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Étienne de La Boétie · le dossier du Discours de la servitude volontaire

Le colosse et son socle

Le colosse · le texte · les dessins · le parcours

Le colosse et son socle
Le colosse et son socle, dans le Discours de la servitude volontaire.

L’essentiel

Le colosse

Le contenu complet de La Boétie, présenté dans le gabarit vertical de l’œuvre.

Un géant qui tient sur quoi

Une masse qu'on ne peut embrasser du regard tient sur ce qu'on ne regarde jamais.
Une masse qu'on ne peut embrasser du regard tient sur quelque chose qu'on ne regarde jamais.

Imagine une statue colossale, dressée sur une place, si haute qu'on ne voit pas sa tête depuis le sol. Elle écrase la ville de sa masse. Pour l'abattre, il faudrait des machines, des cordes, des centaines de bras.

On va donc faire le tour du socle : voir ce qui porte un pouvoir, compter les mains posées dessous, écouter l'ordre qu'on donne pour les retirer, mesurer ce que cet ordre ne demande pas, et finir devant la statue qui, pourtant, ne bouge pas.

Maintenant regarde le socle. La Boétie, lui, regarde le socle, et il y voit quelque chose que personne n'avait remarqué : le socle est fait de mains. Ce sont les mains de ceux qui passent, et qui, en passant, la soutiennent.

Ce qui porte un pouvoir

Un pouvoir ne tient pas par sa masse, mais par mille gestes dont aucun ne pèse.

Un pouvoir ne se maintient pas par sa masse. Il tient par les milliers de gestes ordinaires qui l'alimentent chaque jour, et dont aucun, pris seul, ne ressemble à de la soumission.

Payer l'impôt, livrer sa récolte, partir à la guerre quand on le demande, y envoyer ses fils, exécuter les ordres, se taire au bon moment : rien de tout cela n'est héroïque ni honteux, et tout cela ensemble constitue la base de la statue. Au seizième siècle, le raisonnement est neuf. On explique alors la puissance des rois par leur droit ou par la volonté divine, jamais par la contribution de ceux qui obéissent. La Boétie déplace le regard des hauteurs vers le sol, et il y trouve la seule chose qui compte.

Le moment où l'on regarde sous la statue

Le moment où l'on baisse les yeux vers le socle est le moment où tout change.

Nous sommes après l'apostrophe. Trois paragraphes durant, l'auteur a pris les peuples à partie et leur a montré, une par une, les charges qu'ils supportent. Le ton était accusateur, presque insoutenable.

Puis, brusquement, il change. Le paragraphe 20 ne continue pas le reproche : il en tire la conséquence, et cette conséquence est une délivrance. C'est le seul endroit du livre où La Boétie donne une consigne, et il ne la donnera qu'une fois.

Première main sous le socle (§19)

Avant la solution, il faut voir l'apport : l'énumération le rend comptable.

Avant la solution, il faut voir l'apport. Le paragraphe précédent l'énumère, et l'énumération est construite sur une reprise implacable.

Vous semez vos fruits afin qu’il en fasse le dégât ; vous meublez et remplissez vos maisons pour fournir à ses rapines ; vous nourrissez vos filles afin qu’il ait de quoi assouvir sa luxure ; vous nourrissez vos enfants afin qu’il les mène, pour le mieux qu’il puisse leur faire, à ses guerres, qu’il les mène à la boucherie. (§19)

Le texte de 1577
cinq gerbes à gauche · un coffre à droite · tout va dans le coffre
Tout ce qu'un peuple produit lui est dû d'avance : son travail est devenu la réserve d'un seul.
Vous semez vos fruits, afin qu'il en face le desgast ; vous meublez et remplissez vos maisons pour fournir à ses voleries ; vous nourrissez vos filles, afin qu'il ait dequoy saouler sa luxure ; vous nourrissez vos enfans, afin qu'il les meine, pour le mieux qu'il leur face, en ses guerres, qu'il les meine à la boucherie, qu'il les face les ministres de ses convoitises, les executeurs de ses vengeances. Vous rompez à la peine vos personnes, afin qu'il se puisse mignarder en ses delices et se veautrer dans les sales et vilains plaisirs. Vous vous affoiblissez, afin de le faire plus fort et roide, à vous tenir plus courte la bride.

