Le bac par Patrick

Pierre Corneille · Le Menteur · Explication 5/10

Explication linéaire 5 — Cliton devant la machine à mentir

Question de lecture. Comment le dialogue du maître et du valet transforme-t-il une réussite locale en diagnostic sur l’emballement du mensonge ?

13 étapes parlées9 prises9 tiroirs

L’explication à côté de toi

Le fil parlé

Treize étapes pour comprendre, dire et retenir avant d’ouvrir le dossier de l’épreuve.

Étape 01

Tu n’y comprends rien ? C’est normal

Le passage associe beaucoup de détails, mais son mouvement est net : recevoir l’invention en témoin informé, puis comparer les versions et leurs contradictions, enfin révéler le coût cumulatif de la virtuosité.

La méthode sera toujours la même : situer la division réelle, suivre trois mouvements, puis contrôler chaque interprétation sur une citation courte. Les mots du texte ne servent pas d’illustration après coup ; ils commandent le raisonnement. Cette règle empêche le résumé général et prépare une parole d’oral où l’on peut montrer précisément ce que l’on vient d’affirmer.

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Étape 02

D’abord, de quoi ça parle ?

Les reprises et les questions de Cliton interrompent la fluidité du récit. Sa mémoire fait apparaître la série des mensonges et la nécessité d’en produire sans cesse de nouveaux.

Pour rester exact, on sépare le sujet du passage, sa progression et sa portée. Le sujet répond à la question « de quoi parle-t-on ? » ; la progression observe ce que la phrase fait successivement ; la portée vient seulement après. Ainsi, deux commentaires voisins ne deviennent jamais interchangeables.

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Étape 03

Où on se trouve dans le livre

Adresse formelle du passage : Acte II, scène 6.

Cliton écoute les inventions de Dorante, les commente, s’en étonne et tente des retenir. Le valet connaît les faits que le maître transforme et doit ensuite suivre leurs conséquences.

Cette localisation n’est pas décorative : elle détermine les personnages ou la voix qui parlent, le savoir déjà disponible et la conséquence que le passage peut réellement produire. Elle doit être dite avant la problématique et conservée lorsque l’on annonce les mouvements.

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Étape 04

Ton introduction : comment tu ouvres

Créée en 1644 puis révisée par Corneille, Le Menteur est une comédie en cinq actes et en alexandrins adaptée de La verdad sospechosa de Juan Ruiz de Alarcón. Cliton écoute les inventions de Dorante, les commente, s’en étonne et tente des retenir. Le valet connaît les faits que le maître transforme et doit ensuite suivre leurs conséquences. Comment le valet devient-il à la fois témoin, mémoire et obstacle comique de l’invention de son maître ?

L’introduction doit rester brève et vérifiable : auteur, œuvre, date utile, division réelle, situation, projet de lecture et mouvements. On ne promet dans la problématique que ce que les neuf prises ancrées permettent ensuite de démontrer.

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Étape 05

Premier moment : recevoir l’invention en témoin informé

Les trois premières prises établissent ce premier déplacement. Il faut suivre le vers, la situation d’adresse et l’enchaînement des répliques avant de dégager leur portée dramatique.

Prise 1. « Que dis-tu de l'histoire, et de mon artifice » (COR-U1016). Le procédé principal est construction verbale et progression de la réplique. ; son repère matériel est les personnes grammaticales qui distribuent les positions dans la scène.. Il faut d’abord décrire l’ordre des mots, la portée des déterminants, le temps verbal et la ponctuation, puis distinguer le fait montré de l’effet produit sur le lecteur ou le spectateur. Le titre analytique, ★ I.a. Construction verbale et progression de la réplique : recevoir l’invention en témoin informé, donne une direction, mais l’ancre COR-U1016 maintient la preuve dans sa place exacte. À l’oral, on part donc de la forme locale, on explique son fonctionnement, puis seulement on rattache ce résultat au mouvement du passage.

