Francis Ponge · La Rage de l’expression · Commentaire linéaire 4
Explication linéaire 4 : Tout cela n’est pas sérieux, l’atelier qui se juge
Treize étapes accompagnées, puis neuf tiroirs pour l’épreuve.
L’explication à côté de toi
Le fil parlé
Treize étapes pour comprendre, dire et retenir avant d’ouvrir le dossier de l’épreuve.
Étape 01
Tu n’y comprends rien ? C’est normal
Un écrivain relit ses quinze dernières pages et écrit : tout cela n'est pas sérieux. Puis il compte ce qu'il a gagné en dix jours de travail, et la liste est courte. On peut trouver ça décourageant.
Le découragement devient ici matière de travail : Ponge se juge chiffres à l'appui, cherche la cause de l'écart et remet la recherche en route dans le même passage.
Qui parle ? Ponge, à la fin d'un long carnet consacré à un bois de pins.
De quoi ça parle ? Il fait ses comptes. Quinze pages, dix jours : qu'a-t-il gagné ? Il répond par une liste numérotée de six articles — quelques expressions justes, une image de peignoir, un adjectif précieux, et surtout une idée, une prise de conscience. Il déclare son temps gâché, en précisant que ce temps appartenait au bois, lequel attend depuis toujours qu'on le dise. Il cherche alors la cause de son égarement et la trouve : le rapport qu'il devait tenir, il a cherché à en tirer des vers. Il donne raison à Paulhan, puis une note distingue longuement expression et connaissance. La dernière ligne rouvre le chantier.
Que veut faire comprendre l'auteur ? Qu'un échec se mesure, se nomme, et ne s'arrête pas là.
On est à la fin du plus long morceau du livre, celui du bois de pins.
Ce qu'il faut savoir : dans le livre, ce carnet est daté jour par jour. Ce texte-ci porte donc sur des pages qu'on vient de lire — l'auteur cite leur pagination exacte. C'est un livre qui se relit lui-même en cours de route.
Ton introduction peut tenir en six phrases, dans cet ordre.
Situe l'auteur : Ponge, poète du XXᵉ siècle, qui a fait de ses cahiers d'atelier des livres.
Nomme l'œuvre et sa date, 1952, et son genre : des carnets datés jour après jour.
Dis où l'on en est : à la fin du carnet du bois de pins, au moment où l'auteur relit ce qu'il vient d'écrire.
Annonce ton parcours en trois arrêts : d'abord un bilan chiffré, ensuite l'acquisition principale et l'impatience de l'objet, enfin la faute nommée, la note théorique et la reprise.
Pose ta question, dans les termes du dossier : « Comment l'auteur fait-il de l'échec de son propre travail une méthode, en le comptant, en le nommant et en repartant dans la même page ? »
Referme en annonçant que tu suivras l'ordre du carnet.
Le premier moment commence par le verdict : « Tout cela n'est pas sérieux. » Cette phrase donne son nom à la section, et on la retrouve aussitôt en ouverture du texte. Le petit mot « cela » désigne quinze pages.
Vient ensuite le compte : « Qu'ai-je gagné pendant ces quinze pages (pp. 119 à 141) et ces dix jours ? » Les numéros de page sont vrais, et ils renvoient au livre qu'on tient. Le verbe choisi est celui du commerce — gagner —, comme si l'écriture se soldait.
Et la réponse prend la forme d'un relevé, article par article. Le deuxième dit : « l'expression haut touffue qui est juste ». L'auteur ne montre pas son texte, il l'évalue explicitement.
Deuxième moment : Ce qui reste, et ce que l'objet attend
Le deuxième moment met au premier plan l'acquisition principale, et il le fait en majuscules. Après cinq articles vient le sixième, que le texte nomme « idée » et « prise de conscience » : « du soleil à travers le bois de pins il ne reste que de la pénombre, des rubans obliques tendus et des mouches sans sommeil ».
Cette acquisition se matérialise en trois éléments précis, dont l'image finale transforme les mouches en veilleuses sans sommeil.
Puis le bilan devient grave : « après une éternité d'inexpression dans le monde muet, il est pressé d'être exprimé ». Le bois de pins devient quelqu'un. Il a patienté longtemps, et voilà qu'il trouve le temps long. Dès lors qu'une chose peut réclamer d'être dite, les journées gâchées ne se déduisent plus du compte de l'écrivain seul.
