Le bac par Patrick

Étienne de La Boétie · Discours de la servitude volontaire · Explication 9/10

le fondement de la tyrannie

13 étapes parlées9 prises9 tiroirs

L’explication à côté de toi

Le fil parlé

Treize étapes pour comprendre, dire et retenir avant d’ouvrir le dossier de l’épreuve.

Étape 01

Tu n’y comprends rien ? C’est normal

Le passage aligne quatre ou cinq, six, six cents, six mille, cent mille et des millions. Derrière ces nombres se trouve une structure simple. Un tyran ne commande pas directement à tout un pays. Il s’appuie sur quelques proches, qui s’appuient sur des centaines de bénéficiaires, qui en tiennent des milliers sous eux.

Chaque étage reçoit une part de pouvoir et reproduit vers le bas ce qu’il subit vers le haut. La domination n’est donc pas une pyramide posée sur une foule passive. C’est une chaîne active où les sujets deviennent les instruments de l’asservissement des autres sujets.

↑ le fil

Étape 02

D’abord, de quoi ça parle ?

Qui parle ? La Boétie, qui annonce avoir atteint le « secret » et le « ressort » de la tyrannie.

De quoi parle-t-il ? Des proches du tyran, des charges, des faveurs, des gains et de la multiplication des petits pouvoirs.

Que veut-il montrer ? Les armes visibles ne suffisent pas à garder le maître. Sa force vient d’un réseau d’intérêts. Quelques complices façonnent sa cruauté ; chacun recrute sous lui des personnes dépendantes, récompensées et compromises. Des millions se tiennent ainsi au tyran par une même corde.

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Étape 03

Où on se trouve dans le livre

La Boétie a déjà étudié la coutume, l’éducation, les spectacles, les largesses et les croyances qui apprennent au peuple à servir. Au §92, il limite leur portée : ces moyens agissent surtout sur le « menu et grossier populaire ». Il veut maintenant découvrir le soutien actif du pouvoir.

Les §§92 à 99 constituent donc un basculement. L’enquête ne porte plus seulement sur ce qui rend la multitude docile, mais sur ce qui organise matériellement la domination. Le passage révèle le réseau de ceux qui trouvent un profit dans la tyrannie et deviennent ses relais.

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Étape 04

Ton introduction : comment tu ouvres

Ton introduction peut tenir en six phrases.

  • Étienne de La Boétie, humaniste du XVIe siècle, compose très jeune le Discours de la servitude volontaire.
  • L’œuvre cherche pourquoi des peuples nombreux soutiennent un tyran qui ne possède aucune force autonome.
  • Après avoir étudié les moyens qui rendent le peuple docile, les §§92 à 99 annoncent le « secret » structurel de la domination.
  • Le passage associe réfutation, gradation numérique, métaphores de la corde, de la maladie et du coin de bois, ainsi qu’une comparaison avec les pirates.
  • On peut se demander comment La Boétie remplace l’image d’un pouvoir solitaire par celle d’un réseau d’intérêts qui asservit les sujets les uns par les autres.
  • Le texte écarte d’abord la protection des armes au profit de quelques proches (§§92 à 94), déploie ensuite la multiplication hiérarchique des complices (§§95 à 96), puis explique l’adhésion intéressée et l’auto-asservissement du corps politique (§§97 à 99).
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Étape 05

Premier moment : le secret derrière les gardes (§§92 à 94)

La Boétie annonce un point décisif avec quatre noms : secret, ressort, soutien, fondement. Le vocabulaire passe de ce qui est caché au mécanisme qui met en mouvement, puis à ce qui porte l’édifice.

Il écarte ensuite les gardes, les hallebardes et les archers. Ils servent surtout de « formalité » et d’« épouvantail ». L’histoire romaine montre même que les gardes ont tué des empereurs. La triple négation du §94 ferme alors la fausse piste militaire. Ce ne sont ni les cavaliers, ni les fantassins, ni les armes : « quatre ou cinq » hommes tiennent tout le pays en servage.