Prise 2. « Quelque sot en ma place y serait demeuré » (COR-U1018). Le procédé principal est construction verbale et progression de la réplique. ; son repère matériel est l’ordre des mots et les choix lexicaux qui matérialisent construction verbale et progression de la réplique.. Il faut d’abord décrire l’ordre des mots, la portée des déterminants, le temps verbal et la ponctuation, puis distinguer le fait montré de l’effet produit sur le lecteur ou le spectateur. Le titre analytique, ◆ I.b. Construction verbale et progression de la réplique : recevoir l’invention en témoin informé, donne une direction, mais l’ancre COR-U1018 maintient la preuve dans sa place exacte. À l’oral, on part donc de la forme locale, on explique son fonctionnement, puis seulement on rattache ce résultat au mouvement du passage.

Prise 3. « Oh ! l'utile secret que mentir à propos » (COR-U1021). Le procédé principal est construction verbale et progression de la réplique. ; son repère matériel est l’ordre des mots et les choix lexicaux qui matérialisent construction verbale et progression de la réplique.. Il faut d’abord décrire l’ordre des mots, la portée des déterminants, le temps verbal et la ponctuation, puis distinguer le fait montré de l’effet produit sur le lecteur ou le spectateur. Le titre analytique, ○ I.c. Construction verbale et progression de la réplique : recevoir l’invention en témoin informé, donne une direction, mais l’ancre COR-U1021 maintient la preuve dans sa place exacte. À l’oral, on part donc de la forme locale, on explique son fonctionnement, puis seulement on rattache ce résultat au mouvement du passage.

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Étape 06

Deuxième moment : comparer les versions et leurs contradictions

Les prises centrales modifient la valeur de ce qui précède : une correction, un contraste ou une parole fait apparaître la contradiction de la scène.

Prise 4. « Et tu ne viens d'ouïr qu'un trait de gentillesse » (COR-U1026). Le procédé principal est construction verbale et progression de la réplique. ; son repère matériel est les personnes grammaticales qui distribuent les positions dans la scène.. Il faut d’abord décrire l’ordre des mots, la portée des déterminants, le temps verbal et la ponctuation, puis distinguer le fait montré de l’effet produit sur le lecteur ou le spectateur. Le titre analytique, ★ II.a. Construction verbale et progression de la réplique : comparer les versions et leurs contradictions, donne une direction, mais l’ancre COR-U1026 maintient la preuve dans sa place exacte. À l’oral, on part donc de la forme locale, on explique son fonctionnement, puis seulement on rattache ce résultat au mouvement du passage.

Prise 5. « Quoi ? la montre, l'épée, avec le pistolet » (COR-U1029). Le procédé principal est discours direct et modalité de phrase. ; son repère matériel est la ponctuation qui conserve l’hésitation, l’ordre ou la poussée de la voix.. Il faut d’abord décrire l’ordre des mots, la portée des déterminants, le temps verbal et la ponctuation, puis distinguer le fait montré de l’effet produit sur le lecteur ou le spectateur. Le titre analytique, ◆ II.b. Discours direct et modalité de phrase : comparer les versions et leurs contradictions, donne une direction, mais l’ancre COR-U1029 maintient la preuve dans sa place exacte. À l’oral, on part donc de la forme locale, on explique son fonctionnement, puis seulement on rattache ce résultat au mouvement du passage.

Prise 6. « Quand vous voudrez jouer de ces grands coups de maître » (COR-U1034). Le procédé principal est construction verbale et progression de la réplique. ; son repère matériel est l’ordre des mots et les choix lexicaux qui matérialisent construction verbale et progression de la réplique.. Il faut d’abord décrire l’ordre des mots, la portée des déterminants, le temps verbal et la ponctuation, puis distinguer le fait montré de l’effet produit sur le lecteur ou le spectateur. Le titre analytique, ○ II.c. Construction verbale et progression de la réplique : comparer les versions et leurs contradictions, donne une direction, mais l’ancre COR-U1034 maintient la preuve dans sa place exacte. À l’oral, on part donc de la forme locale, on explique son fonctionnement, puis seulement on rattache ce résultat au mouvement du passage.

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Étape 07

Troisième moment : révéler le coût cumulatif de la virtuosité

Les trois dernières prises donnent au cas local sa portée dans l’ensemble de la pièce, sans quitter les mots exacts de la scène.

