I. Les divertissements convertissent l’énergie de la résistance en occupation agréable
## I.a. Des sujets affaiblis : la tyrannie prépare le terrain du plaisir
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Étienne de La Boétie · Discours de la servitude volontaire · Dissertation 7
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Le sujet
La fiche méthode
Apprendre à écrire cette dissertation, pas à pas
Onze volets, à ouvrir quand tu en as besoin. Rien ne s'ouvre tout seul.
Il oblige à résister à une cause unique. Les spectacles sont bien une technique politique, mais le texte les place dans une chaîne. Le devoir apprend à distinguer condition, moyen et effet.
« La dissertation consiste à conduire une réflexion personnelle organisée sur une question littéraire portant sur l’une des œuvres et sur le parcours associé. »
Ce qu’il ne dit pas. Les expressions « trois parties », « trois sous-parties » et « sept temps d’introduction » n’y figurent pas.
Ce que cette page ajoute, et pourquoi. Ces repères donnent à l’élève une conduite de rédaction stable.
Référence complète. Ministère de l’Éducation nationale, Épreuves anticipées obligatoires et épreuve orale de contrôle de français à compter de la session 2021, note de service du 23 juillet 2020, NOR MENE2019312N. Lire le texte officiel.
Comment reconnaître un argument, techniquement ? Pose-toi quelques questions.
Tout tient à un seul mot : « car ». Règle simple, pour débuter : dès que tu peux placer un « car », tu tiens un argument. À l'inverse, faute de « car » possible, tu n'as le plus souvent qu'un fait ou une opinion. Cette règle n'a rien d'absolu, la langue étant plus subtile ; elle reste ton test le plus fiable tant que tu apprends.
C'est pourquoi, dans la proposition, chaque sous-partie s'ouvre par un argument articulé par « car » : le « car » est la signature de l'argument.
Plus tard, avec de l'entraînement, tu pourras te passer du « car » : tu reconnaîtras l'argument sans avoir besoin de l'écrire. Pour l'instant, reste attaché à ton « car » : tant que le réflexe n'est pas pris, il reste ton repère le plus sûr.
« Les jeux amusent le peuple » est un constat. « Les jeux favorisent l’obéissance parce qu’ils remplacent la surveillance militaire par des habitudes désirées » est un argument.
Les divertissements deviennent efficaces car la servitude a déjà diminué la vaillance et la capacité d’entreprendre.
En effet, La Boétie relie la liberté au courage, à l’allégresse du combat et au partage du bien commun. Les sujets asservis perdent cette vivacité et agissent « par manière d’acquit ». Le tyran ne rencontre donc pas des désirs demeurés intacts qu’un spectacle détournerait soudain. Il agit sur un peuple dont le service a déjà formé le cœur à l’inertie. Le divertissement prolonge cette transformation et lui donne des objets agréables.
Les tyrans voient que leurs sujets « prennent ce pli » et « les y aident encore pour les faire mieux avachir » (§65).
La métaphore du « pli » présente l’asservissement comme une forme acquise par répétition. Le pronom « les » désigne des sujets devenus objets d’une action politique. Le verbe « aident » reçoit une valeur ironique : le pouvoir soutient une dégradation. Enfin, « avachir » donne à l’affaiblissement une dimension corporelle et morale.
Par conséquent, le plaisir politique n’explique pas le commencement de l’obéissance ; il travaille sur une disponibilité produite par la servitude.