Notes philologiques

Aucune intervention ponctuelle sur ce paragraphe — Le texte est celui du témoin, aux seules interventions mécaniques près — longue s, i/j, u/v, tildes, esperluette, accent aigu — qui ne touchent pas la leçon. Les partis pris d'ensemble sont dépliés ci-dessous.

Les partis pris de l'établissement du texte

Une règle qui date du 20 août

Toute restitution porte ses crochets, fût-elle d'un seul mot et sans incidence sur l'argument. Une restitution portée sans crochets « parce qu'elle est courte » est une restitution que personne ne relira jamais — et il s'en est trouvé une qui était fausse.

Sur quoi ce texte est établi

Témoin de base : Vive description de la tyrannie, & des tyrans, avec les moyens de se garentir de leur joug, adresse fictive « A Reims, par Jean Mouchar », lieu réel Bâle, 1577, in-16 — exemplaire de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, 8 R SUP 106 RES (P. 2), 124 vues.

Ce que nous n'avons pas, et qui compte : le manuscrit de Mesmes (BnF, Français 839) est supérieur en autorité, et sa collation n'est pas faite. Nous avons établi sur le témoin accessible, non sur le plus autorisé — c'est le premier parti pris, et le plus lourd.

Les interventions mécaniques, faites une fois pour toutes

Longue s résolue ; i/j et u/v distingués selon l'usage moderne ; tildes et abréviations résolus ; esperluette résolue ; accent aigu ajouté sur le e final tonique. Elles ne touchent pas la leçon. Le titre de l'éditeur de 1577 et son épigraphe de Cicéron sont écartés : ce sont des pièces de polémique, pas d'auteur.

La ponctuation, seule intervention qui engage une lecture

Le témoin ponctue peu et à la respiration : une période court sur douze ou quinze lignes. La solution refusée : couper en phrases courtes — elle rend le texte lisible et détruit l'argument, car chez La Boétie l'accumulation est la démonstration. La solution retenue : garder la période entière et hiérarchiser les pauses — point-virgule entre les grands membres, virgule dans les séries, deux-points pour le renversement. Le point ne tombe qu'où la période est achevée.

C'est vérifiable : le nombre de points finaux est très proche du nombre de périodes du témoin, et très inférieur à celui d'une édition modernisée courante.

L'état du travail, en chiffres

2 697 remplacements · 1 819 ajouts · 10 758 conservations · 120 ancres. Paragraphes à compte de phrases égal : 114 sur 120. Interrogations : 47 sur 47. Virgules : 1 325 → 1 313. Interventions sur les connecteurs : 2, et les deux sont déclarées (§30, §76).

Sur 27 conservations signalées par l'instrument, 11 étaient fausses ; sur 52 connecteurs signalés, 2 étaient réels. L'instrument compte, il ne lit pas : un relevé mécanique ouvre la bonne zone, il ne dit pas ce qu'on y trouve.

Ce que ce relevé garantit, et ce qu'il ne garantit pas

Il garantit qu'aucune modification n'a été faite en silence, que chaque conjecture est nommée conjecture, et que treize points précis sont désignés à qui voudra nous corriger.

Il ne garantit pas que ce soit le meilleur texte possible du Discours. Il est bon pour être versé, bon pour être enseigné, et fait pour être amendé par avenant daté.

Ces notes s'enrichiront à mesure que La Boétie monte de palier : la collation du manuscrit de Mesmes, la reprise des seize vers du §86, et les treize points marqués « à collationner » sont les chantiers ouverts.

Compte les « vous ». Chaque proposition commence par le sujet qui agit, et chaque fois l'action est un travail honnête : semer, meubler, nourrir. Puis vient la finale, « afin que », qui retourne le travail en approvisionnement. Ce n'est pas le tyran qui prend, ce sont les sujets qui fournissent, et la grammaire le dit avant l'argument. Le paragraphe se ferme sur la formule la plus nue du livre : « Vous vous affoiblissez, afin de le faire plus fort » (§19).

L'ordre le plus doux qu'on ait jamais donné (§20)

Dix mots suffisent : soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres.

La conséquence tombe alors en une phrase de dix mots.

Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres. (§20)

Le texte de 1577
une masse haute et pleine · un socle en petites formes · une manque · aucune poussée de côté
Ce qui tient debout n'est pas porté par sa masse, mais par ce qu'on lui laisse dessous.
Et de tant d'indignitez que les bestes mesmes ou ne sentiroyent point, ou n'endureroyent point, vous pouvez vous en delivrer si vous essayez, non pas de vous en delivrer, mais seulement de le vouloir faire. Soyez resolus de ne servir plus, et vous voila libres. Je ne veux pas que vous le poussiez ny le bransliez, mais seulement ne le soustenez plus, et vous le verrez, comme un grand colosse à qui on a desrobbé la base, de son poids mesme fondre en bas et se rompre.

