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L’essentiel · Première · Bac de français

LE FONDEMENT DE LA TYRANNIE

Discours de la servitude volontaire, Étienne de La Boétie (vers 1548)

Parcours : « « défendre » et « entretenir » la liberté »

L’essentiel

L’explication linéaire, puis le dossier de l’épreuve

D’abord l’explication à voix haute : on lit, on comprend, on peut s’arrêter là. Ensuite, si tu veux la copie et l’oral, le dossier. Le sommaire les tient tous, à droite.

L’analyse qui s’affiche toute seule La réglure et la lumière qui descend Un parchemin réglé ; une barre d'or éclaire une ligne, et une étiquette sort dans la marge droite. Une flèche descend le long de la marge gauche. Ici tu ne lis pas : tu regardes lire. La lumière descend d’une ligne à l’autre et laisse un nom dans la marge. Cliquer pour voir le site s’animer
Sous le sommet visible, cinq complices portent tout l’édifice.

1 · Le texte

Ce texte est celui de ton descriptif. Toutes les citations de cette page en sont tirées mot pour mot : tu peux les vérifier ligne à ligne, et tu devrais le faire une fois.

Établissement du texte. Témoin : le descriptif de ton année. Cote : aucune, puisqu'il s'agit d'un descriptif d'examen et non d'un manuscrit. Bornes : du milieu du §92 à la première phrase du §97. Version modernisée dont le descriptif n'indique ni l'édition ni le traducteur ; aucune attribution n'est inventée ici.

Ton extrait commence au milieu du paragraphe 92 (la phrase qui précède récapitule ce qui vient avant) et s'arrête à la première phrase du paragraphe 97. C'est le découpage de ton descriptif.

§92Mais j'arrive maintenant à un point qui est, selon moi, le ressort et le secret de la domination, le soutien et le fondement de la tyrannie.
§93Celui qui pense que les hallebardes, les gardes et les rondes de soldats assurant le guet protègent les tyrans se trompe fort. Ils s’en servent, je crois, pour la forme et comme épouvantail, plutôt qu’ils ne s’y fient. Les archers barrent bien l’entrée du palais aux malhabiles, à ceux qui n’ont aucun moyen de nuire, mais non aux gens bien armés qui peuvent entreprendre quelque attaque. Certes, il est aisé de compter que, parmi les empereurs romains, il n’y en a pas eu autant qui échappèrent au danger grâce au secours de leurs gardes qu’il y en eut de tués par leurs archers mêmes.
§94Ce ne sont pas les bandes de cavaliers, ce ne sont pas les compagnies de fantassins, ce ne sont pas les armes qui défendent un tyran. On ne le croira pas au premier abord, quoique ce soit exactement vrai : ce sont toujours quatre ou cinq hommes qui le maintiennent au pouvoir, quatre ou cinq qui tiennent tout le pays en servitude.
§95Ce ne sont toujours que cinq ou six qui ont eu l’oreille du tyran et s’en sont approchés d’eux-mêmes, ou bien ont été appelés par lui pour être les complices de ses cruautés, les compagnons de ses plaisirs, les sales entremetteurs de ses voluptés et les cobénéficiaires de ses pillages. Ces six dressent si bien leur chef qu’il faut, pour renforcer leur association, qu’il soit méchant, non seulement de ses propres méchancetés, mais encore des leurs. Ces six-là en ont six cents qui prospèrent sous leurs ordres, et font de leurs six cents ce que les six font du tyran. Ces six cents en tiennent sous leur dépendance six mille qu’ils ont élevés et promus, auxquels ils font donner ou le gouvernement des provinces, ou la gestion des finances publiques, afin qu’ils partagent leur cupidité et leur cruauté, qu’ils exécutent leurs ordres le moment venu, et fassent d’ailleurs tant de mal qu’ils ne puissent se maintenir en place que dans l’ombre de ceux qui les commandent, et ne se soustraire aux lois et à leurs punitions que grâce à eux.
§96Grande est la série de ceux qui viennent après ceux-là, et qui voudra s’amuser à dévider ce fil verra que, non pas les six mille, mais les cent mille, mais les millions, par cette corde, se tiennent au tyran, et s’aident de celle-ci, comme Homère le fait dire à Jupiter, qui se vante, s’il tire la chaîne, d’amener à lui tous les dieux. De là venaient l’augmentation du nombre de sénateurs sous Jules César, l’établissement de nouveaux postes, la création de charges, non, certes, et à bien y réfléchir, pour réformer et améliorer la justice, mais bien pour assurer de nouveaux soutiens à la tyrannie.
§97En somme, on en arrive à ce point, par les faveurs et sous-faveurs, les gains et regains obtenus avec les tyrans, qu’il se trouve enfin presque autant de gens à qui la tyrannie semble être profitable, que de gens à qui la liberté serait agréable.

Unité d'ancrage : le paragraphe. La numérotation des paragraphes est celle de la maison ; elle n'existe pas dans l'original, qui n'a presque pas d'alinéas.

Le réseau paraît compliqué ; il se lit étage après étage.

2 · Ces phrases t'intimident ?

Regarde la page un instant, sans t'affoler. Ce ne sont pas des images qui t'arrêtent, ce sont des nombres : cinq ou six, six cents, six mille, cent mille, des millions. Ils se suivent, ils se multiplient, et ils ne se laissent pas retenir séparément.

Mets-toi bien ceci en tête : la difficulté vient du texte, pas de toi. Il a près de cinq cents ans. Il a été écrit par un homme jeune, dans une langue où l'on n'avait pas peur des phrases longues, et il n'a pas été destiné à la publication. Personne ne le franchit du premier coup.

La difficulté est même voulue. La démonstration commence par dire ce que le secret de la tyrannie n'est pas, et elle te fait attendre. Ne cherche pas à retenir chaque chiffre : imagine une pyramide, où chaque étage tient l'étage du dessous.

⭐ Voilà l'idée simple où nous arriverons, et tu peux la retenir dès maintenant : le tyran ne règne pas seul. Une chaîne d'intérêts le porte, et chacun de ceux qui la composent gagne quelque chose à la tenir.

Le tyran n’est jamais seul : une chaîne d’intérêts descend jusqu’à la foule.

3 · Avant tout : que raconte la scène ?

Qui est là ? Un penseur qui dit « je » et qui annonce qu'il touche au « secret » de la domination. En face de lui, un tyran sans nom, des gardes, puis des groupes d'hommes de plus en plus nombreux.