« Suffisent-ils » commande une réponse nuancée. Il faut d’abord établir ce qu’ils expliquent, puis identifier ce qu’ils présupposent et les moyens qui complètent leur action.
| N° | Temps | Ce que tu écris | Sur le sujet |
|---|---|---|---|
| 1 | Entrée dans le problème | Un fait littéraire ou historique, phrase courte | Un pouvoir peut imposer la peur ; il peut aussi offrir des plaisirs qui détournent l’attention de ce qu’il retire. |
| 2 | Présentation de l’auteur | Le sujet recopié mot pour mot | Dans le Discours de la servitude volontaire, La Boétie cherche pourquoi des peuples nombreux soutiennent un tyran seul. |
| 3 | Présentation de l’œuvre | Trois mots-clés définis, avec leur tension. | Après avoir étudié le consentement, la nature et la coutume, l’orateur examine les moyens par lesquels les tyrans affaiblissent, amusent, récompensent et trompent leurs sujets. |
| 4 | Reprise du sujet | Tu resserres jusqu'à un nœud | Demander si les divertissements suffisent à expliquer l’obéissance revient à déterminer leur fonction exacte et leurs rapports avec les autres causes de la servitude. |
| 5 | Définition et tension | Une seule question, jamais binaire | Les divertissements comprennent les jeux, les spectacles, les fêtes et les plaisirs publics. Ils captent les désirs, occupent le temps et associent le tyran à une satisfaction. Pourtant, un plaisir ne devient politiquement efficace que dans un peuple déjà formé au service et soumis à d’autres médiations. |
| 6 | Problématique | Trois questions, une par partie | Comment La Boétie fait-il du divertissement une technique de gouvernement des désirs, tout en montrant qu’elle dépend d’un affaiblissement antérieur et qu’elle se prolonge par les dons trompeurs et les mots protecteurs du pouvoir ? |
| 7 | Annonce du plan | Une phrase qui ouvre la partie I | Les divertissements désarment d’abord les sujets en substituant l’occupation agréable à la résistance. Ils transforment ensuite une dépossession en gratitude par la fête et la distribution. Ils ne suffisent pourtant pas : leur efficacité suppose la coutume et s’appuie sur une mise en scène politique plus vaste. |
Le texte vise l’usage politique des plaisirs offerts par le tyran, non le théâtre ou le jeu en soi.
Les hommes sont d’abord nourris dans le service ; les divertissements entretiennent cette formation.
Les exemples antiques peuvent éclairer des questions durables, mais la copie doit analyser les mots et les situations du texte.
## I.a. Des sujets affaiblis : la tyrannie prépare le terrain du plaisir
## II.a. Une restitution déguisée : le tyran donne ce qu’il a d’abord pris
## III.a. Une servitude apprise : les plaisirs prolongent l’éducation du joug
L’argument nomme un mécanisme. La justification commence par « En effet ». La citation reproduit une preuve exacte. L’explication étudie la construction. Le récapitulatif commence par « Par conséquent » et précise la place du mécanisme dans la réponse.
Une phrase courte, articulée par car placé après une virgule. Tu annonces l'idée.
Elle commence par En effet. Tu développes et tu analyses, sans citation encore.
La citation reproduit une preuve exacte.
Tu décortiques la citation : un mot, une tournure, une image, l'effet produit.
Il commence par Par conséquent. Tu refermes le paragraphe sur l'idée gagnée.
Les divertissements comprennent les jeux, les spectacles, les fêtes et les plaisirs publics. Ils captent les désirs, occupent le temps et associent le tyran à une satisfaction. Pourtant, un plaisir ne devient politiquement efficace que dans un peuple déjà formé au service et soumis à d’autres médiations.
Le correcteur doit voir trois étages : le plaisir comme substitution à la force, le don comme transformation du vol en gratitude, puis le système de coutume et de langage qui donne à ces techniques leur durée.
Les divertissements occupent une place essentielle dans le Discours parce qu’ils transforment le gouvernement des sujets en gouvernement de leurs désirs. Cyrus remplace la garnison par les jeux ; les spectacles deviennent appâts, prix et outils ; les fêtes concentrent la sensibilité sur une satisfaction brève. Ils ne suffisent pourtant pas à expliquer l’obéissance. Leur efficacité suppose un peuple déjà « nourri » dans le service et affaibli par la perte de la liberté. Elle dépend aussi des distributions qui rendent une part des biens confisqués, des titres qui donnent au tyran l’image d’un protecteur et des formules consacrées au bien commun. La Boétie n’accuse donc pas le plaisir en lui-même. Il analyse la manière dont le pouvoir l’insère dans une circulation trompeuse : prendre, rendre un peu, divertir, nommer cette restitution protection, puis obtenir la gratitude de ceux qu’il dépouille.