Troisième moment : La faute nommée, et le retour au travail
Le troisième moment cherche la cause, et la nomme trois fois : « Pourquoi ce dérèglement, ce déraillement, cet égarement ? »
Écoute la montée. Une machine se dérègle, un train déraille, un homme s'égare. Des trois, un seul met en cause une personne, et c'est le dernier.
Et la faute est enfin dite : « mon dessein n'est pas de faire un poème, mais d'avancer dans la connaissance et l'expression du bois de pins ». Il admet son détour vers la versification du poème en prose, donne raison à Paulhan, puis reformule son dessein.
La note qui suit distingue l'expression du concret de la connaissance de la qualité propre du sujet, tout en disant qu'elles peuvent se rejoindre à leur perfection.
Enfin : « Revenons donc au plus vite à notre recherche ». Un impératif, un adverbe d'urgence, et le carnet repart. Le même feuillet prononce la sentence et rouvre le chantier.
En une phrase : le procès-verbal d'un échec, dressé par le coupable, avec les chiffres et la cause.
Ce que le passage établit, c'est que dans un atelier l'échec n'est pas une honte mais une donnée. Si on te demande pourquoi le livre s'appelle La Rage de l'expression, montre ce texte : le mot comprend aussi l'exaspération née de l'obstacle que l'objet oppose sans cesse à l'écrivain.
Pour ouvrir, tu peux dire ceci : ce moment éclaire tout le recueil en arrière. Les pages qu'on vient de lire demeurent dans le livre avec le jugement que l'auteur porte sur elles : la reprise critique fait partie de l'œuvre.
Une seconde ouverture : Ponge rend ici ses comptes visibles. Celui-ci donne ses numéros de page, ses dates et son verdict. C'est ce qui distingue un carnet d'une œuvre complète.
Le chemin qu'on vient de faire : la phrase-titre reprise, le compte des pages et des jours, l'inventaire numéroté ; puis les majuscules, les trois notations, l'objet qui s'impatiente ; enfin les trois noms de la faute, la phrase de Paulhan et la note théorique, l'impératif de reprise. Trois temps.
Tu sais nommer ce que tu vois : un démonstratif qui embrasse quinze pages, une question de bilan chiffrée, une énumération numérotée qui prend la forme d'un relevé, une personnification qui rend l'échec grave, une gradation de trois substantifs. Cinq choses, cinq citations.
« Qu'ai-je gagné pendant ces quinze pages » — une interrogation partielle sur le complément d'objet, avec inversion du sujet et trait d'union. Le passé composé donne au bilan un résultat qui vaut maintenant, et le complément de durée mesure ce qu'il a coûté.
« c'est donc que j'ai perdu mon temps » — une construction « c'est… que » dont l'adverbe « donc » marque la valeur conclusive. La construction ne coordonne pas la conclusion : elle la met en relief, et la transforme en verdict.
« mon dessein n'est pas de faire un poème, mais d'avancer dans la connaissance » — deux infinitifs reliés par la corrélation « ne… pas… mais », tous deux attributs du sujet. La négation porte sur le programme reformulé : malgré la tentative reconnue plus haut, Ponge énonce maintenant deux visées coordonnées : mieux connaître le bois et mieux l'exprimer.
Ce soir, tu peux fermer le cahier. Tu as compris qu'un auteur peut livrer au lecteur le constat de sa propre déroute, et que ce constat compte parmi ses pages. C'est l'essentiel.
Et s'il ne devait rester qu'une image pour la nuit, ce serait celle-ci : du soleil qui traverse des pins, et dont il ne reste que des mouches qui ne dorment pas.
Terre ferme : tu peux t'arrêter là. Le dossier de l'épreuve t'attend quand tu voudras, avec ses neuf tiroirs. Ce soir, tu en sais assez pour en parler. Il reste une chose non éclaircie : qui était Paulhan, dont la phrase revient au milieu du bilan, et pourquoi son avis pesait tant.
Neuf tiroirs : comprendre, préparer l’oral, contrôler les preuves.
01Le texte, dit simplementLe raisonnement sans jargon.
Idée générale. Après dix jours de travail, Ponge relit ses quinze dernières pages et conclut qu'il a perdu son temps. Il fait la liste de ce qu'il a gagné, trouve la cause de son échec, et se remet au travail dans la même page.