Notes philologiques

Aucune intervention ponctuelle sur ce paragraphe — Le texte est celui du témoin, aux seules interventions mécaniques près — longue s, i/j, u/v, tildes, esperluette, accent aigu — qui ne touchent pas la leçon. Les partis pris d'ensemble sont dépliés ci-dessous.

Les partis pris de l'établissement du texte

Une règle qui date du 20 août

Toute restitution porte ses crochets, fût-elle d'un seul mot et sans incidence sur l'argument. Une restitution portée sans crochets « parce qu'elle est courte » est une restitution que personne ne relira jamais — et il s'en est trouvé une qui était fausse.

Sur quoi ce texte est établi

Témoin de base : Vive description de la tyrannie, & des tyrans, avec les moyens de se garentir de leur joug, adresse fictive « A Reims, par Jean Mouchar », lieu réel Bâle, 1577, in-16 — exemplaire de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, 8 R SUP 106 RES (P. 2), 124 vues.

Ce que nous n'avons pas, et qui compte : le manuscrit de Mesmes (BnF, Français 839) est supérieur en autorité, et sa collation n'est pas faite. Nous avons établi sur le témoin accessible, non sur le plus autorisé — c'est le premier parti pris, et le plus lourd.

Les interventions mécaniques, faites une fois pour toutes

Longue s résolue ; i/j et u/v distingués selon l'usage moderne ; tildes et abréviations résolus ; esperluette résolue ; accent aigu ajouté sur le e final tonique. Elles ne touchent pas la leçon. Le titre de l'éditeur de 1577 et son épigraphe de Cicéron sont écartés : ce sont des pièces de polémique, pas d'auteur.

La ponctuation, seule intervention qui engage une lecture

Le témoin ponctue peu et à la respiration : une période court sur douze ou quinze lignes. La solution refusée : couper en phrases courtes — elle rend le texte lisible et détruit l'argument, car chez La Boétie l'accumulation est la démonstration. La solution retenue : garder la période entière et hiérarchiser les pauses — point-virgule entre les grands membres, virgule dans les séries, deux-points pour le renversement. Le point ne tombe qu'où la période est achevée.

C'est vérifiable : le nombre de points finaux est très proche du nombre de périodes du témoin, et très inférieur à celui d'une édition modernisée courante.

L'état du travail, en chiffres

2 697 remplacements · 1 819 ajouts · 10 758 conservations · 120 ancres. Paragraphes à compte de phrases égal : 114 sur 120. Interrogations : 47 sur 47. Virgules : 1 325 → 1 313. Interventions sur les connecteurs : 2, et les deux sont déclarées (§30, §76).

Sur 27 conservations signalées par l'instrument, 11 étaient fausses ; sur 52 connecteurs signalés, 2 étaient réels. L'instrument compte, il ne lit pas : un relevé mécanique ouvre la bonne zone, il ne dit pas ce qu'on y trouve.

Ce que ce relevé garantit, et ce qu'il ne garantit pas

Il garantit qu'aucune modification n'a été faite en silence, que chaque conjecture est nommée conjecture, et que treize points précis sont désignés à qui voudra nous corriger.

Il ne garantit pas que ce soit le meilleur texte possible du Discours. Il est bon pour être versé, bon pour être enseigné, et fait pour être amendé par avenant daté.

Ces notes s'enrichiront à mesure que La Boétie monte de palier : la collation du manuscrit de Mesmes, la reprise des seize vers du §86, et les treize points marqués « à collationner » sont les chantiers ouverts.

Regarde la construction avant le sens. Un impératif, une virgule, et le résultat déjà là : « et vous voila libres ». Aucun délai, aucune étape intermédiaire, aucune condition. La liberté n'est pas présentée comme un but à atteindre après une lutte, mais comme l'état qui apparaît dès que l'on cesse. C'est la grammaire elle-même qui porte la thèse, et c'est pour cela que la phrase se retient.

Il ne demande pas de pousser

Il ne demande pas de pousser — et c'est la phrase qu'on ne cite jamais.

Vient maintenant la partie qu'on ne cite jamais, et qui est la plus importante.