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Étape 06

Deuxième moment : six, six cents, six mille (§§95 à 96)

Les premiers proches sont complices des cruautés, compagnons des plaisirs et associés aux pillages. Ils ne servent pas seulement un tyran déjà mauvais : ils le « façonnent » afin que ses méchancetés protègent aussi les leurs.

La structure se reproduit. Six en ont six cents, qui font de leurs subordonnés ce que les six sont pour le maître. Les six cents tiennent six mille, élevés aux charges et au maniement de l’argent. Les fonctions publiques deviennent des garanties d’impunité. Au §96, le fil se prolonge jusqu’aux cent mille et aux millions. Les créations de charges qui paraissent réformer la justice ajoutent en réalité de nouveaux soutiens à la tyrannie.

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Étape 07

Troisième moment : profiter, relayer, fendre (§§97 à 99)

Faveurs et gains rendent la tyrannie profitable à presque autant de personnes que la liberté pourrait en séduire. La Boétie compare cette attraction à une partie malade du corps vers laquelle affluent les humeurs corrompues. Ambition et avarice rassemblent autour du grand tyran ceux qui veulent devenir « petits tyrans ».

La comparaison avec les voleurs et les pirates montre la division du travail. Les uns repèrent, les autres guettent, massacrent ou dépouillent ; tous reçoivent une part du butin. La dernière image condense le système : pour fendre le bois, on fabrique des coins dans le même bois. Le tyran asservit donc les sujets par d’autres sujets, qui acceptent le mal subi afin d’en infliger à ceux qui leur ressemblent.

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Étape 08

Alors, qu’est-ce que ça raconte vraiment ?

Le passage raconte comment la faiblesse d’un seul devient puissance sociale. Le tyran n’ajoute pas sa force à celle du pays ; il organise les dépendances, distribue les charges et associe des bénéficiaires au butin. Chaque relais a intérêt à maintenir le niveau supérieur et les moyens de dominer le niveau inférieur.

La réponse à la problématique est donc la suivante : La Boétie remplace le pouvoir solitaire par un réseau d’intérêts grâce à une gradation qui montre la reproduction du même rapport à chaque étage. La tyrannie tient parce qu’elle se diffuse dans le corps social et fait de ses sujets les gardes, les agents et les petits tyrans les uns des autres.

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Étape 09

Ton ouverture : la porte qui s’ouvre

Tu peux ouvrir sur la formule de Montesquieu selon laquelle, pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que le pouvoir arrête le pouvoir. La Boétie décrit le mouvement inverse : un pouvoir sans limite distribue des fragments de domination qui se soutiennent au lieu de se contrôler.

Dans le parcours « Défendre et entretenir la liberté », le passage enseigne qu’il ne suffit pas de retirer le sommet. Il faut comprendre et défaire la chaîne des dépendances, des profits et des impunités qui transforme un pays entier en infrastructure de la tyrannie.

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Étape 10

Tu vois ? Tu sais le comprendre et le dire

Tu peux retenir quatre images : l’épouvantail, la pyramide des nombres, la corde de Jupiter et les coins du même bois. Elles montrent successivement la faiblesse de la protection visible, la multiplication des relais, l’unité de la chaîne et l’utilisation des sujets contre eux-mêmes.

À l’oral, ne dis pas seulement que « les proches sont corrompus ». Explique le mécanisme : récompense, charge, compromission, impunité, reproduction. C’est cette circulation qui transforme une conduite individuelle intéressée en structure de domination.

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Étape 11

Et les petites questions de grammaire

Première phrase : « Qui pense que les hallebardes […] gardent les tyrans […] se trompe fort » (§93). « Qui » a une valeur indéfinie équivalente à « celui qui ». La complétive introduite par « que » est complément d’objet direct de « pense ».

Deuxième phrase : « afin qu’ils prêtent la main à leur avarice » (§95). La proposition introduite par « afin que » est une subordonnée circonstancielle de but. Le verbe « prêtent » est au subjonctif présent.

