Le bac par Patrick

Étienne de La Boétie · Discours de la servitude volontaire · Explication 6/10

éduquer à la liberté

13 étapes parlées9 prises9 tiroirs

L’explication à côté de toi

Le fil parlé

Treize étapes pour comprendre, dire et retenir avant d’ouvrir le dossier de l’épreuve.

Étape 01

Tu n’y comprends rien ? C’est normal

Ce passage rassemble Venise, l’Empire ottoman, Sparte, deux chiens, Xerxès et un gouverneur perse. On peut se perdre dans les noms et croire à une collection d’anecdotes. Il suffit pourtant de garder une seule question : que fait l’éducation au désir ?

Les Vénitiens désirent entretenir leur liberté. Des sujets du « grand seigneur » donnent leur vie pour le maintenir. Deux chiens frères courent vers deux objets différents parce qu’ils ont été élevés différemment. Enfin, un Perse connaît la faveur du roi tandis que les Spartiates connaissent le goût de la franchise. Chaque tableau vérifie la même thèse : nous désirons selon ce que notre formation nous a appris à reconnaître comme un bien.

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Étape 02

D’abord, de quoi ça parle ?

Qui parle ? La Boétie, qui poursuit son analyse du pouvoir de la coutume.

De quoi parle-t-il ? De peuples et d’individus dont les conduites opposées paraissent révéler deux natures, alors qu’elles viennent de deux éducations.

Que veut-il montrer ? La naissance humaine commune n’empêche pas les habitudes de produire des aspirations contraires. L’un refuse même d’être roi pour préserver la liberté commune ; l’autre accepte la faveur du roi et imagine la puissance comme récompense. Pour défendre la franchise, il faut en avoir appris la valeur et en avoir « goûté » la douceur.

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Étape 03

Où on se trouve dans le livre

Aux §§37 à 40, La Boétie a montré que les descendants nés sous le joug prennent l’état de leur naissance pour leur naturel. La coutume leur apprend à avaler le venin de la servitude sans le trouver amer. Les §§42 à 48 donnent maintenant des exemples comparés.

Le passage met d’abord face à face deux peuples, puis raconte l’expérience pédagogique de Lycurgue, enfin développe l’échange entre Hydarne et deux Spartiates. Il ne répète pas la thèse : il la vérifie à plusieurs échelles, depuis la cité jusqu’au goût individuel.

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Étape 04

Ton introduction : comment tu ouvres

Ton introduction peut tenir en six phrases.

  • Humaniste du XVIe siècle, Étienne de La Boétie compose très jeune le Discours de la servitude volontaire.
  • L’œuvre recherche les causes par lesquelles des peuples libres par nature apprennent à servir un seul homme.
  • Après avoir présenté la coutume comme un poison auquel on s’accoutume, l’auteur rassemble aux §§42 à 48 des exemples de formations opposées.
  • Le passage prend la forme d’un diptyque géographique, d’une expérience attribuée à Lycurgue et d’un dialogue historique entre Hydarne et les Spartiates.
  • On peut se demander comment ces exemples transforment l’éducation en apprentissage du désir politique.
  • Le texte oppose d’abord les peuples formés à la liberté et au service (§42), démontre ensuite sur les chiens de Lycurgue la force de la formation (§§43 à 44), puis confronte dans le récit perse deux goûts politiques incompatibles (§§45 à 48).
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Étape 05

Premier moment : deux peuples, deux ambitions (§42)

La Boétie imagine un voyageur passant de Venise aux terres du « grand seigneur ». À Venise, une « poignée de gens » vit si librement que même le plus mauvais ne voudrait pas être roi. L’ambition individuelle est redirigée vers une question commune : qui prendra le meilleur soin de la liberté ?

Dans l’autre territoire, des sujets semblent nés pour servir et abandonnent leur vie pour maintenir le maître. Le contraste est si fort que le voyageur croirait avoir quitté une « cité d’hommes » pour un « parc de bêtes ». Cette formule ne définit pas deux natures réelles. Elle mesure l’effet visible de deux éducations : l’une forme des citoyens, l’autre réduit des personnes à une vie enfermée et disponible.

