Un tour trop gros pour être vrai
Un homme seul tient un peuple entier. Pas dix hommes, pas une armée : un seul, qui mange, dort et meurt comme les autres. Regarde la disproportion une seconde sans chercher d'explication savante : elle est absurde.
On va donc suivre le tour d'un bout à l'autre : regarder la salle avant le lever de rideau, écouter le magicien annoncer son truc, vérifier qu'il l'annonce vraiment, voir qui tient la corde, comprendre pourquoi personne ne regarde les mains, puis constater que le numéro tient l'affiche depuis mille ans.
C'est exactement l'effet que La Boétie veut produire. Il ne commence pas par accuser le tyran, ce qui serait facile et ne servirait à rien. Il commence par te montrer un tour de passe-passe, et par te demander comment il fonctionne. Le mot qu'il emploie n'est pas de moi : il écrit que les peuples sont « enchantez et charmez » (§4). Le vocabulaire est celui de la magie.
Ce que le public apporte au spectacle
Un tour de magie n'existe pas sans public. Le magicien seul dans sa loge ne fait rien apparaître : il lui faut des gens qui regardent, qui croient, et surtout qui acceptent de ne pas regarder au bon endroit.
Au seizième siècle, cette évidence n'est pas confortable à écrire. Le pouvoir se pense alors comme une chose reçue d'en haut, tenue par la naissance ou par Dieu, et donc extérieure à ceux qui la subissent. Dire que le public fournit le tour, c'est déplacer la responsabilité du côté des spectateurs. C'est ce déplacement qui fera du texte un livre dangereux, imprimé quarante ans après sa rédaction, en pleine guerre civile, par des adversaires du roi.
Le magicien annonce son tour, et il annonce le truc (§4)
Voici la phrase. Lis-la lentement, elle est longue mais elle ne cache rien.
Pour cette fois, je voudrais seulement comprendre s’il est possible, et comment il se peut faire, que tant d’hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations supportent parfois un tyran seul, qui n’a de puissance que celle qu’on lui donne. (§4)
Le texte de 1577
Notes philologiques
Aucune intervention ponctuelle sur ce paragraphe — Le texte est celui du témoin, aux seules interventions mécaniques près — longue s, i/j, u/v, tildes, esperluette, accent aigu — qui ne touchent pas la leçon. Les partis pris d'ensemble sont dépliés ci-dessous.
Les partis pris de l'établissement du texte
Une règle qui date du 20 août
Toute restitution porte ses crochets, fût-elle d'un seul mot et sans incidence sur l'argument. Une restitution portée sans crochets « parce qu'elle est courte » est une restitution que personne ne relira jamais — et il s'en est trouvé une qui était fausse.
Sur quoi ce texte est établi
Témoin de base : Vive description de la tyrannie, & des tyrans, avec les moyens de se garentir de leur joug, adresse fictive « A Reims, par Jean Mouchar », lieu réel Bâle, 1577, in-16 — exemplaire de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, 8 R SUP 106 RES (P. 2), 124 vues.
Ce que nous n'avons pas, et qui compte : le manuscrit de Mesmes (BnF, Français 839) est supérieur en autorité, et sa collation n'est pas faite. Nous avons établi sur le témoin accessible, non sur le plus autorisé — c'est le premier parti pris, et le plus lourd.
Les interventions mécaniques, faites une fois pour toutes
Longue s résolue ; i/j et u/v distingués selon l'usage moderne ; tildes et abréviations résolus ; esperluette résolue ; accent aigu ajouté sur le e final tonique. Elles ne touchent pas la leçon. Le titre de l'éditeur de 1577 et son épigraphe de Cicéron sont écartés : ce sont des pièces de polémique, pas d'auteur.
La ponctuation, seule intervention qui engage une lecture
Le témoin ponctue peu et à la respiration : une période court sur douze ou quinze lignes. La solution refusée : couper en phrases courtes — elle rend le texte lisible et détruit l'argument, car chez La Boétie l'accumulation est la démonstration. La solution retenue : garder la période entière et hiérarchiser les pauses — point-virgule entre les grands membres, virgule dans les séries, deux-points pour le renversement. Le point ne tombe qu'où la période est achevée.
