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L’essentiel · Première · Bac de français

L'INTRODUCTION

Discours de la servitude volontaire, Étienne de La Boétie (vers 1548)

Parcours : « « défendre » et « entretenir » la liberté »

L’essentiel

L’explication linéaire, puis le dossier de l’épreuve

D’abord l’explication à voix haute : on lit, on comprend, on peut s’arrêter là. Ensuite, si tu veux la copie et l’oral, le dossier. Le sommaire les tient tous, à droite.

L’analyse qui s’affiche toute seule La réglure et la lumière qui descend Un parchemin réglé ; une barre d'or éclaire une ligne, et une étiquette sort dans la marge droite. Une flèche descend le long de la marge gauche. Ici tu ne lis pas : tu regardes lire. La lumière descend d’une ligne à l’autre et laisse un nom dans la marge. Cliquer pour voir le site s’animer
Une foule immense prête sa force à un homme seul.

1 · Le texte

Ce texte est celui de ton descriptif. Toutes les citations de cette page en sont tirées mot pour mot : tu peux les vérifier ligne à ligne, et tu devrais le faire une fois.

Établissement du texte. Témoin : le descriptif de ton année, pages 21 à 26. Cote : aucune, puisqu'il s'agit d'un descriptif d'examen et non d'un manuscrit. Bornes : §4 à §6. Version modernisée dont le descriptif n'indique ni l'édition ni le traducteur ; aucune attribution n'est inventée ici.

§le texte, tel qu'il est sur ta feuille
§4Pour le moment, je voudrais seulement comprendre comment il se peut que tant d'hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois un tyran seul, qui n'a de puissance que celle qu'ils lui donnent, qui n'a pouvoir de leur nuire qu'autant qu'ils ont pouvoir de l'endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal, s'ils n'aimaient mieux tout endurer de lui que de le contredire. Grande chose assurément – et pourtant si commune, qu'il faut plutôt d'autant plus en éprouver de la douleur et d'autant moins s'en étonner – que de voir des millions de millions d'hommes, misérablement asservis, avec le cou sous le joug, non pas contraints par une force supérieure, mais quelque peu, me semble-t-il, enchantés et charmés par le seul nom d'un individu, dont ils ne doivent pourtant ni craindre la puissance, puisqu'il est seul, ni aimer les qualités, puisqu'il est, vis-à-vis d'eux, inhumain et sauvage.
§5Notre faiblesse à tous, hommes, est telle qu'il faut souvent que nous obéissions à la force : nous devons temporiser, nous ne pouvons pas toujours être les plus forts. Si donc une nation est contrainte, par la force des armes, à se soumettre au pouvoir d'un seul adversaire – comme la cité d'Athènes soumise aux Trente tyrans –, il ne faut pas s'étonner qu'elle tombe en servitude, mais déplorer que cet accident survienne, ou bien, plutôt, ni s'en étonner ni s'en plaindre, mais supporter le mal patiemment et s'en remettre à l'avenir pour une meilleure fortune.
§6Notre nature humaine est ainsi faite que les communs devoirs de l'amitié absorbent une bonne partie du cours de notre vie ; il est raisonnable d'aimer la vertu, d'estimer les belles actions, d'être reconnaissant des bienfaits reçus, et, souvent, de diminuer notre propre bien-être pour augmenter l'honneur et l'avantage de celui qu'on aime et qui le mérite. Ainsi donc, si les habitants d'un pays ont trouvé quelque grand personnage qui leur ait montré, dans l'épreuve, une grande prévoyance pour les protéger, une grande hardiesse pour les défendre, une grande attention pour les gouverner ; si, à partir de là, ils s'habituent à lui obéir, s'ils lui accordent suffisamment leur confiance pour lui donner quelques avantages, je ne sais si ce serait agir avec sagesse, que de l'ôter de là où il agissait bien, pour l'avancer en un lieu où il pourrait mal faire ; mais, assurément, il ne saurait manquer d'y avoir de la bonté à ne craindre aucun mal de celui dont on n'a reçu que du bien.

Unité d'ancrage : le paragraphe. La numérotation des paragraphes est celle de la maison ; elle n'existe pas dans l'original, qui n'a presque pas d'alinéas.