Troisième phrase : « s’ils valaient quelque chose » (§99). La proposition en « si » exprime une hypothèse contraire au jugement du locuteur. L’imparfait « valaient » appelle le conditionnel « devrait » dans le groupe principal.

↑ le fil

Étape 12

Ce soir, tu peux fermer le cahier

Tu peux fermer le cahier avec cette idée : le tyran n’est pas porté malgré les intérêts particuliers, mais par leur organisation. Chacun reçoit assez pour vouloir que la chaîne demeure.

La formule finale est la plus simple : le bois est fendu avec des coins pris dans le bois même. Le pouvoir utilise la matière du peuple pour séparer et dominer le peuple.

↑ le fil

Étape 13

Terre ferme : tu peux t’arrêter là

Belle traversée. Tu sais maintenant passer des quatre ou cinq proches aux millions de relais et expliquer pourquoi les gardes véritables ne sont pas seulement devant le palais.

La voix change. À partir d'ici, la voix qui t'accompagnait s'efface : finie la lettre, place au dossier de travail, dans un registre impersonnel et froid, celui de l'exercice. Autant le dire franchement : c'est carré, exhaustif, sans détour, et beaucoup d'élèves préfèrent justement ça. Tu n'es pas lâché pour autant : le même texte y est nommé, découpé, classé et vérifié, pour ta maîtrise et pour l'oral.

Le dossier de l’épreuve

↑ le fil

Fin de l’explication accompagnée

La voix change

La voix qui t’accompagnait s’efface : finie la lettre, place au dossier de travail.

Je m’arrête iciJ’ouvre le dossier

Le dossier de l’épreuve

La même explication, classée pour la révision

Neuf tiroirs : comprendre, préparer l’oral, contrôler les preuves.

01Texte simple

Les armes et les gardes ne constituent pas le vrai soutien du tyran. Quatre ou cinq proches le maintiennent et profitent de ses cruautés et de ses pillages. Ces six ont six cents personnes sous eux ; les six cents en tiennent six mille grâce aux charges et à l’argent. La chaîne se prolonge jusqu’à des millions de bénéficiaires. Chacun dépend du niveau supérieur et domine le niveau inférieur. Les ambitieux et les avares se rassemblent ainsi autour du tyran pour prendre une part du butin et devenir de petits tyrans. Comme des voleurs, ils divisent les tâches et les profits. Le tyran finit par asservir les sujets les uns par les autres, comme on fend le bois avec des coins tirés du même bois.

02Introduction rédigée

Humaniste du XVIe siècle, Étienne de La Boétie compose très jeune le Discours de la servitude volontaire, œuvre qui recherche la force prêtée par les sujets au tyran. Après avoir étudié les moyens qui rendent la multitude docile, l’auteur annonce aux §§92 à 99 le « secret » structurel de la domination. Le passage associe réfutation, gradation numérique, métaphores de la corde, de la maladie et du coin de bois, ainsi qu’une comparaison avec les pirates. On peut donc se demander comment La Boétie remplace l’image d’un pouvoir solitaire par celle d’un réseau d’intérêts qui asservit les sujets les uns par les autres. Le texte écarte d’abord la protection des armes au profit de quelques proches (§§92 à 94), déploie ensuite la multiplication hiérarchique des complices (§§95 à 96), puis explique l’adhésion intéressée et l’auto-asservissement du corps politique (§§97 à 99).

03Analyse linéaire complète
★ I.a. Annoncer le ressort : du caché au fondement

Orientation. Le §92 rompt avec les analyses précédentes et promet la découverte du mécanisme principal.

Citation. « le secret et le ressort de la domination, le soutien et le fondement de la tyrannie » (§92).

Procédé principal. Une accumulation de quatre métaphores qui passent du mécanisme caché à la structure porteuse.

Procédé secondaire. Les marqueurs « jusqu’ici » et « maintenant », qui organisent une rupture démonstrative.