Le texte vise l’usage politique des plaisirs offerts par le tyran, non le théâtre ou le jeu en soi.
Les hommes sont d’abord nourris dans le service ; les divertissements entretiennent cette formation.
Les exemples antiques peuvent éclairer des questions durables, mais la copie doit analyser les mots et les situations du texte.
Le correcteur doit voir trois étages : le plaisir comme substitution à la force, le don comme transformation du vol en gratitude, puis le système de coutume et de langage qui donne à ces techniques leur durée.
Le correcteur doit voir trois étages : le plaisir comme substitution à la force, le don comme transformation du vol en gratitude, puis le système de coutume et de langage qui donne à ces techniques leur durée.
Les divertissements comprennent les jeux, les spectacles, les fêtes et les plaisirs publics. Ils captent les désirs, occupent le temps et associent le tyran à une satisfaction. Pourtant, un plaisir ne devient politiquement efficace que dans un peuple déjà formé au service et soumis à d’autres médiations.
Si la copie peut expliquer pourquoi la « garnison » de Cyrus fonctionne, ce que le tyran rend au peuple et à quoi sert le « joli propos », elle tient le sujet. Il reste à vérifier que chaque partie répond à « suffisent-ils ».
Imagine le lecteur de ta copie en dragon tapi au bout de ta copie : il ne guette qu'une faille pour cracher son feu. « Pas assez d'exemples ! » « Copie monotone ! » « Où est l'argument ? » Bonne nouvelle : chaque règle de cette fiche est un bouclier taillé contre une de ses attaques. Blinde ta copie, et le dragon n'aura plus rien à mordre.
| L’attaque du dragon | Ton bouclier |
|---|---|
| « Où est ton idée ? » | Chaque sous-partie s’ouvre par un argument articulé par « car ». |
| « Pas assez de preuves ! » | Une citation brève, exacte, localisée au paragraphe. |
| « Tu récites ton cours ! » | Tu cuisines l’idée au lieu de servir le savoir cru. |
| « Ta copie est monotone ! » | L’horloge des cinq temps varie le rythme ; les mots-repères renouvellent le lexique. |
| « Ça part dans tous les sens ! » | Le plan avance ; les liaisons et transitions relient chaque étape. |
| « Tu manques de vocabulaire ! » | Les mots-repères propres à l’œuvre répondent à son attente lexicale. |
| « Tu ne réponds pas au sujet ! » | Le sujet recopié, la problématique née de la tension, tenue jusqu’à la conclusion. |
À la fin, le dragon replie ses ailes : il n'a plus une faille où mordre, et te laisse la voie libre.
La même dissertation, sous l'angle formel : rédigée d'un bout à l'autre.
1. Entrée dans le problème. Un pouvoir peut imposer la peur ; il peut aussi offrir des plaisirs qui détournent l’attention de ce qu’il retire.
2. Présentation de l’auteur. Dans le Discours de la servitude volontaire, La Boétie cherche pourquoi des peuples nombreux soutiennent un tyran seul.
3. Présentation de l’œuvre. Après avoir étudié le consentement, la nature et la coutume, l’orateur examine les moyens par lesquels les tyrans affaiblissent, amusent, récompensent et trompent leurs sujets.
4. Reprise du sujet. Demander si les divertissements suffisent à expliquer l’obéissance revient à déterminer leur fonction exacte et leurs rapports avec les autres causes de la servitude.
5. Définition et tension. Les divertissements comprennent les jeux, les spectacles, les fêtes et les plaisirs publics. Ils captent les désirs, occupent le temps et associent le tyran à une satisfaction. Pourtant, un plaisir ne devient politiquement efficace que dans un peuple déjà formé au service et soumis à d’autres médiations.
