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L’essentiel · Première · Bac de français

LES CROQUANTS DE BAGNOLET

Discours de la servitude volontaire, Étienne de La Boétie (vers 1548)

Parcours : « « défendre » et « entretenir » la liberté »

L’essentiel

L’explication linéaire, puis le dossier de l’épreuve

D’abord l’explication à voix haute : on lit, on comprend, on peut s’arrêter là. Ensuite, si tu veux la copie et l’oral, le dossier. Le sommaire les tient tous, à droite.

L’analyse qui s’affiche toute seule La réglure et la lumière qui descend Un parchemin réglé ; une barre d'or éclaire une ligne, et une étiquette sort dans la marge droite. Une flèche descend le long de la marge gauche. Ici tu ne lis pas : tu regardes lire. La lumière descend d’une ligne à l’autre et laisse un nom dans la marge. Cliquer pour voir le site s’animer
À Bagnolet, la route des paysans croise celle de leur propre liberté.

1 · Le texte

Ce texte est celui de ton descriptif. Toutes les citations de cette page en sont tirées mot pour mot : tu peux les vérifier ligne à ligne, et tu devrais le faire une fois.

Établissement du texte. Témoin : le descriptif de ton année, dont l'article de Clément occupe la fin du relevé, jusqu'à la page 26. Cote : aucune, puisqu'il s'agit d'un descriptif d'examen et non d'un manuscrit. Auteur : Jean-Baptiste Clément. Support : le journal Le Cri du peuple, 3 mai 1871. Bornes : de « À Bagnolet » à « que nous en mourrions ! ». Les coupures marquées […] sont celles du descriptif ; aucune n'a été comblée, et aucun mot n'a été ajouté entre les crochets.

§le texte, tel qu'il est sur ta feuille
§1À Bagnolet, de braves citoyens ont voulu proclamer la Commune, la Commune révolutionnaire. Qu'ont fait les croquants ? Ils sont allés chercher les Prussiens, et leur ont dit que des galvaudeux et des va-nu-pieds en voulaient à leur propriété. […] N'est-ce pas honteux et misérable ? N'êtes-vous pas les paysans les plus en retard des environs de Paris ? N'êtes-vous pas les croquants les plus sinistrement lâches ? Vous avez constamment le nez fourré dans les flancs d'une terre féconde et généreuse, et vous n'avez rien d'elle ! […] Quoi !
§2Vous avez de la haine pour Paris et ses habitants ! C'est par trop fort ! Est-ce parce que vous faites fortune en venant tous les matins nous vendre votre oseille, vos radis, vos fraises et vos pêches ? Est-ce parce que vous emportez notre argent pour l'enfouir dans vos caves ou le cacher dans vos bas de laine ? Est-ce parce que vous savez nous exploiter, et que nous vous laissons faire ! […] Quoi, Jacques Bonhomme mal endimanchés, vilains à peine débarbouillés, vous vous permettez d'être plus royalistes que le roi !
§3Tous, vous vous offrez la fantaisie guignolante de traiter de rouges et de partageux de braves citoyens qui vous ont sortis de la crotte ! Tous vous oubliez donc […] ce que vous seriez encore sans eux ? Eh bien ! puisque votre ignorance va jusque là, je vais vous le dire, et je ferai comme vous, je ne mettrai pas de gants pour ça. Sans eux vous seriez encore les bêtes de somme qu'on fouettait au quatorzième siècle. Vous seriez ces rien-qui-vaille, ces chercheurs de pain, ces Jacques Bonhomme à qui l'on prenait jusqu'aux nippes qui séchaient sur les baies pour payer le seigneur et nourrir ses maîtresses. […] Vous n'auriez pas un pouce de terrain à vous ; vous seriez les esclaves des uns et les valets des autres. […] Au lieu de cela, ceux que vous appelez les rouges et les partageux sont sortis un jour de leur trou ; ils ont voulu que l'air et le soleil fussent à tout le monde : ils ont pris des fourches, des bâtons, des fléaux, des piques et des mauvais fusils, et se sont précipités sur ceux qui vous asservissaient.
§4Ils sont morts pour vous enrichir, leurs enfants à eux sont restés pauvres, et vous les haïssez, et vous les insultez ! D'esclaves, ils vous ont fait hommes. Ils ont attaqué en face la royauté, la noblesse, le clergé. Vous n'aviez pas de noms, ils vous en ont donné. Vous étiez moins que des chiens, ils ont fait pour vous les Droits de l'Homme. […] Ils vous ont fait électeurs ; ils vous ont donné votre place sous le soleil ; ils vous ont tracé l'avenir.
§5Aujourd'hui, ces rouges et ces partageux ne veulent pas qu'on vous reprenne tout cela ; et cependant, eux, ils sont restés pauvres et obscurs. […] Ils veulent leur Commune comme vous avez la vôtre, et vous courez chercher les baïonnettes pour les faire éventrer ; ils vont chez vous, parce qu'ils avaient l'habitude d'y aller au printemps pour manger un lapin et chercher du lilas, et vous les livrez aux gendarmes. […] Pourvu que vos vignes fleurissent, que vos blés poussent, que vos trognes s'enluminent, que vos ventres s'arrondissent, et que vos bourses s'emplissent, vous vous fichez qu'on égorge la liberté et que nous en mourrions !

Unité d'ancrage : le paragraphe. La numérotation des paragraphes est celle de la maison ; elle n'existe pas dans l'article de journal, qui court d'un seul élan.

Le texte frappe fort ; l’explication en distingue les gestes.

2 · Ces phrases t'intimident ?

Regarde la page un instant, sans t'affoler. Ce qui frappe d'abord, ce n'est pas la longueur des phrases : c'est le ton. Les questions tombent l'une après l'autre, les points d'exclamation claquent, les insultes se suivent sans que rien ne vienne les adoucir. On ne t'a pas habitué à cela dans un texte d'examen.

Mets-toi bien ceci en tête : la difficulté vient du texte, pas de toi. Cet article a été écrit au milieu d'une guerre civile, pour être lu le matin même par des gens en colère. Il n'a pas été fait pour être commenté à froid. Personne ne l'aborde sans être remué du premier coup.