Situation simple. Le texte s'ouvre sur une phrase qui sert aussi de titre : tout cela n'est pas sérieux. L'auteur demande ce qu'il a gagné en quinze pages et dix jours, et répond : pas grand-chose. Il énumère alors, numéro par numéro, les six choses qu'il retient — des expressions justes, une image, et surtout une prise de conscience. Il conclut qu'il a perdu son temps, et ajoute que ce temps était celui du bois de pins, qui attendait d'être dit. Il reconnaît avoir voulu tirer des vers d'un poème en prose, puis reformule son dessein : avancer dans la connaissance et l'expression du bois. Une note approfondit cette distinction avant le retour à la recherche.
Mouvement I. Dans ce mouvement, un bilan est chiffré et numéroté. L'idée importante est que l'écriture est traitée comme une production dont on rend compte.
Mouvement II. Dans ce mouvement, l'acquisition principale est isolée, et l'objet est déclaré impatient. L'idée importante est que le temps perdu par l'écrivain est un temps pris à la chose.
Mouvement III. Dans ce mouvement, la faute est nommée, la différence entre expression et connaissance est examinée, puis le travail repart. L'idée importante est que l'échec redonne une direction à la recherche.
Pour finir. La leçon du passage est qu'un écrivain peut publier le procès-verbal de son propre échec, et que ce procès-verbal fait partie de l'œuvre.
02L’introduction rédigéeSix étapes, une question directrice.
Étape 1 : Francis Ponge est un poète du XXᵉ siècle, dont l'œuvre conserve des cahiers d'atelier, leurs dates et leurs reprises.
Étape 2 :La Rage de l'expression, publié en 1952, réunit ces cahiers, datés jour par jour.
Étape 3 : L'extrait vient à la fin du Carnet du Bois de Pins, après une longue série de tentatives que l'auteur va juger.
Étape 4 : Le passage s'organise en trois temps — un bilan chiffré et numéroté, l'acquisition principale et l'impatience de l'objet, puis la faute nommée, la note théorique et le retour au travail.
Étape 5 : On se demandera comment l'auteur fait de l'échec de son propre travail une méthode, en le comptant, en le nommant et en repartant dans la même page.
Étape 6 : On suivra d'abord le verdict et l'inventaire, puis les capitales et l'objet pressé, enfin les trois noms de la faute, la distinction entre expression et connaissance, et l'impératif final.
03L’explication linéaireTrois mouvements, neuf prises de lecture.
I. Le bilan, compté et numéroté
De « Tout cela n'est pas sérieux » à « avant de se peigner ».
La section s'ouvre sur son propre verdict, puis sur un chiffrage : quinze pages, dix jours. Ce qui suit est un inventaire numéroté, où l'auteur note ses trouvailles une à une et les évalue explicitement.
★ I.a. Le verdict, en tête
« Tout cela n'est pas sérieux. » folio 142
Phrase-titre reprise en incipit, sans transition. La phrase sert de titre à la section, et elle est reprise telle quelle comme première phrase du texte. Le démonstratif désigne tout ce qui précède, quinze pages durant. Un livre qui s'ouvre sur sa propre condamnation ne ressemble à aucun recueil de poèmes.
★ I.b. Le compte exact des pages et des jours
« Qu'ai-je gagné pendant ces quinze pages (pp. 119 à 141) et ces dix jours ? » folio 142
Question de bilan avec chiffrage entre parenthèses. La question est celle d'un bilan, et le chiffrage entre parenthèses est littéral : l'auteur renvoie à sa propre pagination. Le verbe « gagner » range l'écriture du côté du gain et de la dépense — quinze pages, dix jours, et combien en retour.
◆ I.c. Le bilan en six articles
« l'expression haut touffue qui est juste » folio 142
Énumération numérotée prenant la forme d'un relevé. Deuxième article d'une liste numérotée. L'écrivain ne cite pas son texte pour le montrer, il l'évalue : celle-ci est juste, celle-là est assez jolie. La liste transforme ainsi les images en objets d'un relevé critique.
II. Ce qui reste, et ce que l'objet attend
De « entaché, qui est très juste » à « l'espoir, ou l'avant-goût ».
Le deuxième mouvement isole en capitales la seule acquisition qui compte, et ce n'est pas une formule mais une perception. Puis le bilan devient moral : le temps perdu n'est pas seulement le sien, c'est celui du bois de pins, qui attendait depuis toujours d'être dit.
