Ce site est en construction.

Francis Ponge · La Rage de l’expression · Commentaire linéaire 1

Explication linéaire 1 : Berges de la Loire, la méthode avant l’objet

Treize étapes accompagnées, puis neuf tiroirs pour l’épreuve.

L’explication à côté de toi

Le fil parlé

Treize étapes pour comprendre, dire et retenir avant d’ouvrir le dossier de l’épreuve.

Étape 01

Tu n’y comprends rien ? C’est normal

Le premier texte d'un recueil de poèmes, et ce n'est pas un poème. C'est une note datée, écrite au bord d'un fleuve, où l'auteur refuse toute réussite de langage obtenue aux dépens de la chose. On peut trouver ça bizarre pour ouvrir un livre.

C'est exactement le sujet. Ponge ne t'offre pas un poème : il te montre son atelier avant de commencer, et il te dit ce qu'il s'interdit. Tout le livre sera la mise à l'épreuve de cette promesse — et elle sera souvent tenue de travers.

↑ le fil

Étape 02

D’abord, de quoi ça parle ?

Qui parle ? Ponge lui-même, à la première personne, sans personnage ni détour.

De quoi ça parle ? Écrivant depuis les berges de la Loire, il consigne une promesse : la chose qu'il observe ne sera jamais sacrifiée à la mise en valeur d'une trouvaille verbale. Il donne ensuite un nom à ce qu'il fait — corriger, sans terme prévu — et compare son esprit à une matière qu'il faut retremper dès qu'elle durcit. Vient alors le renversement : c'est au fleuve qu'appartiennent les droits, à l'écrivain les obligations. La forme poétique, dit-il, garde un usage, celui d'un miroir. Reste à choisir entre fabriquer un poème et rendre compte ; il annonce son camp.

Que veut faire comprendre l'auteur ? Que la recherche poétique exige ici de l'exactitude, et qu'une réussite verbale peut détourner l'auteur de la chose.

↑ le fil

Étape 03

Où on se trouve dans le livre

On est à la première page du livre. Le texte est daté : Roanne, le 24 mai 1941.

Ce qu'il faut savoir : le recueil conserve des dates, des reprises et des états successifs du travail. Le parcours s'appelle « dans l'atelier du poète ». Ce texte-ci en formule le programme avant que les autres sections n'en éprouvent la difficulté.

↑ le fil

Étape 04

Ton introduction : comment tu ouvres

Ton introduction peut tenir en six phrases, dans cet ordre.

  • Situe l'auteur : Ponge, poète du XXᵉ siècle, qui a pris les choses ordinaires pour objets d'étude.
  • Nomme l'œuvre et sa date, 1952, et son genre : des carnets de travail publiés comme un recueil.
  • Dis où l'on en est : la toute première page, datée et située.
  • Annonce ton parcours en trois arrêts : d'abord un serment écrit au bord d'un fleuve, ensuite un métier défini et un objet promu au rang de partie, enfin le poème rétrogradé au rang d'outil.
  • Pose ta question, dans les termes du dossier : « Comment le texte liminaire fait-il d'une note de travail datée le programme d'un livre entier, en subordonnant le poème à son objet ? »
  • Referme en annonçant que tu suivras l'ordre du texte.
↑ le fil

Étape 05

Premier moment : Une résolution prise sur une berge

Le premier moment commence par trois mots et un point : « Roanne, le 24 mai 1941. » Un lieu, une date. La page prend la forme d'une entrée de carnet plutôt que d'une ouverture poétique conventionnelle.

Puis vient l'interdit, et le verbe est violent : « ne sacrifier jamais l'objet de mon étude à la mise en valeur de quelque trouvaille verbale ». On sacrifie sur un autel, à une divinité. Celle qui est visée ici, c'est la belle formule.

Et l'ennemi le plus proche est nommé juste après : « différent en particulier de ce que j'ai déjà (à ce moment) écrit de lui ». Ce qui empêche de voir la chose, ce n'est pas la tradition : c'est sa propre page de la veille.