Prise 7. « Va, n'appréhende pas d'y tomber de nouveau » (COR-U1038). Le procédé principal est construction verbale et progression de la réplique. ; son repère matériel est l’ordre des mots et les choix lexicaux qui matérialisent construction verbale et progression de la réplique.. Il faut d’abord décrire l’ordre des mots, la portée des déterminants, le temps verbal et la ponctuation, puis distinguer le fait montré de l’effet produit sur le lecteur ou le spectateur. Le titre analytique, ★ III.a. Construction verbale et progression de la réplique : révéler le coût cumulatif de la virtuosité, donne une direction, mais l’ancre COR-U1038 maintient la preuve dans sa place exacte. À l’oral, on part donc de la forme locale, on explique son fonctionnement, puis seulement on rattache ce résultat au mouvement du passage.

Prise 8. « Avec ces qualités j'ose bien espérer » (COR-U1042). Le procédé principal est construction verbale et progression de la réplique. ; son repère matériel est l’ordre des mots et les choix lexicaux qui matérialisent construction verbale et progression de la réplique.. Il faut d’abord décrire l’ordre des mots, la portée des déterminants, le temps verbal et la ponctuation, puis distinguer le fait montré de l’effet produit sur le lecteur ou le spectateur. Le titre analytique, ◆ III.b. Construction verbale et progression de la réplique : révéler le coût cumulatif de la virtuosité, donne une direction, mais l’ancre COR-U1042 maintient la preuve dans sa place exacte. À l’oral, on part donc de la forme locale, on explique son fonctionnement, puis seulement on rattache ce résultat au mouvement du passage.

Prise 9. « Mais parlons de vos feux. Certes, cette maîtresse » (COR-U1044). Le procédé principal est construction verbale et progression de la réplique. ; son repère matériel est l’ordre des mots et les choix lexicaux qui matérialisent construction verbale et progression de la réplique.. Il faut d’abord décrire l’ordre des mots, la portée des déterminants, le temps verbal et la ponctuation, puis distinguer le fait montré de l’effet produit sur le lecteur ou le spectateur. Le titre analytique, ○ III.c. Construction verbale et progression de la réplique : révéler le coût cumulatif de la virtuosité, donne une direction, mais l’ancre COR-U1044 maintient la preuve dans sa place exacte. À l’oral, on part donc de la forme locale, on explique son fonctionnement, puis seulement on rattache ce résultat au mouvement du passage.

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Étape 08

Alors, qu’est-ce que ça raconte vraiment ?

Cliton n’est pas un simple confident : ses réactions donnent au public une mesure interne du faux. Il admire parfois l’adresse, mais transforme la réussite ponctuelle en dossier des incohérences.

La réponse ne doit donc pas être apprise comme un slogan. Elle résulte de la chaîne des neuf observations : chacune corrige ou précise la précédente. Si une interprétation ne peut plus être rattachée à une ancre, elle doit être reformulée ou retirée.

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Étape 09

Ton ouverture : la porte qui s’ouvre

On peut rapprocher cette scène d’une autre séquence si l’on compare un mécanisme précis : invention de soi, distribution inégale du savoir, quiproquo des noms, récit concurrent ou jugement de Cliton.

Une ouverture valable compare un mécanisme précis et non deux thèmes vagues : même forme d’adresse, même renversement, même travail du rythme ou même conflit de voix. Elle tient en deux phrases et ne remplace jamais la conclusion du passage étudié.

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Étape 10

Tu vois ? Tu sais le comprendre et le dire

À l’oral, enchaîne quatre gestes : situe, cite, décris le fonctionnement, puis formule l’interprétation produite par ce fonctionnement.

Deuxième passage oral sur les neuf preuves.

Reprise 1. Je cite « Que dis-tu de l'histoire, et de mon artifice » (COR-U1016), je nomme construction verbale et progression de la réplique., puis je formule en une phrase le déplacement produit. La localisation reste dite avec la preuve : elle n’est jamais renvoyée à une mémoire vague du texte.

Reprise 2. Je cite « Quelque sot en ma place y serait demeuré » (COR-U1018), je nomme construction verbale et progression de la réplique., puis je formule en une phrase le déplacement produit. La localisation reste dite avec la preuve : elle n’est jamais renvoyée à une mémoire vague du texte.