La violence est le sujet, elle n'est pas un accident. Clément n'insulte pas faute d'arguments. Il écrit pendant la Commune de Paris, en mai 1871, à des paysans qui viennent d'aller chercher l'armée prussienne contre leurs voisins. Ton travail n'est pas d'atténuer cette colère ni de l'excuser : il est de dire d'où elle vient et comment elle raisonne.

⭐ Voilà l'idée simple où nous arriverons, et tu peux la retenir dès maintenant : ces paysans doivent leur nom, leur terre et leur droit de vote à des révolutionnaires qu'ils méprisent, et ils livrent aujourd'hui les héritiers de ces révolutionnaires. Une liberté dont on jouit seul finit par se retourner contre celui qui en profite.

Des voisins se retournent contre leurs voisins sous le regard de l’ennemi.

3 · Avant tout : que raconte la scène ?

Qui est là ? Un journaliste communard qui dit « nous » et qui parle au nom de Paris. En face, un « vous » collectif : les habitants de Bagnolet, appelés « croquants », du nom que l'on donnait aux paysans révoltés de l'ancienne France, ici retourné en injure.

Que se passe-t-il ? Des habitants de Bagnolet ont voulu proclamer la Commune. D'autres sont allés chercher les Prussiens pour les en empêcher, en leur racontant qu'on en voulait à leur propriété. Clément prend la plume le lendemain.

Qu'est-ce que Clément veut te faire comprendre ? Que ceux qu'il accuse tiennent leur nom, leur terre et leur bulletin de vote de ceux-là mêmes qu'ils appellent « les rouges » et « les partageux ». ⭐ Le sujet de l'article, ce n'est pas Bagnolet. C'est l'ingratitude.

La scène locale ouvre une question politique beaucoup plus vaste.

4 · D'où l'on part, où l'on arrive

D'où l'on part. D'un fait de guerre civile, daté et localisé. Paris est insurgé depuis le 18 mars 1871 ; l'armée de Versailles l'attaque, les troupes prussiennes tiennent encore les abords après la défaite de 1870. Bagnolet est alors un village maraîcher de la banlieue est, qui vit de vendre chaque matin ses légumes et ses fruits à Paris.

Où l'on arrive. À une leçon d'histoire retournée en accusation. Clément quitte Bagnolet pour remonter au « quatorzième siècle », traverse la Révolution et les « Droits de l'Homme », puis redescend jusqu'au matin où il écrit. À la fin du passage, le fait local est devenu une question sur la liberté : à quoi sert-elle, si ceux qui en vivent laissent égorger ceux qui la défendent ?

Six repères installent Clément, le contexte et la colère du passage.

5 · Ton entrée en matière, six phrases et rien d'autre

Faire une introduction, c'est faire les présentations. Six phrases bien rangées suffisent.

Je te les écris ; tu les rediras à ta manière.

Un, l'auteur.

Ce que tu dis : « Jean-Baptiste Clément est un chansonnier et un journaliste du XIXᵉ siècle, engagé dans la Commune de Paris. »

Deux, l'œuvre.

Ce que tu dis : « Le Cri du peuple est un journal de la Commune, où paraissent chaque jour des articles de combat adressés au peuple de Paris. »

Trois, l'endroit.

Ce que tu dis : « Cet article du 3 mai 1871 répond à un fait précis : des habitants de Bagnolet sont allés chercher les Prussiens contre ceux qui voulaient y proclamer la Commune. »

Quatre, ce que c'est.

Ce que tu dis : « Il s'agit d'un texte polémique, adressé directement à ceux qu'il accuse, et il entre au descriptif comme texte du parcours "Défendre et entretenir la liberté". »

Cinq, ta problématique.

Ce que tu dis : « On peut se demander comment Clément transforme une accusation locale en leçon d'histoire sur la solidarité que la liberté exige. »

Six, le chemin.

Ce que tu dis : « Il instruit d'abord le procès des paysans, de "À Bagnolet" à "sans eux ?". Il rappelle ensuite la servitude dont les révolutionnaires les ont tirés, de "Eh bien !" à "tracé l'avenir". Il dénonce enfin la trahison présente, de "Aujourd'hui" à la fin. »

L’apostrophe place directement les Croquants devant leur choix.

6 · Premier tour de colère : le procès des croquants (de « À Bagnolet » à « sans eux ? »)

Regarde d'abord les deux mots qui se font face dans la première phrase. D'un côté « de braves citoyens », de l'autre « les croquants ». Les mêmes gens, vus de deux côtés : ceux qui proclament la Commune reçoivent le mot valorisant, ceux qui les dénoncent reçoivent le mot d'injure. Le jugement est rendu avant tout raisonnement.

Puis compte les questions. « Qu'ont fait les croquants ? » attend sa réponse une ligne plus bas ; « N'est-ce pas honteux et misérable ? » et les deux « N'êtes-vous pas… ? » n'en attendent aucune. Ce sont des accusations habillées en questions. ⭐ Une question qui contient déjà son verdict s'appelle une interrogation oratoire, et c'est le procédé central de ce texte.

Enfin, écoute l'argument d'argent. « Est-ce parce que vous faites fortune… ? », « Est-ce parce que vous emportez notre argent… ? » : chaque question feint de chercher une cause à la haine et rappelle un bienfait reçu. Le « votre » des légumes et le « notre » de l'argent racontent un échange dont les paysans vivent.

Ce que tu dis. Clément place les paysans en position d'accusés : leur conduite contredit à la fois leur dépendance économique envers Paris et l'histoire qui les a émancipés.

L’accusation oppose la solidarité attendue à la trahison accomplie.

7 · Deuxième tour de colère : la dette envers les révolutionnaires (de « Eh bien ! » à « tracé l'avenir »)

Repère la reprise de « vous seriez ». Trois fois, elle ouvre un monde qui n'a pas eu lieu : « les bêtes de somme », « ces chercheurs de pain », « les esclaves des uns et les valets des autres ». C'est le conditionnel de ce qui serait arrivé sans les révolutionnaires.

Puis regarde le tournant, « Au lieu de cela ». Il ferme le monde servile et fait entrer « les rouges » dans l'histoire. Suit une liste d'armes : « des fourches, des bâtons, des fléaux, des piques et des mauvais fusils ». Des outils de ferme et de mauvais fusils : Clément ne fabrique pas des héros, il montre des pauvres.

