★ I.a. Chercher le nom : la parole saisie par l’énigme
Orientation. Le début du §7 ne définit pas le phénomène : il expose l’impossibilité première de le nommer.
Citation. « Mais, ô bon Dieu, que peut être cela ? Comment dirons-nous que cela s’appelle ? » (§7).
Procédé principal. Une apostrophe suivie d’une série d’interrogations directes.
Procédé secondaire. La répétition du pronom démonstratif neutre « cela », dont l’indétermination est motivée par l’absence de nom disponible.
Analyse. La conjonction « Mais » rouvre brusquement la réflexion après les explications écartées dans les paragraphes précédents. L’apostrophe « ô bon Dieu » inscrit l’étonnement dans la voix et donne au constat la force d’un scandale. Les questions se succèdent sans interlocuteur capable de répondre : elles ne cherchent pas une information extérieure, mais rendent audible la difficulté de penser. Le pronom « cela » désigne le phénomène tout en laissant son contenu lexicalement vide. Entre « que peut être » et « comment […] s’appelle », La Boétie distingue ainsi deux tâches : comprendre la nature du fait, puis trouver le mot qui lui corresponde. La recherche politique devient une enquête sur les catégories du langage.
Le lecteur est placé devant une énigme dont il doit éprouver l’étrangeté avant d’en recevoir l’explication.
Interprétation. L’indignation n’abolit pas la pensée : elle inaugure une méthode fondée sur le refus des noms trop rapides.
Liaison. Quel premier partage de vocabulaire permettra de mesurer la violence cachée par les mots ordinaires ?