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L’essentiel · Première · Bac de français

LA FORCE DE L'HABITUDE

Discours de la servitude volontaire, Étienne de La Boétie (vers 1548)

Parcours : « « défendre » et « entretenir » la liberté »

L’essentiel

L’explication linéaire, puis le dossier de l’épreuve

D’abord l’explication à voix haute : on lit, on comprend, on peut s’arrêter là. Ensuite, si tu veux la copie et l’oral, le dossier. Le sommaire les tient tous, à droite.

L’analyse qui s’affiche toute seule La réglure et la lumière qui descend Un parchemin réglé ; une barre d'or éclaire une ligne, et une étiquette sort dans la marge droite. Une flèche descend le long de la marge gauche. Ici tu ne lis pas : tu regardes lire. La lumière descend d’une ligne à l’autre et laisse un nom dans la marge. Cliquer pour voir le site s’animer
Le berceau est déjà entouré des barreaux que l’enfant prendra pour le monde.

1 · Le texte

Ce texte est celui de ton descriptif. Toutes les citations de cette page en sont tirées mot pour mot : tu peux les vérifier ligne à ligne, et tu devrais le faire une fois.

Établissement du texte. Témoin : le descriptif de ton année, pages 21 à 26. Cote : aucune, puisqu'il s'agit d'un descriptif d'examen et non d'un manuscrit. Bornes : §38 à §41. Version modernisée dont le descriptif n'indique ni l'édition ni le traducteur ; aucune attribution n'est inventée ici.

§38Il est vrai qu'au commencement, on tombe en servitude contraint et vaincu par la force ; mais ceux qui viennent après, n'ayant jamais connu la liberté, ne sachant pas même ce que c'est, sont en servitude sans regret et font volontiers ce que leurs devanciers avaient fait par contrainte. Car les hommes qui naissent sous le joug, nourris et élevés dans la servitude sans regarder plus avant, se contentent de vivre comme ils sont nés, et, ne pensant point avoir d'autres droits, ni d'autres biens que ceux qu'ils ont trouvés quand ils sont nés, prennent pour leur état de nature l'état de leur naissance.
§39Toutefois, il n'est pas d'héritier, si prodigue et nonchalant soit-il, qui ne porte, quelquefois, les yeux sur les registres de son père pour voir s'il jouit de tous les droits de sa succession, ou si l'on n'a pas porté quelque atteinte aux siens ou à ceux de son prédécesseur. Mais, certes, l'habitude, qui, en toutes choses, a grand pouvoir sur toutes nos actions, n'a, en aucun endroit, si grande capacité que de nous enseigner à vivre en servitude, pour nous apprendre – comme on le raconte de Mithridate qui finit par s'habituer au poison – à avaler, sans le trouver amer, le venin de la servitude.
§40L'on ne peut pas nier que la nature n'ait en nous bonne part pour nous guider là où elle veut et nous faire dire de nous-mêmes que nous sommes bien ou mal nés. Mais il faut aussi reconnaître qu'elle a encore moins de pouvoir sur nous que l'habitude ; car, si bon que soit le naturel, il se perd s'il n'est entretenu, et l'éducation nous transforme toujours à sa guise, quoi qu'il en soit, malgré la nature. Les semences de bien que la nature met en nous sont si minces et glissantes qu'elles ne peuvent résister au moindre choc produit par une éducation contraire : plutôt que de s'entretenir aisément, elles s'abâtardissent, se fondent et même s'anéantissent, exactement comme il arrive à ces arbres fruitiers qui, ayant assurément tous un naturel à part, le conservent bien si on les laisse se développer, mais l'abandonnent pour porter des fruits étrangers, et non les leurs, dès qu'on les greffe.
§41Les plantes ont aussi chacune leur propriété, leur naturel, leur singularité ; mais, toutefois, le gel, le temps, le terroir ou la main du jardinier détériorent ou améliorent beaucoup leur qualité ; la plante qu'on a vue dans un endroit n'est plus reconnaissable ailleurs.

Unité d'ancrage : le paragraphe. La numérotation des paragraphes est celle de la maison ; elle n'existe pas dans l'original, qui n'a presque pas d'alinéas.

L’habitude agit sans bruit : voilà pourquoi elle est difficile à voir.

2 · Ces phrases t'intimident ?

Regarde la page un instant, sans t'affoler. Les phrases sont longues, et les images se succèdent sans prévenir : le joug, le poison d'un roi antique, des semences, des arbres qu'on greffe. On croit changer de sujet à chaque ligne, alors que le sujet ne change pas.

Mets-toi bien ceci en tête : la difficulté vient du texte, pas de toi. Il a près de cinq cents ans. Il a été écrit dans une langue qui n'avait pas peur des phrases longues, et il enchaîne les comparaisons comme on enchaîne les preuves. Personne ne le franchit du premier coup.

La difficulté est même utile. Chaque image reprend la précédente d'un cran : le joug est extérieur, le poison est déjà dans le corps, la greffe touche jusqu'à ce que l'arbre produit. La démonstration avance en changeant de règne, du politique au médical, puis au végétal.

⭐ Voilà l'idée simple où nous arriverons, et tu peux la retenir dès maintenant : on peut finir par trouver normal ce qu'on a toujours connu. La Boétie montre que l'habitude et l'éducation peuvent faire oublier la liberté.

Naître dans la servitude peut faire passer l’acquis pour la nature.

3 · Avant tout : que raconte la scène ?

Qui est là ? Un argumentateur qui cherche la cause de la servitude durable. En face de lui, deux générations : celle qui a été vaincue, et celle qui est née après. Puis un roi de l'Antiquité, Mithridate, et pour finir des arbres et des plantes.

Que se passe-t-il ? La première génération est vaincue par la force. Les suivantes obéissent volontairement, parce qu'elles n'ont jamais connu autre chose. L'habitude achève le travail : elle enlève le goût amer du poison.

Qu'est-ce que La Boétie veut te faire comprendre ? Que l'éducation peut déformer les dispositions naturelles, comme une greffe transforme les fruits d'un arbre. ⭐ La servitude ne se transmet pas par le sang. Elle se transmet par l'habitude.

Le temps transforme une contrainte ancienne en évidence quotidienne.

4 · D'où l'on part, où l'on arrive

D'où l'on part. Le début du Discours a posé l'énigme : un tyran seul n'a de puissance que celle qu'on lui donne. Restait à dire pourquoi on la lui donne encore, une fois la première défaite oubliée. Ce passage apporte la première cause, et elle ne vient ni des armes ni de la peur.