Enfin, écoute la série des phrases brèves. ⭐ « D'esclaves, ils vous ont fait hommes », « Vous n'aviez pas de noms, ils vous en ont donné », « Vous étiez moins que des chiens, ils ont fait pour vous les Droits de l'Homme ». Chaque phrase pose un avant et un après, et le sujet du verbe est toujours « ils ».

Ce que tu dis. Les révolutionnaires ont risqué leur vie pour transformer des paysans dominés en hommes titulaires de droits, et ils n'en ont retiré aucun profit personnel.

Les questions de Clément sont des coups portés à la conscience.

8 · Troisième tour de colère : la trahison du jour (de « Aujourd'hui » à la fin)

Un seul mot fait basculer le texte : « Aujourd'hui ». Le récit du passé s'arrête, la date du journal revient. Les « rouges » et les « partageux » ne sont plus les hommes du quatorzième siècle : ce sont les communards de mai 1871, et Clément garde pour eux les injures des paysans, retournées en titres d'honneur.

Regarde ensuite la phrase de la Commune. « Ils veulent leur Commune comme vous avez la vôtre » : le mot « comme » met les deux communes sur un même droit. Puis la suite, « et vous courez chercher les baïonnettes », fait de la coordination la place d'un renversement. Les visites du printemps « pour manger un lapin et chercher du lilas » finissent aux gendarmes.

⛔ Ne lis pas la dernière phrase comme une simple liste. « vos vignes », « vos blés », « vos trognes », « vos ventres », « vos bourses » : on part du champ, on passe au visage, puis au ventre, on finit à la bourse. ⭐ La série descend du travail à l'argent, et la principale, « vous vous fichez qu'on égorge la liberté », met tout cela en face d'un égorgement.

Ce que tu dis. En livrant les communards, les paysans trahissent ceux qui ont créé leurs droits, et ils préfèrent la prospérité de leurs biens au salut de la liberté commune.

La réponse ne se cache pas : la liberté se défend ensemble.

9 · La colère raisonnée : la réponse

Ta problématique demandait comment une accusation locale devient une leçon d'histoire. Voici la réponse, en une phrase : Clément change d'échelle de temps sans changer de destinataire.

Il garde le même « vous » d'un bout à l'autre et il le promène du fait de Bagnolet au quatorzième siècle, puis de la Révolution au 3 mai 1871. Le « vous » qui livre les communards est le même que le « vous » qu'on fouettait, et c'est ce qui rend la trahison intolérable.

⭐ L'invective n'est donc pas un défaut de raisonnement : elle en est le véhicule. Chaque insulte est adossée à une dette, et chaque dette à une date.

Le parcours relie l’énigme de La Boétie à l’urgence de 1871.

10 · La colère se prolonge : œuvre et parcours

Dans ton dossier. Ce texte n'appartient pas à l'œuvre intégrale : il vient d'ailleurs, et de trois siècles plus tard. Il répond pourtant aux trois extraits de La Boétie. Le texte 1 pose l'énigme : pourquoi tant d'hommes supportent-ils un seul maître ? Le texte 2 donne la force de l'habitude, le texte 3 donne les complices. Clément, lui, montre le cas concret : des gens libres qui vont chercher une armée étrangère contre leurs voisins.

Dans ton parcours. Le parcours s'intitule « Défendre et entretenir la liberté ». Ce texte porte sur le second verbe, celui qu'on oublie. Défendre la liberté, c'est l'affaire d'un jour de combat ; l'entretenir, c'est ne pas abandonner ceux qui la défendent quand on en profite déjà.

Le rapprochement qui fait mouche à l'oral. La Boétie demande « comment il se peut que… », qui est une vraie question. Clément demande « n'est-ce pas honteux et misérable ? », qui n'en est pas une. L'énigme est restée ; la patience a disparu.

La réserve à dire toi-même. L'objet d'étude du descriptif s'arrête au XVIIIᵉ siècle, et ce texte est de 1871. Il entre au dossier comme texte du parcours : dis-le en une phrase à l'examinateur, cela montre que tu sais où tu es.

Les mots de colère dessinent maintenant une argumentation précise.

11 · Retourne-toi et mesure le chemin

Tu es parti d'un texte qui criait, et tu sais maintenant ce que ce cri fait.

Tu sais que « braves citoyens » et « croquants » désignent deux camps du même village. Tu sais distinguer la question qui appelle une réponse, « Qu'ont fait les croquants ? », de celles qui n'en appellent aucune. Tu sais que les trois « vous seriez » ouvrent un passé qui n'a pas eu lieu, et que « Au lieu de cela » le referme. Tu sais que les fourches et les mauvais fusils sont là pour montrer des pauvres et non des héros. Tu sais que « Aujourd'hui » ramène tout le passé sur la date du journal.

Tu sais aussi tenir trois faits de langue. L'interrogation directe et son inversion, la négation à deux volets dans une question, et la subordonnée de condition en « pourvu que » avec ses subjonctifs. Ce sont trois leçons distinctes, et elles suffisent à répondre au dragon.

⭐ Et tu sais dire pourquoi ce texte est violent : parce qu'il est écrit pendant une guerre civile, à des gens qui viennent de livrer leurs voisins. Si tu montres les interrogations oratoires, les trois « vous seriez » et la dernière accumulation, tu as le passage.

La grammaire ordonne l’apostrophe, les questions et leurs effets.

12 · Trois phrases avant la rive : la grammaire

Ici commence l'antre du dragon. Le dragon, c'est l'examinateur, et sa question de grammaire vaut deux points sur vingt. Elle tombe à la fin de l'entretien, quand tu es fatigué. On va la préparer maintenant, pendant que tu es frais.

Et pour la traverser, tu as quelqu'un. Elle s'appelle Grame Maire. Dis-le à voix haute : c'est la grand-mère de la grammaire, et elle ne te lâchera plus.

Le réflexe en cinq pas · le même pour n'importe quelle phrase

Un. Recopie la phrase soulignée, en entier, sans en couper un mot.

Deux. Compte les verbes conjugués : tu auras le nombre de propositions.