La phrase paraît haute ; le chemin commence pourtant à hauteur d’élève.

2 · Ces phrases t'intimident ?

Regarde la page un instant, sans t'affoler. La première phrase occupe à elle seule la moitié du premier paragraphe. Elle empile les hommes, les bourgs, les villes et les nations, puis accroche au tyran trois propositions relatives les unes derrière les autres, et elle ne te donne pas une image à quoi te raccrocher.

Mets-toi bien ceci en tête : la difficulté vient du texte, pas de toi. Il a près de cinq cents ans. Il a été écrit par un homme jeune, dans une langue où l'on n'avait pas peur des phrases longues, et il n'a pas été destiné à la publication. Personne ne le franchit du premier coup.

La difficulté est même voulue. L'auteur raisonne seul, sans le secours d'une comparaison : tout y est fait de syntaxe. C'est ce qui rend le passage rude, et c'est aussi ce qui le rend beau.

⭐ Voilà l'idée simple où nous arriverons, et tu peux la retenir dès maintenant : le tyran paraît puissant, mais toute sa puissance lui vient des hommes qui lui obéissent. La Boétie examine ensuite deux cas où l'obéissance peut se comprendre : la défaite militaire et la reconnaissance envers un bon chef.

La multitude et le tyran : toute l’énigme tient dans ce face-à-face.

3 · Avant tout : que raconte la scène ?

Qui est là ? Un penseur qui dit « je » et qui cherche à comprendre un paradoxe politique. En face de lui, personne de nommé : une foule innombrable, et un tyran sans nom.

Que se passe-t-il ? Il constate que des peuples innombrables supportent un seul tyran. Puis il écarte les explications faciles, l'une après l'autre : ce n'est pas la force, ce n'est pas la peur, ce n'est pas non plus l'admiration.

Qu'est-ce que La Boétie veut te faire comprendre ? Il veut comprendre pourquoi ces peuples continuent de donner à un seul homme une puissance qu'il ne possède pas par lui-même. ⭐ Le sujet du livre, ce n'est pas le tyran. C'est nous.

Deux portes s’ouvrent : la contrainte et la confiance.

4 · D'où l'on part, où l'on arrive

D'où l'on part. Ce passage ouvre l'enquête du Discours. La Boétie part d'un étonnement : comment un seul homme domine-t-il des millions d'autres ? Les débats ordinaires sur les formes de gouvernement viennent d'être écartés, et il ne garde qu'une question.

Où l'on arrive. Il distingue ensuite l'asservissement volontaire de deux obéissances explicables : céder momentanément à la force, et faire confiance à un bienfaiteur. À la fin du passage, la seconde porte reste ouverte, et c'est par elle que la servitude entrera dans le reste du livre.

Six pierres bien posées suffisent pour entrer dans l’explication.

5 · Ton entrée en matière, six phrases et rien d'autre

Faire une introduction, c'est faire les présentations. Six phrases bien rangées suffisent.

Je te les écris ; tu les rediras à ta manière.

Un, l'auteur.

Ce que tu dis : « Étienne de La Boétie est un humaniste du XVIᵉ siècle qui interroge les mécanismes de la domination. »

Deux, l'œuvre.

Ce que tu dis : « Le Discours de la servitude volontaire cherche à comprendre pourquoi des peuples participent à leur propre asservissement. »

Trois, l'endroit.

Ce que tu dis : « Cet extrait introductif pose l'énigme centrale de l'œuvre : ce sont les paragraphes 4 à 6, au seuil du livre. »

Quatre, ce que c'est.

Ce que tu dis : « Il s'agit d'une argumentation fondée sur un paradoxe, puis sur l'examen de deux hypothèses. »

Cinq, ta problématique.

Ce que tu dis : « On peut se demander comment La Boétie transforme l'étonnement devant l'obéissance en enquête sur ses causes légitimes ou illégitimes. »

Six, le chemin.

Ce que tu dis : « Il expose d'abord le scandale de la servitude volontaire, de "Pour le moment" à "inhumain et sauvage". Il admet ensuite la contrainte militaire, de "Notre faiblesse à tous" à "une meilleure fortune". Il examine enfin la confiance accordée à un chef vertueux, de "Notre nature humaine" à "reçu que du bien". »

Le pouvoir du tyran est fait des mains qui le soutiennent.