↑ le fil

Étape 06

Deuxième moment : Le travail défini, et l'objet institué en partie

Le deuxième moment donne au travail son nom : « Que mon travail soit celui d'une rectification continuelle de mon expression ».

Le mode du verbe fait entendre un vœu, presque une prière. Et le mot choisi ferme la porte à l'achèvement : une correction continuelle ne s'arrête jamais. La formulation présente le travail comme une reprise continue, chaque expression restant susceptible d'être rectifiée.

L'image qui suit est physique : « Chaque fois qu'il aura séché sur une expression, le replonger dans l'eau du fleuve. » On trempe, ça sèche, on retrempe. L'esprit est une matière qui durcit si on la laisse.

Puis vient le renversement, et il est dit sans hausser le ton : « il n'a aucun devoir vis-à-vis de moi, c'est moi qui ai tous les devoirs à son égard. » Tout le paragraphe emprunte au droit — imprescriptible, opposable, plainte en contrefaçon. Un fleuve vient d'être institué en partie, et l'écrivain en obligé.

↑ le fil

Étape 07

Troisième moment : Le poème ramené à un usage

Le troisième moment remet le poème à sa place, sans le détruire. « celle-ci devant pourtant être utilisée à un moment de mon étude » : la forme poétique reste un outil, et le petit mot de concession le dit clairement.

Puis le choix est posé, en une phrase et deux termes : « Il s'agit de savoir si l'on veut faire un poème ou rendre compte d'une chose ». Pas de troisième voie. Et la question n'est pas de goût, elle est de fait.

Le texte se termine sur un mouvement du corps : « le moindre soupçon de ronron poétique m'avertit seulement que je rentre dans le manège ». Le mot est familier, l'image est équestre, et le manège est l'endroit où l'on tourne en rond en croyant avancer. La suite, c'est un coup de reins pour en sortir.

↑ le fil

Étape 08

Alors, qu’est-ce que ça raconte vraiment ?

En une phrase : un recueil de poèmes s'ouvre par une note où l'auteur se méfie de la poésie, et cette méfiance est une méthode.

Ce que le texte établit, c'est la règle de tout le livre : la chose passe avant la phrase. Si on te demande pourquoi Ponge donne des droits à un fleuve, réponds que la métaphore juridique transforme sa fidélité à l'objet en obligation.

↑ le fil

Étape 09

Ton ouverture : la porte qui s’ouvre

Pour ouvrir, tu peux dire ceci : les sections suivantes affrontent concrètement cette exigence, et l'épreuve tourne souvent mal. Plus loin, l'auteur relit quinze de ses propres pages et juge leur gain trop mince pour le temps donné.

Une seconde ouverture : un livre bâti sur une méthode puis sur des échecs consignés porte bien son nom d'atelier. On n'y expose pas des œuvres finies, on y laisse voir la peine.

↑ le fil

Étape 10

Tu vois ? Tu sais le comprendre et le dire

Le chemin qu'on vient de faire : la date, le verbe sacrifier, la page de la veille ; puis le vœu, le bain répété, le vocabulaire du droit ; enfin la concession, l'alternative, le manège. Trois temps.

Tu sais nommer ce que tu vois : une datation qui fait d'un livre un carnet, un verbe de culte employé pour une tentation d'écrivain, un subjonctif qui formule un vœu, un lexique juridique appliqué à un fleuve, une alternative posée sans troisième terme. Cinq choses, cinq citations.

↑ le fil

Étape 11

Et les petites questions de grammaire

Trois constructions à savoir sur ce passage.

« Que mon travail soit celui d'une rectification continuelle » — une proposition indépendante au subjonctif, introduite par « que ». Employé seul, ce mode exprime le souhait qu'on s'adresse à soi-même. C'est la forme du serment intérieur.