Trois. Cherche le mot qui relie, et nomme-le avec le mot du bac.

Quatre. Montre : pointe le mot qui prouve ce que tu dis.

Cinq. Dis ce que ça apporte au sens. C'est le pas que tout le monde oublie, et c'est celui qui rapporte.

Phrase 1 : l'interrogation directe et son inversion (leçon ⑤)

« Qu'ont fait les croquants ? »

Sur quoi porte la question ? ⭐ Sur l'action, pas sur l'ensemble de la phrase. Le pronom interrogatif « que », élidé en « qu' », est complément d'objet direct de « ont fait » : la question est donc partielle et non totale.

Où est le sujet ? Le groupe nominal « les croquants » est passé derrière l'auxiliaire « ont ». C'est l'inversion du sujet, marque de l'interrogation directe.

Ce que tu dis. La phrase est une interrogation directe partielle, avec inversion du sujet nominal ; elle attend sa réponse, que le texte donne aussitôt.

Phrase 2 : la négation dans la question (leçon ⑥)

« N'êtes-vous pas les paysans les plus en retard des environs de Paris ? »

Combien de volets à la négation ? ⭐ Deux : « ne » et « pas ». Ils encadrent le verbe « êtes », et le pronom sujet « vous » s'est glissé entre les deux.

Que fait cette négation au sens ? Elle n'annule rien du tout : elle oriente vers un « oui ». ⚠️ Attention au piège : ne dis pas que Clément nie que les paysans soient en retard. Il pose la négation pour faire venir l'affirmation, et c'est l'inverse d'une dénégation.

Ce que tu dis. La négation totale « ne… pas » porte sur toute la phrase et, dans une interrogation, elle appelle une réponse affirmative.

Phrase 3 : la subordonnée de condition (leçon ④)

« Pourvu que vos vignes fleurissent […] vous vous fichez qu'on égorge la liberté »

Quel est le mot qui introduit ? ⭐ « pourvu que », et il introduit une condition jugée suffisante.

À quel mode sont les verbes qui suivent ? Au subjonctif présent : « fleurissent », « poussent », « s'enluminent », « s'arrondissent », « s'emplissent ». C'est « pourvu que » qui l'exige. Le test que tu peux faire seul : remplace « pourvu que » par « à condition que ». Si la phrase se dit encore, c'est bien une conditionnelle. Ici elle se dit.

Ce que tu dis. La subordonnée circonstancielle de condition, introduite par « pourvu que » et suivie de cinq verbes au subjonctif, énumère les seules conditions qui comptent pour les destinataires.

Le passage s’achève sur une responsabilité rendue visible.

13 · Terre ferme : tu peux t'arrêter là

Belle traversée. Tu es entré dans une page qui criait, tu en ressors avec une thèse, trois mouvements et trois faits de langue que tu sais montrer.

Range tout, souffle : tu peux être fier du chemin.

À la prochaine étape. J'ai aimé faire ce passage avec toi.

Fin de l’explication

Tu peux t’arrêter là. Ou continuer.

Ce que tu viens de lire, c’est le texte expliqué comme on l’explique à voix haute, à côté de toi. Si c’était ton but, c’est fini : tu as compris le texte.

La lecture achevée, ouvre le dossier : la même explication, mais rédigée comme on l’attend le jour de l’épreuve. Introduction au propre, analyse des procédés, tableaux de révision, questions de grammaire. C’est froid, c’est dense, et c’est fait pour ça. On y va quand on révise, pas quand on découvre.

L’adresse commune

Les sept leçons de grammaire

  1. Le verbe : valeurs temporelles, aspectuelles et modales.
  2. La phrase complexe : juxtaposition, coordination, subordination.
  3. La subordonnée relative : antécédent, syntaxe et fonction.
  4. La circonstancielle : cause, conséquence, but, condition, concession.
  5. L’interrogation : directe, indirecte, syntaxe et pragmatique.
  6. La négation : totale, partielle, exceptive et textuelle.
  7. Le lexique : néologie, synonymie, antonymie et hypéronymie.
  8. En plus, et tout le monde en a besoin L’accord du participe passé
Le dossier Le même commentaire linéaire, sous l’angle institutionnel et administratif. Ouvrir le commentaire institutionnel et administratif
01L'EXPLICATION TRÈS SIMPLE

Idée générale du texte

Des paysans de Bagnolet sont allés chercher les Prussiens : l'ennemi qui venait d'assiéger

Paris : pour les lancer contre des voisins qui voulaient proclamer la Commune.

Clément écrit trois jours plus tard, dans un journal, et il ne cherche pas à comprendre :

il veut faire honte.

⭐ Et son argument est une dette. Ceux que vous appelez les rouges vous ont fait hommes.

Vous les livrez aux gendarmes. Voilà ce qu'il leur reproche : non pas d'être bêtes, mais

d'être ingrats.

Situation simple

Nous sommes au milieu de la Commune de Paris. Elle a été proclamée le 18 mars 1871 ; elle

sera écrasée fin mai. Le Cri du peuple est le journal de Jules Vallès. Jean-Baptiste Clément

est chansonnier : c'est lui qui a écrit Le Temps des cerises : et il est élu de la Commune.

Mouvement I : raconter ce qui se passe (« À Bagnolet » → « les plus sinistrement lâches ? »)

Il raconte le fait en quatre lignes, puis il se retourne vers les coupables. D'abord « les

croquants », à la troisième personne. Puis, brusquement, « vous » : et le texte cesse

d'être un article pour devenir une engueulade.

Mouvement II : raconter le changement (« Vous avez constamment » → « plus royalistes que le roi ! »)

Il les interroge, et chaque question est une accusation. Il décrit leurs corps, leur avarice,

leur commerce. ⭐ Puis il trouve la formule qui les résume : ils sont « plus royalistes

que le roi » : serviles au-delà de ce qu'on leur demande.

Mouvement III : raconter la leçon (« Sans eux vous seriez » → la fin)

Il fait le compte de ce qu'on leur a donné. La terre, le nom, les droits, le vote. Et il

finit sur cinq souhaits de bonheur paysan qui sonnent comme une malédiction : pourvu que vos

ventres s'arrondissent, on peut bien nous égorger.