Que se passe-t-il ? Il réfute d'abord l'idée que les armes et les gardes protègent le tyran. Il révèle ensuite une hiérarchie de complices, payés en faveurs, qui descend jusqu'à une foule immense.

Qu'est-ce que La Boétie veut te faire comprendre ? Que la tyrannie est profitable à ceux qui la servent, et que c'est ce profit, non la force, qui la maintient debout. ⭐ Le fondement de la tyrannie n'est pas militaire. Il est social.

Du sommet à la base, chaque faveur achète une obéissance.

4 · D'où l'on part, où l'on arrive

D'où l'on part. L'enquête du Discours a déjà écarté la contrainte et déjà nommé l'habitude. La Boétie annonce ici qu'il atteint « le ressort et le secret de la domination » : la phrase qui précède ton extrait récapitulait ce qui vient avant, et c'est pour cela que ton passage commence au milieu du paragraphe.

Où l'on arrive. Il démonte le faux rempart des armes, construit la pyramide des complices, puis étend la chaîne jusqu'aux millions. À la dernière phrase, presque autant de gens tiennent la tyrannie pour profitable que de gens trouveraient la liberté agréable.

Six repères donnent une entrée sûre dans la mécanique de la tyrannie.

5 · Ton entrée en matière, six phrases et rien d'autre

Faire une introduction, c'est faire les présentations. Six phrases bien rangées suffisent.

Je te les écris ; tu les rediras à ta manière.

Un, l'auteur.

Ce que tu dis : « Étienne de La Boétie est un humaniste du XVIᵉ siècle qui analyse la puissance paradoxale d'un homme soutenu par ceux qu'il domine. »

Deux, l'œuvre.

Ce que tu dis : « Le Discours de la servitude volontaire cherche à comprendre pourquoi des peuples participent à leur propre asservissement. »

Trois, l'endroit.

Ce que tu dis : « Dans cet extrait, l'enquête atteint le "fondement" concret de la tyrannie : ce sont les paragraphes 92 à 97. »

Quatre, ce que c'est.

Ce que tu dis : « Il s'agit d'une argumentation qui réfute une fausse évidence avant de dévoiler un réseau pyramidal d'intérêts. »

Cinq, ta problématique.

Ce que tu dis : « On peut se demander comment La Boétie remplace l'image d'un tyran protégé par les armes par celle d'une société enchaînée par les faveurs. »

Six, le chemin.

Ce que tu dis : « Il démonte d'abord le faux rempart militaire, de "Mais j'arrive" à "quelque attaque". Il révèle ensuite la pyramide des complices, de "Certes" à "grâce à eux". Il montre enfin l'extension du réseau jusqu'aux millions, de "Grande est la série" à "la liberté serait agréable". »

Les premiers favoris transforment la proximité du maître en pouvoir.

6 · Premier anneau de la chaîne : les armes ne sont qu'un épouvantail (de « Mais j'arrive » à « quelque attaque »)

Regarde d'abord comment le secret est annoncé. Quatre noms, deux par deux : « le ressort et le secret », « le soutien et le fondement ». Le premier couple vient de la mécanique, le second de la construction. La Boétie te promet donc à la fois un mécanisme caché et une base qui porte l'édifice.

Puis remarque qu'il commence par dire ce que ce secret n'est pas. Les hallebardes, les gardes et les rondes de soldats sont énumérées pour être écartées : « se trompe fort » tombe à la fin de la phrase et invalide toute l'image.

⭐ Enfin, retiens le mot « épouvantail ». Un épouvantail effraie les oiseaux et ne tue personne. Les archers arrêtent « les malhabiles », c'est-à-dire ceux qui ne pouvaient rien faire, et non « les gens bien armés ». Le tyran lui-même ne s'y fie pas.

Ce que tu dis. La force armée impressionne les faibles, mais ne garantit pas la sécurité du tyran ; elle masque le véritable mécanisme du pouvoir.

Chaque cercle nourrit le suivant et agrandit la servitude.

7 · Deuxième anneau de la chaîne : la pyramide des complices (de « Certes » à « grâce à eux »)

Compte les trois « Ce ne sont pas ». Cavaliers, fantassins, armes : la même formule revient trois fois, et la réponse est retardée jusqu'au deux-points. Ce retard fabrique l'attente.

Puis mesure la chute. ⭐ « quatre ou cinq hommes ». Après trois corps d'armée, voilà le nombre réel. Et ces quatre ou cinq « tiennent tout le pays en servitude » : le plus petit nombre possible en face du mot le plus vaste.

Ensuite, suis les multiplications. Six, puis six cents, puis six mille. Chaque nombre devient le sujet de la phrase suivante. Ce ne sont pas des chiffres à retenir : c'est un mouvement à voir.

⛔ Ne saute pas la fin du paragraphe. Les six mille reçoivent « le gouvernement des provinces » ou « la gestion des finances publiques », et ils font « tant de mal » qu'ils ne peuvent plus se protéger qu'à l'ombre de ceux qui les commandent. La faveur devient une laisse.

Ce que tu dis. La tyrannie est une organisation collective : une petite cour corrompt le chef et distribue des fonctions qui attachent toujours plus d'hommes au système.

La pyramide tient moins par la force que par les bénéfices distribués.

8 · Troisième anneau de la chaîne : le fil dévidé jusqu'aux millions (de « Grande est la série » à « la liberté serait agréable »)

Suis l'image, elle change trois fois. D'abord un « fil » que l'on dévide, puis une « corde » à laquelle les millions « se tiennent », enfin une « chaîne » que Jupiter tire pour amener à lui tous les dieux. Du plus fin au plus lourd : c'est la même image qui se resserre.

Regarde ensuite les charges romaines. Sénateurs plus nombreux, « nouveaux postes », « création de charges » : trois noms d'action à l'air administratif. Puis la correction : « non, certes […] pour réformer et améliorer la justice, mais bien pour assurer de nouveaux soutiens à la tyrannie ».

⭐ Enfin, pèse la dernière phrase. « presque autant de gens à qui la tyrannie semble être profitable, que de gens à qui la liberté serait agréable ». Une société coupée en deux moitiés presque égales, et la liberté rangée du côté du conditionnel.

Ce que tu dis. Le pouvoir se maintient parce que les faveurs transforment les dominés en bénéficiaires et en relais de la domination.

Retirer son appui suffit à révéler la fragilité du colosse.