Reprise 3. Je cite « Oh ! l'utile secret que mentir à propos » (COR-U1021), je nomme construction verbale et progression de la réplique., puis je formule en une phrase le déplacement produit. La localisation reste dite avec la preuve : elle n’est jamais renvoyée à une mémoire vague du texte.

Reprise 4. Je cite « Et tu ne viens d'ouïr qu'un trait de gentillesse » (COR-U1026), je nomme construction verbale et progression de la réplique., puis je formule en une phrase le déplacement produit. La localisation reste dite avec la preuve : elle n’est jamais renvoyée à une mémoire vague du texte.

Reprise 5. Je cite « Quoi ? la montre, l'épée, avec le pistolet » (COR-U1029), je nomme discours direct et modalité de phrase., puis je formule en une phrase le déplacement produit. La localisation reste dite avec la preuve : elle n’est jamais renvoyée à une mémoire vague du texte.

Reprise 6. Je cite « Quand vous voudrez jouer de ces grands coups de maître » (COR-U1034), je nomme construction verbale et progression de la réplique., puis je formule en une phrase le déplacement produit. La localisation reste dite avec la preuve : elle n’est jamais renvoyée à une mémoire vague du texte.

Reprise 7. Je cite « Va, n'appréhende pas d'y tomber de nouveau » (COR-U1038), je nomme construction verbale et progression de la réplique., puis je formule en une phrase le déplacement produit. La localisation reste dite avec la preuve : elle n’est jamais renvoyée à une mémoire vague du texte.

Reprise 8. Je cite « Avec ces qualités j'ose bien espérer » (COR-U1042), je nomme construction verbale et progression de la réplique., puis je formule en une phrase le déplacement produit. La localisation reste dite avec la preuve : elle n’est jamais renvoyée à une mémoire vague du texte.

Reprise 9. Je cite « Mais parlons de vos feux. Certes, cette maîtresse » (COR-U1044), je nomme construction verbale et progression de la réplique., puis je formule en une phrase le déplacement produit. La localisation reste dite avec la preuve : elle n’est jamais renvoyée à une mémoire vague du texte.

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Étape 11

Et les petites questions de grammaire

Les trois phrases retenues permettent de distinguer une construction de phrase, une modalité ou une négation, puis une relation de subordination. La réponse grammaticale reste séparée de l’interprétation littéraire.

Pour une question de grammaire, on recopie exactement le groupe demandé, on identifie la forme, on en donne la fonction et on justifie par un test syntaxique. L’interprétation littéraire revient ensuite seulement, si la question l’exige. Cette séparation évite de faire passer un effet supposé pour une analyse grammaticale.

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Étape 12

Ce soir, tu peux fermer le cahier

Retiens la réponse au projet de lecture : Cliton n’est pas un simple confident : ses réactions donnent au public une mesure interne du faux. Il admire parfois l’adresse, mais transforme la réussite ponctuelle en dossier des incohérences.

Ce soir, ne mémorise pas une conclusion détachée. Recompose plutôt quatre repères : l’adresse formelle du passage, les trois mouvements, deux ancres que tu sais retrouver et le geste qui relie forme, effet et interprétation. Cette petite chaîne suffit pour rouvrir tout le commentaire sans répéter le huitième temps.

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Étape 13

Terre ferme : tu peux t’arrêter là

La borne est constituée par les vers ancrés cités dans le dossier. Chaque preuve renvoie au texte de 1682 donné par l’édition Marty-Laveaux ; aucune citation ne sort de cette réserve déclarée.

Les deux passages sur les neuf preuves donnent au moins dix-huit citations ancrées. Ce décompte ne remplace pas la lecture : il garantit seulement que la voix accompagnée demeure attachée au texte source et à ses bornes. La division employée reste celle de l’œuvre : acte et scène, poème et strophe, section, soir, lettre ou chapitre selon le cas.

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Fin de l’explication accompagnée

La voix change

La voix qui t’accompagnait s’efface : finie la lettre, place au dossier de travail.

Je m’arrête iciJ’ouvre le dossier

Le dossier de l’épreuve

La même explication, classée pour la révision

Neuf tiroirs : comprendre, préparer l’oral, contrôler les preuves.

01Le texte, dit simplementLe raisonnement sans jargon.

Idée générale. Dans cette scène, Dorante demande à son valet ce qu'il pense de son mensonge, et le valet lui montre où cela va le mener.

