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Francis Ponge · La Rage de l’expression · Commentaire linéaire 11

Explication linéaire 11 : La Mounine, de l’émotion à la méthode

Treize étapes accompagnées, puis neuf tiroirs pour l’épreuve.

L’explication à côté de toi

Le fil parlé

Treize étapes pour comprendre, dire et retenir avant d’ouvrir le dossier de l’épreuve.

Étape 01

Tu n’y comprends rien ? C’est normal

Tu rencontres un écrivain qui a été bouleversé par un ciel aperçu depuis un autocar. Pourtant, il ne te demande pas d'admirer son émotion. Il se demande ce qu'elle peut lui apprendre.

Le passage paraît abstrait parce qu'il réfléchit à sa propre écriture. Son mouvement est pourtant simple : décrire, vérifier, comprendre, puis montrer le chemin parcouru.

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Étape 02

D’abord, de quoi ça parle ?

Au départ, il y a une vision de Provence et un sanglot. Ponge refuse d'en rester au mot beau, qu'il juge trop vague. Il veut retrouver ce qui, dans le paysage, a produit ce trouble.

Son texte devient donc une enquête. Les images arrivent en foule, certaines séduisent, d'autres sont écartées. Peu à peu, une règle se dessine : la formule n'a de valeur que si elle aide à saisir la qualité de la chose.

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Étape 03

Où on se trouve dans le livre

On se trouve dans La Mounine, un ensemble commencé en mai 1941 après un trajet entre Marseille et Aix. Le ciel a été vu très vite, derrière une vitre, mais son souvenir résiste pendant des semaines.

La note choisie porte la date du 19 juillet. Elle arrive après plusieurs pages de variantes. Ponge suspend les essais pour préciser ce qu'il cherche et comment il compte avancer.

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Étape 04

Ton introduction : comment tu ouvres

Une entrée possible tient en six phrases. Présente Ponge et La Rage de l'expression. Situe la vision dans un autocar, puis la note de méthode écrite plus tard.

Tu peux ensuite annoncer trois étapes : comprendre le trouble à partir du paysage ; discipliner les mots qui risquent de le déformer ; décider enfin quelle forme de livre rendra cette recherche visible. La question directrice est celle du dossier, et l'explication suivra l'ordre de la note.

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Étape 05

Premier moment : De l'émotion à une loi

Le premier geste est une priorité : « Il s'agit de bien décrire ce ciel ». La tournure impersonnelle ressemble à une consigne que l'auteur s'adresse. Deux intensités se font face : bien décrire, être impressionné profondément.

La phrase suivante règle leur ordre : de la description « surgira » l'explication. Ponge ne part donc pas d'une théorie qu'il appliquerait au ciel. Il attend que l'observation fasse apparaître les raisons du trouble.

Voilà pourquoi le paysage doit dépasser le « sanglot esthétique » et devenir « un outil moral, logique ». L'émotion commence le travail ; elle ne le termine pas.

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Étape 06

Deuxième moment : Les obstacles et la discipline d'exactitude

Le deuxième temps nomme les ennemis de l'exactitude. Le plus étonnant est le « nombre énorme d'images ». Pour un poète, cela pourrait sembler une chance. Ici, les images peuvent « masquer, mettre des masques, à la réalité ».

La réponse tient dans trois gestes : « il ne faut pas en démordre, ne rien arranger, agir vraiment scientifiquement ». Rester fidèle à ce qui a été éprouvé, refuser l'embellissement, soumettre les formulations à la vérification.

Puis l'horizon s'élargit : travailler pour les « lumières » et contre l'obscurantisme. Décrire avec probité devient une façon de ne pas laisser les mots falsifier le monde.

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Étape 07

Troisième moment : Une science des impressions et la forme du livre

Le troisième temps montre comment avancer quand la qualité d'une chose échappe. Ponge propose la comparaison et les éliminations successives : dire ce que ce n'est pas peut rapprocher de ce que c'est.

À Audisio, qui redoute une perfection scientifique faite de morceaux juxtaposés, il répond : Oui, je me veux moins poète que « savant ». Les guillemets empêchent de prendre ce rôle au pied de la lettre, mais le désir de connaissance est affirmé.

La solution concerne enfin le livre : ne pas livrer la seule formule, mais « l'histoire complète de sa recherche, le journal de son exploration ». Les tâtonnements deviennent nécessaires au lecteur.

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Étape 08

Alors, qu’est-ce que ça raconte vraiment ?