Phrase finale pour l'élève

⭐ Retiens ceci : c'est le même sujet que La Boétie : des hommes qui vont chercher leurs

propres maîtres : mais La Boétie demande pourquoi, et Clément demande comment osez-vous.


02L'INTRODUCTION · sept étapes

① L'auteur. Jean-Baptiste Clément, ouvrier, chansonnier, élu de la Commune de Paris.

On lui doit Le Temps des cerises, chanson qu'on chante encore sans savoir qu'elle vient

de là.

② L'œuvre. Un article de presse paru dans Le Cri du peuple, le journal de Jules Vallès,

le 3 mai 1871 : quinze jours avant la Semaine sanglante.

③ La situation de l'extrait. La Commune est proclamée depuis six semaines. À Bagnolet,

commune paysanne aux portes de Paris, des habitants ont dénoncé aux Prussiens des voisins

communards.

④ La caractérisation du passage. ⭐ Un pamphlet : un texte court, violent, écrit pour

frapper et non pour convaincre. On y trouve l'apostrophe, l'invective et la question

oratoire.

⑤ La lecture. (à voix haute ; ne cherche pas à crier, la violence est dans les mots)

⑥ La problématique. ⭐ Comment Clément transforme-t-il une dénonciation en un procès pour

ingratitude ?

⑦ L'annonce des mouvements. Trois temps : le fait, et l'insulte qui le suit (jusqu'à

« les plus sinistrement lâches ? ») · l'interrogatoire, et le portrait qu'il dessine

(jusqu'à « plus royalistes que le roi ! ») · la leçon d'histoire, et la dette impayée

(jusqu'à la fin).


03LE COMMENTAIRE LINÉAIRE

MOUVEMENT 1 · Le fait, et l'insulte qui le suit

1.1 ★ « À Bagnolet, de braves citoyens ont voulu proclamer la Commune »

Procédé principal : le complément circonstanciel de lieu en tête. « À Bagnolet », détaché

par une virgule. Ce qu'il faut pouvoir pointer : le groupe prépositionnel, avant le sujet.

Ce que ça fait. Le texte s'ouvre comme une brève de journal : un lieu, des gens, un

fait. ⭐ Le lecteur de 1871 croit ouvrir un article. C'est ce qui rendra le retournement

efficace.

Procédé secondaire : la reprise avec ajout. « la Commune, la Commune révolutionnaire ».

Le même mot, redit avec un adjectif. Clément corrige sa propre phrase sous nos yeux :

il ne s'agit pas de n'importe quelle commune.

Liaison. Le fait est posé à plat. Il lui manque un coupable : et Clément va le désigner

par une question dont il connaît la réponse.

1.2 ★ « Qu'ont fait les croquants ? Ils sont allés chercher les Prussiens »

Procédé principal : la question oratoire. Une interrogation directe partielle, suivie

immédiatement de sa réponse. Ce qu'il faut pouvoir pointer : l'inversion du sujet :

« ont fait les croquants » : et le point d'interrogation.

Ce que ça fait. ⭐ La question n'attend rien : elle ménage un silence d'une demi-seconde

avant la révélation. C'est un procédé d'orateur, pas d'écrivain : et Clément est un homme de

tribune.

Procédé secondaire : le lexique dépréciatif. « les croquants », « des galvaudeux et des

va-nu-pieds ». ⚠️ Attention : les deux derniers mots ne sont pas de Clément. Ce sont les

mots que les paysans ont dits aux Prussiens. ⭐ Il leur fait porter leur propre insulte, et

c'est plus dur que s'il l'avait inventée.

Liaison. Le fait et son auteur sont là. Reste à changer de personne : et tout le texte

bascule sur ce changement.

1.3 ◆ « N'êtes-vous pas les paysans les plus en retard des environs de Paris ? »

Procédé principal : l'apostrophe. Le passage de « ils » à « vous ».

Ce qu'il faut pouvoir pointer : le pronom de deuxième personne du pluriel, absent des

lignes précédentes.

Ce que ça fait. ⭐ Les croquants ne sont plus racontés : ils sont pris à partie.

Le lecteur assiste désormais à une scène, et il est du côté de celui qui parle.

Procédé secondaire : l'interrogation oratoire. « N'est-ce pas honteux et misérable ? » ·

« N'êtes-vous pas… ? » · « N'êtes-vous pas… ? » Trois fois de suite, et toutes de forme

négative.

Une question en « n'est-ce pas » ne demande pas une réponse : elle exige un acquiescement.

Procédé secondaire : le superlatif. « les plus en retard », « les plus sinistrement

lâches ». Deux fois le superlatif relatif : il ne les dit pas lâches, il les dit les plus

lâches de tous.

TRANSITION. L'accusation est lancée et la personne a changé. Clément va maintenant

remplir le portrait : et il le fera en questions, jamais en affirmations.


MOUVEMENT 2 · L'interrogatoire, et le portrait qu'il dessine

2.1 ★ « Vous avez constamment le nez fourré dans les flancs d'une terre féconde et généreuse, et vous n'avez rien d'elle ! »

Procédé principal : l'antithèse. La terre est « féconde et généreuse » ; eux n'en ont

« rien ». Ce qu'il faut pouvoir pointer : les deux adjectifs mélioratifs face au pronom

« rien ».

Ce que ça fait. ⭐ La terre a les qualités que les hommes n'ont pas. Le reproche n'est

pas d'être pauvre : il est de vivre sur une richesse sans en prendre la générosité.

Procédé secondaire : la métaphore animale. « le nez fourré ». On ne fourre pas son nez :

un animal le fait. Le mot prépare « les bêtes de somme » du troisième mouvement, et la

préparation est délibérée.

Liaison. Le corps est décrit. Clément passe au commerce : et il le fait en frappant

trois fois au même endroit.

2.2 ★ « Est-ce parce que vous faites fortune […] Est-ce parce que vous emportez notre argent […] Est-ce parce que vous savez nous exploiter »

Procédé principal : l'anaphore. Trois questions ouvertes par le même groupe.

Ce qu'il faut pouvoir pointer : les trois occurrences de « Est-ce parce que », en tête de

phrase.

Ce que ça fait. ⭐ La répétition transforme l'interrogatoire en martèlement.