« son droit imprescriptible, opposable à tout poème » — un groupe nominal apposé, bâti sur deux adjectifs de droit. Le second appelle un complément en « à », et le déterminant qui suit ne souffre aucune exception. L'apposition ne décrit pas : elle reconnaît une qualité de sujet de droit.

« Il s'agit de savoir si l'on veut faire » — une tournure impersonnelle, un infinitif de connaissance, puis une question indirecte amenée par « si ». La phrase se poursuit à la page suivante et s'y achève par une alternative en deux branches. Une question de goût vient d'être posée comme une question de fait.

↑ le fil

Étape 12

Ce soir, tu peux fermer le cahier

Ce soir, tu peux fermer le cahier. Tu as compris qu'un livre de poèmes peut s'ouvrir sur une défiance envers la poésie, et que cette défiance sert d'outil de travail. C'est l'essentiel.

Et s'il ne devait rester qu'une image pour la nuit, ce serait celle-ci : quelqu'un qui replonge son regard dans un fleuve, chaque fois qu'une phrase a séché.

↑ le fil

Étape 13

Terre ferme : tu peux t’arrêter là

Terre ferme : tu peux t'arrêter là. Le dossier de l'épreuve t'attend quand tu voudras, avec ses neuf tiroirs. Ce soir, tu en sais assez pour en parler. Une chose n'a pas été expliquée : pourquoi ce texte-là est daté de mai 1941, et ce que Ponge faisait à Roanne cette année-là.

↑ le fil

Fin de l’explication accompagnée

La voix change

La voix qui t’accompagnait s’efface : finie la lettre, place au dossier de travail.

Je m’arrête iciJ’ouvre le dossier

Le dossier de l’épreuve

La même explication, classée pour la révision

Neuf tiroirs : comprendre, préparer l’oral, contrôler les preuves.

01Le texte, dit simplementLe raisonnement sans jargon.

Idée générale. Le livre ne commence pas par un poème mais par une note de travail datée, où l'auteur refuse de sacrifier la chose à une trouvaille verbale et se donne une règle : revenir toujours à l'objet.

Situation simple. Ponge écrit depuis les berges de la Loire, en mai 1941. Il consigne ce qu'il se promet de ne plus faire : sacrifier son objet à la mise en valeur d'une formule. Il définit son travail comme une rectification continuelle. Il reconnaît à la chose des droits, et s'attribue à lui-même des devoirs. Puis il précise que la forme poétique reste utile, mais comme un outil. Il pose enfin l'alternative — faire un poème ou rendre compte d'une chose — choisit le second terme, et se méfie de ce qui ronronne.

Mouvement I. Dans ce mouvement, une résolution est prise et formulée par la négative. L'idée importante est que le premier ennemi de l'écrivain est sa propre facilité, et jusqu'à ses pages de la veille.

Mouvement II. Dans ce mouvement, le travail reçoit son nom et l'objet reçoit des droits. L'idée importante est que le rapport à la chose devient un rapport de droit, pas de goût.

Mouvement III. Dans ce mouvement, le poème est ramené à un usage et l'alternative est tranchée. L'idée importante est que ce texte est le programme de tout le livre.

Pour finir. La leçon du passage est qu'on peut ouvrir un recueil de poèmes en se méfiant de la poésie — et que cette méfiance est ici une méthode, pas une coquetterie.

02L’introduction rédigéeSix étapes, une question directrice.

Étape 1 : Francis Ponge est un poète du XXᵉ siècle, connu pour avoir pris les choses les plus ordinaires comme objets d'étude.

Étape 2 : La Rage de l'expression, publié en 1952, rassemble des carnets de travail où l'on voit le poème se chercher, échouer, recommencer.

Étape 3 : L'extrait est le texte liminaire du recueil, daté de Roanne, le 24 mai 1941.

Étape 4 : Le passage s'organise en trois temps — une résolution prise sur une berge, un travail défini et un objet institué en partie, un poème ramené à un usage.