Ce passage raconte la naissance d'une forme. Une impression ne devient pas automatiquement un poème ; elle doit être reprise, comparée, débarrassée de ce qui l'arrange trop vite.

Le résultat n'est pas seulement une phrase réussie. C'est un parcours vérifiable, où l'auteur conserve les erreurs utiles et les bifurcations. Le livre vaut alors comme expérience partagée : il laisse voir comment la pensée travaille au contact d'une chose.

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Étape 09

Ton ouverture : la porte qui s’ouvre

Une ouverture mène naturellement vers Berges de la Loire. Dans les deux textes, Ponge affirme les droits de la chose contre l'arrangement poétique. Ici, il ajoute une conséquence décisive : pour rester fidèle, il faut rendre publique la route qui conduit aux formulations.

On peut aussi rapprocher le passage du Carnet du Bois de Pins, où l'auteur compte ses pages, juge ses trouvailles et repart après avoir nommé son égarement.

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Étape 10

Tu vois ? Tu sais le comprendre et le dire

Tu peux maintenant retenir cinq appuis : la description placée avant l'explication ; le paysage changé en outil ; les images accusées de masquer ; la règle de ne rien arranger ; le journal préféré à la formule seule.

Ils dessinent une progression nette. L'émotion est interrogée, les mots sont surveillés, la méthode est expliquée, et l'objet livre devient à son tour une réponse au problème de l'exactitude.

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Étape 11

Et les petites questions de grammaire

Trois phrases suffisent pour revoir la grammaire. Dans « De cette description [...] surgira [...] l'explication », le sujet arrive après le verbe : cet ordre fait apparaître le résultat à venir.

Avec « si l'on ne peut l'appréhender d'emblée », la petite proposition en si pose le cas où l'accès direct échoue ; la suite propose un autre chemin.

Enfin, « ne pas publier seulement [...] mais de publier » écarte un programme trop étroit et lui en substitue un plus ample.

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Étape 12

Ce soir, tu peux fermer le cahier

Tu peux refermer le cahier avec une idée sûre : Ponge ne se contente pas d'éprouver le monde, il veut comprendre comment les mots peuvent lui rester fidèles.

Les hésitations ne prouvent donc pas que le travail manque sa cible. Conservées et ordonnées, elles montrent la vigilance nécessaire pour ne pas confondre une belle image avec la qualité propre d'une chose.

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Étape 13

Terre ferme : tu peux t’arrêter là

Terre ferme : le passage tient en quatre verbes — décrire, éclaircir, vérifier, publier. Ils conduisent du ciel entrevu au livre que le lecteur reçoit.

Une question reste ouverte pour plus tard : quand Ponge se dit moins poète que « savant », invente-t-il vraiment une science nouvelle, ou donne-t-il un autre nom à son exigence poétique ? Le dossier de l'épreuve permet d'examiner les deux possibilités.

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Fin de l’explication accompagnée

La voix change

La voix qui t’accompagnait s’efface : finie la lettre, place au dossier de travail.

Je m’arrête iciJ’ouvre le dossier

Le dossier de l’épreuve

La même explication, classée pour la révision

Neuf tiroirs : comprendre, préparer l’oral, contrôler les preuves.

01Le texte, dit simplementLe raisonnement sans jargon.

Idée générale. Ponge revient sur l'émotion qu'un ciel de Provence lui a causée. Au lieu de conserver le seul sanglot esthétique, il veut décrire exactement le paysage, comprendre les raisons de son trouble et transformer cette recherche en instrument de connaissance.

Situation simple. La Mounine est née d'une vision très brève, reçue à travers la vitre d'un autocar entre Marseille et Aix. Après de nombreuses tentatives, cette note du 19 juillet 1941 arrête une méthode. Ponge part de la description, cherche une loi esthétique et morale, puis inventorie ses difficultés. Les images trop nombreuses peuvent masquer la chose ; il leur oppose l'exactitude. Enfin, il répond à Gabriel Audisio : son ambition ressemble à celle d'un savant, et la forme juste du livre sera l'histoire de la recherche elle-même.

Mouvement I. La description doit conduire de l'émotion à une loi et faire du paysage un outil pour l'esprit.

Mouvement II. L'auteur nomme ce qui menace cette enquête et lui oppose une discipline d'exactitude, dotée d'une portée politique.

Mouvement III. Il expose une méthode indirecte, assume son désir de connaissance et justifie la publication du journal de l'exploration.