Où l'on arrive. La Boétie quitte peu à peu le vocabulaire politique. Il passe au corps avec le poison, puis au jardin avec la greffe, et la question change de forme : ce n'est plus « qui nous soumet ? », c'est « qu'a-t-on fait de ce que nous étions ? ». À la fin du passage, la liberté n'est plus un droit acquis, mais une plante à entretenir.

Six jalons permettent de présenter clairement la force de l’habitude.

5 · Ton entrée en matière, six phrases et rien d'autre

Faire une introduction, c'est faire les présentations. Six phrases bien rangées suffisent.

Je te les écris ; tu les rediras à ta manière.

Un, l'auteur.

Ce que tu dis : « La Boétie est un humaniste du XVIᵉ siècle. »

Deux, l'œuvre.

Ce que tu dis : « Dans le Discours de la servitude volontaire, il analyse les mécanismes par lesquels un pouvoir se maintient. »

Trois, l'endroit.

Ce que tu dis : « Cet extrait explique le passage d'une servitude imposée à une servitude acceptée : ce sont les paragraphes 38 à 41. »

Quatre, ce que c'est.

Ce que tu dis : « Il s'agit d'une démonstration illustrée par des comparaisons médicales et végétales. »

Cinq, ta problématique.

Ce que tu dis : « On peut se demander comment La Boétie fait de l'habitude une seconde nature capable d'effacer le désir de liberté. »

Six, le chemin.

Ce que tu dis : « Le texte oppose d'abord les générations vaincues et habituées, de "Il est vrai" à "l'état de leur naissance". Il montre ensuite le pouvoir empoisonnant de l'habitude, de "Toutefois" à "le venin de la servitude". Il confronte enfin la nature à l'éducation, de "L'on ne peut pas nier" à "n'est plus reconnaissable ailleurs". »

La première génération se souvient encore de la liberté perdue.

6 · Première dose du venin : deux générations qui n'obéissent pas pour la même raison (de « Il est vrai » à « l'état de leur naissance »)

Commence par le mot « mais », au milieu de la première phrase. Avant lui, la servitude vient du dehors : au commencement, on tombe « contraint et vaincu par la force ». Après lui, plus un mot de violence. La même conduite continue, la cause a changé.

Puis regarde ce qui manque à la seconde génération. « n'ayant jamais connu la liberté, ne sachant pas même ce que c'est » : d'abord l'expérience, ensuite l'idée. Ils servent donc « sans regret », et le regret suppose qu'on ait perdu quelque chose dont on se souvienne. ⭐ On ne pleure pas ce qu'on n'a jamais eu.

Enfin, écoute les deux derniers mots de la phrase suivante. « leur état de nature » et « l'état de leur naissance » se ressemblent à l'oreille, et c'est là que la confusion se loge. La différence entre « par contrainte » et « volontiers » montre le passage d'une violence extérieure à une disposition intérieure.

Ce que tu dis. Une génération vaincue transmet un monde déjà soumis ; faute de comparaison, ses descendants prennent une situation historique pour l'ordre naturel.

La suivante reçoit l’obéissance comme un héritage sans testament.

7 · Deuxième dose du venin : l'habitude fait avaler le poison (de « Toutefois » à « le venin de la servitude »)

Le paragraphe s'ouvre sur une objection que La Boétie se fait à lui-même. Avec « Toutefois », il reconnaît qu'un héritier, même « prodigue et nonchalant », consulte parfois « les registres de son père » pour vérifier ses droits. Le geste existe donc, et il est ordinaire.

Compte alors ce que l'habitude sait faire. Elle « a grand pouvoir sur toutes nos actions », mais sa capacité est nulle part aussi grande que pour « nous enseigner à vivre en servitude ». Les verbes « enseigner » et « apprendre » en font un maître d'école, et non une force.

⛔ Ne passe pas trop vite sur Mithridate. Ce roi s'immunisait au poison par petites doses. L'exemple sert à faire avaler la servitude « sans le trouver amer » : le « venin » n'a pas disparu, c'est le goût qui a changé. ⭐ Le poison agit toujours ; il ne se signale plus.

Ce que tu dis. L'habitude n'enlève pas seulement la liberté ; elle enlève la capacité de sentir que la servitude est mauvaise.

Les spectacles et les récompenses détournent le regard des chaînes.

8 · Troisième dose du venin : la nature greffée par l'éducation (de « L'on ne peut pas nier » à « n'est plus reconnaissable ailleurs »)

Regarde d'abord une concession, et ce qu'elle prépare. « L'on ne peut pas nier que la nature n'ait en nous bonne part » : deux négations pour une affirmation prudente. La nature nous guide, soit ; mais elle « a encore moins de pouvoir sur nous que l'habitude ».

Puis suis les trois verbes du désastre. Les « semences de bien » ne résistent pas : elles « s'abâtardissent, se fondent et même s'anéantissent ». Le mouvement va de la dégradation à la disparition, en trois temps, et « l'éducation nous transforme » sans demander l'avis de personne.

Enfin, arrête-toi sur la greffe. L'arbre greffé reste debout et vivant : il porte seulement « des fruits étrangers, et non les leurs ». Rien ne se voit du dehors, et tout a changé. ⭐ C'est l'image la plus dure du passage : la servitude ne tue pas l'homme, elle change ce qu'il produit.

Ce que tu dis. La liberté est une disposition naturelle qui doit être entretenue ; laissée à une éducation servile, elle peut produire des « fruits étrangers ».

Comprendre l’habitude permet déjà de rompre son enchantement.

9 · Le venin reconnu : la réponse

Ta problématique demandait comment l'habitude devient une seconde nature capable d'effacer le désir de liberté. Voici la réponse, en une phrase : la servitude devient volontaire lorsque l'habitude supprime le souvenir d'un autre état possible.

Il ne s'agit pas d'un peuple qui aime ses chaînes : il s'agit d'un peuple qui ne dispose plus du terme de comparaison qui lui permettrait de les voir comme des chaînes.

⭐ Défendre la liberté exige donc aussi de l'entretenir par la mémoire et l'éducation. Le premier travail n'est pas de briser le joug. Il est de retrouver le goût amer du venin.

Entretenir la liberté exige de transmettre aussi sa mémoire.