Je ne veux pas que vous le poussiez ni que vous l’ébranliez, mais seulement ne le soutenez plus, et vous le verrez, comme un grand colosse dont on a dérobé la base, s’effondrer de son propre poids et se rompre. (§20)

Le texte de 1577
une masse haute et pleine · un socle en petites formes · une manque · aucune poussée de côté
Ce qui tient debout n'est pas porté par sa masse, mais par ce qu'on lui laisse dessous.
Et de tant d'indignitez que les bestes mesmes ou ne sentiroyent point, ou n'endureroyent point, vous pouvez vous en delivrer si vous essayez, non pas de vous en delivrer, mais seulement de le vouloir faire. Soyez resolus de ne servir plus, et vous voila libres. Je ne veux pas que vous le poussiez ny le bransliez, mais seulement ne le soustenez plus, et vous le verrez, comme un grand colosse à qui on a desrobbé la base, de son poids mesme fondre en bas et se rompre.

Notes philologiques

Aucune intervention ponctuelle sur ce paragraphe — Le texte est celui du témoin, aux seules interventions mécaniques près — longue s, i/j, u/v, tildes, esperluette, accent aigu — qui ne touchent pas la leçon. Les partis pris d'ensemble sont dépliés ci-dessous.

Les partis pris de l'établissement du texte

Une règle qui date du 20 août

Toute restitution porte ses crochets, fût-elle d'un seul mot et sans incidence sur l'argument. Une restitution portée sans crochets « parce qu'elle est courte » est une restitution que personne ne relira jamais — et il s'en est trouvé une qui était fausse.

Sur quoi ce texte est établi

Témoin de base : Vive description de la tyrannie, & des tyrans, avec les moyens de se garentir de leur joug, adresse fictive « A Reims, par Jean Mouchar », lieu réel Bâle, 1577, in-16 — exemplaire de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, 8 R SUP 106 RES (P. 2), 124 vues.

Ce que nous n'avons pas, et qui compte : le manuscrit de Mesmes (BnF, Français 839) est supérieur en autorité, et sa collation n'est pas faite. Nous avons établi sur le témoin accessible, non sur le plus autorisé — c'est le premier parti pris, et le plus lourd.

Les interventions mécaniques, faites une fois pour toutes

Longue s résolue ; i/j et u/v distingués selon l'usage moderne ; tildes et abréviations résolus ; esperluette résolue ; accent aigu ajouté sur le e final tonique. Elles ne touchent pas la leçon. Le titre de l'éditeur de 1577 et son épigraphe de Cicéron sont écartés : ce sont des pièces de polémique, pas d'auteur.

La ponctuation, seule intervention qui engage une lecture

Le témoin ponctue peu et à la respiration : une période court sur douze ou quinze lignes. La solution refusée : couper en phrases courtes — elle rend le texte lisible et détruit l'argument, car chez La Boétie l'accumulation est la démonstration. La solution retenue : garder la période entière et hiérarchiser les pauses — point-virgule entre les grands membres, virgule dans les séries, deux-points pour le renversement. Le point ne tombe qu'où la période est achevée.

C'est vérifiable : le nombre de points finaux est très proche du nombre de périodes du témoin, et très inférieur à celui d'une édition modernisée courante.

L'état du travail, en chiffres

2 697 remplacements · 1 819 ajouts · 10 758 conservations · 120 ancres. Paragraphes à compte de phrases égal : 114 sur 120. Interrogations : 47 sur 47. Virgules : 1 325 → 1 313. Interventions sur les connecteurs : 2, et les deux sont déclarées (§30, §76).

Sur 27 conservations signalées par l'instrument, 11 étaient fausses ; sur 52 connecteurs signalés, 2 étaient réels. L'instrument compte, il ne lit pas : un relevé mécanique ouvre la bonne zone, il ne dit pas ce qu'on y trouve.

Ce que ce relevé garantit, et ce qu'il ne garantit pas

Il garantit qu'aucune modification n'a été faite en silence, que chaque conjecture est nommée conjecture, et que treize points précis sont désignés à qui voudra nous corriger.

Il ne garantit pas que ce soit le meilleur texte possible du Discours. Il est bon pour être versé, bon pour être enseigné, et fait pour être amendé par avenant daté.

Ces notes s'enrichiront à mesure que La Boétie monte de palier : la collation du manuscrit de Mesmes, la reprise des seize vers du §86, et les treize points marqués « à collationner » sont les chantiers ouverts.