6. Problématique. Comment La Boétie fait-il du divertissement une technique de gouvernement des désirs, tout en montrant qu’elle dépend d’un affaiblissement antérieur et qu’elle se prolonge par les dons trompeurs et les mots protecteurs du pouvoir ?
7. Annonce du plan. Les divertissements désarment d’abord les sujets en substituant l’occupation agréable à la résistance. Ils transforment ensuite une dépossession en gratitude par la fête et la distribution. Ils ne suffisent pourtant pas : leur efficacité suppose la coutume et s’appuie sur une mise en scène politique plus vaste.
Les divertissements deviennent efficaces car la servitude a déjà diminué la vaillance et la capacité d’entreprendre.
En effet, La Boétie relie la liberté au courage, à l’allégresse du combat et au partage du bien commun. Les sujets asservis perdent cette vivacité et agissent « par manière d’acquit ». Le tyran ne rencontre donc pas des désirs demeurés intacts qu’un spectacle détournerait soudain. Il agit sur un peuple dont le service a déjà formé le cœur à l’inertie. Le divertissement prolonge cette transformation et lui donne des objets agréables.
Les tyrans voient que leurs sujets « prennent ce pli » et « les y aident encore pour les faire mieux avachir » (§65).
La métaphore du « pli » présente l’asservissement comme une forme acquise par répétition. Le pronom « les » désigne des sujets devenus objets d’une action politique. Le verbe « aident » reçoit une valeur ironique : le pouvoir soutient une dégradation. Enfin, « avachir » donne à l’affaiblissement une dimension corporelle et morale.
Par conséquent, le plaisir politique n’explique pas le commencement de l’obéissance ; il travaille sur une disponibilité produite par la servitude.
Quelle invention permet alors de remplacer durablement la présence des soldats ?
Le divertissement constitue une technique de domination car il accomplit le travail d’une armée sans conserver sa violence visible.
En effet, Cyrus vient de réprimer la révolte de Sardes. Il pourrait maintenir une garnison, mais cette solution serait coûteuse et instable. Il établit des bordels, des tavernes et des jeux publics, puis ordonne aux habitants d’en faire usage. L’obligation initiale produit ensuite des habitudes qui occupent les Lydiens et diminuent leur capacité de révolte. La force militaire ne disparaît pas de l’histoire ; elle est relayée par un gouvernement des conduites.
Cyrus « se trouva si bien de cette garnison qu’il ne lui fallut plus jamais depuis tirer un coup d’épée contre les Lydiens » (§69).
Le nom « garnison » transpose le vocabulaire militaire aux lieux de plaisir. La conséquence « qu’il ne lui fallut plus » mesure leur efficacité. L’expression « tirer un coup d’épée » représente la contrainte rendue inutile, tandis que « plus jamais depuis » souligne la durée du résultat obtenu.
Par conséquent, le divertissement est une arme politique lorsqu’il installe dans la vie quotidienne l’effet qu’une troupe ne produirait que par surveillance.
De quelle manière ces pratiques finissent-elles par attacher les sujets au service ?
Les jeux favorisent l’obéissance car ils donnent à la perte de la liberté la forme d’une satisfaction immédiatement visible.
En effet, La Boétie accumule les théâtres, farces, gladiateurs, bêtes étranges, médailles et tableaux. Cette profusion occupe les sens et renouvelle l’attente. L’orateur nomme pourtant ces objets « appâts », « prix » et « outils ». Les trois termes déplacent le regard du contenu agréable vers la fonction politique. Le peuple croit recevoir un plaisir ; il paie par sa liberté et contribue au maintien de celui qui organise la fête.
Les spectacles étaient « les appâts de la servitude, le prix de leur liberté, les outils de la tyrannie » (§73).
La construction ternaire attribue trois fonctions successives aux mêmes objets. « Appâts » décrit l’attraction, « prix » l’échange, « outils » l’usage par le tyran. Les compléments « de la servitude », « de leur liberté » et « de la tyrannie » relient le plaisir à l’ensemble du système politique.
