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Pierre Corneille · Le Menteur

Trois vers du Menteur que les textes en ligne donnent faux

On peut le vérifier soi-même en trente secondes, en comptant les syllabes sur ses doigts.

Le Menteur est une comédie en vers de douze syllabes. Tous les vers en ont douze : c'est la règle, et Corneille ne s'en écarte jamais. Or dans les textes de la pièce que l'on trouve aujourd'hui en ligne, deux vers n'en ont pas douze.

Au troisième acte, on lit « Eh bien ! puisqu'il vous faut parler clairement ». Comptez : Eh-bien-puis-qu'il-vous-faut-par-ler-clai-re-ment, onze syllabes. Il en manque une. Au quatrième, on lit « Et si ce traitement marque une même commune ». Comptez : treize. Il y en a une de trop. Et « une même commune » ne veut rien dire dans la phrase, où Sabine reproche à sa maîtresse d'avoir l'âme basse.

Les livres imprimés, eux, donnent des vers justes. Une édition parue du vivant de Corneille, en 1647, porte « parler plus clairement ». L'édition savante de 1862 porte « marque une âme commune », et deux autres livres du XIXe siècle l'écrivent comme elle. Douze syllabes de part et d'autre, et une phrase qui a un sens.

Un troisième vers se règle de la même façon : au troisième acte encore, les textes en ligne donnent « sous votre seule foi » là où l'édition de 1647 donne « sous votre seule loi ». Ici ni le compte des syllabes ni la grammaire ne tranchent — les deux mots vont. C'est le livre imprimé qui décide.

Le point qu'il faut bien comprendre

Ce ne sont pas les vieux livres qui se trompent, c'est la copie moderne. Les pages en ligne affichent souvent la photographie du livre à côté du texte tapé. Sur ces trois vers, le texte tapé contredit la photographie qui est juste au-dessus de lui. Et la même erreur se retrouve dans trois éditions différentes du même site, dont une page marquée comme relue et validée par deux personnes.

Notre page du texte intégral porte les trois vers rétablis, et dit en tête ce qui a été changé.

D'où vient ce qui est écrit ici

L'édition de 1647, parue du vivant de Corneille. La photographie du livre de l'édition savante de Charles Marty-Laveaux, Hachette, 1862, tome IV, page 214. La photographie de l'édition Félix Hémon, tome III, page 133. La photographie de l'édition La Bédollière, 1851, page 12. Les textes établis par Théâtre-Classique et l'édition Gallimard de 2006. Chacun de ces livres a été ouvert et lu à l'image, pas cité de mémoire.

Ce que nous ne savons pas

Nous ne savons pas comment l'erreur est née dans le texte électronique, ni qui l'a saisie. Nous savons seulement qu'elle n'est dans aucun des livres imprimés que nous avons ouverts.

Nous n'avons pas comparé mot à mot les indications de scène, qui ont leur propre histoire : l'édition de 1862 signale elle-même que deux mots de mise en scène manquent dans les impressions de 1644.