Chaque question apporte un grief nouveau : la fortune, l'argent emporté, l'exploitation :

et la forme identique fait entendre qu'il y en aurait vingt.

Procédé secondaire : l'énumération concrète. « votre oseille, vos radis, vos fraises et

vos pêches ». Quatre légumes et fruits, nommés. Clément descend au marché : il refuse

l'abstraction, parce que ses lecteurs ont acheté ces radis-là.

Procédé secondaire : la première personne du pluriel. « et que nous vous laissons

faire ! » ⭐ La troisième question se termine sur un reproche adressé aux siens. C'est le seul moment où

il s'accuse : et il le fait d'un point d'exclamation, pas d'un développement.

Liaison. Le portrait est fait. Il lui manque son mot : et Clément va le prendre à un

proverbe pour le retourner.

2.3 ★ « vous vous permettez d'être plus royalistes que le roi ! »

Procédé principal : le détournement de proverbe. L'expression courante est plus royaliste

que le roi. Ce qu'il faut pouvoir pointer : le comparatif de supériorité « plus… que »,

et le fait que la formule préexiste au texte.

Ce que ça fait. ⭐ Elle dit exactement la servitude volontaire : obéir plus qu'on ne le

demande. Personne n'a ordonné à Bagnolet d'aller chercher les Prussiens. Ils l'ont fait

d'eux-mêmes, et c'est là tout le sujet du parcours.

Procédé secondaire : l'apostrophe injurieuse. « Jacques Bonhomme mal endimanchés, vilains

à peine débarbouillés ». « Jacques Bonhomme » est le nom que le Moyen Âge donnait au paysan ;

« vilain » est le mot féodal du paysan non libre. ⭐ Clément ne les insulte pas au hasard :

il les renvoie au vocabulaire de leur ancienne servitude, six lignes avant de raconter cette

servitude.

TRANSITION. Il les a nommés du nom des serfs. Il ne lui reste plus qu'à leur rappeler

qui les a tirés de là : et ce sera le troisième mouvement, le seul où il cesse d'insulter.


MOUVEMENT 3 · La leçon d'histoire, et la dette impayée

3.1 ★ « Sans eux vous seriez encore les bêtes de somme qu'on fouettait au quatorzième siècle »

Procédé principal : le système hypothétique. « Sans eux » vaut pour s'ils n'avaient pas

été là, et le verbe est au conditionnel présent. Ce qu'il faut pouvoir pointer :

le groupe prépositionnel « sans eux » en tête, et la forme « vous seriez ».

Ce que ça fait. ⭐ L'irréel efface la Révolution et remet les paysans au quatorzième

siècle. Ce n'est pas une menace pour l'avenir : c'est un passé qu'on leur rend.

Procédé secondaire : l'accumulation dépréciative. « ces rien-qui-vaille, ces chercheurs de

pain, ces Jacques Bonhomme ». Trois groupes, tous ouverts par le démonstratif « ces ».

Le démonstratif tient les paysans à distance, comme s'ils étaient déjà des figures d'histoire.

Procédé secondaire : le complément circonstanciel de but. « jusqu'aux nippes qui séchaient

sur les baies pour payer le seigneur et nourrir ses maîtresses ». ⭐ Le linge qui sèche : voilà ce qu'on

prenait. Un détail concret vaut, dans un pamphlet, dix pages de droit féodal.

Liaison. Le passé est rendu. Clément va maintenant faire le compte de ce qui l'en a

sorti : et le compte se dit en phrases courtes.

3.2 ★ « D'esclaves, ils vous ont fait hommes. »

Procédé principal : le parallélisme de construction, répété. « Vous n'aviez pas de noms,

ils vous en ont donné. Vous étiez moins que des chiens, ils ont fait pour vous les Droits de

l'Homme. […] Ils vous ont fait électeurs. » Ce qu'il faut pouvoir pointer : le même

schéma : ce que vous n'aviez pas, puis ce qu'ils vous ont donné : repris de phrase en

phrase.

Ce que ça fait. ⭐ C'est une liste de dettes, et elle est présentée comme une comptabilité.

Chaque phrase solde une ligne. Le lecteur additionne malgré lui.

Procédé secondaire : l'antithèse en tête de phrase. « D'esclaves, ils vous ont fait

hommes. » Le mot « esclaves » ouvre, le mot « hommes » ferme. Six mots, et toute la

Révolution tient dedans.

Procédé secondaire : la polysyndète. « Ils sont morts pour vous enrichir, leurs enfants

à eux sont restés pauvres, et vous les haïssez, et vous les insultez ! » ⭐ Le « et » répété

accélère la fin de la phrase et fait tomber les deux verbes

d'ingratitude comme deux coups.

Liaison. La dette est chiffrée. Il ne reste qu'à dire ce que les débiteurs préfèrent :

et ce sera la chute.

3.3 ★ « Pourvu que vos vignes fleurissent, que vos blés poussent, que vos trognes s'enluminent, que vos ventres s'arrondissent, et que vos bourses s'emplissent, vous vous fichez qu'on égorge la liberté et que nous en mourrions ! »

Procédé principal : l'accumulation de subordonnées circonstancielles. Cinq propositions

introduites par « pourvu que », avant la principale. Ce qu'il faut pouvoir pointer :

la locution conjonctive « pourvu que » et les quatre « que » qui la reprennent, tous au

subjonctif.

Ce que ça fait. ⭐ La phrase fait attendre sa principale pendant cinq propositions.

Le lecteur traverse un paysage de bonheur rural : vignes, blés, visages rouges, ventres,

bourses : et tombe sur un égorgement. Le contraste n'est pas dit : il est construit par

la syntaxe.

Procédé secondaire : la gradation. « que vos trognes s'enluminent, que vos ventres

s'arrondissent, et que vos bourses s'emplissent » : la terre d'abord, puis le corps, puis

l'argent. L'ordre n'est pas indifférent : il finit sur

la bourse, et c'est le dernier mot du bonheur qu'il leur prête.

Procédé secondaire : la personnification. « qu'on égorge la liberté ». On n'égorge pas

une idée. ⭐ Le verbe fait de la liberté un corps : le seul corps qui saigne dans un texte

plein de ventres bien nourris.