Analyse. Le connecteur « Donc » clôt un premier ensemble consacré aux procédés qui apprennent au peuple à servir. La restriction « ne sert guère […] que » en limite la portée. Avec « Mais maintenant », La Boétie annonce un niveau explicatif plus profond. Le « secret » doit être dévoilé ; le « ressort » désigne la pièce qui produit le mouvement ; le « soutien » et le « fondement » portent l’édifice. La série ne se contente donc pas d’insister. Elle déplace le regard depuis l’invisible vers l’organisation matérielle. Le double vocabulaire, « domination » puis « tyrannie », confirme que le passage cherchera ce qui transforme la volonté d’un seul en système durable.

Le lecteur est placé devant une promesse de révélation qui réordonne tout ce qu’il croyait déjà savoir du pouvoir.

Interprétation. Après les causes de la docilité vient la structure active qui convertit cette docilité en gouvernement.

Liaison. Quelle protection visible faut-il d’abord écarter pour atteindre ce fondement caché ?

★ I.b. Démasquer l’épouvantail : les gardes sans confiance

Orientation. Le §93 réduit les armes du palais à un spectacle destiné aux faibles et incapable d’assurer le tyran.

Citation. « plus pour la formalité et pour l’épouvantail que par confiance en elles » (§93).

Procédé principal. Une comparaison qui oppose l’apparence dissuasive à l’efficacité réelle.

Procédé secondaire. La métaphore de l’« épouvantail », objet immobile qui effraie sans posséder de force propre.

Analyse. Le verbe « garder » est d’abord répété dans la croyance commune : les gardes garderaient le tyran. La Boétie corrige ce redoublement. Les hallebardes et le guet servent de « formalité », signe public du pouvoir, et d’« épouvantail » contre les personnes sans moyens. Ils n’arrêtent pas les adversaires armés et peuvent se retourner contre le maître. L’exemple des empereurs romains fournit le calcul décisif : les gardes en ont tué davantage qu’ils n’en ont sauvés. Le comparatif « plus… que… » révèle donc une contradiction interne. Celui qui paraît protégé dépend d’hommes proches de lui, capables de faire de cette proximité une menace.

Le lecteur voit la façade militaire perdre sa solidité et découvre la vulnérabilité du tyran au centre même de son palais.

Interprétation. Les armes produisent une image de sécurité, mais elles n’expliquent pas l’obéissance organisée du pays.

Liaison. Si les compagnies armées ne tiennent pas le territoire, combien de personnes suffisent immédiatement autour du maître ?

★ I.c. Réduire le second rang : quatre ou cinq hommes

Orientation. Le §94 substitue à la masse militaire un cercle étroit de proches.

Citation. « ce sont toujours quatre ou cinq qui maintiennent le tyran, quatre ou cinq qui lui tiennent tout le pays en servage » (§94).

Procédé principal. Un parallélisme avec répétition du nombre « quatre ou cinq ».

Procédé secondaire. L’anaphore négative qui écarte cavaliers, fantassins et armes avant la révélation.

Analyse. Trois phrases identiques commencent par « Ce ne sont pas » et éliminent les formes attendues de la force. L’aveu « On ne le croira pas du premier coup » anticipe la résistance du lecteur, puis « c’est pourtant vrai » garantit la thèse. L’étroitesse de « quatre ou cinq » contraste avec « tout le pays ». La répétition du petit nombre relie deux fonctions : maintenir le tyran au sommet et tenir la population en servage. Le pronom « lui » marque que le pays est capté au bénéfice du maître. La disproportion rappelle l’énigme initiale du Discours, mais elle reçoit désormais un premier niveau de réponse : le tyran dispose d’un cercle qui organise la suite.

Le lecteur mesure que la question décisive n’est pas la largeur de la base, mais la fonction stratégique d’un second rang minuscule.

Interprétation. Le pouvoir d’un seul commence par une relation personnelle avec quelques agents capables de le multiplier.

Transition. Les armes sont tombées et le cercle des proches est identifié. Les §§95 et 96 vont dévider le fil : chaque groupe reproduit sous lui la dépendance dont il profite au-dessus.