C'est vérifiable : le nombre de points finaux est très proche du nombre de périodes du témoin, et très inférieur à celui d'une édition modernisée courante.
L'état du travail, en chiffres
2 697 remplacements · 1 819 ajouts · 10 758 conservations · 120 ancres. Paragraphes à compte de phrases égal : 114 sur 120. Interrogations : 47 sur 47. Virgules : 1 325 → 1 313. Interventions sur les connecteurs : 2, et les deux sont déclarées (§30, §76).
Sur 27 conservations signalées par l'instrument, 11 étaient fausses ; sur 52 connecteurs signalés, 2 étaient réels. L'instrument compte, il ne lit pas : un relevé mécanique ouvre la bonne zone, il ne dit pas ce qu'on y trouve.
Ce que ce relevé garantit, et ce qu'il ne garantit pas
Il garantit qu'aucune modification n'a été faite en silence, que chaque conjecture est nommée conjecture, et que treize points précis sont désignés à qui voudra nous corriger.
Il ne garantit pas que ce soit le meilleur texte possible du Discours. Il est bon pour être versé, bon pour être enseigné, et fait pour être amendé par avenant daté.
Ces notes s'enrichiront à mesure que La Boétie monte de palier : la collation du manuscrit de Mesmes, la reprise des seize vers du §86, et les treize points marqués « à collationner » sont les chantiers ouverts.
Trois choses s'y passent en même temps. D'abord La Boétie annonce qu'il veut seulement comprendre : il ne condamne pas, il enquête, et cette modestie est une arme. Ensuite il fait gonfler la foule par une reprise, « tant de… tant de… tant de… », qui va des hommes aux nations et rend le nombre presque visible. Enfin il pose en face un seul mot, « seul », dont la petitesse fait tout l'effet.
Et il donne le truc dans la même phrase, sans attendre : ce tyran n'a de puissance que celle qu'on lui donne. Le tour est expliqué à la ligne où il est montré.
Le truc est dit à voix haute, et il ne se voit toujours pas
Un bon tour reste efficace même expliqué. C'est le cas ici, et La Boétie le sait.
La suite de la phrase enfonce trois fois le même clou, par trois relatives qui se répondent : ce tyran « n'a pouvoir de leur nuire sinon de tant qu'ils ont vouloir de l'endurer »§4, il « qui ne saurait leur faire aucun mal sinon lorsqu'ils aiment mieux le souffrir que le contredire » « ne sauroit leur faire mal aucun sinon lors qu'ils aiment mieux le souffrir que luy contredire »Le texte de 1577
Voilà le sens du mot volontaire. Il ne s'agit pas d'un désir, il s'agit d'un apport. La servitude est volontaire au sens où elle est alimentée, et non au sens où elle serait aimée.
Le public tient la corde
Reste le nombre, et c'est là que le texte devient vertigineux.
de voir un million de millions d’hommes servir misérablement, le cou sous le joug, non pas contraints par une force supérieure. (§4)
Le texte de 1577
Notes philologiques
Aucune intervention ponctuelle sur ce paragraphe — Le texte est celui du témoin, aux seules interventions mécaniques près — longue s, i/j, u/v, tildes, esperluette, accent aigu — qui ne touchent pas la leçon. Les partis pris d'ensemble sont dépliés ci-dessous.
Les partis pris de l'établissement du texte
Une règle qui date du 20 août
Toute restitution porte ses crochets, fût-elle d'un seul mot et sans incidence sur l'argument. Une restitution portée sans crochets « parce qu'elle est courte » est une restitution que personne ne relira jamais — et il s'en est trouvé une qui était fausse.
Sur quoi ce texte est établi
Témoin de base : Vive description de la tyrannie, & des tyrans, avec les moyens de se garentir de leur joug, adresse fictive « A Reims, par Jean Mouchar », lieu réel Bâle, 1577, in-16 — exemplaire de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, 8 R SUP 106 RES (P. 2), 124 vues.
Ce que nous n'avons pas, et qui compte : le manuscrit de Mesmes (BnF, Français 839) est supérieur en autorité, et sa collation n'est pas faite. Nous avons établi sur le témoin accessible, non sur le plus autorisé — c'est le premier parti pris, et le plus lourd.