6 · Premier tour du charme : le scandale d'une multitude soumise à un seul homme (de « Pour le moment » à « inhumain et sauvage »)

Regarde d'abord la répétition de « tant de ». Elle fait grandir la foule, des hommes jusqu'aux nations. En face, il n'y a qu' « un tyran seul ». La phrase te fait donc voir le déséquilibre avant même de l'expliquer.

Puis compte les trois « qui ». Les trois relatives retirent au tyran toute force personnelle : sa puissance est celle que les peuples « lui donnent ». Son pouvoir de nuire va exactement aussi loin que leur capacité à l'endurer, pas plus loin.

Enfin, écoute la cause qu'il écarte, et celle qu'il nomme. ⭐ « non pas contraints […] mais […] enchantés et charmés » écarte la violence physique et suggère une fascination incompréhensible. Deux mots de sorcellerie dans un traité de politique.

Ce que tu dis. La Boétie oppose l'immensité des peuples à la solitude du tyran. Par les relatives restrictives, il montre que le maître ne possède que le pouvoir abandonné par ses sujets ; la servitude devient donc une énigme morale.

Athènes vaincue rappelle qu’obéir à la force n’est pas consentir.

7 · Deuxième tour du charme : la force, cause compréhensible d'une obéissance provisoire (de « Notre faiblesse à tous » à « une meilleure fortune »)

La Boétie ne condamne pas indistinctement tous les peuples. Avec « Notre faiblesse à tous », il s'inclut dans une humanité parfois obligée de céder. Il ne se place pas au-dessus de ceux qu'il décrit. ⭐ C'est ce qui lui permet d'accuser sans mépriser, et c'est une leçon pour ta propre copie.

Repère ensuite les mots de l'obligation. Les verbes « il faut », « devons » et « ne pouvons pas » expriment la nécessité. Rien, dans ce paragraphe, ne parle de goût ni de choix.

L'exemple d'Athènes borne l'excuse au lieu de l'élargir. L'exemple d'Athènes soumise aux Trente tyrans montre qu'une nation vaincue peut supporter le mal en attendant « une meilleure fortune ». Athènes n'a pas choisi : elle a perdu une guerre.

Ce que tu dis. L'obéissance imposée par les armes n'est pas une servitude volontaire : elle est un accident historique que la prudence oblige parfois à endurer.

La confiance offerte au protecteur peut devenir le premier barreau du trône.

8 · Troisième tour du charme : la confiance légitime et son danger (de « Notre nature humaine » à « reçu que du bien »)

Le dernier paragraphe part des « devoirs de l'amitié ». Il est juste d'aimer la vertu et d'être reconnaissant. Rien ici n'est ironique : l'auteur pense ce qu'il écrit.

Regarde le portrait ternaire du grand personnage. « prévoyance », « hardiesse », « attention » : trois qualités prouvées « dans l'épreuve », qui expliquent que des habitants lui fassent confiance.

⛔ Ne te laisse pas endormir par la fin de la phrase. Elle oppose l'endroit « où il agissait bien » au lieu « où il pourrait mal faire » : récompenser un bon serviteur ne doit pas conduire à fabriquer un maître absolu. ⭐ C'est cette confiance-là, et non la peur, qui installera le tyran dans les pages suivantes.

Ce que tu dis. La gratitude peut expliquer l'origine de l'obéissance, mais elle ne justifie pas l'abandon illimité de la liberté.

Quand les excuses tombent, la question revient du côté de ceux qui obéissent.

9 · Le charme rompu : la réponse

Ta problématique demandait comment l'étonnement devient une enquête sur les causes de l'obéissance. Voici la réponse, en une phrase : La Boétie construit une enquête par élimination.

Ni la force extérieure ni la gratitude envers un chef méritant n'expliquent le scandale initial d'un peuple qui continue volontairement de nourrir la puissance d'un tyran seul.

⭐ Une fois les deux excuses écartées, il ne reste plus rien à expliquer du côté du tyran. Tout ce qui reste à expliquer est de notre côté.