○ II.a. Ce qui est retenu, et pourquoi
« ce qui est assez joli, rend assez bien compte du balancement paresseux des sommets des pins » folio 142
Jugement porté sur ses propres expressions, avec adverbe de degré. L'adverbe est répété, et il est tiède : assez joli, assez bien. La formule est sauvée sans être approuvée. Et le verbe qui la juge — rendre compte — est celui du rapport, non celui du poème.
★ II.b. La grande acquisition, en capitales
« du soleil à travers le bois de pins il ne reste que de la pénombre, des rubans obliques tendus et des mouches sans sommeil » folio 143
Capitales et renchérissement, puis énumération de trois notations concrètes. Les capitales de « ET SURTOUT » mettent cet acquis au premier plan après les cinq autres. Le texte le nomme « idée » et « prise de conscience », puis trois notations concrètes donnent forme à cette acquisition principale.
★ II.c. L'objet pressé d'être exprimé
« après une éternité d'inexpression dans le monde muet, il est pressé d'être exprimé » folio 143
Personnification de l'objet, doté d'une impatience. Le bois de pins devient sujet : il a attendu, il s'impatiente. Le mot « inexpression » n'est pas courant, et il fait du silence des choses une privation. Le temps perdu par l'écrivain est donc un temps pris à l'objet.
III. La faute nommée, et le retour au travail
De « Pourquoi ce dérèglement » à « et seulement à son propos ».
Le troisième mouvement cherche la cause et la trouve : avoir voulu faire un poème là où le dessein visait la connaissance et l'expression de l'objet. Une note approfondit alors leur différence avant que le carnet ne revienne explicitement à sa recherche.
◆ III.a. Trois noms pour la même faute
« Pourquoi ce dérèglement, ce déraillement, cet égarement ? » folio 143
Gradation de trois substantifs de même sens. Trois noms pour une même faute, et la gradation va de la machine déréglée au train sorti des rails, puis à l'homme qui se perd. La faute change d'échelle à mesure qu'on la nomme, et le troisième mot est le seul qui concerne quelqu'un.
★ III.b. La phrase d'un autre, et l'aveu
« mon dessein n'est pas de faire un poème, mais d'avancer dans la connaissance et l'expression du bois de pins » folio 144
Corrélation ne… pas… mais opposant deux programmes. Après avoir reconnu la tentation du poème en vers et donné raison à Paulhan, Ponge reformule son dessein. La corrélation « ne… pas… mais » oppose faire un poème à avancer dans la connaissance et l'expression du bois de pins.
★ III.c. Le retour au travail
« Revenons donc au plus vite à notre recherche » folio 145
Impératif à la première personne du pluriel, avec adverbe d'urgence. Un impératif à la première personne du pluriel, un adverbe d'urgence, et le travail repart. Il n'y a ni conclusion ni leçon : la page qui condamne est celle qui remet en route. C'est la définition même d'un carnet.
04La conclusion rédigéeRépondre, puis prolonger dans l’œuvre.
Le passage montre un écrivain qui contrôle son propre travail, chiffres en main, et conserve ce bilan dans le livre. La réponse à notre question tient dans la manière dont l'échec est traité — non comme une confidence mais comme une mesure. Quinze pages, dix jours, six articles, puis une acquisition principale signalée en capitales. Le dessein est reformulé avec précision : avancer dans la connaissance et l'expression du bois plutôt que faire un poème.
Ouverture. Le titre du recueil s'éclaire ici : la rage de l'expression comprend aussi l'exaspération de celui qui bute sur son objet et recommence. Après le bilan et la note théorique, le carnet repart ; l'autocritique devient ainsi un nouvel instrument de travail.
05Le mémo de l’oralLes appuis indispensables et les prolongements possibles.
Le procès-verbal que l'auteur dresse de son propre travail : quinze pages, dix jours, six articles, une seule acquisition réelle. La faute est nommée — avoir voulu un poème là où il fallait un rapport — et le carnet repart dans la même page.
★ I.a : « Tout cela n'est pas sérieux. ». Phrase-titre reprise en incipit, sans transition. La phrase sert de titre à la section, et elle est reprise telle quelle comme première phrase du texte.
★ I.b : « Qu'ai-je gagné pendant ces quinze pages (pp. 119 à 141) et ces dix… ». Question de bilan avec chiffrage entre parenthèses. La question est celle d'un bilan, et le chiffrage entre parenthèses est littéral : l'auteur renvoie à sa propre pagination.
◆ I.c : « l'expression haut touffue qui est juste ». Énumération numérotée prenant la forme d'un relevé. Deuxième article d'une liste numérotée.