Situation simple. Après avoir raconté une fête inventée, Dorante interroge Cliton. Il se félicite. Cliton compte les objets qu'il a fallu inventer, et prévoit la suite.

Mouvement I. Dans ce mouvement, Dorante demande ce qu'on dit de son histoire et de son artifice. Il dit qu'un sot serait resté muet. Et il appelle cela l'utile secret de mentir à propos. L'idée importante est qu'il revendique une technique.

Mouvement II. Dans ce mouvement, il annonce que ce n'était qu'un trait de gentillesse. Cliton énumère la montre, l'épée, le pistolet. Et il évoque les grands coups de maître à venir. L'idée importante est que le valet fait les comptes.

Mouvement III. Dans ce mouvement, Dorante lui dit de ne pas craindre d'y retomber. Il parle de ses qualités. Puis il change de sujet : parlons de vos feux. L'idée importante est qu'il fuit le bilan.

Pour finir. La leçon de la scène est qu'un talent qu'on admire cesse d'être surveillé — et que c'est là que commence l'engrenage.

02L’introduction rédigéeSix étapes, une question directrice.

Étape 1 : Pierre Corneille est un dramaturge du XVIIᵉ siècle, connu d'abord pour ses tragédies.

Étape 2 : Le Menteur, comédie de 1644, suit Dorante, qui invente sa vie à mesure qu'il la raconte.

Étape 3 : L'extrait est le dialogue qui suit le récit de la fête : Dorante demande à Cliton ce qu'il en pense.

Étape 4 : La scène s'organise en trois temps — l'invention reçue par un témoin informé, la comparaison des versions, le coût de la virtuosité.

Étape 5 : On se demandera comment le dialogue du maître et du valet transforme une réussite locale en diagnostic sur l'emballement du mensonge.

Étape 6 : On suivra d'abord la revendication technique, puis l'inventaire du valet, enfin la fuite finale.

03L’explication linéaireTrois mouvements, neuf prises de lecture.

I. Recevoir l’invention en témoin informé

Le vocabulaire de l’artifice fait du mensonge un savoir-faire explicitement évalué par celui qui en connaît les conditions. Dorante réclame un jugement sur « l’histoire » et « l’artifice » comme un auteur après sa scène. Il compare sa vivacité à la stupidité d’un autre possible, puis Cliton formule le paradoxe d’un « utile secret ». Le mensonge est donc pensé dans l’action : il évite une difficulté, gagne du temps et produit de l’admiration. Mais la présence du valet empêche cette théorie de devenir autocélébration pure, car il connaît l’écart entre l’habileté instantanée et la continuité que l’histoire exigera.

★ I.a. L'histoire et l'artifice

« Que dis-tu de l'histoire, et de mon artifice » COR-U1016

Question sollicitant la critique. La question sollicite une critique ; l’addition de « l’histoire » et de « l’artifice » distingue le contenu inventé de la technique qui le fait croire.

◆ I.b. Quelque sot y serait demeuré

« Quelque sot en ma place y serait demeuré » COR-U1018

Conditionnel de contre-personnage. Le conditionnel imagine un contre-personnage immobile. Dorante définit son intelligence par sa capacité à sortir verbalement de la place imposée.

★ I.c. L'utile secret de mentir à propos

« Oh ! l'utile secret que mentir à propos » COR-U1021

Infinitif substantivé. L’exclamation associe utilité et secret ; l’infinitif substantivé « mentir » devient une compétence dont « à propos » fixe la valeur circonstancielle.

II. Comparer les versions et leurs accessoires

Cliton matérialise le récit en objets, révélant que la cohérence du faux dépend d’une mémoire de plus en plus lourde. Dorante réduit ce qui vient d’être entendu à un seul « trait », comme si la réserve d’inventions était infinie. Cliton répond par une liste concrète — montre, épée, pistolet — qui transforme le récit en inventaire. Les objets donnent de la vraisemblance, mais chacun devient une obligation de cohérence. L’expression « grands coups de maître » reprend ironiquement la rhétorique de Dorante et la convertit en avertissement pratique : l’art du mensonge suppose une logistique que l’artiste préfère oublier.