Deux gestes sont écartés, pousser et ébranler, c'est-à-dire toute action violente. Ce qui reste tient dans une négation : ne soutenez plus. Il n'y a rien à faire, il y a quelque chose à ne plus faire, et la restriction « seulement » insiste dessus.

L'image achève le raisonnement. Ce n'est pas le peuple qui abat la statue, c'est la statue qui tombe de son poids mesme dès qu'on lui dérobe sa base. Autrement dit : plus le pouvoir est lourd, plus sa chute est certaine. Sa masse, qui semblait sa force, devient la cause de sa ruine.

Et pourtant la statue ne bouge pas (§21)

Le paragraphe suivant doute que le remède soit pris : le médecin renonce aux plaies incurables.

Le paragraphe suivant est le plus troublant du livre, parce que l'auteur y doute lui-même que le remède soit pris.

Les médecins conseillent bien de ne pas mettre la main aux plaies incurables ; et je n’agis pas sagement en voulant conseiller là-dessus un peuple qui a perdu depuis longtemps toute conscience, et dont le fait même qu’il ne sent plus son mal montre assez que sa maladie est mortelle. (§21)

Le texte de 1577
une entaille dans la forme · une ligne plate · aucun signal
Le signe que le mal est mortel, c'est qu'on ne le sent plus.
Mais certes les medecins conseillent bien de ne mettre pas la main aux playes incurables ; et je ne fay pas sagement de vouloir en cecy conseiller le peuple, qui a perdu long temps y a toute connoissance, et duquel, puis qu'il ne sent plus son mal, cela seul monstre assez que sa maladie est mortelle. Cerchons donc par conjecture, si nous en pouvons trouver, comment s'est ainsi si avant enracinée ceste opiniastre volonté de servir, qu'il semble maintenant que l'amour mesme de la liberté ne soit pas si naturelle.

Notes philologiques

Aucune intervention ponctuelle sur ce paragraphe — Le texte est celui du témoin, aux seules interventions mécaniques près — longue s, i/j, u/v, tildes, esperluette, accent aigu — qui ne touchent pas la leçon. Les partis pris d'ensemble sont dépliés ci-dessous.

Les partis pris de l'établissement du texte

Une règle qui date du 20 août

Toute restitution porte ses crochets, fût-elle d'un seul mot et sans incidence sur l'argument. Une restitution portée sans crochets « parce qu'elle est courte » est une restitution que personne ne relira jamais — et il s'en est trouvé une qui était fausse.

Sur quoi ce texte est établi

Témoin de base : Vive description de la tyrannie, & des tyrans, avec les moyens de se garentir de leur joug, adresse fictive « A Reims, par Jean Mouchar », lieu réel Bâle, 1577, in-16 — exemplaire de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, 8 R SUP 106 RES (P. 2), 124 vues.

Ce que nous n'avons pas, et qui compte : le manuscrit de Mesmes (BnF, Français 839) est supérieur en autorité, et sa collation n'est pas faite. Nous avons établi sur le témoin accessible, non sur le plus autorisé — c'est le premier parti pris, et le plus lourd.

Les interventions mécaniques, faites une fois pour toutes

Longue s résolue ; i/j et u/v distingués selon l'usage moderne ; tildes et abréviations résolus ; esperluette résolue ; accent aigu ajouté sur le e final tonique. Elles ne touchent pas la leçon. Le titre de l'éditeur de 1577 et son épigraphe de Cicéron sont écartés : ce sont des pièces de polémique, pas d'auteur.

La ponctuation, seule intervention qui engage une lecture

Le témoin ponctue peu et à la respiration : une période court sur douze ou quinze lignes. La solution refusée : couper en phrases courtes — elle rend le texte lisible et détruit l'argument, car chez La Boétie l'accumulation est la démonstration. La solution retenue : garder la période entière et hiérarchiser les pauses — point-virgule entre les grands membres, virgule dans les séries, deux-points pour le renversement. Le point ne tombe qu'où la période est achevée.

C'est vérifiable : le nombre de points finaux est très proche du nombre de périodes du témoin, et très inférieur à celui d'une édition modernisée courante.

L'état du travail, en chiffres

2 697 remplacements · 1 819 ajouts · 10 758 conservations · 120 ancres. Paragraphes à compte de phrases égal : 114 sur 120. Interrogations : 47 sur 47. Virgules : 1 325 → 1 313. Interventions sur les connecteurs : 2, et les deux sont déclarées (§30, §76).