10 · Le venin se prolonge : œuvre et parcours

Dans l'œuvre. Le texte 1 de ton descriptif, « L'introduction », posait l'énigme : le tyran n'a que la puissance qu'on lui donne. Ce passage-ci fournit la première cause de ce don renouvelé, l'habitude prise dès la naissance. Le texte 3, « Le fondement de la tyrannie », en donnera la seconde : les complices, qui vivent de la tyrannie et la portent. La première cause explique l'obéissance des dominés, la seconde l'organisation des profiteurs.

Dans ton parcours. Le parcours s'intitule « Défendre et entretenir la liberté ». Ce passage est celui où le mot « entretenir » prend son sens propre : « si bon que soit le naturel, il se perd s'il n'est entretenu », et le jardinier du dernier paragraphe fait le reste. La liberté y est traitée comme une plante, non comme une propriété.

Le rapprochement qui fait mouche à l'oral. Le texte 4, l'article de Jean-Baptiste Clément sur les Croquants de Bagnolet, montre trois siècles plus tard des paysans qui vont chercher les Prussiens contre leurs propres voisins. La greffe a pris ; le fruit est étranger.

Le mécanisme invisible a pris forme sous les yeux du lecteur.

11 · Retourne-toi et mesure le chemin

Tu es parti d'un texte plein d'images dépareillées, et tu sais maintenant qu'elles disent toutes la même chose.

Tu sais que « mais » sépare deux générations qui n'obéissent pas pour la même raison. Tu sais que « n'ayant jamais connu » et « ne sachant pas même » enlèvent d'abord l'expérience, ensuite l'idée. Tu sais que « nature » et « naissance » se ressemblent à l'oreille et que la confusion tient à ce voisinage. Tu sais que Mithridate n'est pas là pour l'histoire ancienne, mais pour expliquer une perte du goût. Tu sais que l'arbre greffé reste vivant et ne donne plus ses fruits.

Tu sais aussi tenir trois faits de langue. L'architecture d'une phrase complexe avec ses groupes participiaux, la subordonnée de concession en « si… soit-il », et le mode qui distingue deux emplois du mot « si ». Ce sont trois leçons distinctes, et elles suffisent à répondre au dragon.

⭐ Et tu sais dire pourquoi ce texte compte : parce qu'il déplace la faute du tyran vers l'éducation reçue. Si tu montres le « mais », les deux participes, le venin et la greffe, tu as le passage.

La syntaxe révèle comment la cause et la conséquence s’enchaînent.

12 · Trois phrases avant la rive : la grammaire

Ici commence l'antre du dragon. Le dragon, c'est l'examinateur, et sa question de grammaire vaut deux points sur vingt. Elle tombe à la fin de l'entretien, quand tu es fatigué. On va la préparer maintenant, pendant que tu es frais.

Et pour la traverser, tu as quelqu'un. Elle s'appelle Grame Maire. Dis-le à voix haute : c'est la grand-mère de la grammaire, et elle ne te lâchera plus.

Le réflexe en cinq pas · le même pour n'importe quelle phrase

Un. Recopie la phrase soulignée, en entier, sans en couper un mot.

Deux. Compte les verbes conjugués : tu auras le nombre de propositions.

Trois. Cherche le mot qui relie, et nomme-le avec le mot du bac.

Quatre. Montre : pointe le mot qui prouve ce que tu dis.

Cinq. Dis ce que ça apporte au sens. C'est le pas que tout le monde oublie, et c'est celui qui rapporte.

Phrase 1 : la phrase complexe et ses groupes participiaux (leçon ②)

« ceux qui viennent après, n'ayant jamais connu la liberté, ne sachant pas même ce que c'est, sont en servitude »

Où est le verbe principal ? ⭐ « sont ». Son sujet est le pronom « ceux », et tout ce qui s'intercale entre les deux est du remplissage grammatical, au bon sens du terme.

Et les deux groupes en « ant » ? « n'ayant jamais connu » et « ne sachant pas même » sont des groupes participiaux détachés entre virgules. Ils donnent la cause : remplace-les par « parce qu'ils n'avaient jamais connu… », la phrase tient debout. Quant à « qui viennent après », c'est une proposition subordonnée relative qui complète le pronom « ceux ».

Ce que tu dis. La relative identifie la génération suivante et les groupes participiaux expliquent son ignorance.

Phrase 2 : la subordonnée de concession (leçon ④)

« il n'est pas d'héritier, si prodigue et nonchalant soit-il, qui ne porte […] les yeux »

Quelle est cette construction bizarre ? ⭐ Une concessive : la tournure place les adjectifs avant le verbe au subjonctif, « soit ».

Comment le prouver ? Le test que tu peux faire seul : traduis en français d'aujourd'hui. « si prodigue et nonchalant soit-il » signifie « même s'il est prodigue et nonchalant ». La traduction par « même si » est la signature de la concession.

Ce que tu dis. C'est une subordonnée concessive : malgré sa négligence, tout héritier vérifie parfois ses droits.

Phrase 3 : deux « si » dans la même phrase (leçon ①)

« si bon que soit le naturel, il se perd s'il n'est entretenu »

Le même mot deux fois : est-ce la même chose ? ⭐ Non, et c'est le mode du verbe qui tranche. « si bon que soit le naturel » a son verbe au subjonctif, « soit » : c'est encore une concession. « s'il n'est entretenu » a son verbe à l'indicatif, « est » : c'est une condition.

Et la principale ? C'est « il se perd », au présent de l'indicatif. ⚠️ Attention à ne pas répondre « subordonnée de condition » pour les deux : le mot introducteur est le même, la construction ne l'est pas.

Ce que tu dis. La concession reconnaît une qualité avant de montrer qu'elle ne suffit pas.

Au bout du chemin, l’habitude n’est plus une fatalité sans nom.

13 · Terre ferme : tu peux t'arrêter là

Belle traversée. Tu es entré dans une page qui changeait d'image à chaque ligne, tu en ressors avec une thèse, trois mouvements et trois faits de langue que tu sais montrer.

Range tout, souffle : tu peux être fier du chemin.

À la prochaine étape. J'ai aimé faire ce passage avec toi.

Fin de l’explication

Tu peux t’arrêter là. Ou continuer.

Ce que tu viens de lire, c’est le texte expliqué comme on l’explique à voix haute, à côté de toi. Si c’était ton but, c’est fini : tu as compris le texte.

Après cette traversée vient le dossier : la même explication, mais rédigée comme on l’attend le jour de l’épreuve. Introduction au propre, analyse des procédés, tableaux de révision, questions de grammaire. C’est froid, c’est dense, et c’est fait pour ça. On y va quand on révise, pas quand on découvre.