9 · La chaîne rompue : la réponse

Ta problématique demandait comment l'image d'un tyran protégé par les armes cède la place à celle d'une société enchaînée par les faveurs. Voici la réponse, en une phrase : La Boétie remplace un rempart par un réseau.

Le fondement de la tyrannie n'est pas la force concentrée entre les mains d'un seul, mais la diffusion des intérêts dans un réseau qui associe une multitude à ses profits et à ses crimes.

⭐ Tant qu'on cherche le tyran derrière ses gardes, on ne trouve rien. Le pouvoir est réparti chez ceux qui en vivent.

Défendre la liberté, c’est aussi voir ceux qui profitent de sa perte.

10 · La chaîne se prolonge : œuvre et parcours

Dans l'œuvre. Le texte 1 de ton descriptif, « L'introduction », établissait que les hommes donnent au tyran une puissance qu'il n'a pas ; il ne disait pas encore pourquoi. Le texte 2, « La force de l'habitude », donne la première cause : on naît dans la servitude et on la prend pour la nature. Ton passage donne la seconde, et c'est la plus dure à entendre : une partie du peuple y gagne.

Dans ton parcours. Le parcours s'intitule « Défendre et entretenir la liberté ». Ce passage en montre le prix réel : rompre l'obéissance ne suffit pas, il faut rompre les profits qui la rendent avantageuse. Le texte 4, l'article de Jean-Baptiste Clément sur les Croquants de Bagnolet, montre trois siècles plus tard des paysans qui vont chercher les Prussiens contre leurs propres voisins.

Le rapprochement qui fait mouche à l'oral. Le texte 1 comptait « tant d'hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations » du côté des victimes. Ton passage compte « six cents », « six mille », « les millions » du côté des complices. Le même nombre a changé de camp.

La chaîne est désormais visible, du maître jusqu’au dernier relais.

11 · Retourne-toi et mesure le chemin

Tu es parti d'une page pleine de chiffres, et tu sais maintenant ce qu'ils font.

Tu sais que le secret est annoncé par deux couples de noms, la mécanique et la construction. Tu sais que les trois « Ce ne sont pas » écartent l'armée avant que la vraie réponse tombe. Tu sais que « quatre ou cinq hommes » suffisent à tenir « tout le pays ». Tu sais que six, six cents et six mille ne sont pas à retenir séparément, mais comme un seul mouvement. Tu sais que le fil devient corde, puis chaîne. Tu sais que la dernière phrase met deux populations en balance et laisse la liberté au conditionnel.

Tu sais aussi tenir trois faits de langue. L'emboîtement des subordonnées, la relative dans une construction clivée, et la subordonnée de but au subjonctif. Ce sont trois leçons distinctes, et elles suffisent à répondre au dragon.

⭐ Et tu sais dire pourquoi ce texte compte : parce qu'il déplace la question. Il ne demande plus qui commande, mais qui a intérêt à ce que rien ne change. Si tu montres l'épouvantail, la pyramide et la chaîne, tu as le passage.

La grammaire montre les attaches logiques de l’argument.

12 · Trois phrases avant la rive : la grammaire

Ici commence l'antre du dragon. Le dragon, c'est l'examinateur, et sa question de grammaire vaut deux points sur vingt. Elle tombe à la fin de l'entretien, quand tu es fatigué. On va la préparer maintenant, pendant que tu es frais.

Et pour la traverser, tu as quelqu'un. Elle s'appelle Grame Maire. Dis-le à voix haute : c'est la grand-mère de la grammaire, et elle ne te lâchera plus.

Le réflexe en cinq pas · le même pour n'importe quelle phrase

Un. Recopie la phrase soulignée, en entier, sans en couper un mot.

Deux. Compte les verbes conjugués : tu auras le nombre de propositions.

Trois. Cherche le mot qui relie, et nomme-le avec le mot du bac.

Quatre. Montre : pointe le mot qui prouve ce que tu dis.

Cinq. Dis ce que ça apporte au sens. C'est le pas que tout le monde oublie, et c'est celui qui rapporte.

Phrase 1 : l'emboîtement des subordonnées (leçon ②)

« Celui qui pense que les hallebardes, les gardes et les rondes de soldats […] protègent les tyrans se trompe fort. »

Où est le verbe principal ? ⭐ « se trompe ». Son sujet est tout le groupe « Celui qui pense […] », et c'est là que les élèves se perdent.

Et les deux « que » ? « qui pense » complète le pronom « celui » : c'est une relative. À l'intérieur d'elle, « que les hallebardes […] protègent les tyrans » complète le verbe « pense » : c'est une complétive. Une relative contient donc une complétive.

Ce que tu dis. La phrase complexe emboîte une proposition subordonnée conjonctive complétive à l'intérieur d'une proposition subordonnée relative.

Phrase 2 : la relative dans la construction clivée (leçon ③)

« Ce ne sont pas les bandes de cavaliers […] ce sont toujours quatre ou cinq hommes qui le maintiennent au pouvoir. »

À quoi se rapporte « qui » ? ⭐ À « quatre ou cinq hommes », son antécédent, mis en relief par le présentatif « ce sont ».

Quelle est sa fonction ? Le pronom relatif « qui » est sujet du verbe « maintiennent ». Le test que tu peux faire seul : défais la mise en relief. « Quatre ou cinq hommes le maintiennent au pouvoir » se dit encore, et le sens ne bouge pas : la construction sert à souligner, pas à ajouter.

Ce que tu dis. La proposition subordonnée relative porte l'information sur le groupe détaché par le présentatif, et le pronom « qui » y est sujet.

Phrase 3 : la subordonnée de but et le subjonctif (leçon ④)

« afin qu’ils partagent leur cupidité […], qu’ils exécutent leurs ordres […], et fassent […] tant de mal qu’ils ne puissent […] »

Quel est le mot qui introduit ? ⭐ « afin que », et il introduit le but.

Pourquoi trois verbes ? « partagent », « exécutent » et « fassent » sont coordonnés dans la même subordonnée, tous au subjonctif, parce que « afin que » l'impose. ⚠️ Attention à « qu'ils ne puissent » : ce n'est plus le but, c'est la conséquence, introduite par « tant de mal que ».

Ce que tu dis. La subordonnée circonstancielle de but coordonne trois verbes au subjonctif, et elle contient elle-même une consécutive.

L’élève quitte la pyramide avec une carte nette de ses soutiens.

13 · Terre ferme : tu peux t'arrêter là

Belle traversée. Tu es entré dans une page pleine de nombres, tu en ressors avec une thèse, trois mouvements et trois faits de langue que tu sais montrer.