Sur 27 conservations signalées par l'instrument, 11 étaient fausses ; sur 52 connecteurs signalés, 2 étaient réels. L'instrument compte, il ne lit pas : un relevé mécanique ouvre la bonne zone, il ne dit pas ce qu'on y trouve.

Ce que ce relevé garantit, et ce qu'il ne garantit pas

Il garantit qu'aucune modification n'a été faite en silence, que chaque conjecture est nommée conjecture, et que treize points précis sont désignés à qui voudra nous corriger.

Il ne garantit pas que ce soit le meilleur texte possible du Discours. Il est bon pour être versé, bon pour être enseigné, et fait pour être amendé par avenant daté.

Ces notes s'enrichiront à mesure que La Boétie monte de palier : la collation du manuscrit de Mesmes, la reprise des seize vers du §86, et les treize points marqués « à collationner » sont les chantiers ouverts.

La solution est simple, gratuite, immédiate, et elle ne se produit pas. C'est cette contradiction qui ouvre tout le reste du Discours : si le remède existe et qu'on ne le prend pas, c'est que quelque chose empêche de le vouloir. La coutume, l'éducation, les plaisirs offerts, les complices intéressés : les cinquante paragraphes qui suivent ne cherchent rien d'autre.

Ce que le colosse vaut dans ta copie

Le passage rapporte à condition de ne pas être cité comme tout le monde.

Ce passage est probablement le plus rentable du livre, à condition de ne pas le citer comme tout le monde.

Il te donne la formule que tout correcteur reconnaît, « ne le soustenez plus », et surtout la restriction qui l'accompagne, celle que personne ne cite : distinguer la désobéissance passive de la révolte armée te placera immédiatement au-dessus de la copie moyenne. Il te donne une image analysable, le colosse, avec son mécanisme explicite, la base dérobée et le poids qui achève. Il te donne une articulation grammaticale démontrable, l'impératif suivi du résultat immédiat, qui prouve que tu sais lire une phrase et pas seulement une idée. Il te donne enfin la clé du plan du livre, par le doute du paragraphe 21 : la solution est donnée au vingtième paragraphe, tout le reste explique pourquoi elle n'est pas suivie.

Deux prudences. Ne présente jamais ce texte comme un appel à la révolution : il dit exactement le contraire, et la distinction se paie cher. Et n'écris pas que La Boétie propose une méthode d'action politique ; il décrit une condition logique du pouvoir, ce qui n'est pas la même chose.

On retire sa main, et l'on regarde

On retire sa main, et l'on regarde : ni le droit, ni la force, ni la naissance ne portaient la statue.

Tu es entré devant une statue démesurée et tu repars en sachant sur quoi elle repose. Ce n'est ni son droit, ni sa force, ni sa naissance : c'est la main que chacun garde dessous, souvent sans y penser.

La question qui ouvrait ce livre demandait pourquoi un homme seul tient debout un peuple entier. Tu tiens maintenant les deux moitiés de la réponse : parce qu'on le porte, et parce qu'on ne sait plus qu'on le porte. Tu repars avec les pièces : les « vous » du paragraphe 19, l'impératif suivi du résultat immédiat, les deux gestes écartés, la base dérobée, le poids qui achève, et le doute du médecin. Le reste du Discours cherche pourquoi l'on oublie, et cette recherche te concerne encore.

Retire ta main, et va dormir.

Ce que fixe le programme national

1. Ce que le texte officiel dit

Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire / parcours : « Défendre » et « entretenir » la liberté.

Programme national d’œuvres pour l’enseignement de français pour l’année scolaire 2026-2027, Bulletin officiel n° 30 du 24 juillet 2025, note de service du 4 juillet 2025, NOR : MENE2518792N. Lire le texte officiel complet. Vérifié le 2026-08-17.

2. Ce qu’il ne dit pas

Le texte inscrit l’œuvre et son parcours au programme, sans aucune découpe : l’œuvre entière, dans les deux voies. Il ne fournit ni résumé, ni interprétation, ni plan de cours, ni liste de passages à expliquer.

3. Ce que Patrick ajoute, et pourquoi

La page organise donc l’étude de l’œuvre. Le choix des textes expliqués, des sujets et des rapprochements relève du travail pédagogique, pas du Bulletin officiel.