L’adresse commune

Les sept leçons de grammaire

  1. Le verbe : valeurs temporelles, aspectuelles et modales.
  2. La phrase complexe : juxtaposition, coordination, subordination.
  3. La subordonnée relative : antécédent, syntaxe et fonction.
  4. La circonstancielle : cause, conséquence, but, condition, concession.
  5. L’interrogation : directe, indirecte, syntaxe et pragmatique.
  6. La négation : totale, partielle, exceptive et textuelle.
  7. Le lexique : néologie, synonymie, antonymie et hypéronymie.
  8. En plus, et tout le monde en a besoin L’accord du participe passé
Le dossier Le même commentaire linéaire, sous l’angle institutionnel et administratif. Ouvrir le commentaire institutionnel et administratif
01L'EXPLICATION TRÈS SIMPLE

Idée générale du texte

Dans ce passage, La Boétie explique pourquoi les peuples restent esclaves une fois qu'ils l'ont été

une première fois. La réponse tient en un mot : l'habitude. Ceux qui naissent dans la servitude ne

savent pas qu'ils ont perdu quelque chose. Ils prennent leur prison pour le monde.

Situation simple

Au début, on est vaincu par la force : c'est clair, et c'est violent. Mais ceux qui viennent après

n'ont rien vu de cette violence. Ils naissent dans un pays déjà soumis. Ils grandissent sans jamais

avoir vu la liberté. Alors ils obéissent sans souffrir, et même volontiers.

Mouvement I : raconter ce qui se passe

Dans le premier mouvement, l'auteur raconte que la servitude a deux âges. D'abord la conquête, où

l'on cède à la force. Ensuite les générations suivantes, qui n'ont rien connu d'autre. Cela veut

dire que la contrainte s'efface, mais que l'obéissance reste. L'idée importante est que les hommes

finissent par appeler « nature » ce qui n'est que leur histoire.

Mouvement II : raconter le changement

Dans ce mouvement, le récit passe à une comparaison surprenante. Même l'héritier le plus paresseux

regarde de temps en temps ses papiers pour vérifier qu'on ne lui a rien pris. Le lecteur comprend

que les peuples, eux, ne vérifient jamais. L'idée importante est que l'habitude nous apprend à

avaler le poison sans le trouver amer.

Mouvement III : raconter la réponse, le basculement ou la leçon

Dans ce mouvement, le texte donne sa leçon par les plantes. Un arbre a bien son goût à lui, mais si

on le greffe, il porte d'autres fruits. Une herbe change selon le gel, le terroir, la main du

jardinier. La leçon du passage est que l'éducation peut plus que la nature, et que la servitude

s'apprend comme un goût.

Phrase finale pour l'élève

Dans ce passage, La Boétie explique pourquoi la servitude dure : les hommes qui naissent dedans ne

savent pas ce qu'ils ont perdu. Il oppose la nature, qui est faible en nous, à l'habitude, qui est

forte. Le texte fait comprendre que la liberté ne se perd pas seulement par la force : elle se perd

par l'oubli.


02L'INTRODUCTION · sept étapes

① L'auteur. Étienne de La Boétie, magistrat bordelais mort à trente-deux ans, écrit très jeune

un discours que son ami Montaigne renoncera à publier dans les Essais.

② La situation. Le seizième siècle des guerres civiles fait de la question du pouvoir légitime

une affaire de survie ; l'humanisme, lui, fournit à La Boétie ses exemples antiques et son goût de

la démonstration.

③ L'œuvre. Le Discours de la servitude volontaire ne cherche pas la cause de la tyrannie chez

le tyran, mais chez ceux qui obéissent : c'est l'obéissance elle-même qui devient l'objet du

raisonnement.

④ La situation de l'extrait. Le passage vient après le constat : les peuples servent, et cela

paraît inexplicable. L'auteur cherche alors la cause, et il en propose une première, décisive :

la coutume.

⑤ La caractérisation du passage. Le texte est une démonstration en prose, sans récit ni

personnage, qui progresse par comparaisons empruntées au droit, à la médecine et au jardinage ;

l'énonciation y est impersonnelle, et la période longue y sert de preuve autant que d'ornement.

⑥ La problématique. De quelle manière La Boétie fait-il de l'habitude la véritable cause de la

servitude, plus forte que la nature elle-même ?

⑦ L'annonce des mouvements. Le passage distingue d'abord deux âges de la servitude : par quels

moyens la contrainte initiale devient-elle une obéissance sans douleur ? Le deuxième mouvement

oppose l'héritier vigilant au peuple oublieux et nomme le poison : pour quelle raison la coutume

a-t-elle plus de pouvoir en ce domaine qu'en aucun autre ? Le dernier mouvement quitte les hommes

pour les plantes : en quoi la comparaison horticole achève-t-elle de retirer à la nature ce qu'on

lui attribuait ?


03LE COMMENTAIRE LINÉAIRE

MOUVEMENT 1 · Les deux âges de la servitude · §38

1.1 ★ Le premier temps : la force, et elle est nommée

Orientation. Le passage s'ouvre sur une concession : la servitude a bien commencé par la

violence, et l'auteur ne le nie pas.

Citation.

· « Il est vrai qu'au commencement, on tombe en servitude contraint et vaincu par la force »

Procédé principal. Complément circonstanciel de temps en tête de période (« au commencement »).

Analyse. La formule « Il est vrai qu'… » concède avant de corriger : elle annonce un « mais ». Le

complément « au commencement » installe une chronologie, et c'est elle qui porte toute la

démonstration à venir. Les deux participes coordonnés, « contraint et vaincu », doublent la

contrainte : l'un dit la pression, l'autre la défaite.

Effet. Le lecteur accorde ce début sans difficulté : la conquête est un fait connu.

Interprétation. En datant la servitude, La Boétie la rend historique : donc non naturelle. Ce

qui a commencé un jour peut cesser un autre.

Liaison. Si la force explique le premier jour, explique-t-elle les jours suivants ?

1.2 ★ Ceux qui viennent après, et qui n'ont rien vu

Orientation. La deuxième génération change tout : elle obéit sans avoir été vaincue.

Citation.

· « sont en servitude sans regret et font volontiers ce que leurs devanciers avaient fait par contrainte »

Procédé principal. Antithèse entre « volontiers » et « par contrainte ».

Procédé secondaire. Plus-que-parfait (« avaient fait »), qui rejette la contrainte dans un passé révolu.