○ II.a : « ce qui est assez joli, rend assez bien compte du balancement… ». Jugement porté sur ses propres expressions, avec adverbe de degré. L'adverbe est répété, et il est tiède : assez joli, assez bien.
★ II.b : « du soleil à travers le bois de pins il ne reste que de la… ». Capitales et renchérissement, puis énumération de trois notations concrètes. Les capitales de « ET SURTOUT » mettent cet acquis au premier plan après les cinq autres.
★ II.c : « après une éternité d'inexpression dans le monde muet, il est… ». Personnification de l'objet, doté d'une impatience. Le bois de pins devient sujet : il a attendu, il s'impatiente.
◆ III.a : « Pourquoi ce dérèglement, ce déraillement, cet égarement ? ». Gradation de trois substantifs de même sens. Trois noms pour une même faute, et la gradation va de la machine déréglée au train sorti des rails, puis à l'homme qui se perd.
★ III.b : « mon dessein n'est pas de faire un poème, mais d'avancer dans la… ». Corrélation ne… pas… mais opposant deux programmes. Après avoir reconnu la tentation du poème en vers et donné raison à Paulhan, Ponge reformule son dessein.
★ III.c : « Revenons donc au plus vite à notre recherche ». Impératif à la première personne du pluriel, avec adverbe d'urgence. Un impératif à la première personne du pluriel, un adverbe d'urgence, et le travail repart.
Appuis ★ repris :I.aI.bII.bII.cIII.bIII.c
06Le tableau des procédésComparer les fonctions des neuf appuis.
Procédé désigné
Analyse dans le texte
Effet sur le lecteur
Interprétation
★ Phrase-titre reprise en incipit, sans transition (I.a)
La phrase sert de titre à la section, et elle est reprise telle quelle comme première phrase du texte.
Le lecteur reçoit la condamnation avant l'exposé, et elle vient de l'auteur.
Le titre est un jugement, et l'incipit le répète : la section commence par son propre échec.
★ Question de bilan avec chiffrage entre parenthèses (I.b)
La question est celle d'un bilan, et le chiffrage entre parenthèses est littéral : l'auteur renvoie à sa propre pagination.
Le lecteur voit le travail compté comme une dépense : des pages, des jours.
Compter les pages et les jours, c'est traiter l'écriture comme une production mesurable.
◆ Énumération numérotée prenant la forme d'un relevé (I.c)
Deuxième article d'une liste numérotée.
Le lecteur assiste à un inventaire d'atelier, article par article.
La forme du relevé numéroté appliquée aux trouvailles : l'atelier se contrôle lui-même.
○ Jugement porté sur ses propres expressions, avec adverbe de degré (II.a)
L'adverbe est répété, et il est tiède : assez joli, assez bien.
Le lecteur voit un écrivain noter ses propres formules comme un examinateur.
Juger « assez joli » une de ses images, c'est refuser de s'en contenter.
★ Capitales et renchérissement, puis énumération de trois notations concrètes (II.b)
Les capitales de « ET SURTOUT » mettent cet acquis au premier plan après les cinq autres.
Le lecteur reçoit, après les autres gains, l'acquisition mise au premier plan par les capitales.
L'acquisition principale est présentée comme une idée et une prise de conscience, formulées en trois notations concrètes.
★ Personnification de l'objet, doté d'une impatience (II.c)
Le bois de pins devient sujet : il a attendu, il s'impatiente.
Le lecteur découvre un bois de pins qui attend, et qui s'impatiente.
Si l'objet a droit à l'expression, le temps perdu par l'écrivain est un temps volé à la chose.
◆ Gradation de trois substantifs de même sens (III.a)
Trois noms pour une même faute, et la gradation va de la machine déréglée au train sorti des rails, puis à l'homme qui se perd.
Le lecteur entend l'accusation monter en trois mots de plus en plus larges.
Les trois mots disent la même faute et l'aggravent : on a quitté la voie, on a quitté le sujet.
★ Corrélation ne… pas… mais opposant deux programmes (III.b)
Après avoir reconnu la tentation du poème en vers et donné raison à Paulhan, Ponge reformule son dessein.
Le lecteur voit l'auteur opposer son dessein de connaissance à la tentation du poème.
Le dessein est reformulé avec précision : avancer dans la connaissance et l'expression plutôt que faire un poème.