Les interventions mécaniques, faites une fois pour toutes
Longue s résolue ; i/j et u/v distingués selon l'usage moderne ; tildes et abréviations résolus ; esperluette résolue ; accent aigu ajouté sur le e final tonique. Elles ne touchent pas la leçon. Le titre de l'éditeur de 1577 et son épigraphe de Cicéron sont écartés : ce sont des pièces de polémique, pas d'auteur.
La ponctuation, seule intervention qui engage une lecture
Le témoin ponctue peu et à la respiration : une période court sur douze ou quinze lignes. La solution refusée : couper en phrases courtes — elle rend le texte lisible et détruit l'argument, car chez La Boétie l'accumulation est la démonstration. La solution retenue : garder la période entière et hiérarchiser les pauses — point-virgule entre les grands membres, virgule dans les séries, deux-points pour le renversement. Le point ne tombe qu'où la période est achevée.
C'est vérifiable : le nombre de points finaux est très proche du nombre de périodes du témoin, et très inférieur à celui d'une édition modernisée courante.
L'état du travail, en chiffres
2 697 remplacements · 1 819 ajouts · 10 758 conservations · 120 ancres. Paragraphes à compte de phrases égal : 114 sur 120. Interrogations : 47 sur 47. Virgules : 1 325 → 1 313. Interventions sur les connecteurs : 2, et les deux sont déclarées (§30, §76).
Sur 27 conservations signalées par l'instrument, 11 étaient fausses ; sur 52 connecteurs signalés, 2 étaient réels. L'instrument compte, il ne lit pas : un relevé mécanique ouvre la bonne zone, il ne dit pas ce qu'on y trouve.
Ce que ce relevé garantit, et ce qu'il ne garantit pas
Il garantit qu'aucune modification n'a été faite en silence, que chaque conjecture est nommée conjecture, et que treize points précis sont désignés à qui voudra nous corriger.
Il ne garantit pas que ce soit le meilleur texte possible du Discours. Il est bon pour être versé, bon pour être enseigné, et fait pour être amendé par avenant daté.
Ces notes s'enrichiront à mesure que La Boétie monte de palier : la collation du manuscrit de Mesmes, la reprise des seize vers du §86, et les treize points marqués « à collationner » sont les chantiers ouverts.
« Un million de millions » n'est pas un calcul, c'est un ébranlement : le chiffre déborde ce qu'on peut se représenter. Et la précision qui suit est décisive, parce qu'elle ferme la porte à l'explication commode. Ces gens ne sont pas contraints par une plus grande force. On ne peut donc pas s'en tirer en disant qu'ils sont les plus faibles. Ils sont les plus nombreux, et ils portent le joug.
Pourquoi personne ne regarde les mains
La Boétie prend soin d'écarter le cas où l'obéissance s'explique toute seule.
si une nation est contrainte par la force de la guerre de servir un seul, comme la cité d’Athènes le fut aux Trente tyrans, il ne faut pas s’étonner qu’elle serve, mais se plaindre de l’accident. (§5)
Le texte de 1577
Notes philologiques
Aucune intervention ponctuelle sur ce paragraphe — Le texte est celui du témoin, aux seules interventions mécaniques près — longue s, i/j, u/v, tildes, esperluette, accent aigu — qui ne touchent pas la leçon. Les partis pris d'ensemble sont dépliés ci-dessous.
Les partis pris de l'établissement du texte
Une règle qui date du 20 août
Toute restitution porte ses crochets, fût-elle d'un seul mot et sans incidence sur l'argument. Une restitution portée sans crochets « parce qu'elle est courte » est une restitution que personne ne relira jamais — et il s'en est trouvé une qui était fausse.
Sur quoi ce texte est établi
Témoin de base : Vive description de la tyrannie, & des tyrans, avec les moyens de se garentir de leur joug, adresse fictive « A Reims, par Jean Mouchar », lieu réel Bâle, 1577, in-16 — exemplaire de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, 8 R SUP 106 RES (P. 2), 124 vues.
Ce que nous n'avons pas, et qui compte : le manuscrit de Mesmes (BnF, Français 839) est supérieur en autorité, et sa collation n'est pas faite. Nous avons établi sur le témoin accessible, non sur le plus autorisé — c'est le premier parti pris, et le plus lourd.