Analyse. Le même acte se répète, mais son régime s'inverse : ce qui était subi devient voulu.

L'antithèse ne porte pas sur les faits, elle porte sur la manière. Le plus-que-parfait creuse la

distance : les devanciers ont été contraints, ceux-ci ne le sont plus. La cause de l'obéissance a

disparu ; l'obéissance est restée.

Effet. Le lecteur perçoit un glissement silencieux, sans événement.

Interprétation. C'est la définition même de la servitude volontaire : non pas un consentement

donné, mais une contrainte oubliée.

Liaison. Comment nomme-t-on ce que l'on n'a jamais connu autrement ?

1.3 ◆ Prendre sa naissance pour sa nature

Orientation. La sous-partie se ferme sur une formule qui condense le mécanisme.

Citation.

· « prennent pour leur état de nature l'état de leur naissance »

Procédé principal. Maxime en clausule.

Analyse. La phrase joue sur deux mots voisins et pourtant opposés : « naturel » désigne ce qui

est donné, « naissance » ce qui est reçu d'un lieu et d'un temps. Le verbe « prendre pour » signale

l'erreur : ce n'est pas une confusion de mots, c'est une confusion de catégories. Les participes qui

précèdent : naissant, nourris, élevés : avaient déjà fait le travail : trois étapes d'une éducation,

présentées comme une croissance.

Effet. Le lecteur éprouve le vertige d'une erreur que rien ne signale à celui qui la commet.

Interprétation. La servitude devient invisible à ses victimes parce qu'elle occupe la place de

la nature. C'est pourquoi elle n'appelle ni révolte ni plainte.

TRANSITION 1

Le premier mouvement a donc montré que la contrainte s'efface en une génération et que l'habitude

prend le nom de nature. Mais cette confusion est-elle propre aux peuples ? L'auteur va chercher

une comparaison là où on ne l'attend pas : dans le droit des successions.

MOUVEMENT 2 · L'héritier, la coutume et le poison · §39

2.1 ◆ L'héritier le plus négligent vérifie pourtant ses titres

Orientation. La comparaison prend un homme ordinaire, et même médiocre, pour mesurer l'oubli des

peuples.

Citation.

· « il n'est pas d'héritier, si prodigue et nonchalant soit-il, qui ne porte, quelquefois, les yeux sur les registres de son père »

Procédé principal. Litote par double négation («il n'est pas d'héritier… qui ne porte»).

Analyse. La double négation affirme avec force ce qu'elle a l'air de nier : tous les héritiers

vérifient. Les deux adjectifs concessifs, « prodigue » et « nonchalant », désignent le pire des

héritiers, et c'est précisément lui qu'on prend pour témoin. Les « registres » installent le

vocabulaire du droit : on parle de titres, de succession, de droits qu'on peut se faire prendre.

Effet. Le lecteur est saisi par la disproportion : ce que le plus paresseux des hommes fait pour

ses terres, aucun peuple ne le fait pour sa liberté.

Interprétation. La liberté est traitée comme un héritage dont personne ne relit le titre. Le

droit sert ici de reproche : nul ne perd sa terre par distraction, tous perdent leur liberté ainsi.

Liaison. Si nul ne néglige son bien, pourquoi tous négligent-ils celui-là ?

2.2 ★ La coutume, souveraine en ce domaine plus qu'en aucun autre

Orientation. L'auteur nomme enfin la cause qu'il cherchait, et il en mesure la force.

Citation.

· « l'habitude, qui, en toutes choses, a grand pouvoir sur toutes nos actions, n'a, en aucun endroit, si grande capacité que de nous enseigner à vivre en servitude »

Procédé principal. Superlatif relatif construit sur une négation («en aucun endroit, si grande capacité que»).

Analyse. La construction compare la coutume à elle-même : partout puissante, ici plus que

partout. Le verbe « enseigner » est décisif : il fait de la servitude une matière apprise, avec un

maître et une méthode. La personnification est discrète mais entière : la coutume a du pouvoir, de

la vertu, et elle enseigne.

Effet. Le lecteur voit se substituer, à l'image du tyran qui contraint, celle d'un précepteur

patient.

Interprétation. La servitude cesse d'être un rapport de force pour devenir une éducation. C'est

ce déplacement qui donne au Discours sa portée : on ne combat pas une leçon comme on combat une armée.

Liaison. Que devient un poison qu'on apprend à boire chaque jour ?

2.3 ★ Mithridate, et le venin qui ne paraît plus amer

Orientation. L'exemple antique donne au mécanisme son image la plus dure.

Citation.

· « à avaler, sans le trouver amer, le venin de la servitude »

Procédé principal. Métaphore du poison, appuyée sur l'exemplum de Mithridate.

Analyse. Le roi qui s'immunisait en buvant chaque jour un peu de poison sert de modèle exact :

la dose ne diminue pas, c'est la sensibilité qui s'éteint. Deux infinitifs coordonnés distinguent

les deux temps du dressage : « avaler » d'abord, «sans le trouver amer» ensuite. Le second est le

plus grave, car il porte sur le goût, c'est-à-dire sur le jugement.

Effet. Le lecteur éprouve un malaise physique : le mal est décrit comme une saveur qu'on perd.

Interprétation. L'accoutumance n'endort pas la souffrance, elle supprime la faculté de la

percevoir. La servitude devient supportable au moment précis où elle devient invisible.

TRANSITION 2

Le deuxième mouvement a donc nommé la coutume et montré son ouvrage : elle enseigne, et elle

ôte le goût du poison. Reste une objection, et c'est la plus sérieuse : la nature ne devrait-elle

pas résister ? C'est à elle que le troisième mouvement s'attaque.

MOUVEMENT 3 · La nature vaincue par la greffe · §40 et §41

3.1 ★ La nature reconnue, puis rabaissée

Orientation. L'auteur accorde à la nature sa part, avant de la déclarer plus faible que la coutume.

Citation.

· « si bon que soit le naturel, il se perd s'il n'est entretenu »

Procédé principal. Subordonnée circonstancielle de concession («si bon que soit le naturel»).

Procédé secondaire. Subordonnée circonstancielle de condition (« s'il n'est entretenu »).

Analyse. Deux subordonnées se répondent : l'une concède la qualité, l'autre pose la fragilité.

La concession n'affaiblit pas la thèse, elle la renforce, car elle place la démonstration sur le

terrain le plus favorable à l'adversaire : même le meilleur naturel se perd. Le verbe pronominal

« se perd » n'attribue la perte à personne : elle se fait toute seule.