Par conséquent, le divertissement explique une part de l’obéissance parce qu’il transforme la dépossession en expérience plaisante.
Les distributions soutiennent l’obéissance car elles font passer une restitution partielle pour une générosité du maître.
En effet, les tyrans romains offrent du blé, du vin et de l’argent. Le peuple reçoit un bien proche, concret et consommable, puis acclame le roi. La Boétie rétablit la circulation complète : ces biens venaient des sujets et le tyran n’aurait rien pu offrir sans les avoir d’abord dépouillés. Le don politique efface donc sa propre origine. Il associe le pouvoir au moment de la réception et rejette la mémoire du prélèvement hors du spectacle.
Les sujets « ne faisaient que recouvrer une partie de ce qui était à eux » (§74).
La négation restrictive « ne faisaient que » réduit la prétendue largesse à une restitution limitée. Le verbe « recouvrer » suppose une possession antérieure, tandis que « une partie » mesure la perte qui demeure. Le possessif « à eux » rend explicitement aux sujets la propriété que la mise en scène attribuait au tyran.
Par conséquent, l’obéissance naît moins du bien reçu que de l’effacement de l’histoire qui permettrait d’en reconnaître le propriétaire.
Pourquoi cette petite restitution l’emporte-t-elle sur la conscience des violences qui suivent ?
Le plaisir favorise la servitude car son intensité présente sépare la récompense immédiate des dommages durables du pouvoir.
En effet, celui qui reçoit un sesterce ou participe au festin bénit Tibère et Néron. Le lendemain, il abandonne ses biens, ses enfants et son sang sans protester. La Boétie oppose deux temporalités : le moment plein de la consommation et la continuité des atteintes. Le sujet réagit au plaisir offert, mais devient insensible au tort qui exige une comparaison et une mémoire. La fête produit ainsi une dette affective envers le tyran.
Le bénéficiaire « ne disait mot, pas plus qu’une pierre, et ne se remuait pas plus qu’une souche » (§75).
Les deux comparaisons minérales et végétales retirent successivement la parole et le mouvement. La négation répétée « ne… pas » donne une forme syntaxique à l’immobilité. « Pierre » et « souche » représentent un sujet privé de réponse, alors que le festin précédent l’avait rendu capable d’acclamation.
Par conséquent, le divertissement soutient l’obéissance lorsqu’il concentre la sensibilité sur le plaisir et l’éteint devant la douleur politique.
Cette capture des sens suffit-elle ou faut-il encore donner au tyran un nom protecteur ?
Le plaisir devient politiquement crédible car le tyran l’inscrit dans un langage qui le présente comme protecteur.
En effet, les empereurs prennent le titre de Tribun du peuple, charge créée pour défendre les citoyens. Le nom conserve la mémoire d’une institution protectrice alors que sa fonction est détournée. Les distributions et les fêtes semblent ainsi confirmer une bienveillance annoncée par le titre. Le peuple entend un mot familier, voit un don et réunit les deux signes dans une représentation fausse du pouvoir.
Les empereurs comptent que le peuple « se fierait davantage à eux, comme s’il devait en entendre le nom sans en sentir les effets » (§79).
Le verbe « se fierait » désigne le résultat recherché. La comparaison hypothétique « comme si » introduit la tromperie. L’opposition entre « entendre le nom » et « sentir les effets » sépare le langage institutionnel de l’expérience réelle. Les deux verbes de perception montrent que le pouvoir organise un conflit entre les signes reçus.
Par conséquent, le divertissement n’agit pas seul : il reçoit sa signification d’une mise en scène qui présente le tyran comme défenseur.
Les divertissements ne suffisent pas car ils agissent sur des hommes déjà nés et nourris dans le service.