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Étape 06

Deuxième moment : l’expérience de Lycurgue (§§43 à 44)

Lycurgue prend deux chiens frères, allaités du même lait. Il élève l’un à la cuisine, l’autre dans les champs au son de la chasse. Sur le marché, il pose une soupe et un lièvre. L’un court vers le plat, l’autre vers la proie.

L’expérience isole deux facteurs : même origine, apprentissages différents. Le résultat ne prouve pas une différence de nature, puisque les chiens sont frères ; il révèle le pouvoir de l’habitude. La Boétie applique immédiatement la leçon aux Lacédémoniens. Les lois et l’organisation de la cité les ont si bien formés qu’ils préfèrent mourir plutôt que reconnaître un maître autre que la Loi et le Roi. L’éducation politique façonne ce qu’une communauté juge digne d’être poursuivi.

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Étape 07

Troisième moment : deux goûts politiques (§§45 à 48)

Le long récit commence par le refus spartiate d’une sommation perse : demander « de l’eau et de la terre » signifie exiger la soumission. Les Spartiates ne supportent pas que leur liberté soit touchée, même par une parole. Deux d’entre eux s’offrent ensuite pour payer la mort des ambassadeurs.

Hydarne leur promet la faveur royale et le gouvernement d’une ville. Les Spartiates lui répondent qu’il connaît ce bien, mais ignore celui dont ils jouissent. Le débat devient affaire de goût : faveur du roi contre douceur de la liberté. La clausule explique sans simplifier. Seul le Spartiate dit ce qu’il faut dire, mais chacun parle selon son éducation. Le Perse ne regrette pas une liberté qu’il n’a jamais eue ; le Lacédémonien ne peut endurer une sujétion après avoir goûté la franchise.

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Étape 08

Alors, qu’est-ce que ça raconte vraiment ?

Le passage ne se contente pas d’opposer de bons peuples libres à de mauvais peuples serviles. Il cherche la condition qui rend leurs jugements possibles. Venise, Sparte et le Perse désirent chacun les biens que leur formation leur a appris à reconnaître.

La réponse à la problématique est donc la suivante : La Boétie transforme l’éducation en apprentissage du désir politique en montrant qu’elle règle l’ambition, dirige les réflexes et forme le goût. La liberté devient défendable lorsque des lois, des récits et des pratiques la rendent sensible. Inversement, la faveur du maître paraît désirable lorsque l’on n’a jamais éprouvé la franchise.

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Étape 09

Ton ouverture : la porte qui s’ouvre

Tu peux ouvrir sur le rôle des livres dans les paragraphes suivants. Si l’éducation ordinaire enferme les sujets dans ce qu’ils connaissent, la lecture de l’histoire peut leur montrer d’autres formes de vie et nourrir l’amour de la liberté. Les exemples antiques de La Boétie accomplissent déjà cette fonction.

Dans le parcours « Défendre et entretenir la liberté », le passage rappelle que la défense ne commence pas au moment du combat. Elle se prépare « dès le berceau » par des habitudes, une mémoire commune et des institutions qui font de la franchise un bien dont on connaît le goût.

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Étape 10

Tu vois ? Tu sais le comprendre et le dire

Tu peux retenir trois scènes. D’abord, le voyage d’une cité d’hommes à un parc de bêtes. Ensuite, les deux chiens qui partagent le lait mais pas l’éducation. Enfin, les deux goûts opposés, faveur du roi et liberté.

Les procédés sont au service de cette progression : antithèse géographique, expérience comparative, récit exemplaire, dialogue et métaphore gustative. Ils ne décorent pas une thèse déjà donnée. Ils permettent de passer d’un étonnement devant des conduites opposées à l’identification de leur cause commune, la formation.

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Étape 11

Et les petites questions de grammaire

Première phrase : « Qui verrait les Vénitiens […] penserait-il que les uns et ceux-là eussent même nature ? » (§42). Le conditionnel présent « verrait » et « penserait » construit une hypothèse. L’inversion « penserait-il » marque l’interrogation directe.