Effet. Le lecteur cède devant un raisonnement qui lui a d'abord donné raison.

Interprétation. La nature n'est pas niée : elle est déclarée insuffisante. Ce qui n'est pas

entretenu se défait, et la liberté est de cette espèce-là.

Liaison. Si le bon naturel se perd, que suffit-il pour l'emporter ?

3.2 ★ Les semences trop menues pour résister

Orientation. La métaphore végétale entre, et elle explique la faiblesse par la taille.

Citation.

· « Les semences de bien que la nature met en nous sont si minces et glissantes qu'elles ne peuvent résister au moindre choc produit par une éducation contraire »

Procédé principal. Subordonnée circonstancielle de conséquence (« si… que »).

Analyse. La construction consécutive lie une qualité à son effet : parce que les semences sont

menues, elles ne résistent pas. Les deux adjectifs sont physiques : l'un dit la petitesse, l'autre

l'impossibilité de saisir. Le superlatif inverse «au moindre choc» achève la démonstration : il

ne faut pas un choc violent, il suffit du plus petit.

Effet. Le lecteur se représente une perte sans drame, presque sans bruit.

Interprétation. Le bien naturel n'est pas détruit par une force contraire : il est dissous par

une éducation. C'est pourquoi la servitude n'a pas besoin de violence pour durer.

Liaison. Y a-t-il une image plus juste que la semence pour dire cette transformation ?

3.3 ★ La greffe, et la plante qu'on ne reconnaît plus

Orientation. Le passage se ferme sur deux images empruntées au verger et au jardin.

Citation.

· « exactement comme il arrive à ces arbres fruitiers qui, ayant assurément tous un naturel à part »

Procédé principal. Comparaison filée horticole, close par la greffe.

Procédé secondaire. Énumération des agents extérieurs (« le gel, le temps, le terroir ou la main du jardinier »).

Analyse. L'arbre garde son goût si on le laisse venir ; greffé, il porte des fruits «étrangers, et non les leurs». La greffe est l'image exacte de l'éducation : elle ne tue pas l'arbre, elle

change ce qu'il produit. L'énumération finale mêle les forces impersonnelles : gel, temps, terroir :

et une main humaine, celle du jardinier : la dernière place n'est pas indifférente, car c'est la

seule qui décide. La clausule renverse alors le regard : ce n'est plus la plante qui change, c'est

nous qui ne la reconnaissons plus.

Effet. Le lecteur emporte une image concrète, et légèrement inquiétante, de sa propre formation.

Interprétation. Si l'homme est un arbre greffé, la question politique devient une question

d'éducation : qui tient la main du jardinier ? C'est là que le parcours trouve son sens : entretenir

la liberté, c'est entretenir ce qui, laissé seul, se perd.


04LA CONCLUSION

① Récapitulation. Le passage a distingué deux âges de la servitude, la contrainte puis

l'habitude ; il a nommé la coutume comme cause, et mesuré son pouvoir par l'image du poison qu'on

apprend à boire ; il a enfin retiré à la nature le crédit qu'on lui accorde, en montrant par la

greffe que l'éducation peut plus qu'elle.

② Réponse à la problématique. L'habitude devient la véritable cause de la servitude parce

qu'elle agit là où la force ne peut rien : sur le goût, sur le jugement, sur ce que l'on tient pour

naturel. Elle ne contraint pas, elle enseigne : et ce qu'elle enseigne ne se ressent plus comme un mal.

③ Dépassement. Le raisonnement déplace la politique vers la pédagogie : si la servitude

s'apprend, la liberté s'apprend aussi, et l'entretien devient une tâche continue. C'est la raison

pour laquelle le Discours ne s'achève pas sur un appel à la révolte mais sur un travail de

lucidité.

④ Ouverture. Le passage éclaire ainsi le parcours « Défendre » et

« entretenir » la liberté : ce que la coutume a greffé, seule une autre culture peut le

dégreffer : et c'est ce que le livre entreprend en nommant, pour la première fois, ce que personne

ne sentait plus.


05LE MÉMO DE L'ORAL · ce qu'on dit vraiment en dix minutes

Les cinq points à ne pas manquer

① §38 : « au commencement » : la servitude est datée, donc historique, donc non naturelle.

② §38 : « volontiers » contre « par contrainte » : le même acte change de régime en une génération.

③ §39 : l'héritier qui relit ses registres : ce que le plus paresseux fait pour ses terres, nul ne le fait pour sa liberté.

④ §39 : le venin de Mithridate : la dose ne baisse pas, c'est le goût qui s'éteint.

⑤ §40-41 : la greffe : l'arbre vit toujours, mais il porte des fruits qui ne sont pas les siens.

La phrase qui tient tout le passage

· « prennent pour leur état de nature l'état de leur naissance »


06LE TABLEAU DE RÉVISION DES PROCÉDÉS
Procédé désignéAnalyse dans le texteEffet sur le lecteurInterprétation
Complément circonstanciel de temps (« au commencement »)Ouvre la période et installe une chronologie de la servitudeLe début paraît concédé sans peineCe qui a commencé peut finir : la servitude est historique
Antithèse (« volontiers » / « par contrainte »)Le même acte est rapporté à deux régimes opposésGlissement perçu sans événementLa contrainte n'est pas consentie : elle est oubliée
Plus-que-parfait (« avaient fait »)Rejette la contrainte dans un passé révoluImpression d'éloignementLa cause a disparu, l'effet demeure
Maxime en clausule («prennent pour leur état de nature l'état de leur naissance»)Deux mots voisins, « naturel » et « naissance », sont opposésVertige d'une erreur invisible à qui la commetLa servitude occupe la place de la nature
Litote par double négation («il n'est pas d'héritier… qui ne porte»)Nie pour affirmer plus fort : tous vérifientDisproportion saisissanteNul ne perd sa terre par distraction, tous perdent leur liberté ainsi
Superlatif relatif sur négation («en aucun endroit, si grande capacité que»)Compare la coutume à elle-même, partout puissante, ici davantageSubstitution d'image : un précepteur remplace le tyranLa servitude est enseignée, non imposée
Métaphore du poison (« le venin de la servitude »)Appuyée sur Mithridate : la dose reste, la sensibilité s'éteintMalaise physiqueL'accoutumance supprime la perception du mal
Subordonnée de concession («si bon que soit le naturel»)Accorde la qualité avant de poser la fragilitéLe lecteur cède après avoir eu raisonLa nature n'est pas niée, elle est déclarée insuffisante
Subordonnée de conséquence («si minces et glissantes qu'elles ne peuvent résister»)Lie la petitesse des semences à leur défaitePerte sans drame ni bruitLe bien naturel est dissous, non détruit
Comparaison filée horticole («exactement comme il arrive à ces arbres fruitiers»)L'arbre greffé porte des fruits étrangersImage concrète et inquiétanteL'éducation change ce que l'homme produit, non ce qu'il est
Énumération (« le gel, le temps, le terroir ou la main du jardinier »)Trois forces impersonnelles, puis une main humaine en dernierAttention attirée par la dernière placeSeule la main décide : la question devient politique