★ II.a. Un simple trait de gentillesse

« Et tu ne viens d'ouïr qu'un trait de gentillesse » COR-U1026

Restriction minimisante. La restriction minimise l’exploit déjà énorme et promet une série. « Trait » associe saillie d’esprit et coup porté.

★ II.b. La montre, l'épée, le pistolet

« Quoi ? la montre, l'épée, avec le pistolet » COR-U1029

Énumération d'accessoires. L’énumération nominale fait réapparaître les accessoires comme pièces à conviction. Le valet dessine le coût matériel du récit.

★ II.c. Ces grands coups de maître

« Quand vous voudrez jouer de ces grands coups de maître » COR-U1034

Temporelle de projection. La temporelle projette la répétition future ; « jouer » rappelle que le maître risque de devenir prisonnier de son propre rôle.

III. Révéler le coût cumulatif de la virtuosité

La confiance de Dorante et son retour brusque à l’amour montrent qu’il traite chaque mensonge comme clos alors que Cliton en conserve les dettes. L’impératif rassurant renverse les rôles : Dorante console le témoin qui voit mieux le danger. Il fonde son espérance sur des « qualités », transformant la capacité de feindre en capital personnel. Puis « Mais parlons de vos feux » tente de fermer le dossier et de changer de scène. Le connecteur ne supprime pourtant rien ; il révèle la méthode d’un personnage qui avance par compartiments tandis que la comédie cumule toutes ses paroles. Cliton devient la mémoire transversale de cette accumulation.

◆ III.a. N'appréhende pas d'y tomber

« Va, n'appréhende pas d'y tomber de nouveau » COR-U1038

Impératif rassurant. L’impératif familier masque le risque par l’assurance. « De nouveau » reconnaît malgré lui la possibilité de répétition.

◆ III.b. Avec ces qualités

« Avec ces qualités j'ose bien espérer » COR-U1042

Démonstratif de bilan. Le démonstratif transforme les performances précédentes en qualités stables ; « j’ose » fait de l’assurance une nouvelle preuve de soi.

★ III.c. Mais parlons de vos feux

« Mais parlons de vos feux. Certes, cette maîtresse » COR-U1044

Rupture de thème. Le changement de thème est abrupt. Dorante veut fermer le récit, mais Cliton rouvre le champ des conséquences par l’amour.

04La conclusion rédigéeRépondre, puis prolonger dans l’œuvre.

1. Récapitulation. La scène fait le diagnostic que la pièce appliquera. Dorante commence par revendiquer une technique : il sépare « l'histoire » de « l'artifice », imagine le sot qui serait resté muet, et nomme sa compétence — « l'utile secret que mentir à propos ». Cliton ne conteste pas la réussite ; il en fait les comptes. La restriction « un trait de gentillesse » promet une série, l'énumération de la montre, de l'épée et du pistolet ramène les accessoires en pièces à conviction, et « jouer de ces grands coups de maître » avertit que le rôle peut devenir une prison. Le troisième temps montre Dorante se rassurer — mais « de nouveau » reconnaît la répétition — puis fuir par un changement de thème que Cliton referme aussitôt.

2. Ouverture. Tout le reste de la pièce vérifiera ce diagnostic : chaque invention en appellera une autre, jusqu'à ce que les versions se rencontrent. Le parcours « mensonge et comédie » trouve ici son analyse la plus explicite, et c'est un valet qui la porte.

05Le mémo de l’oralLes appuis indispensables et les prolongements possibles.

Auteur : Pierre Corneille.

Œuvre : Le Menteur, 1644.

Extrait : « Cliton devant la machine à mentir », le dialogue du maître et du valet.

Objet d'étude : Le théâtre du XVIIᵉ siècle au XXIᵉ siècle.

Parcours : Mensonge et comédie.

Situation : Après le grand récit de la fête ; Dorante interroge son valet sur sa performance.

Problématique : Comment le dialogue du maître et du valet transforme-t-il une réussite locale en diagnostic sur l'emballement du mensonge ?

Plan : Recevoir l'invention en témoin informé ; comparer les versions et leurs accessoires ; révéler le coût cumulatif de la virtuosité.

Citations, procédés et interprétations essentiels : ★ indique les appuis à ne pas omettre ; ◆ propose les prolongements à choisir selon le temps disponible.