★ II.a. Reproduire les six : une hiérarchie en cascade

Orientation. Le §95 fait croître la structure en conservant à chaque étage le même rapport.

Citation. « Ces six en ont six cents qui profitent sous eux, et qui font de leurs six cents ce que les six sont pour le tyran » (§95).

Procédé principal. Une gradation numérique associée à une construction comparative de reproduction.

Procédé secondaire. Le verbe « profitent », qui donne à la dépendance une motivation matérielle.

Analyse. Les premiers proches ont l’oreille du tyran, partagent ses plaisirs et ses pillages. La phrase change ensuite d’échelle en ajoutant deux zéros, mais elle ne change pas de relation. Les six cents « profitent sous » les six et traitent leurs propres subordonnés comme les six traitent le maître. La comparaison « ce que… sont pour… » transforme le réseau en modèle reproductible. Chaque étage sert le supérieur, reçoit sa protection et dispose d’un groupe inférieur. Le pouvoir ne descend donc pas seulement par ordres ; il se multiplie par imitation intéressée. Le mot « profitent » relie la position hiérarchique à un avantage qui rend sa conservation désirable.

Le lecteur voit la tyrannie croître sans que le tyran ait à nouer personnellement chacun des millions de liens.

Interprétation. La domination devient système lorsque chaque relais trouve intérêt à refaire sous lui la relation qui le subordonne.

Liaison. Par quels moyens les six cents attachent-ils les six mille à la cruauté et à l’impunité du réseau ?

◆ II.b. Distribuer les charges : compromettre par l’action

Orientation. Le troisième étage reçoit des fonctions publiques qui transforment l’administration en protection du crime.

Citation. « afin qu’ils prêtent la main à leur avarice et à leur cruauté » (§95).

Procédé principal. Une proposition finale qui révèle le but caché des dignités accordées.

Procédé secondaire. La locution métaphorique « prêter la main », qui fait des titulaires les instruments actifs des supérieurs.

Analyse. Les six mille sont « élevés en dignité » et reçoivent le gouvernement des provinces ou le maniement des deniers. Les charges pourraient sembler servir la justice et le bien commun. La proposition introduite par « afin que » en dévoile la finalité réelle : soutenir l’avarice et exécuter la cruauté. « Prêter la main » signifie participer, mais conserve l’image d’un corps dont le réseau distribue les membres. La phrase ajoute un mécanisme de compromission. Les agents doivent faire assez de mal pour ne pouvoir survivre que sous l’ombre des puissants et échapper aux lois par leur moyen. Le bénéfice devient donc dépendance : plus ils participent, plus la chute du système les expose à la peine.

Le lecteur comprend que la charge attache son titulaire par le profit reçu et par la responsabilité criminelle accumulée.

Interprétation. La tyrannie transforme l’administration en réseau d’impunités où chacun protège le pouvoir qui le protège des lois.

Liaison. Jusqu’où cette multiplication peut-elle s’étendre lorsqu’on continue à dévider le même fil ?

◆ II.c. Tirer la corde : des six mille aux millions

Orientation. Le §96 étend la hiérarchie à l’ensemble du pays et donne une unité imagée à ses dépendances.

Citation. « les cent mille, les millions qui se tiennent au tyran par cette corde » (§96).

Procédé principal. Une gradation hyperbolique prolongée par la métaphore de la corde.

Procédé secondaire. La référence à la chaîne de Jupiter chez Homère, capable d’attirer tous les dieux lorsqu’il la tire.

Analyse. La correction « ce ne sont pas les six mille, mais les cent mille, les millions » empêche d’arrêter trop tôt le calcul. Le verbe pronominal « se tiennent » indique à la fois l’attachement et le maintien réciproque. La « corde » unit les niveaux sans les confondre : une traction au sommet se transmet à tous les anneaux. L’exemple de Jupiter donne au réseau une puissance cosmique, mais La Boétie en montre aussitôt les instruments administratifs : agrandissement du sénat, nouvelles charges et offices. La correction « non […] réformation de la justice, mais soutiens nouveaux de la tyrannie » dévoile encore le vocabulaire officiel. La multiplication des postes multiplie les personnes intéressées à la durée du régime.

