Le Bac par Patrick · Le Menteur · l’œuvre en trois minutes
Le Menteur
Dorante arrive à Paris après des études de droit. Il veut paraître élégant, séduire et inventer sa vie. Son valet Cliton l’accompagne : il entend les inventions et voit les difficultés qu’elles créent. Cette comédie en vers nous donne souvent une information qu’un personnage ignore. Nous pouvons ainsi rire de sa méprise tout en mesurant ses conséquences.
Dorante vient de quitter « la robe pour l’épée » : il abandonne le droit pour la vie de gentilhomme. Il ne part pas ici faire la guerre ; il cherche d’abord sa place dans la société parisienne. Aux Tuileries, jardin fréquenté par le beau monde, il demande à Cliton comment on approche les femmes. L’apparence et la conversation deviennent ses premières ressources.
Devant Clarice et Lucrèce, Dorante se présente comme un homme revenu de la guerre. Le spectateur sait qu’il vient des études. Son récit lui permet d’occuper immédiatement une place prestigieuse. Il ne se contente donc pas de cacher une faute : il invente le personnage qu’il voudrait être. Cliton connaît la différence entre cette histoire et les faits.
Dorante s’éprend de Clarice, mais croit qu’elle se nomme Lucrèce. Ce malentendu est un quiproquo : on parle d’une personne en pensant à une autre. Pour suivre la pièce, gardez les deux femmes distinctes. Le changement se produit dans l’esprit de Dorante, non dans leur identité. Ses mensonges vont désormais se mêler à sa propre erreur.
À Alcippe et Philiste, Dorante raconte une magnifique fête sur l’eau qu’il prétend avoir donnée. Alcippe, amoureux de Clarice, rapproche cette histoire de ses propres soupçons : il croit reconnaître un rival. Le récit est faux, mais la jalousie qu’il provoque est réelle. Dorante ne maîtrise pas toutes les conclusions que ses auditeurs tirent de ses inventions.
Géronte souhaite marier son fils à Clarice. Dorante, qui se trompe encore sur les prénoms, croit devoir repousser une femme qu’il n’aime pas. Il affirme alors être déjà marié à Poitiers et développe une histoire pour expliquer cette union. Cette fois, sa parole engage la famille. Géronte répète à d’autres ce qu’il croit avoir appris de son fils.
Les conversations croisées, les confidences et la rencontre nocturne compliquent l’affaire. Dorante croit savoir à qui il s’adresse ; les femmes cherchent à éprouver sa sincérité. Le public compare des versions que chaque personnage ne possède qu’en partie. Lire la comédie, c’est donc suivre la circulation du savoir : qui a entendu quoi, de qui, et avec quelle interprétation ?
Géronte découvre que le mariage annoncé était une invention. Sa colère porte aussi sur sa propre situation : en répétant l’histoire, il est devenu menteur sans le vouloir. Il demande à Dorante si la naissance suffit à faire un gentilhomme. La pièce fait ainsi entendre une objection sérieuse : le brillant de la parole ne remplace pas la loyauté envers les autres.
Les erreurs se dénouent et les unions se réorganisent : Clarice reste liée à Alcippe, Dorante se tourne vers Lucrèce. La comédie ne se termine pas par une simple punition exemplaire. Cliton invite même à réfléchir à l’habileté de son maître. Nous avons vu à la fois le plaisir d’inventer et le risque de faire vivre les autres dans une histoire qu’ils n’ont pas choisie.