De l’œuvre au parcours, la liberté demande une vigilance continue.

10 · Le charme se prolonge : œuvre et parcours

Dans l'œuvre. Le passage établit que les hommes donnent ; il ne dit pas encore pourquoi. Le texte 2 de ton descriptif, « La force de l'habitude », donne la première cause : on naît dans la servitude et on la prend pour la nature. Le texte 3, « Le fondement de la tyrannie », donne la seconde : les complices, qui vivent de la tyrannie et la portent. Les deux sortent en droite ligne de la porte laissée ouverte ici.

Dans ton parcours. Le parcours s'intitule « Défendre et entretenir la liberté ». Ce passage montre l'exercice le plus discret de cet entretien : reconnaître le point où la prudence ou la gratitude cessent d'être légitimes. Le texte 4, l'article de Jean-Baptiste Clément sur les Croquants de Bagnolet, reprend la même énigme trois siècles plus tard, avec des paysans qui vont chercher les Prussiens contre leurs propres voisins.

Le rapprochement qui fait mouche à l'oral. La Boétie demande « comment il se peut que… », qui est une vraie question. Clément demande « n'est-ce pas honteux et misérable ? », qui n'en est pas une. L'énigme est restée ; la patience a disparu.

Le chemin parcouru transforme une longue phrase en idée claire.

11 · Retourne-toi et mesure le chemin

Tu es parti d'une phrase qui t'intimidait, et tu sais maintenant ce qu'elle fait.

Tu sais que les quatre « tant de » servent à fabriquer une foule. Tu sais que les trois « qui » sont accrochés au tyran et qu'ils le vident en le décrivant. Tu sais que « enchantés et charmés » n'est pas une jolie image, mais l'endroit exact où le livre bascule. Tu sais que le deuxième paragraphe accorde une excuse et que l'exemple d'Athènes la borne aussitôt. Tu sais que la phrase la plus douce du passage est la plus dangereuse.

Tu sais aussi tenir trois faits de langue. L'architecture d'une phrase complexe, la subordonnée de condition en « si », et le subjonctif d'une relative à antécédent indéterminé. Ce sont trois leçons distinctes, et elles suffisent à répondre au dragon.

⭐ Et tu sais dire pourquoi ce texte est difficile : parce qu'il n'a presque aucune image, et que tout y est fait de syntaxe. Si tu montres les quatre reprises, les trois relatives et la restriction, tu as le passage.

Grame Maire éclaire les articulations cachées de la phrase.

12 · Trois phrases avant la rive : la grammaire

Ici commence l'antre du dragon. Le dragon, c'est l'examinateur, et sa question de grammaire vaut deux points sur vingt. Elle tombe à la fin de l'entretien, quand tu es fatigué. On va la préparer maintenant, pendant que tu es frais.

Et pour la traverser, tu as quelqu'un. Elle s'appelle Grame Maire. Dis-le à voix haute : c'est la grand-mère de la grammaire, et elle ne te lâchera plus.

Le réflexe en cinq pas · le même pour n'importe quelle phrase

Un. Recopie la phrase soulignée, en entier, sans en couper un mot.

Deux. Compte les verbes conjugués : tu auras le nombre de propositions.

Trois. Cherche le mot qui relie, et nomme-le avec le mot du bac.

Quatre. Montre : pointe le mot qui prouve ce que tu dis.

Cinq. Dis ce que ça apporte au sens. C'est le pas que tout le monde oublie, et c'est celui qui rapporte.

Phrase 1 : la phrase complexe et ses relatives (leçon ②)

« tant d'hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations supportent […] un tyran seul, qui n'a […] qui n'a […] et qui ne pourrait »

Où est le verbe principal ? ⭐ « supportent ». Tout le reste s'accroche à lui ou à son complément.

Et les trois « qui » ? Les trois groupes introduits par « qui » complètent « un tyran seul » : ce sont des propositions subordonnées relatives. Le pronom « qui » y est sujet à chaque fois.

Ce que tu dis. La phrase complexe contient une principale et trois relatives coordonnées qui caractérisent le tyran.