★ Impératif à la première personne du pluriel, avec adverbe d'urgence (III.c)
Un impératif à la première personne du pluriel, un adverbe d'urgence, et le travail repart.
Le lecteur voit le travail reprendre dans la même page où il vient d'être condamné.
L'échec ne clôt rien : il redonne la direction, et le carnet repart dans la même page.
07Le tableau de couvertureRetrouver chaque sous-partie dans le mémo.
Prise ★
Rang
Dans le mémo
I.a
★
oui
I.b
★
oui
II.b
★
oui
II.c
★
oui
III.b
★
oui
III.c
★
oui
Sous-partie
Procédé principal
Dans le mémo ?
I.a
Phrase-titre reprise en incipit, sans transition
oui
I.b
Question de bilan avec chiffrage entre parenthèses
oui
II.b
Capitales et renchérissement, puis énumération de trois notations concrètes
oui
II.c
Personnification de l'objet, doté d'une impatience
oui
III.b
Corrélation ne… pas… mais opposant deux programmes
oui
III.c
Impératif à la première personne du pluriel, avec adverbe d'urgence
oui
Les 6 appuis marqués ★ couvrent les trois mouvements et sont tous repris dans le mémo : résultat 6/6. Ce décompte atteste la couverture, non la qualité générale de la page.
08Les erreurs rédhibitoiresLes contresens propres à ce passage.
Lire ce texte comme une confidence : c'est un procès-verbal, avec des chiffres, des numéros et un verdict.
Croire que Ponge renonce : la dernière phrase du passage remet le travail en route, dans la même page.
Prendre « pas grand-chose » pour de la modestie : la liste qui suit est un relevé exact, et elle contient une vraie découverte.
Transformer le bilan en échec absolu : Ponge juge le gain insuffisant, mais il consigne six acquisitions et reformule son dessein.
Négliger la personnification de l'objet : elle est ce qui rend la perte de temps grave, puisque le temps perdu appartient à la chose.
Traiter le nom de Paulhan comme une anecdote : son jugement rappelle à Ponge la voie qu'il estime avoir quittée, avant qu'il reformule son dessein.
09L’analyse grammaticaleTrois constructions distinctes, trois leçons.
Question grammaticale 1
Question grammaticale 2
Question grammaticale 3
Phrase 1 : Interrogation partielle au passé composé, avec complément de durée
Phrase étudiée : « Qu'ai-je gagné pendant ces quinze pages » folio 142
Leçon de grammaire : ⑤ l'interrogation
Question : Analysez, dans « Qu'ai-je gagné pendant ces quinze pages », la construction suivante : Interrogation partielle au passé composé, avec complément de durée. Justifiez votre réponse.
Réponse : L'interrogation est partielle : elle porte sur le complément d'objet, représenté par le pronom « que » élidé en tête. Le sujet pronominal est postposé et lié au verbe par un trait d'union, marque de l'interrogation directe. Le passé composé donne au bilan un résultat présent, et le complément introduit par « pendant » mesure la durée pendant laquelle ce résultat s'est constitué.
Phrase 2 : Tournure « c'est… que » à valeur conclusive
Phrase étudiée : « c'est donc que j'ai perdu mon temps » folio 143
Question : Analysez, dans « c'est donc que j'ai perdu mon temps », la construction suivante : Tournure « c'est… que » à valeur conclusive. Justifiez votre réponse.
Réponse : La construction « c'est… que » relie le pronom démonstratif « ce » à la proposition introduite par « que ». L'adverbe « donc » donne à l'ensemble une valeur conclusive : la proposition précédente, introduite par « si », fournit la prémisse, et la perte de temps en est présentée comme le verdict.
Phrase 3 : Groupes infinitifs attributs opposés par « ne… pas… mais »
Phrase étudiée : « mon dessein n'est pas de faire un poème, mais d'avancer dans la connaissance » folio 144
Leçon de grammaire : ① le verbe
Question : Analysez, dans « mon dessein n'est pas de faire un poème, mais… », la construction suivante : Groupes infinitifs attributs opposés par « ne… pas… mais ». Justifiez votre réponse.
Réponse : Deux groupes infinitifs sont mis en relation par la corrélation « ne… pas… mais », qui écarte le premier terme pour imposer le second. Chacun est introduit par la préposition « de » et fonctionne comme attribut du sujet « dessein ». La négation porte sur le programme que Ponge reformule ici : malgré la tentative de vers qu'il vient de reconnaître, son dessein présent est la connaissance et l'expression du bois de pins.