gagné. Prendre le lecteur par la main permet alors de conserver les détours comme trajet de connaissance. Le dossier reproduit ainsi le mouvement du mimosa, expansion, contrôle, contraction et transmission.

05Mémo pour l’oral
  • Situation : milieu réflexif du dossier Le Mimosa.
  • Problématique : comment le paroxysme devient-il principe de composition et de lecture ?
  • Mouvement I : prolifération sonore, floraison, graine.
  • Mouvement II : retombée, fumée, dictionnaire.
  • Mouvement III : notice, aveu d’échec, main du lecteur.
  • Mot central : « paroxysme », intensité maximale et crise.
  • Opposition : conquête totale refusée, gain local conservé.
  • Point de vigilance : le dictionnaire contrôle sans remplacer l’observation.
  • Réponse finale : les détours reproduisent l’expansion et le retour de la fleur.
  • Ouverture : la fin du dossier reviendra à « glorioleux, vite découragé ».

Les prises ★ à mémoriser

  • I.a. ★ · I.a. Faire jaillir les plumes : le paroxysme verbal
  • I.b. ★ · I.b. Atteindre puis revenir : floraison et fructification
  • I.c. ★ · I.c. Protéger le rien : la graine comme chose
  • II.a. ★ · II.a. Retomber en jaunissant : le paroxysme vécu
  • III.a. ★ · III.a. Revenir aux étamines : la notice comme reprise

Appuis ★ repris : I.a I.b I.c II.a III.a

06Tableau procédés, effets, sens, oral

Passage | Procédé | Effet | Sens à formuler à l’oral |

« Geyser… poussinantes » (P084) | métaphore et néologisme | fait jaillir la floraison | la langue mime l’expansion |

« paroxysme… retour » (P084) | parallélisme | ordonne le cycle | le sommet ouvre déjà le retrait |

« joyau… rien » (P085) | paradoxe | déplace la valeur | la puissance se cache dans la graine |

« retombe… jaunissent » (P086) | verbes successifs | montre le déclin | l’éclat contient sa fin |

« fumées végétales » (P086) | métaphore | unit racine et dissipation | le mimosa souffre de sa fixité |

« fureur divine » (P087) | définition | contrôle l’enthousiasme | le mot rejoint la crise observée |

« petites, sessiles » (P088) | notice elliptique | ramène aux faits | la botanique soutient les images |

« un procédé » (P089) | restriction | resserre les possibilités | l’échec devient méthode |

« par la main » (P089) | métaphore | organise la lecture | le détour devient méthode |

07Tableau de couverture
Prise ★RangDans le mémo
I.a★oui
I.b★oui
I.c★oui
II.a★oui
III.a★oui

Mouvement | Sous-partie | Citation ancrée | Procédé principal | Fonction dans le passage |

I | I.a | P084, « Geyser… poussinantes » | métaphore | produit le paroxysme verbal |

I | I.b | P084, « chemin du retour » | parallélisme | ordonne le cycle |

I | I.c | P085, « joyau… rien » | paradoxe | valorise la graine |

II | II.a | P086, « retombe… jaunissent » | verbes | observe le déclin |

II | II.b | P086, « fumées végétales » | métaphore | explique la retombée |

II | II.c | P087, « fureur divine » | définition | vérifie l’enthousiasme |

III | III.a | P088, « petites, sessiles » | notice | revient à la structure |

III | III.b | P089, « un procédé » | restriction | distingue échec et gain |

III | III.c | P089, « par la main » | accompagnement | transforme le dossier en trajet |

Couverture exacte des prises ★

Prise | Dans le mémo | Couverture |

I.a. ★ | oui | oui |

I.b. ★ | oui | oui |

I.c. ★ | oui | oui |

II.a. ★ | oui | oui |

III.a. ★ | oui | oui |

08Erreurs rédhibitoires
  • Tenir le « geyser » pour une définition acquise. Le mot sera contrôlé puis refusé.
  • Confondre paroxysme et durée. Le sommet engage immédiatement le retour.
  • Présenter fruit et graine comme inférieurs. Leur modestie porte une autre valeur.
  • Séparer la retombée de la floraison. Le passage les rend contemporaines.
  • Lire la fumée comme simple décor. Elle oppose volatilité rêvée et fixité végétale.
  • Faire du dictionnaire une autorité qui clôt le poème. Ponge choisit et refuse ses termes.
  • Oublier le retour aux données botaniques.
  • Confondre absence de conquête et absence de gain.
  • Présenter la main du lecteur comme un ajout pédagogique. Elle devient le nouveau procédé.
  • Oublier le statut documentaire : la transcription et les citations restent à recoller sur l’exemplaire directeur.
09Analyse grammaticale
  1. Question grammaticale 1
  2. Question grammaticale 2
  3. Question grammaticale 3

Phrase 1

« La floraison est un paroxysme. » (PO-CORR-04-P084).

La phrase est simple, déclarative et affirmative. « La floraison » est le groupe nominal sujet. Le verbe « est » est un verbe attributif au présent de l’indicatif. « Un paroxysme » est l’attribut du sujet ; il identifie la floraison à une intensité critique plutôt qu’il ne lui ajoute une propriété accessoire.

Phrase 2

« oh! pardon, semblent-elles dire, de nous être si ostensiblement réjouies! » (PO-CORR-04-P086).

« Semblent-elles dire » est une proposition incise. Le verbe « semblent » est suivi de l’infinitif « dire » et le sujet pronominal « elles » est inversé. Le groupe infinitif passé « de nous être si ostensiblement réjouies » exprime le contenu de la parole. Le pronom réfléchi « nous » appartient au verbe pronominal « se réjouir » et le participe « réjouies » s’accorde avec ce sujet féminin pluriel.

Phrase 3

« Il faut que je prenne le lecteur par la main » (PO-CORR-04-P089).

« Il faut » est une tournure impersonnelle : « il » ne renvoie à aucun être. La proposition subordonnée conjonctive complétive « que je prenne le lecteur par la main » constitue le sujet réel de la nécessité. Son verbe « prenne » est au subjonctif présent. « Le lecteur » est complément d’objet direct et « par la main » complément du verbe.

Leçon à retenir

L’attribut définit le sommet, l’incise fait entendre l’excuse des fleurs et le subjonctif transforme le constat d’échec en nécessité nouvelle : guider le lecteur.

Droits et source. Francis Ponge, La Rage de l’expression (Mermod, 1952 ; Gallimard, collection Poésie, 1976) : œuvre protégée. Conformément à la charte éditoriale du dossier, aucune page publique autonome de texte intégral n’est servie. Lorsqu’un passage de Ponge est reproduit, il reste dans le périmètre nécessaire au commentaire, à l’explication ou à l’animation, avec attribution et source. Analyses, structure, dessins et appareil pédagogique © Patrick Levieux, 2026.

Valeurs fonctionnelles héritées des exercices

```json

[ { "texte": "Phrase 1 « La floraison est un paroxysme. » (PO-CORR-04-P084 ).", "donnees": { "data-question-grammaire": "1" } }, { "texte": "Phrase 2 « oh! pardon, semblent-elles dire, de nous être si ostensiblement réjouies! » (PO-CORR-04-P086 ).", "donnees": { "data-question-grammaire": "2" } }, { "texte": "Phrase 3 « Il faut que je prenne le lecteur par la main » (PO-CORR-04-P089 ).", "donnees": { "data-question-grammaire": "3" } } ]

```

Dépendances du fonds : /assets/le-dragon-passe.js.

<a id="P4-ponge-1933f2fd3d"></a>