Pour finir. Le passage ne choisit pas entre science et poésie comme entre deux métiers. Il cherche une forme littéraire capable de montrer comment une impression devient peu à peu connaissance.

02L’introduction rédigéeSix étapes, une question directrice.

Étape 1 : Francis Ponge est un écrivain du XXᵉ siècle qui place les choses, les mots et les opérations de l'écriture au centre de son travail.

Étape 2 : La Rage de l'expression, publiée en 1952, conserve les dates, les reprises, les essais et les jugements que l'auteur porte sur son propre travail.

Étape 3 : La Mounine ou Note après coup sur un ciel de Provence part d'une vision éprouvée depuis un autocar au printemps 1941. L'extrait étudié est une note de méthode datée du 19 juillet.

Étape 4 : Le passage conduit d'abord de l'émotion à une loi, puis des obstacles à l'exigence d'exactitude, enfin d'une méthode de connaissance à une décision sur la forme du livre.

Étape 5 : On se demandera comment Ponge transforme une émotion devant un paysage en méthode de connaissance, puis en principe d'écriture et de publication.

Étape 6 : On suivra la priorité donnée à la description, la lutte contre les images qui masquent, puis l'idéal du savant et la publication de l'histoire complète de la recherche.

03L’explication linéaireTrois mouvements, neuf prises de lecture.

I. De l'émotion à une loi

De « Il s'agit de bien décrire ce ciel » à « Toute ma position philosophique et poétique est dans ce problème ».

Ponge commence par subordonner l'explication à une description exacte. L'émotion initiale ne vaut pas encore connaissance : il faut en dégager les raisons, une loi et même un outil capable de faire avancer l'esprit.

★ I.a. Décrire avant d'expliquer

« Il s'agit de bien décrire ce ciel tel qu'il m'apparut et m'impressionna si profondément. » folio 199

Construction impersonnelle programmatique renforcée par deux adverbes. La construction impersonnelle place le programme avant la personne qui l'exécute. Les adverbes « bien » et « profondément » distinguent deux mesures : la précision de la description et l'intensité de l'impression reçue. La première doit désormais rendre raison de la seconde.

◆ I.b. L'explication promise par la description

« De cette description, ou à la suite d'elle, surgira en termes simples l'explication de ma profonde émotion. » folio 199

Complément détaché suivi d'une inversion du sujet au futur. Le complément est placé en tête, puis le verbe précède son sujet. Cet ordre fait littéralement venir l'explication après la description. Le futur « surgira » présente la connaissance comme un résultat attendu du travail, non comme une intuition déjà acquise.

★ I.c. Du sanglot à l'outil

« de faire servir ce paysage à quelque chose d'autre qu'au sanglot esthétique, de le faire devenir un outil moral, logique » folio 200

Enchaînement de groupes infinitifs qui transforme le paysage en instrument. La reprise de « faire » déplace deux fois le paysage : du spectacle vers le service, puis du sentiment vers l'instrument. Les adjectifs « moral, logique » ne décrivent plus le ciel ; ils nomment ce que son étude doit produire dans l'esprit.

II. Les obstacles et la discipline d'exactitude

De « A noter que j'éprouve les plus grosses difficultés » à « le seul moyen de sauver ses privilèges ».

Le deuxième mouvement inventorie les obstacles : trop d'images, un point de vue difficile à régler, des scrupules et une ambition excessive. Ponge leur oppose une règle d'exactitude, avant de donner à cette recherche une portée politique explicite.

★ II.a. Les images qui font écran

« du nombre énorme d'images qui viennent se mettre à ma disposition (et masquer, mettre des masques, à la réalité) » folio 201

Parenthèse et jeu étymologique entre image, masque et réalité. La parenthèse retourne contre l'écrivain ce qui paraît d'abord une richesse. Par le voisinage de « images », « masquer » et « masques », l'imagination est suspectée de couvrir la réalité. La difficulté n'est donc pas le manque de mots, mais leur abondance trompeuse.

★ II.b. La règle d'exactitude

« il ne faut pas en démordre, ne rien arranger, agir vraiment scientifiquement. » folio 201

Série de trois infinitifs injonctifs, dont deux sous la négation. Trois infinitifs donnent la règle, et les deux premiers refusent toute concession : ne pas abandonner le fait éprouvé, ne pas l'embellir. L'adverbe « vraiment » engage moins une imitation du laboratoire qu'une exigence de probité dans la description.