Range tout, souffle : tu peux être fier du chemin.

À la prochaine étape. J'ai aimé faire ce passage avec toi.

Fin de l’explication

Tu peux t’arrêter là. Ou continuer.

Ce que tu viens de lire, c’est le texte expliqué comme on l’explique à voix haute, à côté de toi. Si c’était ton but, c’est fini : tu as compris le texte.

L’étape suivante change de nature. Voici le dossier : la même explication, mais rédigée comme on l’attend le jour de l’épreuve. Introduction au propre, analyse des procédés, tableaux de révision, questions de grammaire. C’est froid, c’est dense, et c’est fait pour ça. On y va quand on révise, pas quand on découvre.

L’adresse commune

Les sept leçons de grammaire

  1. Le verbe : valeurs temporelles, aspectuelles et modales.
  2. La phrase complexe : juxtaposition, coordination, subordination.
  3. La subordonnée relative : antécédent, syntaxe et fonction.
  4. La circonstancielle : cause, conséquence, but, condition, concession.
  5. L’interrogation : directe, indirecte, syntaxe et pragmatique.
  6. La négation : totale, partielle, exceptive et textuelle.
  7. Le lexique : néologie, synonymie, antonymie et hypéronymie.
  8. En plus, et tout le monde en a besoin L’accord du participe passé
Le dossier Le même commentaire linéaire, sous l’angle institutionnel et administratif. Ouvrir le commentaire institutionnel et administratif
01L'EXPLICATION TRÈS SIMPLE

Idée générale du texte

La Boétie annonce qu'il arrive au secret de la tyrannie. Ce secret n'est pas une armée : c'est une

poignée d'hommes. Quatre ou cinq tiennent le tyran, six cents tiennent sous eux, six mille sous

eux encore : et de proche en proche, des millions se tiennent à la même corde.

Situation simple

On croit que le tyran est protégé par ses gardes. La Boétie dit que non : les gardes servent

surtout à faire peur, et les empereurs romains ont été plus souvent tués par leurs propres soldats

que sauvés par eux. La vraie force du tyran est ailleurs : dans le petit nombre de ceux qui

profitent de lui, et dans la foule immense de ceux qui profitent de ces profiteurs.

Mouvement I : raconter ce qui se passe

Dans le premier mouvement, l'auteur écarte la fausse réponse. Ni les hallebardes, ni les gardes, ni

les rondes de nuit ne protègent le tyran. Elles servent d'épouvantail. L'idée importante est que la

peur qu'inspirent les armes n'est pas la même chose que la sécurité qu'elles donnent.

Mouvement II : raconter le changement

Dans ce mouvement, le texte donne le vrai chiffre, et il est petit : quatre ou cinq. Puis il montre

comment ce petit nombre se multiplie : six, six cents, six mille. Le lecteur comprend que chaque

étage tient le suivant pour la même raison : l'intérêt. L'idée importante est que la tyrannie n'est

pas une pyramide de force, mais une pyramide de profits.

Mouvement III : raconter la réponse, le basculement ou la leçon

Dans ce mouvement, l'auteur donne l'image de la chaîne : comme Jupiter, chez Homère, qui tire la

chaîne et amène à lui tous les dieux. La leçon du passage est que la tyrannie tient parce qu'il y a

autant de gens à qui elle profite que de gens à qui la liberté plairait.

Phrase finale pour l'élève

Dans ce passage, La Boétie cherche le fondement de la tyrannie et le trouve dans un petit nombre

d'hommes intéressés. Il oppose la force apparente des armes à la force réelle des complicités. Le

texte fait comprendre que le tyran ne tient pas par ceux qui le craignent, mais par ceux qui

gagnent quelque chose à le servir.


02L'INTRODUCTION · sept étapes

① L'auteur. Étienne de La Boétie, magistrat bordelais mort à trente-deux ans, écrit très jeune

un discours que son ami Montaigne renoncera à publier dans les Essais.

② La situation. Le seizième siècle des guerres civiles rend la question du pouvoir légitime

brûlante ; l'humanisme fournit à l'auteur ses exemples romains et sa manière de démontrer.

③ L'œuvre. Le Discours de la servitude volontaire cherche la cause de la tyrannie non chez le

tyran mais chez ceux qui la rendent possible ; le passage étudié en donne la formulation la plus

serrée.

④ La situation de l'extrait. Après avoir montré comment les peuples s'habituent à servir,

l'auteur annonce qu'il arrive au « secret » : ce qui, concrètement, fait tenir un tyran.

⑤ La caractérisation du passage. C'est une démonstration politique en prose, sans exemple

antique développé ni récit, qui procède par réfutation puis par progression chiffrée ;

l'énonciation y est assumée à la première personne, et l'ironie y est froide.

⑥ La problématique. De quelle manière La Boétie déplace-t-il le fondement de la tyrannie des

armes vers les intérêts ?

⑦ L'annonce des mouvements. Le passage écarte d'abord la réponse attendue, celle des gardes et

des armes : par quels moyens l'auteur retire-t-il au tyran sa protection apparente ? Le deuxième

mouvement livre le chiffre et construit la pyramide : pour quelle raison quatre ou cinq hommes

suffisent-ils là où des armées échouent ? Le dernier mouvement noue la chaîne et pèse les intérêts :

en quoi la tyrannie devient-elle, à la fin, une affaire de comptes plutôt que de force ?


03LE COMMENTAIRE LINÉAIRE

MOUVEMENT 1 · Ce qui ne garde pas le tyran · §92 et §93

1.1 ★ L'annonce du secret

Orientation. Le passage s'ouvre sur une annonce solennelle : l'auteur prévient qu'il arrive au

point décisif.

Citation.

· « un point qui est, selon moi, le ressort et le secret de la domination, le soutien et le fondement de la tyrannie »

Procédé principal. Double métaphore, mécanique puis architecturale (« ressort » · « fondement »).

Analyse. Deux couples se répondent. Le premier appartient à la machine : le « ressort » est la

pièce cachée qui met en mouvement, et le « secret » qui l'accompagne redouble l'idée de ce qu'on ne

voit pas. Le second appartient au bâtiment : le « soutien » et le « fondement » sont ce qui porte,

et ce qui, retiré, fait tomber. La tyrannie est donc décrite deux fois : comme un mécanisme et

comme une construction. La formule «selon moi» inscrit l'auteur

dans sa démonstration au moment même où il annonce en avoir trouvé la clef.