Étape 5 : On se demandera comment le texte liminaire fait d'une note de travail datée le programme d'un livre entier, en subordonnant le poème à son objet.

Étape 6 : On suivra d'abord la date et les refus, puis la définition du travail et le vocabulaire du droit, enfin l'alternative et le coup de reins.

03L’explication linéaireTrois mouvements, neuf prises de lecture.

I. Une résolution prise sur une berge

De « Roanne, le 24 mai 1941 » à « écrit de lui ».

Le livre s'ouvre sur une date et un lieu, comme un carnet. Ce qui suit n'est pas un poème mais une résolution, et elle se formule par la négative : ce que l'auteur s'interdit. Le premier mouvement installe la défiance envers la trouvaille verbale, et jusqu'envers les pages déjà écrites.

★ I.a. Une date, un lieu, et déjà un serment

« Roanne, le 24 mai 1941. » folio 9

Datation en tête, puis subjonctif à valeur de vœu. Un lieu, une date, un point. Le texte s'ouvre comme une note de travail située. Cette datation donne au lecteur un état précis de la recherche, que les pages suivantes pourront reprendre et mettre à l'épreuve.

★ I.b. Ce qu'il refuse de sacrifier

« ne sacrifier jamais l'objet de mon étude à la mise en valeur de quelque trouvaille verbale » folio 9

Négation lexicale renforcée par un adverbe de totalité. Le verbe est fort : sacrifier. Il suppose un autel, une victime, un culte — celui du beau langage. L'adverbe de totalité ferme toute exception. Ce qui est refusé n'est pas la trouvaille, c'est qu'elle passe avant la chose.

◆ I.c. Revenir au brut, y compris contre soi

« différent en particulier de ce que j'ai déjà (à ce moment) écrit de lui » folio 9

Répétition d'un adjectif, repris par une précision restrictive. L'adjectif est repris, puis restreint par une précision entre parenthèses. L'obstacle le plus proche n'est pas la tradition ni la langue : c'est la page que l'on vient d'écrire, déjà devenue un écran entre l'objet et le regard.

II. Le travail défini, et l'objet institué en partie

De « Que mon travail soit celui » à « tous les devoirs à son égard ».

Le deuxième mouvement donne au travail son nom — une rectification continuelle — puis son image, le regard replongé dans le fleuve. Et il renverse la hiérarchie ordinaire : c'est l'objet qui a des droits, l'écrivain qui a des devoirs. Le vocabulaire devient juridique.

★ II.a. Le travail défini comme rectification

« Que mon travail soit celui d'une rectification continuelle de mon expression » folio 9

Subjonctif de volonté et substantif abstrait de procès. Le subjonctif de souhait donne à la phrase la forme d'un vœu, presque d'une prière. Et le nom qui définit le travail — une rectification, et continuelle — fait de la reprise une méthode : une formulation reste toujours susceptible d'être rectifiée en faveur de l'objet.

◆ II.b. Replonger l'expression dans le fleuve

« Chaque fois qu'il aura séché sur une expression, le replonger dans l'eau du fleuve. » folio 10

Métaphore filée du bain, avec reprise du verbe. La métaphore vient du corps et du linge : on trempe, ça sèche, on retrempe. Le verbe est repris du paragraphe précédent, et la reprise est le sujet même de la phrase. L'esprit est traité comme une matière qui durcit si on la laisse.

★ II.c. L'objet a des droits, l'auteur des devoirs

« il n'a aucun devoir vis-à-vis de moi, c'est moi qui ai tous les devoirs à son égard » folio 10

Lexique juridique appliqué à un objet inanimé. Le vocabulaire est entièrement juridique — droit, imprescriptible, opposable, plainte en contrefaçon, devoirs. Ponge institue l'objet en partie et se met lui-même en position d'obligé. Le renversement est complet, et il est dit sans emphase.

III. Le poème ramené à un usage

De « Ce que les lignes précédentes » à « pour en sortir ».