Deuxième phrase : « voulant montrer au peuple lacédémonien que les hommes sont tels que leur éducation les fait » (§43). Le groupe participial « voulant montrer » a pour sujet implicite Lycurgue et exprime son intention. La complétive introduite par « que » est complément d’objet direct de « montrer ».

Troisième phrase : « il n’y aurait pas un de vous qui ne fût seigneur d’une ville de Grèce » (§47). La relative « qui ne fût seigneur » complète « un de vous ». Dans ce contexte négatif, le subjonctif imparfait exprime une propriété envisagée dans une situation hypothétique.

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Étape 12

Ce soir, tu peux fermer le cahier

Tu peux garder cette formule : deux êtres de même origine peuvent courir vers deux biens opposés si leur éducation n’a pas formé le même goût.

La liberté n’est donc pas seulement un droit à proclamer. Elle doit devenir une expérience, une mémoire et une douceur reconnue, faute de quoi la faveur du maître risque d’occuper toute la place du désir.

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Étape 13

Terre ferme : tu peux t’arrêter là

Belle traversée. Les nombreux noms propres se rangent maintenant autour d’une seule idée : chacun parle et agit selon ce dont il a été nourri.

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Fin de l’explication accompagnée

La voix change

La voix qui t’accompagnait s’efface : finie la lettre, place au dossier de travail.

Je m’arrête iciJ’ouvre le dossier

Le dossier de l’épreuve

La même explication, classée pour la révision

Neuf tiroirs : comprendre, préparer l’oral, contrôler les preuves.

01Texte simple

La Boétie oppose les Vénitiens, élevés pour entretenir leur liberté, aux sujets du grand seigneur, qui donnent leur vie pour maintenir leur maître. Cette différence semble séparer une cité d’hommes d’un parc de bêtes. Pourtant, l’exemple de deux chiens frères montre que l’éducation explique des conduites opposées : l’un a été élevé à la cuisine et court vers la soupe, l’autre à la chasse et court vers le lièvre. Lycurgue forme de même les Spartiates à préférer la Loi au maître. Lorsque le Perse Hydarne leur promet la faveur du roi, ils lui répondent qu’il ignore le goût de la liberté. Chacun parle selon son éducation, mais seul celui qui a goûté la franchise sait qu’elle doit être défendue.

02Introduction rédigée

Humaniste du XVIe siècle, Étienne de La Boétie compose très jeune le Discours de la servitude volontaire, œuvre de littérature d’idées consacrée aux mécanismes de l’obéissance. Après avoir comparé la coutume à un poison auquel les peuples s’accoutument, l’auteur rassemble aux §§42 à 48 des formations politiques opposées. Le passage associe diptyque géographique, expérience attribuée à Lycurgue et dialogue historique entre Hydarne et les Spartiates. On peut donc se demander comment ces exemples transforment l’éducation en apprentissage du désir politique. Le texte oppose d’abord les peuples formés à la liberté et au service (§42), démontre ensuite sur les chiens de Lycurgue la force de la formation (§§43 à 44), puis confronte dans le récit perse deux goûts politiques incompatibles (§§45 à 48).

03Analyse linéaire complète
★ I.a. Refuser la royauté : une liberté sans ambition privée

Orientation. Le portrait des Vénitiens mesure la liberté à la manière dont elle transforme le désir de puissance.

Citation. « une poignée de gens vivant si librement que le plus méchant d’entre eux ne voudrait pas être roi » (§42).

Procédé principal. Une proposition consécutive qui fait du refus de la royauté l’effet de la vie libre.

Procédé secondaire. L’expression restrictive « une poignée », opposée implicitement à la grandeur des empires, qui valorise la qualité politique plutôt que le nombre.

Analyse. La petitesse du groupe ne diminue pas son exemple. L’expression « vivant si librement que » établit un rapport de cause à conséquence : la pratique de la liberté rend indésirable la position suprême du monarque. Le cas choisi est volontairement extrême, puisque même « le plus méchant » ne voudrait pas être roi. L’adjectif ne désigne pas seulement une faiblesse morale ; il garantit que le refus ne dépend pas de la vertu exceptionnelle de quelques sages. Dans cette cité, l’éducation commune a déplacé l’ambition. Devenir maître d’autrui n’apparaît plus comme le sommet de la réussite, car la liberté partagée vaut davantage que le pouvoir solitaire. Le conditionnel « voudrait » présente ce désir royal comme une hypothèse désormais écartée par la formation civique.