Le lecteur voit les millions non comme une foule extérieure au pouvoir, mais comme une suite de liens tendus par une même distribution de bénéfices.

Interprétation. L’institution devient tyrannique lorsqu’elle sert moins la justice que l’élargissement du groupe qui dépend du maître.

Transition. La chaîne est désormais construite des proches aux millions. Les §§97 à 99 expliquent l’énergie qui la tend, le profit, puis montrent comment cette communauté d’intérêts retourne la matière du peuple contre elle-même.

★ III.a. Rendre la tyrannie profitable : l’ambition attirée

Orientation. Le §97 mesure la puissance d’attraction du régime par le nombre de ceux qui espèrent en bénéficier.

Citation. « autant de gens à qui la tyrannie semble profitable, que de gens à qui la liberté serait agréable » (§97).

Procédé principal. Une comparaison d’égalité paradoxale entre le profit tyrannique et l’agrément de la liberté.

Procédé secondaire. La métaphore médicale de la partie « véreuse » vers laquelle se rassemble ce qui est gâté dans le corps.

Analyse. La préposition répétée « par les faveurs, par les gains ou les regains » fait du bénéfice la voie d’accès au réseau. Le rapprochement quantitatif choque : la liberté pourrait plaire, mais la tyrannie paraît profitable à un groupe presque aussi vaste. Le verbe « semble » maintient une distance, car le gain dépend d’un ordre dangereux. La comparaison du corps malade explique ensuite l’agrégation. Lorsque le roi se déclare tyran, les ambitions et les avarices se rassemblent autour de la partie corrompue comme des humeurs autour d’une plaie. Leur but est double : recevoir une part du butin et devenir, sous le grand tyran, « de petits tyrans ».

Le lecteur découvre que le régime recrute moins par adhésion à une idée que par promesse de profit et de domination locale.

Interprétation. La tyrannie socialise les passions privées en leur offrant un centre, des récompenses et des victimes.

Liaison. Comment une organisation criminelle répartit-elle les tâches pour que chaque rang reçoive une part du butin ?

○ III.b. Partager le butin : la division du travail criminel

Orientation. Le §98 compare le réseau tyrannique aux voleurs et aux pirates organisés.

Citation. « les uns découvrent le pays, les autres épient les voyageurs ; les uns sont en embuscade, les autres au guet ; les uns massacrent, les autres dépouillent » (§98).

Procédé principal. Trois parallélismes binaires qui distribuent les fonctions criminelles.

Procédé secondaire. La progression des opérations, du repérage à la surveillance puis à la violence et au vol.

Analyse. Les reprises « les uns », « les autres » donnent à la troupe une organisation méthodique. Chacun n’accomplit qu’une partie de l’action, mais toutes convergent vers le butin. Les prééminences subsistent, des valets aux chefs, sans exclure personne du profit final. Même les villes qui offrent leurs ports reçoivent une part du recel. La comparaison ne réduit donc pas la tyrannie à quelques voleurs au sommet. Elle montre une économie distribuée où la protection, l’information, l’exécution et le blanchiment trouvent leurs bénéficiaires. Le partage, même inégal, suffit à transformer des acteurs distincts en alliés de la même entreprise.

Le lecteur voit comment la dispersion des tâches n’efface pas la responsabilité commune lorsqu’elles servent toutes la même pillerie.

Interprétation. La chaîne tient parce qu’elle répartit à la fois le travail de domination et les avantages qui en proviennent.

Liaison. Quelle image finale dira que les instruments du tyran sont prélevés dans la population qu’ils divisent ?

○ III.c. Fendre avec le même bois : les sujets contre les sujets

Orientation. Le §99 condense toute la structure dans une maxime matérielle sur le bois et ses coins.