Hiérarchie claire pour la révision

⭐ Cinq procédés suffisent : l'antithèse volontiers / par contrainte (mouvement 1) · la maxime

de clausule (mouvement 1) · le superlatif relatif de la coutume et la métaphore du poison

(mouvement 2) · la comparaison de la greffe (mouvement 3).

Écartés à la révision : le plus-que-parfait, juste mais faible seul, et l'énumération finale, qui

ne vaut que rapportée à la place du jardinier.


07LE TABLEAU DE COUVERTURE
MouvementProcédé ★Dans le mémo ?
Iantithèse « volontiers » / « par contrainte »oui
Imaxime en clausule sur le naturel et la naissanceoui
IIsuperlatif relatif : la coutume souveraineoui
IImétaphore du venin, appuyée sur Mithridateoui
IIIconcession «si bon que soit le naturel»oui
IIIcomparaison de la greffeoui

Les trois mouvements sont couverts, les six incontournables figurent au mémo : couverture complète.


08LE TABLEAU DES ERREURS · propre à ce passage

La gravité se marque : ⛔ rédhibitoire · ⚠ grave · · à éviter.

Section A · erreurs de fond

erreur à ne pas commettrepourquoi c'est une erreurformulation correcte
⛔Dire que La Boétie nie la nature humaineIl lui accorde « bonne part » et la déclare seulement plus faible que la coutumeLa nature existe, mais elle se perd si elle n'est pas entretenue
⛔Confondre la contrainte du début et l'obéissance qui suitTout le passage repose sur cette distinction de deux âgesAu commencement la force ; ensuite l'habitude, sans contrainte
⚠Faire de Mithridate un tyran du texteC'est un exemple d'accoutumance au poison, non une figure politiqueMithridate sert d'image : la dose demeure, le goût disparaît
⚠Lire la greffe comme une destructionL'arbre greffé vit et produit ; il produit autre choseL'éducation ne détruit pas le naturel, elle en change les fruits
⚠Oublier l'héritierLa comparaison juridique porte le reproche central du passageNul ne néglige ses titres ; tous négligent leur liberté
·Prendre « coutume » pour une simple routineLe mot désigne ici une éducation collective qui enseigneLa coutume a un pouvoir d'enseignement, avec méthode et durée
·Négliger le parcoursLe passage explique pourquoi la liberté doit être entretenueCe qui n'est pas entretenu se perd : c'est la définition même de l'entretien

Section B · erreurs de méthode à l'oral

erreur de méthodecorrection attendue
Résumer les quatre paragraphes l'un après l'autreRegrouper en trois mouvements et nommer la fonction de chacun
Citer la greffe sans analyser la comparaisonNommer le comparé, le comparant et ce que la greffe change exactement
Confondre effet et interprétation au mouvement 2Dire d'abord le malaise du goût perdu, puis ce que cette perte signifie
Sauter la transition entre la coutume et la natureRappeler l'objection : la nature ne devrait-elle pas résister ?
Conclure par « il faut défendre la liberté »Répondre à la problématique, puis ouvrir sur l'entretien

Section C · formulations interdites ou à éviter

formulation maladroiteformulation correcte
« Les gens s'habituent »« L'habitude enseigne, et supprime le goût du mal »
« C'est comme une drogue »« La métaphore du venin s'appuie sur l'exemple de Mithridate »
« La nature est plus forte »« La nature a bonne part, mais moins de pouvoir que la coutume »
« Les plantes changent »« L'arbre greffé conserve sa vie et perd ses fruits propres »

Section D · erreurs d'identification des procédés

erreurpourquoicorrection
« Champ lexical de la nature » sur le seul mot « naturel »Un champ lexical suppose au moins deux termes reliésNommer la comparaison horticole, qui est filée sur trois images
« Métaphore » pour «exactement comme il arrive à ces arbres fruitiers»L'outil de comparaison est expriméComparaison, et non métaphore
« Hyperbole » pour «au moindre choc»C'est un superlatif inverse, non une exagérationSuperlatif relatif d'infériorité
« Question rhétorique » pour «pour voir s'il jouit de tous les droits»La phrase est déclarative : c'est une interrogative indirecteInterrogation indirecte totale introduite par « si »

09LES TROIS QUESTIONS DE GRAMMAIRE

⭐ Les trois notions ne sont pas choisies : elles sont celles de la classe du voyageur 1 :

l'interrogation · la négation · les subordonnées conjonctives circonstancielles.

⛔ Aucune analyse littéraire n'entre ici.

Question 1 · l'interrogation (leçon ⑤)

1. Phrase étudiée.

· « il n'est pas d'héritier, si prodigue et nonchalant soit-il, qui ne porte, quelquefois, les yeux sur les registres de son père pour voir s'il jouit de tous les droits de sa succession, ou si l'on n'a pas porté quelque atteinte aux siens »

2. Question. Comment analyser les propositions introduites par « si » dans cette phrase ?

3. Leçon. ⑤ l'interrogation.

4. Nature de la phrase. Phrase complexe ; déclarative ; négative dans la principale ; quatre

verbes conjugués ; le sujet de la principale est le pronom impersonnel « il ».

5. Analyse grammaticale. Les deux propositions introduites par « si » sont des subordonnées

interrogatives indirectes totales. Elles ne posent pas de condition : elles rapportent une

question à laquelle on répondrait par oui ou par non. Trois marques le prouvent : l'absence de point

d'interrogation, l'absence d'inversion du sujet, et la dépendance à un verbe de connaissance :

« pour savoir », « pour voir ».