Effet. Le lecteur se prépare à une révélation, et il l'attend comme on attend une preuve.

Interprétation. En promettant un « secret », l'auteur transforme la tyrannie en énigme

mécanique : quelque chose la fait tenir, et cette chose peut être nommée, donc retirée.

Liaison. Si le secret est ailleurs, où faut-il cesser de le chercher ?

1.2 ◆ Les gardes ne gardent pas : ils font peur

Orientation. La première réponse, la plus naturelle, est écartée d'un mot.

Citation.

· « pour la forme et comme épouvantail, plutôt qu'ils ne s'y fient »

Procédé principal. Comparatif corrigeant («plutôt que»).

Analyse. Le comparatif ne nie pas l'existence des gardes : il déplace leur fonction. Ils

servent, mais à autre chose que ce qu'on croit. Le mot « épouvantail » fait le travail : il désigne

un objet qui ne défend rien et n'agit que sur l'imagination des oiseaux. Le tyran, ainsi, ne se

protège pas : il se met en scène. Le texte de l'élève va plus loin en explicitant la défiance du

tyran lui-même : il ne s'y fie pas.

Effet. Le lecteur voit se vider un dispositif qu'il croyait plein.

Interprétation. Le pouvoir des armes est un pouvoir d'apparence. C'est le premier retrait d'une

série : à chaque étape, La Boétie ôte au tyran ce qu'on lui prête.

Liaison. Les armes sont-elles seulement inutiles, ou peuvent-elles se retourner ?

1.3 ★ Les gardes tuent plus qu'ils ne sauvent

Orientation. La démonstration passe de l'inutilité au danger, et elle s'appuie sur un compte.

Citation.

· « il n'y en a pas eu autant qui échappèrent au danger grâce au secours de leurs gardes qu'il y en eut de tués par leurs archers mêmes »

Procédé principal. Comparaison chiffrée à valeur de preuve (« il n'y en a pas eu tant… que »).

Procédé secondaire. Reprise lexicale du même terme, les archers protecteurs devenus meurtriers.

Analyse. La construction met dans les deux plateaux d'une balance les empereurs sauvés et les

empereurs tués, et déclare le second plus lourd. Le procédé n'est pas rhétorique mais historique :

« il est aisé de compter » invite à vérifier. Le retournement porte sur un seul mot : les

« archers » : qui occupe successivement les deux fonctions. La garde rapprochée devient le premier

risque.

Effet. Le lecteur éprouve l'ironie d'une protection qui tue ceux qu'elle entoure.

Interprétation. La force armée n'est pas seulement inefficace : elle est ambiguë, parce qu'elle

est composée d'hommes. Le raisonnement prépare le vrai sujet, qui sera celui des hommes intéressés.

TRANSITION 1

Le premier mouvement a donc retiré au tyran ses armes : elles font peur, et parfois elles tuent

leur maître. Mais si ce n'est pas la force qui le tient debout, il faut nommer ce qui le tient.

C'est le chiffre que donne le deuxième mouvement, et il est étonnamment petit.

MOUVEMENT 2 · Quatre ou cinq, puis la pyramide · §94 et §95

2.1 ★ Trois négations, puis la chute

Orientation. L'auteur écarte une dernière fois les armées avant de livrer son chiffre.

Citation.

· « Ce ne sont pas les bandes de cavaliers, ce ne sont pas les compagnies de fantassins, ce ne sont pas les armes qui défendent un tyran »

Procédé principal. Anaphore de la négation (« Ce ne sont pas… », trois fois).

Analyse. La même formule revient trois fois, et chaque reprise écarte un corps de troupe : la

cavalerie, l'infanterie, puis les armes elles-mêmes, c'est-à-dire tout le reste. La progression va

du particulier au général, si bien que la troisième négation ferme définitivement la porte. Le

rythme ternaire crée une attente : après trois refus, une réponse doit venir.

Effet. Le lecteur, privé de toutes les réponses possibles, est prêt à recevoir celle de l'auteur.

Interprétation. La rhétorique fait ici le travail de la pensée : en vidant méthodiquement le

champ, elle rend inévitable une explication qui, énoncée d'emblée, aurait paru invraisemblable.

Liaison. Que reste-t-il, quand on a tout écarté ?

2.2 ★ Le chiffre, et il est petit

Orientation. La réponse arrive, précédée d'un aveu : elle ne sera pas crue.

Citation.

· « ce sont toujours quatre ou cinq hommes qui le maintiennent au pouvoir »

Procédé principal. Chute numérique après amplification.

Procédé secondaire. Prolepse : l'objection du lecteur est prévenue («On ne le croira pas au premier abord»).

Analyse. Après trois négations qui évoquaient des armées entières, le chiffre annoncé tient sur

une main. La disproportion est le raisonnement même : entre les milliers écartés et les quatre ou

cinq retenus, c'est l'idée de force qui s'effondre. En prévenant l'incrédulité, l'auteur se donne

l'autorité de celui qui sait ce qu'il avance ; et l'adverbe « toujours » élève le cas particulier au

rang de loi.

Effet. Le lecteur est saisi par l'écart entre l'immensité de la domination et la petitesse de

son appui.

Interprétation. Le fondement de la tyrannie n'est pas de nature militaire mais sociale : une

poignée d'hommes bien placés vaut mieux qu'une armée.

Liaison. Comment quatre ou cinq hommes peuvent-ils tenir un pays entier ?

2.3 ★ Six, six cents, six mille

Orientation. La réponse à cette objection est une multiplication.

Citation.

· « Ces six-là en ont six cents qui prospèrent sous leurs ordres »

Procédé principal. Gradation numérique géométrique (six · six cents · six mille).

Analyse. Le même nombre revient, multiplié par cent à chaque étage, et le même rapport se

reproduit : ce que les six sont pour le tyran, les six cents le sont pour les six. La structure

n'est pas seulement quantitative : elle est logique, puisqu'elle explique par récurrence. Le verbe

choisi dit la nature du lien : on « profite », on « prospère » sous quelqu'un. Le lien n'est ni la

peur ni la loyauté, c'est l'avantage.

Effet. Le lecteur voit se construire, étage par étage, un édifice qu'il reconnaît.

Interprétation. La tyrannie n'est pas imposée d'en haut : elle est portée d'en bas par ceux qui

en tirent quelque chose. Chaque profiteur devient, à son échelle, un petit tyran.