◆ II.c. Les lumières contre l'obscurcissement

« militer activement (modestement mais efficacement) pour les « lumières » et contre l'obscurantisme » folio 201

Vocabulaire du combat et antithèse entre lumières et obscurantisme. Les verbes et compléments font entrer le travail poétique dans un combat. La parenthèse règle le ton de cette action, tandis que l'antithèse historique entre « lumières » et « obscurantisme » transforme l'exactitude descriptive en responsabilité intellectuelle.

III. Une science des impressions et la forme du livre

De « On peut, pour saisir la qualité d'une chose » à « le journal de son exploration ».

Le dernier mouvement précise la méthode par comparaison et élimination, puis répond à une objection d'Audisio. Ponge assume de se vouloir moins poète que savant et choisit de publier non le seul résultat, mais le récit complet de la recherche.

○ III.a. Comparer et éliminer

« On peut, pour saisir la qualité d'une chose, si l'on ne peut l'appréhender d'emblée, la faire apparaître par comparaison, par éliminations successives » folio 202

Méthode explicitée par comparaison et éliminations successives. La phrase accueille l'échec initial dans sa méthode. Quand la qualité ne se laisse pas saisir directement, deux opérations prennent le relais : comparer et éliminer. La répétition de « par » décompose ainsi une démarche de rectification plutôt qu'une illumination soudaine.

★ III.b. Moins poète que savant

« Oui, je me veux moins poète que « savant ». » folio 202

Comparatif d'infériorité et guillemets de mise à distance. Le « Oui » répond sans détour à l'objection d'Audisio. Le comparatif ne nie pas que Ponge écrive ; il hiérarchise ses ambitions. Les guillemets autour de « savant » maintiennent une distance : le mot désigne un idéal de recherche, non un titre institutionnel.

★ III.c. Publier le chemin, pas seulement la formule

« ne pas publier seulement la formule à laquelle on a pu croire avoir abouti, mais de publier l'histoire complète de sa recherche, le journal de son exploration... » folio 203

Corrélation ne… pas seulement… mais et amplification finale. La corrélation écarte le résultat isolé au profit de son histoire. La fin amplifie cette histoire en « recherche », puis en « journal » et en « exploration ». L'inachèvement visible n'est plus un défaut du livre : il devient le document nécessaire de la découverte.

04La conclusion rédigéeRépondre, puis prolonger dans l’œuvre.

Ponge transforme son émotion en méthode par une suite de déplacements. La description doit d'abord précéder l'explication ; le paysage doit ensuite devenir un outil capable de faire avancer l'esprit. Face à l'abondance des images, l'auteur fixe une règle : ne rien arranger et agir avec exactitude. La recherche esthétique reçoit alors une portée morale, logique et politique.

Le dernier mouvement répond à la question de la forme. Ponge se veut moins poète que savant, non pour supprimer la littérature, mais pour viser un éclaircissement d'impressions. Il refuse donc de ne montrer que la formule finale : publier l'histoire complète de la recherche permet au lecteur de suivre les comparaisons, les refus et les rectifications qui produisent la connaissance.

Ouverture. Cette décision éclaire l'organisation de La Rage de l'expression tout entière. Les dates, variantes et impasses n'y entourent pas une œuvre supposée achevée : elles constituent la forme même d'une exploration rendue publique.

05Le mémo de l’oralLes appuis indispensables et les prolongements possibles.

La note de méthode qui transforme un ciel aperçu en enquête : décrire avant d'expliquer, se méfier des images qui masquent, ne rien arranger, puis publier l'histoire entière de la recherche plutôt que la seule formule finale.

★ I.a : « Il s'agit de bien décrire ce ciel tel qu'il m'apparut et… ». Construction impersonnelle programmatique renforcée par deux adverbes. La construction impersonnelle place le programme avant la personne qui l'exécute.

◆ I.b : « De cette description, ou à la suite d'elle, surgira en termes… ». Complément détaché suivi d'une inversion du sujet au futur. Le complément est placé en tête, puis le verbe précède son sujet.

★ I.c : « de faire servir ce paysage à quelque chose d'autre qu'au sanglot… ». Enchaînement de groupes infinitifs qui transforme le paysage en instrument. La reprise de « faire » déplace deux fois le paysage : du spectacle vers le service, puis du sentiment vers l'instrument.