Le lecteur découvre une société où la liberté a modifié jusqu’aux rêves de ceux qui pourraient rechercher la domination.

Interprétation. Une culture libre ne se contente pas de limiter le pouvoir : elle retire à la maîtrise d’autrui son prestige.

Liaison. Vers quel objet commun l’ambition se tourne-t-elle lorsque la royauté cesse d’être désirable ?

★ I.b. Entretenir la franchise : le seul bien sans équivalent

Orientation. L’éducation vénitienne ordonne tous les biens autour du maintien minutieux de la liberté.

Citation. « ils ne prendraient pas tout le reste des félicités de la terre pour perdre le moindre point de leur franchise » (§42).

Procédé principal. Une antithèse quantitative entre « tout le reste » et « le moindre point ».

Procédé secondaire. Le conditionnel et la négation, qui construisent un échange hypothétique aussitôt refusé.

Analyse. La phrase imagine une balance disproportionnée. D’un côté se trouvent toutes les « félicités de la terre », accumulation indéfinie des avantages possibles ; de l’autre, « le moindre point » de franchise. Pourtant, l’ensemble des plaisirs ne compense pas la plus petite perte de liberté. Cette hiérarchie n’est pas présentée comme un instinct brut. Les Vénitiens sont « nés et nourris », « instruits et faits dès le berceau » pour chercher qui pourvoira le mieux à l’entretien de la liberté. Les verbes décrivent une formation continue. Le mot « entretien » ajoute une temporalité : la franchise n’est pas acquise une fois pour toutes, elle réclame une vigilance soigneuse capable de refuser les échanges qui l’érodent.

Le lecteur mesure la valeur absolue de la liberté par l’impossibilité de lui trouver un équivalent matériel.

Interprétation. L’éducation civique apprend moins à posséder la liberté qu’à reconnaître ce qui pourrait en retrancher le moindre point.

Liaison. Quel contraste produit le passage immédiat de cette cité à un territoire formé pour le service du maître ?

★ I.c. Franchir la frontière : de la cité au parc

Orientation. La clausule du §42 transforme le voyage géographique en expérience de deux humanités apparentes.

Citation. « sortant d’une cité d’hommes, il est entré dans un parc de bêtes » (§42).

Procédé principal. Une antithèse métaphorique entre la « cité » et le « parc ».

Procédé secondaire. L’interrogation hypothétique, qui attribue ce jugement au regard du voyageur plutôt qu’à une différence naturelle affirmée par l’auteur.

Analyse. La « cité » désigne un espace de citoyens capables d’entretenir ensemble leur liberté. Le « parc » évoque au contraire un enclos où des êtres sont gardés à la disposition d’un propriétaire. Le contraste « hommes », « bêtes » radicalise l’écart entre les conduites observées : ici personne ne veut être roi, là des sujets abandonnent leur vie pour maintenir le seigneur. Pourtant, le passage prend la forme d’une question : le voyageur « n’estimerait-il pas » avoir changé de nature ? Cette médiation est décisive. La Boétie ne contredit pas sa thèse de l’unité humaine ; il montre que l’éducation produit des effets assez puissants pour donner l’illusion de deux espèces. Le regard doit donc remonter de l’apparence à la formation.

Le lecteur éprouve d’abord la violence de l’écart avant d’être conduit à chercher une cause commune aux deux groupes.

Interprétation. La coutume ne crée pas deux natures, mais elle peut donner à la même nature des formes politiques méconnaissables.

Transition. Le diptyque des peuples a rendu visible une opposition qui semble naturelle. L’expérience de Lycurgue va isoler la variable décisive en donnant à deux êtres de même origine des éducations différentes.

★ II.a. Partager le même lait : l’origine rendue égale

Orientation. Le récit de Lycurgue commence par neutraliser toute explication fondée sur la naissance.

Citation. « deux chiens tous deux frères, tous deux allaités du même lait » (§43).