TRANSITION 2

Le deuxième mouvement a donc remplacé l'armée par une pyramide d'intérêts, dont chaque étage

reproduit le précédent. Reste à mesurer jusqu'où cette pyramide s'étend, et ce qu'elle pèse dans

le pays entier : c'est l'objet du dernier mouvement.

MOUVEMENT 3 · La chaîne et la balance des intérêts · §96 et §97

3.1 ◆ Le fil qu'on dévide

Orientation. L'auteur invite le lecteur à poursuivre lui-même le calcul.

Citation.

· « qui voudra s'amuser à dévider ce fil verra que, non pas les six mille, mais les cent mille, mais les millions, par cette corde, se tiennent au tyran »

Procédé principal. Métaphore textile (« dévider ce fil », « cette corde »).

Analyse. Le fil qu'on dévide est une image de patience : il ne s'agit pas de trancher mais de

suivre. La métaphore change ensuite de registre : le fil devient « corde », c'est-à-dire un lien

qui retient. Ce glissement porte l'argument : ce qu'on croyait suivre du regard, on s'aperçoit qu'on

y est attaché. Le verbe pronominal « se tiennent » achève le retournement : ce ne sont pas les

hommes qui sont tenus, ce sont eux qui se tiennent.

Effet. Le lecteur, invité à compter, se découvre compté.

Interprétation. La domination ne descend pas : elle se noue. Chacun s'accroche à celui qui est

au-dessus, et cette prise volontaire est le vrai lien de la tyrannie.

Liaison. Existe-t-il une image capable de dire cette chaîne d'un seul coup ?

3.2 ★ La chaîne de Jupiter

Orientation. L'exemple homérique donne à la démonstration sa figure.

Citation.

· « comme Homère le fait dire à Jupiter, qui se vante, s'il tire la chaîne, d'amener à lui tous les dieux »

Procédé principal. Comparaison homérique (argument d'autorité mis en image).

Analyse. Dans l'Iliade, Jupiter défie les dieux de le faire descendre en tirant une chaîne d'or :

il les tirerait tous à lui. La Boétie retourne l'image sans la commenter : ici, ce n'est pas le

maître qui tire, c'est la foule qui se tient. La comparaison sert donc moins à grandir le tyran

qu'à montrer la solidité du lien : une chaîne tient parce que chaque anneau tient le suivant.

Effet. Le lecteur reçoit une image ancienne et familière, qui rend visible un mécanisme abstrait.

Interprétation. L'autorité d'Homère ne sert pas d'ornement : elle donne au raisonnement

politique la force d'une évidence déjà admise.

Liaison. Que pèse, au total, cette chaîne dans un pays ?

3.3 ★ La balance des intérêts

Orientation. Le passage se ferme sur une pesée, et c'est elle qui explique tout le reste.

Citation.

· « presque autant de gens à qui la tyrannie semble être profitable, que de gens à qui la liberté serait agréable »

Procédé principal. Parallélisme comparatif d'égalité (« autant… que »).

Analyse. Les deux membres sont construits terme à terme : même tournure, même relative, deux

groupes humains égaux en nombre. Mais les verbes ne sont pas au même mode : la tyrannie «semble être profitable» : au présent, elle est déjà là ; la liberté « serait agréable » : au conditionnel, elle

n'existe pas encore. L'égalité annoncée est donc trompeuse : d'un côté un profit réel, de l'autre un

agrément possible. Le texte de l'élève ajoute « presque », qui affaiblit l'équilibre sans le

détruire.

Effet. Le lecteur comprend, sans qu'on le lui dise, pourquoi la liberté perd toujours.

Interprétation. La tyrannie ne l'emporte pas parce qu'elle est plus forte, mais parce qu'elle

paie comptant. C'est le dernier déplacement du passage : de la force aux intérêts, et des intérêts

au temps.


04LA CONCLUSION

① Récapitulation. Le passage a d'abord retiré au tyran ses armes, montrant qu'elles servent

d'épouvantail et tuent parfois leur maître ; il a ensuite livré son chiffre : quatre ou cinq : et

construit la pyramide qui en découle, six, six cents, six mille ; il a enfin noué la chaîne et pesé

les intérêts.

② Réponse à la problématique. Le fondement de la tyrannie se déplace des armes vers les

intérêts parce que le lien qui tient les hommes n'est ni la peur ni la loi, mais l'avantage :

chacun tient à celui dont il profite, et c'est cette prise volontaire qui forme la corde.

③ Dépassement. Le raisonnement fait plus que décrire : il désigne un point d'appui. Un édifice

qui repose sur quatre ou cinq hommes est fragile ; une chaîne dont chaque anneau tient de lui-même

se défait dès qu'on lâche. La démonstration est donc, sans le dire, un programme.

④ Ouverture. Le passage éclaire le parcours « Défendre » et

« entretenir » la liberté : si la tyrannie se soutient par les profits qu'elle distribue,

entretenir la liberté consiste d'abord à voir ce qu'on gagne à servir : et à en faire le compte.


05LE MÉMO DE L'ORAL

Les cinq points à ne pas manquer

① §92 : « le ressort … le fondement » : la tyrannie est décrite comme une machine, puis comme un bâtiment.

② §93 : l'« épouvantail » : les armes ne protègent pas, elles font peur ; et les gardes tuent plus qu'ils ne sauvent.

③ §94 : « quatre ou cinq » : après trois négations qui évoquaient des armées, le chiffre tient sur une main.

④ §95 : « six, six cents, six mille » : chaque étage reproduit le précédent, et le lien est le profit.

⑤ §97 : « autant… que » : la tyrannie paie comptant, la liberté ne promet qu'un agrément.

La phrase qui tient tout le passage

· « ce sont toujours quatre ou cinq hommes qui le maintiennent au pouvoir »