★ II.a : « du nombre énorme d'images qui viennent se mettre à ma disposition… ». Parenthèse et jeu étymologique entre image, masque et réalité. La parenthèse retourne contre l'écrivain ce qui paraît d'abord une richesse.

★ II.b : « il ne faut pas en démordre, ne rien arranger, agir vraiment… ». Série de trois infinitifs injonctifs, dont deux sous la négation. Trois infinitifs donnent la règle, et les deux premiers refusent toute concession : ne pas abandonner le fait éprouvé, ne pas l'embellir.

◆ II.c : « militer activement (modestement mais efficacement) pour les «… ». Vocabulaire du combat et antithèse entre lumières et obscurantisme. Les verbes et compléments font entrer le travail poétique dans un combat.

○ III.a : « On peut, pour saisir la qualité d'une chose, si l'on ne peut… ». Méthode explicitée par comparaison et éliminations successives. La phrase accueille l'échec initial dans sa méthode.

★ III.b : « Oui, je me veux moins poète que « savant ». ». Comparatif d'infériorité et guillemets de mise à distance. Le « Oui » répond sans détour à l'objection d'Audisio.

★ III.c : « ne pas publier seulement la formule à laquelle on a pu croire… ». Corrélation ne… pas seulement… mais et amplification finale. La corrélation écarte le résultat isolé au profit de son histoire.

Appuis ★ repris : I.a I.c II.a II.b III.b III.c

06Le tableau des procédésComparer les fonctions des neuf appuis.
Procédé désignéAnalyse dans le texteEffet sur le lecteurInterprétation
★ Construction impersonnelle programmatique renforcée par deux adverbes (I.a)La construction impersonnelle place le programme avant la personne qui l'exécute.Le lecteur reçoit une règle de travail avant toute nouvelle image du ciel.La description n'est pas un décor préalable : elle constitue la première opération de connaissance.
◆ Complément détaché suivi d'une inversion du sujet au futur (I.b)Le complément est placé en tête, puis le verbe précède son sujet.La phrase fait attendre une intelligence de l'émotion qui naîtra de l'observation précise.L'ordre syntaxique mime le projet : la description vient d'abord, l'explication surgit ensuite.
★ Enchaînement de groupes infinitifs qui transforme le paysage en instrument (I.c)La reprise de « faire » déplace deux fois le paysage : du spectacle vers le service, puis du sentiment vers l'instrument.La répétition des infinitifs donne à entendre la conversion progressive du paysage en moyen d'agir sur l'esprit.Le sentiment esthétique ne suffit pas ; la littérature doit produire une prise pour la pensée.
★ Parenthèse et jeu étymologique entre image, masque et réalité (II.a)La parenthèse retourne contre l'écrivain ce qui paraît d'abord une richesse.Le lecteur voit l'abondance imaginative devenir une difficulté au lieu d'un avantage.Ponge se méfie de sa propre virtuosité : l'image peut cacher la chose qu'elle prétend révéler.
★ Série de trois infinitifs injonctifs, dont deux sous la négation (II.b)Trois infinitifs donnent la règle, et les deux premiers refusent toute concession : ne pas abandonner le fait éprouvé, ne pas l'embellir.La cadence brève impose une discipline de fidélité après l'aveu des obstacles.La victoire poétique se définit comme refus de l'arrangement et exactitude du témoignage.
◆ Vocabulaire du combat et antithèse entre lumières et obscurantisme (II.c)Les verbes et compléments font entrer le travail poétique dans un combat.L'enquête sur un ciel prend soudain une portée intellectuelle et politique explicite.Éclaircir une impression devient une manière de résister aux discours qui obscurcissent le réel.
○ Méthode explicitée par comparaison et éliminations successives (III.a)La phrase accueille l'échec initial dans sa méthode.La parenthèse ouvre l'atelier et montre une méthode qui avance par essais et refus.La qualité d'une chose peut être approchée indirectement, par distinction et rectification.
★ Comparatif d'infériorité et guillemets de mise à distance (III.b)Le « Oui » répond sans détour à l'objection d'Audisio.La formule surprend en déplaçant volontairement l'auteur hors du rôle attendu de poète.Le mot savant désigne ici une ambition de connaissance, sans abolir le travail de la forme.
★ Corrélation ne… pas seulement… mais et amplification finale (III.c)La corrélation écarte le résultat isolé au profit de son histoire.L'amplification conduit de la formule isolée au récit entier de sa découverte.L'œuvre ne doit pas cacher ses hésitations : le journal de recherche devient la forme juste du livre.
07Le tableau de couvertureRetrouver chaque sous-partie dans le mémo.
Prise ★RangDans le mémo
I.a★oui
I.c★oui
II.a★oui
II.b★oui
III.b★oui
III.c★oui
Sous-partieProcédé principalDans le mémo ?
I.aConstruction impersonnelle programmatique renforcée par deux adverbesoui
I.cEnchaînement de groupes infinitifs qui transforme le paysage en instrumentoui
II.aParenthèse et jeu étymologique entre image, masque et réalitéoui
II.bSérie de trois infinitifs injonctifs, dont deux sous la négationoui
III.bComparatif d'infériorité et guillemets de mise à distanceoui
III.cCorrélation ne… pas seulement… mais et amplification finaleoui