Citation. « le tyran asservit les sujets les uns par le moyen des autres » (§99).

Procédé principal. Une formule réciproque qui fait des sujets les instruments de l’asservissement mutuel.

Procédé secondaire. La comparaison proverbiale « pour fendre le bois on se fait des coins du bois même ».

Analyse. Le sujet grammatical « le tyran » conserve l’initiative, mais le complément « par le moyen » révèle qu’il n’agit pas directement. Il prélève ses agents dans le groupe qu’il domine. L’image du coin explique l’efficacité : un fragment durci du bois est utilisé pour séparer le reste de la même matière. Les anaphores « Voilà ses archers, voilà ses gardes, voilà ses hallebardiers » redéfinissent alors la protection du maître. Ses vrais gardes sont les bénéficiaires qui acceptent d’endurer du mal afin d’en faire non à celui qui les opprime, mais à ceux qui souffrent comme eux. La violence descend et se détourne latéralement, empêchant la communauté des sujets.

Le lecteur reconnaît que la force du sommet vient de la division organisée de personnes placées dans une condition commune.

Interprétation. Défaire la tyrannie exige de rompre l’usage des sujets comme intermédiaires de la domination des autres sujets.

Aboutissement. Le « secret » annoncé au §92 est désormais visible : quelques intérêts, reproduits par charges, profits et compromissions, transforment les millions en corde du pouvoir et le peuple en instrument de sa propre division.

04Conclusion rédigée

Des §§92 à 99, La Boétie révèle le « ressort » de la domination. Les gardes et les armes ne sont qu’une formalité ou un épouvantail ; le vrai second rang se réduit à quatre ou cinq proches. À partir d’eux, la gradation six, six cents, six mille, cent mille, millions montre la reproduction du même rapport hiérarchique. Charges, argent, cruautés et impunités attachent chaque relais à ses supérieurs tout en lui donnant des subordonnés. Les faveurs attirent autour du tyran ceux qui veulent une part du butin et la position de petit tyran. La comparaison avec les pirates révèle la division du travail criminel, tandis que le coin tiré du même bois condense le résultat : le tyran asservit les sujets par d’autres sujets. Sa puissance n’est donc pas solitaire ; elle est la structure sociale des intérêts qu’il met en chaîne.

05Mémo pour l’oral
  • Situation : passage des techniques de docilité au fondement actif du pouvoir.
  • Problématique : comment le tyran transforme-t-il les intérêts en réseau d’auto-asservissement ?
  • Mouvement I, §§92 à 94 : secret, épouvantail, quatre ou cinq.
  • Mouvement II, §§95 à 96 : six, six cents, six mille, corde jusqu’aux millions.
  • Mouvement III, §§97 à 99 : profit, butin, coins du même bois.
  • Quatre images : ressort, épouvantail, corde, coin.
  • Point de vigilance : les charges peuvent être des institutions légitimes ; le texte vise leur détournement au service de l’impunité.
  • Réponse finale : chaque relais profite, se compromet et reproduit la domination.
  • Ouverture : la critique de l’amitié montrera ensuite que la proximité du tyran ne crée aucun lien sûr.

Appuis ★ repris : I.a I.b I.c II.a III.a

06Tableau procédés, effets, sens, oral

Passage | Procédé | Effet | Sens à formuler à l’oral |

« secret… fondement » | accumulation | promet une révélation | la structure vient après la docilité |

« formalité… épouvantail » | comparaison | affaiblit les gardes | l’arme visible ne tient pas le pays |

« quatre ou cinq » | répétition | resserre le second rang | quelques proches multiplient le maître |

« six… six cents » | gradation | reproduit les étages | chaque groupe domine sous lui |

« prêtent la main » | métaphore et but | dévoile les charges | l’administration sert la cruauté |

« cent mille, millions » | corde et gradation | unifie le réseau | les bénéfices relient la multitude |

« tyrannie profitable » | comparaison | mesure l’attraction | le profit concurrence la liberté |