⭐ Le texte se termine sur « nous en mourrions ». Le dernier mot est un « nous », et il

est au conditionnel : Clément écrit quinze jours avant la Semaine sanglante.


04LA CONCLUSION

Ce que le passage a fait. Clément est parti d'une brève de journal et l'a transformée en

procès. Il a désigné, tutoyé à la deuxième personne du pluriel, interrogé, insulté, puis

chiffré une dette : et il n'a jamais argumenté au sens scolaire du mot.

Réponse à la problématique. ⭐ La dénonciation devient procès en ingratitude par un moyen

simple : remplacer le débat politique par une comptabilité. On ne discute pas d'une dette :

on l'a contractée ou non.

Ouverture : et c'est ton parcours. La Boétie, trois siècles plus tôt, posait la même énigme :

des hommes qui vont chercher ce qui les asservit. ⭐ Mais l'un demandait « comment il se

peut que… » : une question sincère : et l'autre demande « n'est-ce pas honteux et

misérable ? », qui n'en est pas une. L'énigme est restée ; la patience a disparu.


05LE MÉMO DE L'ORAL · ce qu'on dit vraiment en dix minutes
tempsce que tu disce que tu cites
0–2 minles sept étapes de l'introduction:
2–4 minle fait et le passage au « vous »« Qu'ont fait les croquants ? » · « N'êtes-vous pas… »
4–6 minl'interrogatoireles trois « Est-ce parce que » · « plus royalistes que le roi »
6–8 minla dette« D'esclaves, ils vous ont fait hommes » · les cinq « que »
8–10 minla conclusion et l'ouverture sur La Boétie:

⚠️ Si tu manques de temps, sacrifie 3.1 et jamais 3.3. La phrase finale est le sommet du

texte, et l'examinateur l'attend.


06LE TABLEAU DE RÉVISION DES PROCÉDÉS
#le procédéoùce qu'il fait
1le circonstanciel de lieu en tête« À Bagnolet »fait croire à une brève
2⭐ la question oratoire« Qu'ont fait les croquants ? »ménage un silence avant la révélation
3⭐ l'apostrophele passage à « vous »fait de l'article une scène
4la question à forme négative« N'est-ce pas… ? » ×3exige un acquiescement
5le superlatif relatif« les plus sinistrement lâches »les met au dernier rang
6la métaphore animale« le nez fourré »prépare « les bêtes de somme »
7⭐ l'anaphoreles trois « Est-ce parce que »change l'interrogatoire en martèlement
8⭐ le détournement de proverbe« plus royalistes que le roi »nomme la servitude volontaire
9le système hypothétique« Sans eux vous seriez »rend le quatorzième siècle
10le parallélisme« Vous n'aviez pas de noms, ils vous en ont donné »présente la dette en comptabilité
11la polysyndète« et vous les haïssez, et vous les insultez »fait tomber les coups
12⭐ l'accumulation de circonstanciellesles cinq « que » de la finfait attendre l'égorgement
13la personnification« qu'on égorge la liberté »donne un corps à l'idée

Hiérarchie claire pour la révision

⭐ Les trois à savoir par cœur : l'anaphore des « Est-ce parce que » · « plus royalistes que

le roi » · les cinq subordonnées de la chute.

Les utiles : l'apostrophe, la question oratoire, le parallélisme de la dette.


07LE TABLEAU DE COUVERTURE
ce que l'examinateur peut demanderoù c'est traité
le genre du texteII ④ : le pamphlet, texte de presse polémique
le contexte historiquela Commune de Paris, 18 mars – 28 mai 1871 ; l'article est du 3 mai
qui sont les Prussiens icil'armée qui a assiégé Paris pendant l'hiver 1870-1871 et occupe encore les environs
le lien avec le parcoursIV : la servitude volontaire, de La Boétie à Clément
l'auteurII ① : chansonnier, élu de la Commune, auteur du Temps des cerises
une phrase à retenir« D'esclaves, ils vous ont fait hommes. »

08LE TABLEAU DES ERREURS · propre à ce passage

Section A · erreurs de fond

⛔ ce qu'on lit souvent✅ ce qu'il faut dire
« Clément défend les paysans »⛔ il les attaque : ce sont eux les accusés
« les croquants sont des révolutionnaires »le mot désigne au contraire des paysans arriérés et serviles
« il veut les convaincre »un pamphlet ne convainc pas : il fait honte, devant témoins
« des galvaudeux et des va-nu-pieds » sont ses mots⛔ non : ce sont les mots des paysans aux Prussiens
« la Commune est une révolte contre la République »elle est un pouvoir insurrectionnel parisien contre le gouvernement de Versailles

Section B · erreurs de méthode à l'oral

  • ⛔ citer par-dessus une coupure […] : ta feuille est trouée, dis-le si on te le demande ;
  • ⛔ lire le texte en criant : la violence est dans les mots, pas dans la voix ;
  • ⛔ traiter les questions une par une : elles font système, montre l'anaphore ;
  • ⛔ finir sans citer la dernière phrase.

Section C · formulations interdites ou à éviter

⛔✅
« l'auteur est très en colère »« le texte relève du pamphlet »
« il utilise beaucoup de questions »« il enchaîne des questions oratoires, dont trois anaphoriques »
« c'est un texte engagé »dis à quoi il engage, ou tais-le
« énumération » (pour les cinq « que »)« accumulation de subordonnées circonstancielles »

Section D · erreurs d'identification des procédés

  • « ironie » pour « de braves citoyens » : ⚠️ non : l'expression est sincère, elle désigne

les communards, pas les croquants ;

  • « hyperbole » pour « moins que des chiens » : ✅ recevable, mais la comparaison dépréciative

est plus précise ;

  • « métaphore » pour « qu'on égorge la liberté » : ⛔ c'est une personnification : une idée

reçoit un corps.


09LES TROIS QUESTIONS DE GRAMMAIRE

Question 1 · l'interrogation (leçon ⑤)

« Qu'ont fait les croquants ? »

① Directe ou indirecte ? ⭐ Directe. Les trois preuves : point d'interrogation ·

inversion du sujet : « ont fait les croquants » · aucune phrase ne l'avale.