Procédé principal. Un parallélisme insistant qui accumule les marques d’une origine commune.

Procédé secondaire. La répétition de « tous deux », qui transforme la fraternité en donnée expérimentale contrôlée.

Analyse. Lycurgue choisit deux chiens du même sang et de la même nourriture première. La phrase répète « tous deux » pour fermer une à une les voies de l’explication naturelle : ils appartiennent à la même espèce, sont frères et ont reçu le même lait. L’un n’est donc pas né chasseur tandis que l’autre serait né gourmand. La divergence apparaît seulement ensuite, avec deux participes opposés : l’un est « engraissé à la cuisine », l’autre « accoutumé par les champs » aux sons de la chasse. Le récit prend la forme d’une expérience parce qu’il maintient l’origine constante et fait varier le milieu. Ce dispositif donne une preuve sensible à la proposition générale selon laquelle les hommes deviennent tels que leur éducation les fait.

Le lecteur est placé devant deux sujets comparables dont aucune différence de naissance ne peut expliquer les conduites futures.

Interprétation. L’égalité d’origine permet d’attribuer au travail de l’habitude, et non à l’essence, la divergence des désirs.

Liaison. Quel choix visible révélera ce que chacune des deux éducations a inscrit dans le corps ?

◆ II.b. Courir vers son objet : le désir rendu réflexe

Orientation. Le marché public transforme la différence de formation en choix simultané et observable.

Citation. « l’un courut au plat, et l’autre au lièvre » (§43).

Procédé principal. Un parallélisme binaire qui associe à chaque sujet un objet différent.

Procédé secondaire. Le passé simple « courut », qui donne au comportement une rapidité spontanée alors même qu’il résulte d’un apprentissage.

Analyse. Lycurgue place entre les chiens une soupe et un lièvre. Les deux objets sont présents au même moment, de sorte que chacun pourrait en principe choisir l’un ou l’autre. La symétrie « l’un », « l’autre » distribue pourtant les courses sans hésitation. Le chien de cuisine se dirige vers le plat disponible ; le chien de chasse vers la proie qui active les habitudes des champs. La brièveté de la phrase contraste avec la longue préparation et rend le résultat évident aux yeux du public. Le geste paraît naturel parce qu’il est immédiat, mais le récit vient d’en montrer la fabrication. La dernière parole, « Et pourtant […] ils sont frères », interdit alors de confondre la spontanéité du comportement avec une différence d’origine.

Le lecteur voit une habitude apprise prendre la vitesse et l’évidence d’un instinct.

Interprétation. L’éducation réussit lorsqu’elle n’a plus besoin d’ordonner : elle a fait de son objet un désir.

Liaison. Comment Lycurgue transpose-t-il cette leçon animale à la formation politique d’une cité ?

◆ II.c. Reconnaître la Loi : une cité formée à résister

Orientation. Le §44 applique l’expérience à des citoyens dont l’éducation hiérarchise la vie et la liberté.

Citation. « chacun d’eux aurait mieux aimé mourir de mille morts que de reconnaître un autre seigneur que la Loi et le Roi » (§44).

Procédé principal. Une hyperbole comparative qui préfère « mille morts » à la reconnaissance d’un maître étranger.

Procédé secondaire. La personnification de la « Loi » comme seigneur légitime, coordonnée au « Roi » dans un ordre institutionnel.

Analyse. Le sujet distributif « chacun » montre que la formation collective produit une disposition individuelle partagée. L’expression « mourir de mille morts » dépasse la possibilité réelle : son hyperbole mesure l’intensité du refus. La construction « mieux aimé… que… » établit une hiérarchie analogue à celle des Vénitiens : la vie elle-même vaut moins qu’une servitude étrangère. Pourtant, les Spartiates reconnaissent la Loi et le Roi. Le passage ne célèbre donc pas l’absence de toute autorité ; il oppose un ordre commun auquel les citoyens ont été formés à la domination personnelle d’un maître extérieur. Les verbes « nourrit et forma » attribuent explicitement ce jugement aux lois et à la « police », c’est-à-dire à l’organisation de la cité.

