★ I.a. Suivre la Nature : une hypothèse contre la servitude
Orientation. Le §22 ouvre la recherche par une situation hypothétique qui sépare les obéissances légitimes de l’asservissement.
Citation. « si nous vivions selon les droits que la Nature nous a donnés et les enseignements qu’elle nous fournit » (§22).
Procédé principal. Une subordonnée circonstancielle d’hypothèse construite à l’imparfait.
Procédé secondaire. La personnification de la Nature, qui « donne » des droits et « fournit » des enseignements.
Analyse. Le groupe « si nous vivions » signale que les humains ne suivent pas nécessairement l’ordre naturel, mais qu’ils peuvent le prendre pour norme. La Nature n’est pas une force aveugle : les verbes « donnés » et « fournit » en font une éducatrice et une source de droit. La conséquence au conditionnel distribue trois rapports : obéir aux parents, se soumettre à la raison, n’être serf de personne. Le parallélisme distingue donc l’obéissance compatible avec l’humanité de la servitude qui la détruit. Les parents représentent l’origine de la vie, la raison une règle impersonnelle, tandis que « personne » ferme la porte à toute appropriation d’un humain par un autre. L’hypothèse ne célèbre pas l’indépendance absolue ; elle ordonne les liens selon leur légitimité.
Le lecteur comprend que la critique de la servitude ne supprime ni la filiation ni la règle raisonnable.
Interprétation. La liberté naturelle désigne une relation juste aux autres, non le refus de toute obligation.
Liaison. Sur quelle expérience commune La Boétie peut-il appuyer cette première distinction ?