Les interventions mécaniques, faites une fois pour toutes
Longue s résolue ; i/j et u/v distingués selon l'usage moderne ; tildes et abréviations résolus ; esperluette résolue ; accent aigu ajouté sur le e final tonique. Elles ne touchent pas la leçon. Le titre de l'éditeur de 1577 et son épigraphe de Cicéron sont écartés : ce sont des pièces de polémique, pas d'auteur.
La ponctuation, seule intervention qui engage une lecture
Le témoin ponctue peu et à la respiration : une période court sur douze ou quinze lignes. La solution refusée : couper en phrases courtes — elle rend le texte lisible et détruit l'argument, car chez La Boétie l'accumulation est la démonstration. La solution retenue : garder la période entière et hiérarchiser les pauses — point-virgule entre les grands membres, virgule dans les séries, deux-points pour le renversement. Le point ne tombe qu'où la période est achevée.
C'est vérifiable : le nombre de points finaux est très proche du nombre de périodes du témoin, et très inférieur à celui d'une édition modernisée courante.
L'état du travail, en chiffres
2 697 remplacements · 1 819 ajouts · 10 758 conservations · 120 ancres. Paragraphes à compte de phrases égal : 114 sur 120. Interrogations : 47 sur 47. Virgules : 1 325 → 1 313. Interventions sur les connecteurs : 2, et les deux sont déclarées (§30, §76).
Sur 27 conservations signalées par l'instrument, 11 étaient fausses ; sur 52 connecteurs signalés, 2 étaient réels. L'instrument compte, il ne lit pas : un relevé mécanique ouvre la bonne zone, il ne dit pas ce qu'on y trouve.
Ce que ce relevé garantit, et ce qu'il ne garantit pas
Il garantit qu'aucune modification n'a été faite en silence, que chaque conjecture est nommée conjecture, et que treize points précis sont désignés à qui voudra nous corriger.
Il ne garantit pas que ce soit le meilleur texte possible du Discours. Il est bon pour être versé, bon pour être enseigné, et fait pour être amendé par avenant daté.
Ces notes s'enrichiront à mesure que La Boétie monte de palier : la collation du manuscrit de Mesmes, la reprise des seize vers du §86, et les treize points marqués « à collationner » sont les chantiers ouverts.
Une cité vaincue par les armes obéit : c'est triste, ce n'est pas mystérieux. En mettant ce cas de côté, l'auteur isole celui qui l'intéresse, et il le rend d'un coup beaucoup plus étrange. Ce qu'il veut comprendre, ce n'est pas la contrainte, c'est le consentement. Retiens ce geste : il vaut pour toute enquête, et tu le retrouveras devant la dissertation.
Le tour dure depuis mille ans (§21)
La question posée ici ne se referme pas au paragraphe suivant. Elle commande le livre entier, et l'auteur le dit lui-même en la reprenant, dix-sept paragraphes plus loin, quand il s'apprête à chercher les causes :
Cherchons donc par conjecture, si nous pouvons en trouver, comment s’est ainsi enracinée si avant cette obstinée volonté de servir. (§21)
Le texte de 1577
Notes philologiques
Aucune intervention ponctuelle sur ce paragraphe — Le texte est celui du témoin, aux seules interventions mécaniques près — longue s, i/j, u/v, tildes, esperluette, accent aigu — qui ne touchent pas la leçon. Les partis pris d'ensemble sont dépliés ci-dessous.
Les partis pris de l'établissement du texte
Une règle qui date du 20 août
Toute restitution porte ses crochets, fût-elle d'un seul mot et sans incidence sur l'argument. Une restitution portée sans crochets « parce qu'elle est courte » est une restitution que personne ne relira jamais — et il s'en est trouvé une qui était fausse.
Sur quoi ce texte est établi
Témoin de base : Vive description de la tyrannie, & des tyrans, avec les moyens de se garentir de leur joug, adresse fictive « A Reims, par Jean Mouchar », lieu réel Bâle, 1577, in-16 — exemplaire de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, 8 R SUP 106 RES (P. 2), 124 vues.