Le troisième mouvement ne condamne pas la forme poétique : il la réduit à un instrument, un jeu de miroirs utile à un moment de l'étude. Puis l'alternative est posée sans détour, le choix est déclaré, et le mouvement se ferme sur un geste du corps.

○ III.a. Le poème comme instrument, et non comme fin

« celle-ci devant pourtant être utilisée à un moment de mon étude » folio 10

Concession introduite par un participe présent. Le participe présent introduit une concession, et l'adverbe la souligne. La forme poétique n'est pas bannie : elle est mise à sa place, celle d'un instrument dont on se sert à un moment précis du travail.

★ III.b. L'alternative posée sans détour

« Il s'agit de savoir si l'on veut faire » folio 10, la phrase s'achève au folio 11

Tournure présentative posant une alternative en deux termes. La tournure présentative pose l'alternative comme une question de fait, non de goût, et l'interrogation indirecte introduite par si met le lecteur devant le même choix que l'auteur. Un fait matériel mérite d'être noté : la phrase se coupe au bas de la page et s'achève sur la suivante — le choix est littéralement partagé entre deux folios.

★ III.c. Le ronron, et le coup de reins

« le moindre soupçon de ronron poétique m'avertit seulement que je rentre dans le manège » folio 11

Métaphore équestre et terme familier en clôture. Le mot est familier, et l'image équestre le prolonge : le manège est le lieu où l'on tourne en rond en croyant avancer. Le texte se termine sur un mouvement du corps, un coup de reins — la poétique devient une hygiène.

04La conclusion rédigéeRépondre, puis prolonger dans l’œuvre.

Le texte énonce sa règle avant de la mettre à l'épreuve. La réponse à notre question tient dans le vocabulaire juridique du deuxième mouvement — droit imprescriptible, opposable, plainte en contrefaçon — qui institue la chose en partie et l'écrivain en obligé. Le poème n'est pas rejeté ; il est ramené au rang d'instrument.

Ouverture. Le reste du recueil met cette règle à l'épreuve, jusque dans ses difficultés : plus loin, l'auteur relira quinze de ses propres pages et jugera leur gain trop mince pour dix jours de travail. La méthode et son autocritique appartiennent ainsi au même atelier.

05Le mémo de l’oralLes appuis indispensables et les prolongements possibles.

Le texte liminaire du recueil, daté de Roanne le 24 mai 1941. Ce n'est pas un poème mais une résolution : ne jamais sacrifier l'objet à une trouvaille verbale. Le poème y est ramené au rang d'instrument, et la chose instituée en sujet de droit.

★ I.a : « Roanne, le 24 mai 1941. ». Datation en tête, puis subjonctif à valeur de vœu. Un lieu, une date, un point.

★ I.b : « ne sacrifier jamais l'objet de mon étude à la mise en valeur de… ». Négation lexicale renforcée par un adverbe de totalité. Le verbe est fort : sacrifier.

◆ I.c : « différent en particulier de ce que j'ai déjà (à ce moment) écrit… ». Répétition d'un adjectif, repris par une précision restrictive. L'adjectif est repris, puis restreint par une précision entre parenthèses.

★ II.a : « Que mon travail soit celui d'une rectification continuelle de mon… ». Subjonctif de volonté et substantif abstrait de procès. Le subjonctif de souhait donne à la phrase la forme d'un vœu, presque d'une prière.

◆ II.b : « Chaque fois qu'il aura séché sur une expression, le replonger dans… ». Métaphore filée du bain, avec reprise du verbe. La métaphore vient du corps et du linge : on trempe, ça sèche, on retrempe.

★ II.c : « il n'a aucun devoir vis-à-vis de moi, c'est moi qui ai tous les… ». Lexique juridique appliqué à un objet inanimé. Le vocabulaire est entièrement juridique — droit, imprescriptible, opposable, plainte en contrefaçon, devoirs.