Le lecteur comprend qu’une communauté peut éduquer chacun à placer la règle commune au-dessus de sa survie privée.

Interprétation. La résistance spartiate n’est pas un tempérament inné, mais le fruit politique d’institutions qui ont donné un objet à l’attachement.

Transition. L’expérience a démontré que l’éducation transforme l’objet du désir. Le récit de Xerxès va maintenant faire entendre deux hommes parlant depuis des formations opposées, l’une tournée vers la faveur, l’autre vers la franchise.

★ III.a. Refuser la sommation : une liberté intouchable

Orientation. L’ouverture du récit perse présente les Spartiates comme incapables de tolérer même le signe verbal de la sujétion.

Citation. « Ces gens-là ne pouvaient souffrir que de la moindre parole seulement on touchât à leur liberté » (§45).

Procédé principal. Une hyperbole restrictive qui étend l’intolérance à la « moindre parole ».

Procédé secondaire. La métaphore tactile « touchât », qui fait de la liberté une intégrité sensible.

Analyse. Demander « de l’eau et de la terre » constitue le rite perse par lequel une ville reconnaît sa soumission. La réponse spartiate, jeter les ambassadeurs dans les fossés et les puits, retourne cruellement les objets demandés. La phrase de conclusion ne limite pourtant pas leur résistance à l’agression militaire. L’expression « moindre parole seulement » descend jusqu’au signe le plus faible de l’empiétement, tandis que « toucher » transforme la franchise en corps qu’une parole peut déjà atteindre. L’imparfait « ne pouvaient souffrir » présente cette réaction comme une disposition stable. L’éducation évoquée au §44 a donc formé une vigilance où le langage de la domination est reconnu avant de devenir un fait accompli.

Le lecteur perçoit une sensibilité politique qui détecte la sujétion dès sa première formulation symbolique.

Interprétation. Entretenir la liberté consiste aussi à refuser les mots et les rites par lesquels le pouvoir cherche à obtenir une reconnaissance.

Liaison. Quelle offre Hydarne peut-il faire à des hommes qu’il croit encore sensibles aux récompenses du maître ?

○ III.b. Opposer les goûts : faveur du roi et douceur de la liberté

Orientation. Le dialogue du §47 confronte deux expériences du bien qui ne disposent d’aucune mesure commune.

Citation. « Tu as goûté la faveur du roi ; mais de la liberté, quel goût elle a, combien elle est douce, tu n’en sais rien » (§47).

Procédé principal. Une métaphore gustative filée qui oppose deux biens par l’expérience sensible.

Procédé secondaire. L’antithèse entre « tu as goûté » et « tu n’en sais rien », renforcée par le connecteur « mais ».

Analyse. Hydarne promet aux Spartiates qu’ils pourraient devenir seigneurs d’une ville grecque. Il raisonne depuis le bien qu’il connaît : la faveur du roi récompense la soumission par une part de domination. Les Lacédémoniens ne nient pas cette expérience ; ils en limitent la compétence. Le pronom « tu » et la répétition du champ lexical du goût transforment le désaccord en différence vécue. Hydarne a éprouvé la faveur, mais il ignore la « douceur » de la liberté. On ne peut juger correctement un bien jamais goûté. La réponse spartiate pousse alors l’attachement jusqu’au corps : qui connaîtrait cette douceur conseillerait de la défendre « avec les dents et les ongles ».

Le lecteur comprend que l’argument du Perse échoue parce qu’il compare la liberté à partir d’un système de valeurs formé par la faveur.

Interprétation. L’amour de la franchise repose sur une expérience et une éducation du goût que les récompenses du maître ne peuvent remplacer.

Liaison. Le récit condamne-t-il Hydarne comme menteur, ou explique-t-il la limite depuis laquelle chacun parle ?

○ III.c. Parler selon sa nourriture : le verdict de la formation

Orientation. La clausule du §48 distingue la vérité normative du Spartiate et la sincérité conditionnée des deux interlocuteurs.

Citation. « l’un et l’autre parlaient selon la façon dont ils avaient été nourris » (§48).

Procédé principal. Un parallélisme concessif qui rapporte les deux discours à leur formation.