Ce que nous n'avons pas, et qui compte : le manuscrit de Mesmes (BnF, Français 839) est supérieur en autorité, et sa collation n'est pas faite. Nous avons établi sur le témoin accessible, non sur le plus autorisé — c'est le premier parti pris, et le plus lourd.
Les interventions mécaniques, faites une fois pour toutes
Longue s résolue ; i/j et u/v distingués selon l'usage moderne ; tildes et abréviations résolus ; esperluette résolue ; accent aigu ajouté sur le e final tonique. Elles ne touchent pas la leçon. Le titre de l'éditeur de 1577 et son épigraphe de Cicéron sont écartés : ce sont des pièces de polémique, pas d'auteur.
La ponctuation, seule intervention qui engage une lecture
Le témoin ponctue peu et à la respiration : une période court sur douze ou quinze lignes. La solution refusée : couper en phrases courtes — elle rend le texte lisible et détruit l'argument, car chez La Boétie l'accumulation est la démonstration. La solution retenue : garder la période entière et hiérarchiser les pauses — point-virgule entre les grands membres, virgule dans les séries, deux-points pour le renversement. Le point ne tombe qu'où la période est achevée.
C'est vérifiable : le nombre de points finaux est très proche du nombre de périodes du témoin, et très inférieur à celui d'une édition modernisée courante.
L'état du travail, en chiffres
2 697 remplacements · 1 819 ajouts · 10 758 conservations · 120 ancres. Paragraphes à compte de phrases égal : 114 sur 120. Interrogations : 47 sur 47. Virgules : 1 325 → 1 313. Interventions sur les connecteurs : 2, et les deux sont déclarées (§30, §76).
Sur 27 conservations signalées par l'instrument, 11 étaient fausses ; sur 52 connecteurs signalés, 2 étaient réels. L'instrument compte, il ne lit pas : un relevé mécanique ouvre la bonne zone, il ne dit pas ce qu'on y trouve.
Ce que ce relevé garantit, et ce qu'il ne garantit pas
Il garantit qu'aucune modification n'a été faite en silence, que chaque conjecture est nommée conjecture, et que treize points précis sont désignés à qui voudra nous corriger.
Il ne garantit pas que ce soit le meilleur texte possible du Discours. Il est bon pour être versé, bon pour être enseigné, et fait pour être amendé par avenant daté.
Ces notes s'enrichiront à mesure que La Boétie monte de palier : la collation du manuscrit de Mesmes, la reprise des seize vers du §86, et les treize points marqués « à collationner » sont les chantiers ouverts.
Tout ce qui suit dans le Discours , la coutume, l'éducation, les théâtres et les jeux, la chaîne des complices , n'est que la réponse développée à la question du paragraphe 4. Si tu tiens ce paragraphe, tu tiens le plan du livre.
Ce que ce paragraphe vaut dans ta copie
Fais tes comptes. Ce seul passage te donne cinq choses utilisables partout.
Il te donne le titre expliqué, ce qui vaut mieux que dix formules apprises : volontaire ne veut pas dire désiré, mais fourni. Il te donne un procédé nommé et daté, l'anaphore de « tant de », avec l'effet qu'elle produit, l'élargissement du nombre. Il te donne une formule courte à citer de mémoire, « qui n'a de puissance que celle qu'on lui donne » « qui n'a puissance que celle qu'on luy donne »Le texte de 1577
Une seule prudence : ne dis jamais que La Boétie accuse les peuples. Il les interroge, et la nuance est tout le livre.
Le rideau, et ce qui reste quand il tombe
Tu es entré devant un tour de magie et tu repars avec le truc en main. Un homme seul tient un peuple parce que le peuple le tient debout, et le mot du titre ne dit rien d'autre.
Reste la vraie question, celle qui commence là où celle-ci finit : si tout le monde peut retirer sa main, pourquoi personne ne la retire ? Tu repars avec les pièces : l'enquête annoncée, l'anaphore des « tant de », le « seul » qui pèse, les trois relatives, le million de millions, le cas d'Athènes écarté. La Boétie répond seize paragraphes plus loin, et cette réponse tient dans une image que tu n'oublieras plus.
Le rideau retombe, à demain pour le second tour.