« les uns… les autres » | parallélismes | divise les tâches | tous partagent le même butin |

« les uns par les autres » | réciprocité et proverbe | retourne le peuple contre lui | le bois fournit ses propres coins |

07Tableau de couverture
Prise ★RangDans le mémo
I.a★oui
I.b★oui
I.c★oui
II.a★oui
III.a★oui

Mouvement | Sous-partie | Citation ancrée | Procédé principal | Fonction dans le raisonnement |

I | I.a | §92, « secret et ressort » | accumulation | annonce le mécanisme |

I | I.b | §93, « épouvantail » | comparaison | écarte les gardes |

I | I.c | §94, « quatre ou cinq » | répétition | identifie le second rang |

II | II.a | §95, « six cents » | gradation | reproduit la hiérarchie |

II | II.b | §95, « prêtent la main » | finalité | compromet les agents |

II | II.c | §96, « les millions » | corde | étend la chaîne |

III | III.a | §97, « tyrannie profitable » | comparaison | attire les ambitions |

III | III.b | §98, « les uns… les autres » | parallélisme | partage tâches et gains |

III | III.c | §99, « les uns par les autres » | proverbe | conclut l’auto-asservissement |

08Erreurs rédhibitoires
  • Dire que l’armée n’a aucune utilité. Elle intimide, mais n’explique pas le fondement durable.
  • Confondre les quatre ou cinq proches avec de simples gardes. Ils organisent le pays et le profit.
  • Lire les nombres comme des statistiques exactes. Ils donnent le modèle de la multiplication hiérarchique.
  • Présenter les proches comme exécutants passifs. Ils façonnent aussi la méchanceté du tyran.
  • Dire que les charges sont tyranniques par nature. C’est leur détournement vers avarice, cruauté et impunité qui l’est.
  • Oublier la compromission. Les agents font assez de mal pour dépendre de la protection du réseau.
  • Réduire « profitable » à un vrai bien commun. Il s’agit d’un gain particulier au sein du pillage.
  • Limiter le système au sommet. Les pirates, les villes et les valets reçoivent chacun une part.
  • Interpréter le coin de bois comme une force étrangère. L’image affirme que les agents sont tirés du peuple lui-même.
09Analyse grammaticale
  1. Question grammaticale 1
  2. Question grammaticale 2
  3. Question grammaticale 3

Phrase 1

« Qui pense que les hallebardes des gardes et la disposition du guet gardent les tyrans […] se trompe fort » (§93).

La phrase est complexe et déclarative. Le pronom « qui » a une valeur indéfinie équivalente à « celui qui » ; la relative substantive qu’il introduit est sujet de « se trompe ». À l’intérieur, « que les hallebardes […] gardent les tyrans » est une proposition subordonnée conjonctive complétive, complément d’objet direct de « pense ». Son sujet coordonne deux groupes nominaux.

Phrase 2

« afin qu’ils prêtent la main à leur avarice et à leur cruauté » (§95).

La proposition est une subordonnée conjonctive circonstancielle de but introduite par « afin que ». Le pronom personnel « ils » reprend les six mille et est sujet de « prêtent », au subjonctif présent. « La main » est complément d’objet direct ; les deux groupes introduits par « à » complètent la locution « prêter la main à » et désignent les actions des supérieurs soutenues par les agents.

Phrase 3

« s’ils valaient quelque chose » (§99).

La proposition est une subordonnée conjonctive circonstancielle d’hypothèse introduite par « si ». Le pronom « ils » reprend ceux qui gardent le tyran. L’imparfait « valaient » formule une condition que l’auteur présente comme non réalisée ; il correspond au conditionnel présent « devrait se garder » dans la principale. L’expression « valoir quelque chose » porte ici un jugement moral.

Leçon à retenir

La relative indéfinie énonce l’erreur commune, le but révèle l’usage caché des charges et l’hypothèse irréelle transforme les gardiens du tyran en hommes dont il devrait logiquement se méfier.

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