06LE TABLEAU DE RÉVISION DES PROCÉDÉS
Procédé désignéAnalyse dans le texteEffet sur le lecteurInterprétation
Double métaphore, mécanique et architecturale («le ressort et le secret de la domination»)Deux couples : la pièce cachée qui meut, la base qui porteAttente d'une révélationLa tyrannie devient une énigme mécanique, donc démontable
Comparatif corrigeant («pour la forme et comme épouvantail»)Déplace la fonction des gardes sans nier leur existenceUn dispositif se videLe pouvoir des armes est un pouvoir d'apparence
Comparaison chiffrée («il n'y en a pas eu autant qui échappèrent»)Met en balance les empereurs sauvés et les empereurs tuésIronie d'une protection meurtrièreLa force armée est ambiguë parce qu'elle est faite d'hommes
Anaphore négative ternaire (« Ce ne sont pas… »)Trois reprises écartent la cavalerie, l'infanterie, puis les armesLe champ se vide, une réponse est attendueLa rhétorique rend recevable une explication invraisemblable
Chute numérique («quatre ou cinq hommes qui le maintiennent au pouvoir»)Le chiffre suit trois négations évoquant des arméesSaisissement devant l'écartLe fondement est social, non militaire
Prolepse (« On ne le croira pas »)L'objection du lecteur est prévenue avant d'être forméeConfiance accordée à l'auteurCelui qui prévoit l'incrédulité s'en donne l'autorité
Gradation géométrique («Ces six-là en ont six cents qui prospèrent sous leurs ordres»)Le même rapport se reproduit d'étage en étageL'édifice se construit sous les yeuxChaque profiteur devient un petit tyran
Métaphore textile (« dévider ce fil » · « cette corde »)Le fil qu'on suit devient le lien qui retientLe lecteur se découvre comptéLa domination ne descend pas : elle se noue
Comparaison homérique («qui se vante, s'il tire la chaîne»)L'image de la chaîne d'or rend visible la solidité du lienÉvidence déjà admiseL'autorité antique donne au raisonnement la force d'un fait
Parallélisme comparatif («presque autant de gens à qui la tyrannie semble être profitable»)Deux groupes égaux, mais un présent contre un conditionnelCompréhension sans démonstrationLa tyrannie paie comptant ; la liberté promet

Hiérarchie claire pour la révision

⭐ Cinq procédés suffisent : la double métaphore d'ouverture et l'épouvantail (mouvement 1) ·

l'anaphore négative et la gradation six / six cents / six mille (mouvement 2) · le parallélisme

final (mouvement 3).

Écartés : la prolepse, juste mais secondaire, et la métaphore textile, qui ne vaut qu'associée à

la chaîne d'Homère.


07LE TABLEAU DE COUVERTURE
MouvementProcédé ★Dans le mémo ?
Idouble métaphore, ressort et fondementoui
Icomparaison chiffrée des empereursoui
IIanaphore négative ternaireoui
IIchute numérique : quatre ou cinqoui
IIgradation six · six cents · six milleoui
IIIcomparaison homérique de la chaîneoui
IIIparallélisme comparatif finaloui

Trois mouvements couverts, sept incontournables au mémo : couverture complète.


08LE TABLEAU DES ERREURS · propre à ce passage

Section A · erreurs de fond

erreur à ne pas commettrepourquoi c'est une erreurformulation correcte
⛔Dire que le tyran est protégé par son arméeLe passage entier dit le contraire, et le prouve par les empereurs romainsLes armes servent d'épouvantail ; les gardes tuent plus qu'ils ne sauvent
⛔Faire des quatre ou cinq des conseillers ou des ministresCe sont des complices intéressés, définis par le profitIls sont associés aux cruautés, aux plaisirs et aux pillages
⚠Lire la pyramide comme une hiérarchie administrativeLe lien n'est ni la fonction ni la loi, mais l'avantageChaque étage tient le suivant parce qu'il en profite
⚠Croire que la chaîne d'Homère grandit le tyranElle sert à montrer la solidité du lien, non la puissance du maîtreUne chaîne tient parce que chaque anneau tient le suivant
⚠Traiter la dernière phrase comme un simple constat d'équilibreLes modes s'opposent : un présent contre un conditionnelLa tyrannie profite déjà ; la liberté plairait seulement
·Oublier que le passage commence au milieu d'un paragrapheLa première phrase du §92 récapitule ce qui précède et n'est pas au descriptifLe texte commence à l'annonce du secret
·Négliger le parcoursLe passage explique par quoi la tyrannie se soutientEntretenir la liberté suppose de voir ce qu'on gagne à servir

Section B · erreurs de méthode à l'oral

erreur de méthodecorrection attendue
Réciter les chiffres sans les analyserMontrer que la gradation est un raisonnement par récurrence
Traiter les trois négations comme une simple insistanceNommer l'anaphore et montrer qu'elle vide le champ avant la réponse
Citer Homère sans expliquer l'imageDire ce que la chaîne fait voir : chaque anneau tient le suivant
Confondre effet et interprétation au mouvement 2Dire d'abord le saisissement devant l'écart, puis ce que l'écart signifie
Conclure sur « la tyrannie est fragile »Répondre à la problématique, puis ouvrir sur le compte des intérêts

Section C · formulations interdites ou à éviter

formulation maladroiteformulation correcte
« Le tyran a des amis »« Le tyran a des complices, liés par le profit »
« C'est une pyramide »« Chaque étage reproduit le rapport du précédent, par intérêt »
« Les gardes sont inutiles »« Les gardes servent d'épouvantail, et se retournent parfois »
« Tout le monde profite »« Autant de gens profitent de la tyrannie que la liberté en séduirait »

Section D · erreurs d'identification des procédés

erreurpourquoicorrection
« Hyperbole » pour « six mille »Le nombre est posé comme exact dans un raisonnementGradation numérique
« Métaphore » pour «comme Homère le fait dire à Jupiter»L'outil de comparaison est expriméComparaison
« Champ lexical de la guerre » sur « armes »Un champ lexical suppose un réseau reliéNommer l'anaphore négative qui écarte les corps de troupe
« Ironie » pour les archers meurtriersL'ironie est l'effet ; le procédé est le retournement d'un même termeReprise lexicale du même terme ; effet ironique

09LES QUESTIONS DE GRAMMAIRE

⚠ CE PASSAGE NE PORTE AUCUNE INTERROGATION.

Ni directe, ni indirecte : le contrôle a été fait sur les deux textes, mot par mot.

⭐ C'est une information utile pour l'élève : sur ce texte, l'examinateur ne peut pas poser de

question sur l'interrogation. Restent ses deux autres notions : la négation et les

circonstancielles : et le passage en est riche.

La charte demande trois questions et trois constructions distinctes, non trois leçons

différentes. Les trois qui suivent portent donc sur deux leçons, mais sur trois constructions

qu'on ne confond pas.

Question 1 · la négation corrective (leçon ⑥)

1. Phrase étudiée.

· « Ce ne sont pas les bandes de cavaliers, ce ne sont pas les compagnies de fantassins, ce ne sont pas les armes qui défendent un tyran »

2. Question. Sur quoi porte exactement la négation dans cette phrase ?

3. Leçon. ⑥ les formes et emplois de la négation.

4. Nature de la phrase. Phrase complexe ; déclarative ; négative ; construite sur trois

présentatifs coordonnés par juxtaposition ; le verbe de la relative est « défendent ».