★ I.a : « Que dis-tu de l'histoire, et de mon artifice ». Question sollicitant la critique. La question sollicite une critique ; l’addition de « l’histoire » et de « l’artifice » distingue le contenu inventé de la technique qui le fait croire.

◆ I.b : « Quelque sot en ma place y serait demeuré ». Conditionnel de contre-personnage. Le conditionnel imagine un contre-personnage immobile.

★ I.c : « Oh ! l'utile secret que mentir à propos ». Infinitif substantivé. L’exclamation associe utilité et secret ; l’infinitif substantivé « mentir » devient une compétence dont « à propos » fixe la valeur circonstancielle.

★ II.a : « Et tu ne viens d'ouïr qu'un trait de gentillesse ». Restriction minimisante. La restriction minimise l’exploit déjà énorme et promet une série.

★ II.b : « Quoi ? la montre, l'épée, avec le pistolet ». Énumération d'accessoires. L’énumération nominale fait réapparaître les accessoires comme pièces à conviction.

★ II.c : « Quand vous voudrez jouer de ces grands coups de maître ». Temporelle de projection. La temporelle projette la répétition future ; « jouer » rappelle que le maître risque de devenir prisonnier de son propre rôle.

◆ III.a : « Va, n'appréhende pas d'y tomber de nouveau ». Impératif rassurant. L’impératif familier masque le risque par l’assurance.

◆ III.b : « Avec ces qualités j'ose bien espérer ». Démonstratif de bilan. Le démonstratif transforme les performances précédentes en qualités stables ; « j’ose » fait de l’assurance une nouvelle preuve de soi.

★ III.c : « Mais parlons de vos feux. Certes, cette maîtresse ». Rupture de thème. Le changement de thème est abrupt.

Appuis ★ repris : I.a I.c II.a II.b II.c III.c

06Le tableau des procédésComparer les fonctions des neuf appuis.
Procédé désignéAnalyse dans le texteEffet sur le lecteurInterprétation
★ Question sollicitant la critique (I.a)La question sollicite une critique ; l’addition de « l’histoire » et de « l’artifice » distingue le contenu inventé de la technique qui le fait croire.Le lecteur voit un menteur demander qu'on note sa technique.Distinguer « l'histoire » de « l'artifice », c'est avouer une technique : Dorante ne se croit pas, il s'admire — et cette lucidité rend le personnage comique plutôt qu'odieux.
◆ Conditionnel de contre-personnage (I.b)Le conditionnel imagine un contre-personnage immobile.Le lecteur voit se dresser l'ombre de celui qui n'aurait rien su dire.Le contre-personnage immobile définit l'intelligence par la sortie verbale : mentir devient une preuve d'esprit, ce qui est le postulat de la pièce.
★ Infinitif substantivé (I.c)L’exclamation associe utilité et secret ; l’infinitif substantivé « mentir » devient une compétence dont « à propos » fixe la valeur circonstancielle.Le lecteur entend le mensonge érigé en compétence.L'infinitif substantivé fait du mensonge un savoir-faire, et « à propos » en fixe la valeur : ce n'est pas mentir qui compte, c'est mentir au bon moment.
★ Restriction minimisante (II.a)La restriction minimise l’exploit déjà énorme et promet une série.Le lecteur comprend qu'un exploit énorme est présenté comme un début.La restriction promet une série ; le mensonge, dans cette comédie, ne se contente jamais d'un coup.
★ Énumération d'accessoires (II.b)L’énumération nominale fait réapparaître les accessoires comme pièces à conviction.Le lecteur voit les accessoires revenir comme pièces à conviction.Cliton dresse l'inventaire matériel du récit : le valet compte ce que le maître invente, et cette comptabilité est le premier diagnostic.
★ Temporelle de projection (II.c)La temporelle projette la répétition future ; « jouer » rappelle que le maître risque de devenir prisonnier de son propre rôle.Le lecteur entrevoit la répétition à venir.« Jouer » avertit sans avertir : le maître risque de devenir prisonnier d'un rôle qu'il croit tenir.
◆ Impératif rassurant (III.a)L’impératif familier masque le risque par l’assurance.Le lecteur entend rassurer avec un mot qui inquiète.« De nouveau » reconnaît la répétition au moment même où l'impératif la nie ; l'assurance dit ce qu'elle voulait taire.
◆ Démonstratif de bilan (III.b)Le démonstratif transforme les performances précédentes en qualités stables ; « j’ose » fait de l’assurance une nouvelle preuve de soi.Le lecteur voit des performances devenir des qualités.Le démonstratif transforme des coups réussis en propriétés stables : c'est ainsi qu'on se croit doué, et qu'on cesse de se surveiller.
★ Rupture de thème (III.c)Le changement de thème est abrupt.Le lecteur voit Dorante changer de sujet, et Cliton rouvrir.Le changement de thème est une fuite, et Cliton la referme aussitôt : le valet ramène toujours la parole à ses conséquences.
07Le tableau de couvertureRetrouver chaque sous-partie dans le mémo.
Prise ★RangDans le mémo
I.a★oui
I.c★oui
II.a★oui
II.b★oui
II.c★oui
III.c★oui
Sous-partieProcédé principalDans le mémo ?
I.aQuestion sollicitant la critiqueoui
I.cInfinitif substantivéoui
II.aRestriction minimisanteoui
II.bÉnumération d'accessoiresoui
II.cTemporelle de projectionoui
III.cRupture de thèmeoui