Procédé secondaire. La reprise du verbe « nourrir », déjà employé pour les chiens et les Lacédémoniens, qui unifie tous les exemples.

Analyse. La Boétie commence par trancher : « Seul le Spartiate disait ce qu’il fallait dire ». Les deux positions ne se valent donc pas moralement. Mais le « pourtant » implicite de la suite évite de réduire Hydarne à la mauvaise foi. « L’un et l’autre » parlent depuis les biens que leur éducation leur a permis d’éprouver. La causalité finale le précise : le Perse ne peut regretter une liberté qu’il n’a jamais eue, tandis que le Lacédémonien ne peut supporter la sujétion après avoir goûté la franchise. Les participes opposés, « ne l’ayant jamais eue », « ayant goûté », organisent deux biographies du jugement. Le retour de « nourris » relie la parole humaine à l’expérience de Lycurgue.

Le lecteur est invité à juger les valeurs sans oublier les conditions qui rendent chaque jugement pensable.

Interprétation. L’éducation ne décide pas de la vérité, mais elle ouvre ou ferme l’accès sensible au bien que constitue la liberté.

Aboutissement. De Venise à Sparte, le passage démontre que défendre la franchise exige de former des citoyens capables d’en connaître le goût avant que la faveur du maître ne façonne tout leur désir.

04Conclusion rédigée

Aux §§42 à 48, La Boétie transforme une série d’exemples en démonstration sur l’éducation politique. Le diptyque initial oppose les Vénitiens, formés à entretenir la liberté, aux sujets du grand seigneur, disponibles pour le service. L’écart semble séparer une cité d’hommes d’un parc de bêtes, mais l’expérience de Lycurgue en donne la cause : deux chiens frères, nourris différemment, courent spontanément vers deux objets différents. Les lois peuvent de même apprendre aux citoyens à préférer la règle commune à la domination. Enfin, le dialogue d’Hydarne et des Spartiates oppose la faveur du roi à la douceur de la liberté. Chacun parle selon sa nourriture, mais seul celui qui a goûté la franchise connaît le bien qu’il faut défendre. Le passage montre ainsi que la liberté naturelle ne demeure active que si une formation en fait un objet sensible du désir.

05Mémo pour l’oral
  • Situation : après l’analyse générale de la coutume, série d’exemples comparatifs.
  • Problématique : comment l’éducation devient-elle apprentissage du désir politique ?
  • Mouvement I, §42 : Venise, grand seigneur, cité et parc.
  • Mouvement II, §§43 à 44 : mêmes chiens, nourritures différentes, formation spartiate.
  • Mouvement III, §§45 à 48 : sommation perse, offre d’Hydarne, goûts opposés.
  • Trois images : le parc, les deux courses, les deux goûts.
  • Point de vigilance : le texte ne soutient pas l’existence de deux natures humaines.
  • Réponse finale : l’éducation dirige ce qui paraît désirable et donne à l’habitude la spontanéité d’un instinct.
  • Ouverture : les livres et l’histoire peuvent faire connaître un bien absent de l’expérience immédiate.

Appuis ★ repris : I.a I.b I.c II.a III.a

06Tableau procédés, effets, sens, oral

Passage | Procédé | Effet | Sens à formuler à l’oral |

« ne voudrait pas être roi » | conséquence | inverse l’ambition attendue | la liberté retire du prestige à la maîtrise |

« tout le reste », « moindre point » | antithèse quantitative | rend l’échange impossible | aucun bien ne compense la franchise |

« cité », « parc » | antithèse métaphorique | produit deux humanités apparentes | l’éducation change les formes de vie |

« tous deux frères » | parallélisme | neutralise la naissance | l’origine ne cause pas la différence |

« plat », « lièvre » | parallélisme narratif | rend le résultat visible | l’habitude devient réflexe |

« mille morts » | hyperbole | hiérarchise vie et loi | les institutions forment l’attachement |

« moindre parole » | restriction | détecte le premier empiétement | la liberté se protège dès les signes |

« goûté », « douce » | métaphore gustative | oppose deux expériences du bien | la franchise doit être éprouvée |