② Totale ou partielle ? ⭐ Partielle. Le trou est l'action. Le mot interrogatif est

« Que », et la réponse vient à la ligne suivante : « Ils sont allés chercher les Prussiens ».

③ Ce que la forme apporte au sens. Clément connaît la réponse et la donne aussitôt.

⭐ La question ne sert donc pas à demander : elle sert à faire attendre. C'est le geste

d'un homme habitué à parler devant une salle.

Un second exemple, de forme opposée :

« N'êtes-vous pas les croquants les plus sinistrement lâches ? »

Interrogation directe et totale : on y répondrait par oui ou par non.

⭐ Mais elle est à forme négative, et une question négative appelle l'accord : il ne demande

pas leur avis, il leur fait signer.

Question 2 · la négation (leçon ⑥)

« vous n'avez rien d'elle »

① Totale, partielle ou restrictive ? ⭐ Totale. Elle nie toute la phrase.

② Les deux volets. Premier volet : « n' ». Second volet : « rien », pronom

indéfini négatif, ici complément d'objet direct. ⚠️ Ce n'est pas « pas » : quand « rien »

est là, « pas » disparaît : deux volets suffisent.

③ Ce que la forme apporte au sens. La phrase qui précède est pleine : « une terre féconde

et généreuse ». ⭐ Le « rien » vient vider d'un mot ce que deux adjectifs venaient de remplir.

La négation ne sert pas à informer : elle sert à faire le vide.

Un second exemple, plus difficile :

« Vous n'aviez pas de noms, ils vous en ont donné. »

Négation totale aussi : mais regarde ce que devient l'article : « de noms » et non

« des noms ». ⭐ C'est l'article indéfini qui se transforme sous la négation. Si on

supprime la négation, il revient : « vous aviez des noms ». C'est un test que tu peux faire

seul, et il impressionne.

Question 3 · les subordonnées circonstancielles (leçon ④)

« Pourvu que vos vignes fleurissent, que vos blés poussent, que vos trognes s'enluminent,

que vos ventres s'arrondissent, et que vos bourses s'emplissent, vous vous fichez… »

① Leur nature. ⭐ Cinq subordonnées circonstancielles de condition, introduites par la

locution conjonctive « pourvu que », reprise ensuite par le seul « que ».

② Leur place et leur mode. Elles sont avant la principale : « vous vous fichez ».

Le verbe est au subjonctif présent : « fleurissent », « poussent », « s'enluminent »,

« s'arrondissent », « s'emplissent ». ⚠️ « Pourvu que » commande toujours le subjonctif :

c'est une condition posée comme un souhait, non comme un fait.

③ Ce que la forme apporte au sens. Cinq conditions avant une seule principale :

⭐ la phrase retarde son verbe principal de vingt mots, et le lecteur reste suspendu dans un

paysage agréable. Quand la principale arrive, elle dit l'indifférence : et le complément qui

la suit dit l'égorgement. La syntaxe fait le travail que l'insulte ne faisait pas :

elle rend le contraste inévitable.

Le test que tu peux faire seul : remplace « pourvu que » par « à condition que ».

Si la phrase se dit encore, c'est bien une conditionnelle. Ici elle se dit.

Et une remarque qui vaut un point : l'ordre subordonnées puis principale n'est pas

neutre. ⭐ Mets la principale devant : « vous vous fichez qu'on égorge la liberté, pourvu

que vos vignes fleurissent » : et l'effet tombe. C'est la preuve que la place de la

subordonnée est un procédé, et pas seulement une règle.


⭐ Un dernier mot. Ce texte est le plus facile à comprendre de ton descriptif, et le

plus difficile à commenter : parce qu'il est si violent qu'on oublie de l'analyser.

Ne commente jamais la colère : commente ce qui la fabrique.

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Ce que fixe le programme national

1. Ce que le texte officiel dit

Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire / parcours : « Défendre » et « entretenir » la liberté.

Programme national d'œuvres pour l'enseignement de français pour l'année scolaire 2026-2027, Bulletin officiel n° 30 du 24 juillet 2025, note de service du 4 juillet 2025, NOR : MENE2518792N. Lire le texte officiel complet. Vérifié le 19 août 2026.

Objet d'étude : la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle. Voie générale et voie technologique : mêmes œuvre et parcours.

2. Ce qu'il ne dit pas

Le texte inscrit l'œuvre et son parcours au programme ; il ne fournit ni résumé, ni interprétation, ni plan de cours.

Et il n'impose aucune édition. Pour Chrétien de Troyes, la même note précise « édition bilingue » ; pour Graffigny, elle énumère les lettres à inclure. Pour La Boétie, rien : ni édition, ni traduction, ni découpe.

Le texte de 1548 et la façon de le donner à lire relèvent donc du choix du professeur, et ce choix demande à être déclaré.

3. Ce que la maison ajoute, et pourquoi

Une œuvre n'existe que si on la revisite, toujours et encore.

La page organise donc l'étude de l'œuvre. Ses explications, ses exemples et ses rapprochements relèvent du travail pédagogique, pas du Bulletin officiel.

Ce n'est pas une édition bilingue, et le programme n'en demandait pas. La page donne le français d'aujourd'hui ; le texte de 1577 reste accessible sous chaque paragraphe. Une colonne de seizième siècle en regard fait déchiffrer au lieu de faire comprendre : on a choisi de faire lire.

Des traductions existent, et elles sont bonnes. Mais chacune porte la langue du moment où elle a été faite : reprendre celle d'un autre, ce serait donner à lire un texte deux fois daté. Un classique qu'on ne retraduit plus est un classique qu'on a cessé d'ouvrir.

Et cette modernisation est déclarée : chaque intervention est relevée et motivée, vingt-sept passages restent dans leur forme ancienne parce que le texte s'y glose lui-même, et l'on peut donc la contester ligne à ligne.

Texte de base : l'imprimé de 1577, Vive description de la tyrannie, exemplaire de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, cote 8 R SUP 106 RES (P. 2), domaine public. Le manuscrit de Mesmes (BnF Français 839) a une autorité supérieure : notre choix est un choix d'accessibilité, et il n'est bon que parce qu'il est réversible. Réserve : la fin du §119 et tout le §120 reposent sur une restitution.

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