○ III.a : « celle-ci devant pourtant être utilisée à un moment de mon étude ». Concession introduite par un participe présent. Le participe présent introduit une concession, et l'adverbe la souligne.

★ III.b : « Il s'agit de savoir si l'on veut faire ». Tournure présentative posant une alternative en deux termes. La tournure présentative pose l'alternative comme une question de fait, non de goût, et l'interrogation indirecte introduite par si met le lecteur devant le même choix que l'auteur.

★ III.c : « le moindre soupçon de ronron poétique m'avertit seulement que je… ». Métaphore équestre et terme familier en clôture. Le mot est familier, et l'image équestre le prolonge : le manège est le lieu où l'on tourne en rond en croyant avancer.

Appuis ★ repris : I.a I.b II.a II.c III.b III.c

06Le tableau des procédésComparer les fonctions des neuf appuis.
Procédé désignéAnalyse dans le texteEffet sur le lecteurInterprétation
★ Datation en tête, puis subjonctif à valeur de vœu (I.a)Un lieu, une date, un point.Le lecteur croit ouvrir un recueil de poèmes et tombe sur un carnet daté.La date fait du recueil un journal de travail : la poésie sera un chantier, pas un produit.
★ Négation lexicale renforcée par un adverbe de totalité (I.b)Le verbe est fort : sacrifier.Le lecteur comprend que la belle trouvaille est ici une tentation, non un but.Refuser la trouvaille verbale, c'est refuser que le langage se serve de l'objet.
◆ Répétition d'un adjectif, repris par une précision restrictive (I.c)L'adjectif est repris, puis restreint par une précision entre parenthèses.Le lecteur voit l'auteur se méfier de ses propres pages précédentes.L'ennemi n'est pas seulement le beau langage : c'est ce qu'on a déjà écrit, devenu écran.
★ Subjonctif de volonté et substantif abstrait de procès (II.a)Le subjonctif de souhait donne à la phrase la forme d'un vœu, presque d'une prière.Le lecteur reçoit une définition du travail, et elle est sans fin.Une rectification continuelle fait de la reprise une méthode, plutôt qu'un simple repentir.
◆ Métaphore filée du bain, avec reprise du verbe (II.b)La métaphore vient du corps et du linge : on trempe, ça sèche, on retrempe.Le lecteur retient une image simple et physique : le bain répété.L'image donne au travail un rythme corporel, et rend la reprise nécessaire plutôt que vertueuse.
★ Lexique juridique appliqué à un objet inanimé (II.c)Le vocabulaire est entièrement juridique — droit, imprescriptible, opposable, plainte en contrefaçon, devoirs.Le lecteur découvre un rapport de droit là où il attendait un rapport de goût.Donner des droits à un caillou ou à un fleuve renverse la hiérarchie ordinaire de l'écriture.
○ Concession introduite par un participe présent (III.a)Le participe présent introduit une concession, et l'adverbe la souligne.Le lecteur voit le poème rétrogradé au rang d'outil.Le poème n'est pas condamné : il est ramené à un usage, celui d'un jeu de miroirs.
★ Tournure présentative posant une alternative en deux termes (III.b)La tournure présentative pose l'alternative comme une question de fait, non de goût, et l'interrogation indirecte introduite par si met le lecteur devant le même choix que l'auteur.Le lecteur est mis devant un choix net, sans troisième voie.L'alternative est le vrai sujet du recueil, et le parcours de l'atelier commence ici.
★ Métaphore équestre et terme familier en clôture (III.c)Le mot est familier, et l'image équestre le prolonge : le manège est le lieu où l'on tourne en rond en croyant avancer.Le lecteur entend l'aversion physique de l'auteur pour la joliesse.Le refus se termine sur un mouvement du corps : la poétique de Ponge est aussi une hygiène.
07Le tableau de couvertureRetrouver chaque sous-partie dans le mémo.
Prise ★RangDans le mémo
I.a★oui
I.b★oui
II.a★oui
II.c★oui
III.b★oui
III.c★oui
Sous-partieProcédé principalDans le mémo ?
I.aDatation en tête, puis subjonctif à valeur de vœuoui
I.bNégation lexicale renforcée par un adverbe de totalitéoui
II.aSubjonctif de volonté et substantif abstrait de procèsoui
II.cLexique juridique appliqué à un objet inaniméoui
III.bTournure présentative posant une alternative en deux termesoui
III.cMétaphore équestre et terme familier en clôtureoui