Les 6 appuis marqués ★ couvrent les trois mouvements et sont tous repris dans le mémo : résultat 6/6. Ce décompte atteste la couverture, non la qualité générale de la page.

08Les erreurs rédhibitoiresLes contresens propres à ce passage.

A. Erreurs de fond

Erreur à ne pas commettrePourquoi c'est une erreurFormulation correcte à retenir
Cliton désapprouve moralement.Il compte les accessoires et prévoit la répétition.Son objection est pratique, non morale.
Dorante se croit lui-même.Il distingue « l'histoire » et « l'artifice ».Il connaît sa technique et l'admire.
« Un trait de gentillesse » est une modestie.La restriction promet une série de coups plus grands.Elle annonce l'engrenage.
« N'appréhende pas d'y tomber de nouveau » rassure.« De nouveau » reconnaît la répétition que la phrase nie.L'assurance dit ce qu'elle voulait taire.
Le changement de thème conclut la scène.Cliton rouvre aussitôt le champ des conséquences.La fuite est refermée par le valet.

B. Erreurs de méthode à l'oral

Erreur de méthodeCorrection attendue
Résumer le récit de la fête.Il précède la scène ; entrer directement dans le dialogue.
Traiter l'énumération comme un effet comique.C'est un inventaire : le valet fait les comptes du mensonge.
Faire de Cliton un moraliste.Il diagnostique un mécanisme, il ne juge pas.
Annoncer des numéros de page.Annoncer les vers par leurs ancres éditoriales.

C. Formulations à proscrire

MaladroitCorrect
Dorante est fier de lui.Il revendique une compétence, et la nomme.
Cliton met en garde son maître.Il décrit un coût qui s'accumule, ce qui est plus précis.
Le mensonge est condamné.Il est analysé, et par celui qui le sert.
09L’analyse grammaticaleTrois constructions distinctes, trois leçons.
  1. Question grammaticale 1
  2. Question grammaticale 2
  3. Question grammaticale 3

Phrase 1 : Interrogation directe

Phrase étudiée : « Que dis-tu… ? »

Question : Analysez la construction du fragment et justifiez votre réponse.

Réponse : « Que dis-tu… ? » appelle une évaluation et institue Cliton comme juge ; le pronom interrogatif porte sur la valeur de l’ensemble, non sur un détail factuel.

Phrase 2 : Restriction

Phrase étudiée : « Tu ne viens d’ouïr qu’un trait »

Question : Analysez la construction du fragment et justifiez votre réponse.

Réponse : « Tu ne viens d’ouïr qu’un trait » réduit grammaticalement le récit à un échantillon, produisant l’image d’une puissance d’invention encore disponible.

Phrase 3 : Subordonnée temporelle

Phrase étudiée : « Quand vous voudrez jouer… »

Question : Analysez la construction du fragment et justifiez votre réponse.

Réponse : « Quand vous voudrez jouer… » projette une situation répétable. Le futur inscrit le coup de maître dans une habitude potentiellement dangereuse.