En effet, La Boétie revient au fil de son raisonnement avant d’étudier les ruses du tyran. La première raison de la servitude est l’éducation servile ; l’affaiblissement vient ensuite. Les jeux n’expliquent donc ni l’origine de la dépendance ni l’oubli initial de la liberté. Ils consolident une seconde nature en proposant des habitudes compatibles avec elle. Sans ce terrain, l’appât pourrait attirer un instant sans produire une obéissance durable.
« la première raison pour laquelle les hommes servent volontiers, c’est qu’ils naissent serfs et sont nourris tels » (§63).
L’expression « première raison » hiérarchise les causes. Le parallélisme « naissent serfs » et « sont nourris tels » relie l’état reçu à sa reproduction éducative. Le passif efface les agents particuliers et donne à la formation la continuité d’un monde social déjà en place.
Par conséquent, les divertissements expliquent une technique d’entretien de la servitude, non sa cause première.
Cette technique est-elle toujours déclarée avec la franchise de Cyrus ?
Les jeux ne peuvent être isolés car ils appartiennent à une stratégie qui devient plus efficace lorsqu’elle dissimule son but.
En effet, Cyrus ordonne publiquement aux Lydiens d’user des tavernes et des jeux. Les autres tyrans ne déclarent pas une intention aussi nette. Ils poursuivent le même effet « sous main », en laissant croire que le plaisir vaut pour lui-même. Cette dissimulation interdit au sujet de relier l’offre à la diminution de sa liberté. Le mécanisme dépend donc du mensonge sur sa fonction.
Ce que Cyrus « ordonna formellement et en effet, la plupart l’ont poursuivi sous main » (§71).
L’opposition entre « formellement » et « sous main » sépare l’ordre explicite de l’action cachée. Le verbe « poursuivi » marque la continuité historique de la technique. Le groupe « la plupart » étend le cas singulier sans prétendre que tous les tyrans reproduisent le même dispositif visible.
Par conséquent, le divertissement ne devient un instrument stable qu’au sein d’une politique qui masque les fins de ce qu’elle offre.
Quel langage général permet enfin de couvrir les plaisirs, les prélèvements et les violences ?
Les divertissements ne suffisent pas car le pouvoir doit encore présenter ses actes comme des services rendus à la collectivité.
En effet, La Boétie élargit son observation au présent. Les gouvernants font précéder leurs actes d’un propos sur le bien commun et le soulagement public. La formule ne remplace pas les jeux ou les distributions ; elle les enveloppe dans une justification. Le sujet est invité à recevoir comme protection ce qui peut renforcer sa dépendance. L’obéissance résulte ainsi d’une convergence entre habitude, plaisir, don, titre et discours.
Certains ne font aucun mal « sans le faire précéder de quelque joli propos sur le bien commun et le soulagement public » (§80).
La double négation « ne… aucun… sans » donne au procédé une régularité. Le verbe « précéder » place la parole avant l’acte et lui confie la préparation du jugement. L’adjectif « joli » diminue ironiquement la valeur du propos, tandis que « bien commun » et « soulagement public » empruntent le lexique de la protection collective.
Par conséquent, les divertissements participent à l’obéissance, mais leur force vient du système de formation, de redistribution et de langage dans lequel ils prennent place.
Les divertissements occupent une place essentielle dans le Discours parce qu’ils transforment le gouvernement des sujets en gouvernement de leurs désirs. Cyrus remplace la garnison par les jeux ; les spectacles deviennent appâts, prix et outils ; les fêtes concentrent la sensibilité sur une satisfaction brève. Ils ne suffisent pourtant pas à expliquer l’obéissance. Leur efficacité suppose un peuple déjà « nourri » dans le service et affaibli par la perte de la liberté. Elle dépend aussi des distributions qui rendent une part des biens confisqués, des titres qui donnent au tyran l’image d’un protecteur et des formules consacrées au bien commun. La Boétie n’accuse donc pas le plaisir en lui-même. Il analyse la manière dont le pouvoir l’insère dans une circulation trompeuse : prendre, rendre un peu, divertir, nommer cette restitution protection, puis obtenir la gratitude de ceux qu’il dépouille.