Les 6 appuis marqués ★ couvrent les trois mouvements et sont tous repris dans le mémo : résultat 6/6. Ce décompte atteste la couverture, non la qualité générale de la page.

08Les erreurs rédhibitoiresLes contresens propres à ce passage.
  • Prendre ce texte pour un poème en prose : c'est une note de travail, datée et située, et son statut de note est le sujet.
  • Croire que Ponge condamne la poésie : il en fait un instrument, utile à un moment de l'étude, et il le dit dans le même paragraphe.
  • Lire le vocabulaire du droit comme une image passagère : il est tenu sur toute une page, avec ses termes techniques, et c'est lui qui renverse la hiérarchie.
  • Confondre l'objet brut avec un objet simple : ce qui est brut, c'est ce qui résiste à ce qu'on en a déjà écrit.
  • Traiter la date comme un ornement : elle fait du recueil un journal, et c'est ce qui distingue ce livre d'un recueil ordinaire.
  • Voir dans le ronron poétique une critique des autres : la phrase dit « je rentre dans le manège », à la première personne.
09L’analyse grammaticaleTrois constructions distinctes, trois leçons.
  1. Question grammaticale 1
  2. Question grammaticale 2
  3. Question grammaticale 3

Phrase 1 : Subjonctif de souhait en proposition indépendante

Phrase étudiée : « Que mon travail soit celui d'une rectification continuelle de mon expression » folio 9

Leçon de grammaire : ① le verbe

Question : Analysez, dans « Que mon travail soit celui d'une rectification… », la construction suivante : Subjonctif de souhait en proposition indépendante. Justifiez votre réponse.

Réponse : La proposition est indépendante et son verbe est au subjonctif présent, introduit par la conjonction « que ». En emploi indépendant, ce mode exprime le souhait ou l'injonction que le locuteur s'adresse à lui-même. Le démonstratif « celui » reprend le sujet pour l'attribuer à un nom de procès, « rectification », dont l'adjectif « continuelle » exclut tout terme.

Phrase 2 : Groupe nominal de sens juridique en apposition

Phrase étudiée : « son droit imprescriptible, opposable à tout poème » folio 10

Leçon de grammaire : ⑦ le lexique

Question : Analysez, dans « son droit imprescriptible, opposable à tout poème », la construction suivante : Groupe nominal de sens juridique en apposition. Justifiez votre réponse.

Réponse : Le groupe est apposé au précédent et repose sur un nom de droit accompagné de deux adjectifs empruntés au vocabulaire juridique. « Opposable » régit un complément introduit par « à », et le déterminant « tout » lui donne une portée universelle. L'apposition ne décrit pas l'objet : elle lui reconnaît une qualité de sujet de droit.

Phrase 3 : Interrogative indirecte totale introduite par si

Phrase étudiée : « Il s'agit de savoir si l'on veut faire » folio 10, la phrase s'achève au folio 11

Leçon de grammaire : ⑤ l'interrogation

Question : Analysez, dans « Il s'agit de savoir si l'on veut faire », la construction suivante : Interrogative indirecte totale introduite par si. Justifiez votre réponse.

Réponse : La tournure impersonnelle « il s'agit de » introduit un infinitif de connaissance, lequel régit une interrogative indirecte totale amenée par « si ». Les deux infinitifs coordonnés par « ou » forment les deux termes de l'alternative ; le « l' » devant « on » est euphonique et n'a pas de fonction syntaxique dans la proposition. La construction transforme une question de goût en question de fait.