La première a pour sujet « il », reprenant l'héritier, et pour verbe « jouit ». La seconde, coordonnée

à la première par « ou », marque une alternative : la question rapportée porte sur deux hypothèses

successives. Le subordonnant « si » est ici un mot interrogatif, non une conjonction de condition ;

on le vérifie en substituant : « pour savoir s'il jouit » admet « pour savoir si oui ou non il jouit »,

ce qu'une conditionnelle refuserait.

6. Justification. Cette phrase relève de la leçon ⑤ parce que l'analyse porte sur la valeur

interrogative de « si », sur le type d'interrogation : totale : et sur la distinction entre

interrogation indirecte et subordonnée de condition.

Question 2 · la négation (leçon ⑥)

1. Phrase étudiée.

· « L'on ne peut pas nier que la nature n'ait en nous bonne part »

2. Question. Quelle est la valeur du « ne » dans la proposition subordonnée ?

3. Leçon. ⑥ les formes et emplois de la négation.

4. Nature de la phrase. Phrase complexe ; déclarative ; négative dans la principale ; deux verbes

conjugués, « peut » et « ait » ; le sujet est le pronom indéfini « on ».

5. Analyse grammaticale. Deux négations occupent la phrase, et elles ne sont pas de même nature.

Dans la principale, « ne… pas » : réduit à « ne » seul dans le texte établi, tour littéraire admis

après « pouvoir » : est une négation véritable : elle porte sur le verbe « peut » et nie la

possibilité de nier.

Dans la subordonnée complétive « que la nature n'ait en nous bonne part », le « ne » est un

« ne » explétif : il ne nie rien. On le vérifie par le sens : la phrase affirme que la nature a

bonne part en nous : et par la suppression : « on ne peut nier que la nature ait bonne part » garde

exactement le même sens. Ce « ne » apparaît régulièrement après les verbes de doute, de crainte et

d'empêchement employés négativement, dont « nier » fait partie.

Le verbe « ait » est au subjonctif présent, mode attendu dans une complétive dépendant d'un verbe

d'opinion à la forme négative.

6. Justification. Cette phrase relève de la leçon ⑥ parce qu'elle oblige à distinguer deux

emplois du même mot : une négation qui nie, et un « ne » explétif qui ne nie pas.

Question 3 · les subordonnées circonstancielles (leçon ④)

1. Phrase étudiée.

· « si bon que soit le naturel, il se perd s'il n'est entretenu »

2. Question. Analyser les deux subordonnées circonstancielles et le rapport logique de chacune.

3. Leçon. ④ les subordonnées conjonctives circonstancielles.

4. Nature de la phrase. Phrase complexe ; déclarative ; trois verbes conjugués, « soit »,

« se perd » et « est entretenu » ; le sujet de la principale est « le naturel ».

5. Analyse grammaticale. La première subordonnée, «si bon que soit le naturel», est une circonstancielle

de concession. Elle est construite sans conjonction dans le texte établi : l'adjectif « bon » est

antéposé, le verbe « soit » au subjonctif, le sujet inversé. Cette tournure équivaut à « bien qu'il

soit bon » : et la version du descriptif l'explicite par la corrélation « si bon que soit le

naturel ». Sa fonction est de complément circonstanciel de concession du verbe « se perd ».

La seconde, « s'il n'est entretenu », est une circonstancielle de condition, introduite par la

conjonction « si ». Son sujet est « il », reprenant « le naturel » ; son verbe « est entretenu » est

au présent passif, encadré par la négation « ne ». Elle exprime la condition sans laquelle la perte

survient.

Les deux subordonnées ne se coordonnent pas : elles s'ajoutent, l'une accordant une qualité, l'autre

posant une limite. La principale, réduite à « se perd », est encadrée par elles.

⚠ Ne pas confondre les deux « si ». Le premier est adverbe d'intensité dans une concession ; le

second est conjonction de subordination dans une condition. C'est le cœur de la question.

6. Justification. Cette phrase relève de la leçon ④ parce qu'elle demande d'identifier deux

circonstancielles de rapports logiques différents, dont l'une est construite sans conjonction.


Source bilingue close le 18 août 2026. Deux sorties s'en tirent : la maison et le voyageur 1.

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Ce que fixe le programme national

1. Ce que le texte officiel dit

Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire / parcours : « Défendre » et « entretenir » la liberté.

Programme national d'œuvres pour l'enseignement de français pour l'année scolaire 2026-2027, Bulletin officiel n° 30 du 24 juillet 2025, note de service du 4 juillet 2025, NOR : MENE2518792N. Lire le texte officiel complet. Vérifié le 19 août 2026.

Objet d'étude : la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle. Voie générale et voie technologique : mêmes œuvre et parcours.

2. Ce qu'il ne dit pas

Le texte inscrit l'œuvre et son parcours au programme ; il ne fournit ni résumé, ni interprétation, ni plan de cours.

Et il n'impose aucune édition. Pour Chrétien de Troyes, la même note précise « édition bilingue » ; pour Graffigny, elle énumère les lettres à inclure. Pour La Boétie, rien : ni édition, ni traduction, ni découpe.

Le texte de 1548 et la façon de le donner à lire relèvent donc du choix du professeur, et ce choix demande à être déclaré.

3. Ce que la maison ajoute, et pourquoi

Une œuvre n'existe que si on la revisite, toujours et encore.

La page organise donc l'étude de l'œuvre. Ses explications, ses exemples et ses rapprochements relèvent du travail pédagogique, pas du Bulletin officiel.

Ce n'est pas une édition bilingue, et le programme n'en demandait pas. La page donne le français d'aujourd'hui ; le texte de 1577 reste accessible sous chaque paragraphe. Une colonne de seizième siècle en regard fait déchiffrer au lieu de faire comprendre : on a choisi de faire lire.

Des traductions existent, et elles sont bonnes. Mais chacune porte la langue du moment où elle a été faite : reprendre celle d'un autre, ce serait donner à lire un texte deux fois daté. Un classique qu'on ne retraduit plus est un classique qu'on a cessé d'ouvrir.

Et cette modernisation est déclarée : chaque intervention est relevée et motivée, vingt-sept passages restent dans leur forme ancienne parce que le texte s'y glose lui-même, et l'on peut donc la contester ligne à ligne.

Texte de base : l'imprimé de 1577, Vive description de la tyrannie, exemplaire de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, cote 8 R SUP 106 RES (P. 2), domaine public. Le manuscrit de Mesmes (BnF Français 839) a une autorité supérieure : notre choix est un choix d'accessibilité, et il n'est bon que parce qu'il est réversible. Réserve : la fin du §119 et tout le §120 reposent sur une restitution.

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