5. Analyse grammaticale. Chaque membre est bâti sur le présentatif « ce sont », encadré par la

négation « ne… pas ». La négation ne porte donc pas sur le verbe « défendre » : elle porte sur

l'identification. La phrase ne dit pas que les armes ne défendent rien ; elle dit que ce ne sont

pas elles qui défendent le tyran. C'est une négation d'identité, propre à la tournure présentative.

La preuve en est la relative «qui défendent un tyran» : elle reste, elle, entièrement affirmative.

Quelqu'un défend le tyran : le texte le dira deux lignes plus bas. La négation prépare donc une

substitution, et non un vide.

6. Justification. Cette phrase relève de la leçon ⑥ parce que l'analyse porte sur la portée

de la négation : elle nie l'identification du sujet, non l'action du verbe.

Question 2 · la subordonnée circonstancielle de but (leçon ④)

1. Phrase étudiée.

· « ils font donner ou le gouvernement des provinces, ou la gestion des finances publiques, afin qu'ils partagent leur cupidité et leur cruauté »

2. Question. Analyser la subordonnée introduite par « afin que » et justifier le mode du verbe.

3. Leçon. ④ les subordonnées conjonctives circonstancielles.

4. Nature de la phrase. Phrase complexe ; déclarative ; affirmative ; deux verbes conjugués dans

le segment étudié.

5. Analyse grammaticale. La subordonnée «afin qu'ils partagent leur cupidité et leur cruauté» est une proposition subordonnée conjonctive circonstancielle de but, introduite par la

locution conjonctive « afin que ». Elle occupe la fonction de complément circonstanciel de but du

verbe «font donner».

Son sujet est le pronom « ils », qui renvoie aux six mille promus ; son verbe, «partagent», est au

subjonctif présent. Ce mode est commandé par la conjonction : le but est visé, non réalisé : on

ne peut pas dire d'un but qu'il est un fait. C'est la différence avec la conséquence, qui prend

l'indicatif parce qu'elle constate.

Les deux compléments coordonnés : «leur cupidité» et « leur cruauté » : dépendent du groupe verbal.

6. Justification. Cette phrase relève de la leçon ④ parce que l'analyse porte sur une

circonstancielle de but, sur la locution qui l'introduit et sur le mode qu'elle commande.

Question 3 · la subordonnée circonstancielle de concession (leçon ④)

1. Phrase étudiée.

· « On ne le croira pas au premier abord, quoique ce soit exactement vrai »

2. Question. Comparer l'expression de la concession dans les deux états du texte.

3. Leçon. ④ les subordonnées conjonctives circonstancielles.

4. Nature de la phrase. Deux propositions ; déclaratives ; la première négative ; deux verbes

conjugués, « croira » et « est » ou « soit ».

5. Analyse grammaticale. Le rapport logique est le même dans les deux états : une concession :

mais il n'est pas exprimé par les mêmes moyens, et c'est ce que la question demande de voir.

Dans le texte établi, la concession est marquée par juxtaposition et adverbe : les deux

propositions sont séparées par un point-virgule, et l'adverbe « pourtant » porte seul le rapport. Il

n'y a pas de subordination : « c'est pourtant vrai » est une proposition indépendante.

Dans le texte du descriptif, la concession est subordonnée : la locution conjonctive « quoique »

introduit une circonstancielle de concession, et elle commande le subjonctif : « quoique ce

soit ». La proposition perd son autonomie et devient complément circonstanciel de « croira ».

⭐ Même rapport logique, deux constructions grammaticales différentes : l'une par coordination

adverbiale, l'autre par subordination conjonctive.

6. Justification. Cette phrase relève de la leçon ④ parce qu'elle permet d'identifier une

circonstancielle de concession, son subordonnant et son mode, en la distinguant d'une simple

juxtaposition adverbiale.


Source bilingue close le 18 août 2026. Deux sorties s'en tirent : la maison et le voyageur 1.

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Ce que fixe le programme national

1. Ce que le texte officiel dit

Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire / parcours : « Défendre » et « entretenir » la liberté.

Programme national d'œuvres pour l'enseignement de français pour l'année scolaire 2026-2027, Bulletin officiel n° 30 du 24 juillet 2025, note de service du 4 juillet 2025, NOR : MENE2518792N. Lire le texte officiel complet. Vérifié le 19 août 2026.

Objet d'étude : la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle. Voie générale et voie technologique : mêmes œuvre et parcours.

2. Ce qu'il ne dit pas

Le texte inscrit l'œuvre et son parcours au programme ; il ne fournit ni résumé, ni interprétation, ni plan de cours.

Et il n'impose aucune édition. Pour Chrétien de Troyes, la même note précise « édition bilingue » ; pour Graffigny, elle énumère les lettres à inclure. Pour La Boétie, rien : ni édition, ni traduction, ni découpe.

Le texte de 1548 et la façon de le donner à lire relèvent donc du choix du professeur, et ce choix demande à être déclaré.

3. Ce que la maison ajoute, et pourquoi

Une œuvre n'existe que si on la revisite, toujours et encore.

La page organise donc l'étude de l'œuvre. Ses explications, ses exemples et ses rapprochements relèvent du travail pédagogique, pas du Bulletin officiel.

Ce n'est pas une édition bilingue, et le programme n'en demandait pas. La page donne le français d'aujourd'hui ; le texte de 1577 reste accessible sous chaque paragraphe. Une colonne de seizième siècle en regard fait déchiffrer au lieu de faire comprendre : on a choisi de faire lire.

Des traductions existent, et elles sont bonnes. Mais chacune porte la langue du moment où elle a été faite : reprendre celle d'un autre, ce serait donner à lire un texte deux fois daté. Un classique qu'on ne retraduit plus est un classique qu'on a cessé d'ouvrir.

Et cette modernisation est déclarée : chaque intervention est relevée et motivée, vingt-sept passages restent dans leur forme ancienne parce que le texte s'y glose lui-même, et l'on peut donc la contester ligne à ligne.

Texte de base : l'imprimé de 1577, Vive description de la tyrannie, exemplaire de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, cote 8 R SUP 106 RES (P. 2), domaine public. Le manuscrit de Mesmes (BnF Français 839) a une autorité supérieure : notre choix est un choix d'accessibilité, et il n'est bon que parce qu'il est réversible. Réserve : la fin du §119 et tout le §120 reposent sur une restitution.

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