« selon la façon » | parallélisme causal | explique les deux discours | chacun parle depuis sa formation |

07Tableau de couverture
Prise ★RangDans le mémo
I.a★oui
I.b★oui
I.c★oui
II.a★oui
III.a★oui

Mouvement | Sous-partie | Citation ancrée | Procédé principal | Fonction dans le raisonnement |

I | I.a | §42, « ne voudrait pas être roi » | conséquence | transforme l’ambition |

I | I.b | §42, « tout le reste » | antithèse | absolutise la franchise |

I | I.c | §42, « cité d’hommes » | métaphore | rend visible l’écart éducatif |

II | II.a | §43, « tous deux frères » | parallélisme | égalise l’origine |

II | II.b | §43, « plat », « lièvre » | expérience | prouve l’habitude |

II | II.c | §44, « mille morts » | hyperbole | transpose à la cité |

III | III.a | §45, « moindre parole » | restriction | montre la vigilance |

III | III.b | §47, « goûté la faveur » | métaphore | oppose deux biens vécus |

III | III.c | §48, « avaient été nourris » | parallélisme | formule le verdict éducatif |

08Erreurs rédhibitoires
  • Présenter Venise comme une description historique exhaustive. Elle fonctionne ici comme pôle d’une comparaison argumentative.
  • Dire que « le plus méchant » devient vertueux. Même lui refuse seulement le désir d’être roi dans une culture libre.
  • Affirmer que La Boétie distingue réellement une nature humaine et une nature animale. Le « parc de bêtes » exprime l’apparence produite par l’éducation.
  • Oublier que les chiens sont frères et ont reçu le même lait. Cette égalité rend l’expérience probante.
  • Prendre leur course pour un instinct inné. Toute la préparation montre qu’elle résulte d’une accoutumance.
  • Confondre la Loi et la faveur personnelle du roi perse. La première est une règle commune, la seconde une récompense du maître.
  • Réduire la demande d’eau et de terre à une demande matérielle. Elle constitue un rite de soumission.
  • Dire qu’Hydarne ment. Il parle sincèrement depuis le bien qu’il connaît, même si son conseil est faux.
  • Mettre les deux discours à égalité. La Boétie affirme que seul le Spartiate dit ce qu’il faut dire.
09Analyse grammaticale
  1. Question grammaticale 1
  2. Question grammaticale 2
  3. Question grammaticale 3

Phrase 1

« Qui verrait les Vénitiens […] penserait-il que les uns et ceux-là eussent même nature ? » (§42).

La phrase est complexe et interrogative. Le pronom indéfini « qui » a ici le sens de « celui qui » et introduit la situation hypothétique portée par le conditionnel « verrait ». La proposition principale est « penserait-il », où l’inversion du sujet marque l’interrogation directe. La complétive « que les uns et ceux-là eussent même nature » est complément d’objet direct de « penserait » ; son verbe est au subjonctif imparfait.

Phrase 2

« voulant montrer au peuple lacédémonien que les hommes sont tels que leur éducation les fait » (§43).

Le groupe participial « voulant montrer » a pour sujet implicite Lycurgue et exprime une intention. « Au peuple lacédémonien » est complément d’objet indirect de « montrer ». La proposition « que les hommes sont tels que leur éducation les fait » est une subordonnée conjonctive complétive, complément d’objet direct. Dans « que leur éducation les fait », « que » reprend « tels » et « les » reprend « les hommes ».

Phrase 3

« il n’y aurait pas un de vous qui ne fût seigneur d’une ville de Grèce » (§47).

La phrase est complexe, déclarative et négative. « Il n’y aurait pas un de vous » est la principale au conditionnel présent. « Qui ne fût seigneur d’une ville de Grèce » est une subordonnée relative rattachée à « un de vous ». Le pronom relatif « qui » est sujet de « fût ». Le subjonctif imparfait apparaît dans une relative dépendant d’un antécédent nié et envisagé dans une hypothèse irréelle.

Leçon à retenir

L’hypothèse construit le regard comparatif, le participe exprime l’intention pédagogique et la relative au subjonctif développe la promesse conditionnelle du pouvoir.

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