Les 6 appuis marqués ★ couvrent les trois mouvements et sont tous repris dans le mémo : résultat 6/6. Ce décompte atteste la couverture, non la qualité générale de la page.

08Les erreurs rédhibitoiresLes contresens propres à ce passage.
  • Réduire le passage à une description du ciel : le paysage observé est le point de départ d'une réflexion sur la méthode et sur la forme du livre.
  • Confondre émotion et connaissance : le sanglot est une origine à expliquer, pas une preuve suffisante.
  • Présenter les images comme toujours révélatrices : Ponge écrit qu'elles peuvent mettre des masques à la réalité.
  • Comprendre « agir vraiment scientifiquement » comme une suppression de la poésie : l'exigence porte ici sur la fidélité de la description et la rectification des formulations.
  • Oublier la portée historique du mot « obscurantisme » : la phrase relie explicitement l'écriture aux combats du XXᵉ siècle.
  • Faire de la formule moins poète que « savant » un reniement : le comparatif hiérarchise deux ambitions et les guillemets tiennent le titre de savant à distance.
  • Croire que le journal publie seulement des brouillons : Ponge le choisit pour donner à lire le processus entier de la découverte.
09L’analyse grammaticaleTrois constructions distinctes, trois leçons.
  1. Question grammaticale 1
  2. Question grammaticale 2
  3. Question grammaticale 3

Phrase 1 : Inversion du sujet après un complément détaché, au futur simple

Phrase étudiée : « De cette description, ou à la suite d'elle, surgira en termes simples l'explication de ma profonde émotion » folio 199

Leçon de grammaire : ② la phrase complexe

Question : Analysez, dans « De cette description, ou à la suite d'elle, surgira en… », la construction suivante : Inversion du sujet après un complément détaché, au futur simple. Justifiez votre réponse.

Réponse : Le groupe prépositionnel « De cette description, ou à la suite d'elle » est détaché en tête de phrase. Le verbe « surgira » précède ensuite son sujet nominal « l'explication de ma profonde émotion » : il s'agit d'une inversion du sujet. Le futur simple présente cette explication comme le résultat à venir du travail descriptif.

Phrase 2 : Subordonnée circonstancielle hypothétique sous la portée de la négation

Phrase étudiée : « si l'on ne peut l'appréhender d'emblée » folio 202

Leçon de grammaire : ④ la circonstancielle

Question : Analysez, dans « si l'on ne peut l'appréhender d'emblée », la construction suivante : Subordonnée circonstancielle hypothétique sous la portée de la négation. Justifiez votre réponse.

Réponse : La conjonction « si » introduit une subordonnée circonstancielle qui pose l'hypothèse d'un accès direct impossible à la qualité de la chose. Le pronom « l' » reprend cette qualité, et la négation encadre le verbe « peut ». La proposition principale apporte alors la méthode de remplacement : faire apparaître cette qualité par comparaison et élimination.

Phrase 3 : Négation corrélative portant sur deux groupes infinitifs

Phrase étudiée : « ne pas publier seulement la formule à laquelle on a pu croire avoir abouti, mais de publier l'histoire complète de sa recherche » folio 203

Leçon de grammaire : ⑥ la négation

Question : Analysez, dans « ne pas publier seulement la formule à laquelle on a pu… », la construction suivante : Négation corrélative portant sur deux groupes infinitifs. Justifiez votre réponse.

Réponse : La négation « ne… pas seulement » porte sur le premier groupe infinitif, « publier seulement la formule ». La conjonction « mais » introduit le second, « publier l'histoire complète de sa recherche », qui ajoute et rectifie le premier programme. La reprise de la préposition « de » vient de la construction précédente : « le moyen… sera de ».