Phrase 2 : la subordonnée de condition (leçon ④)

« Si donc une nation est contrainte […] il ne faut pas s'étonner »

Quel est le mot qui introduit ? ⭐ « si », et il introduit la condition ou l'hypothèse.

Où commence la principale ? La proposition principale commence à « il ne faut pas ». Le test que tu peux faire seul : remplace « si » par « au cas où ». Si la phrase se dit encore, c'est bien une conditionnelle. Ici elle se dit.

Ce que tu dis. La subordonnée circonstancielle de condition envisage le cas d'une nation vaincue et la principale en tire la conduite à tenir.

Phrase 3 : le mode du verbe dans la relative (leçon ①)

« quelque grand personnage qui leur ait montré »

À quel mode est « ait montré » ? ⭐ Au subjonctif passé. « ait » est l'auxiliaire avoir au subjonctif présent, suivi du participe « montré ».

Pourquoi ce mode ? L'antécédent « quelque grand personnage » n'est pas identifié : il est envisagé comme possible. ⚠️ Attention à ne pas confondre avec un passé composé de l'indicatif, qui aurait donné « a montré » et désigné quelqu'un de réel.

Ce que tu dis. Le subjonctif passé convient à une relative qui porte sur un être indéterminé dans une hypothèse.

Au terme du passage, l’élève tient la thèse, les mouvements et la langue.

13 · Terre ferme : tu peux t'arrêter là

Belle traversée. Tu es entré dans une page sans images, tu en ressors avec une thèse, trois mouvements et trois faits de langue que tu sais montrer.

Range tout, souffle : tu peux être fier du chemin.

À la prochaine étape. J'ai aimé faire ce passage avec toi.

Fin de l’explication

Tu peux t’arrêter là. Ou continuer.

Ce que tu viens de lire, c’est le texte expliqué comme on l’explique à voix haute, à côté de toi. Si c’était ton but, c’est fini : tu as compris le texte.

À présent, tu changes de registre. Voici le dossier : la même explication, mais rédigée comme on l’attend le jour de l’épreuve. Introduction au propre, analyse des procédés, tableaux de révision, questions de grammaire. C’est froid, c’est dense, et c’est fait pour ça. On y va quand on révise, pas quand on découvre.

L’adresse commune

Les sept leçons de grammaire

  1. Le verbe : valeurs temporelles, aspectuelles et modales.
  2. La phrase complexe : juxtaposition, coordination, subordination.
  3. La subordonnée relative : antécédent, syntaxe et fonction.
  4. La circonstancielle : cause, conséquence, but, condition, concession.
  5. L’interrogation : directe, indirecte, syntaxe et pragmatique.
  6. La négation : totale, partielle, exceptive et textuelle.
  7. Le lexique : néologie, synonymie, antonymie et hypéronymie.
  8. En plus, et tout le monde en a besoin L’accord du participe passé
Le dossier Le même commentaire linéaire, sous l’angle institutionnel et administratif. Ouvrir le commentaire institutionnel et administratif
01L'EXPLICATION TRÈS SIMPLE

Idée générale du texte

La Boétie ne demande pas si la tyrannie est mauvaise. Tout le monde le sait. Il demande

quelque chose que personne n'avait posé avant lui : comment se fait-il que des millions

d'hommes obéissent à un seul, alors qu'ils sont des millions et qu'il est seul ?

⭐ Et sa réponse tient dans le déplacement de la question. Le tyran n'a pas de force à lui.

Il a la force qu'on lui prête. Donc ce n'est pas lui qu'il faut expliquer : c'est nous.

Situation simple

C'est le tout début du livre. La Boétie vient d'ouvrir son Discours. Il écarte d'un mot

les grands sujets : qui doit gouverner, sous quelle forme : pour n'en garder qu'un.

« Pour le moment, je voudrais seulement comprendre… » Tout le reste du livre découlera

de cette phrase.

Mouvement I : raconter ce qui se passe (« Pour le moment » → « que de le contredire »)

Il pose sa question, et il la pose en deux temps. D'abord la masse : tant d'hommes, tant de

bourgs, tant de villes, tant de nations. Puis, en face, un seul homme : et trois fois de suite

il explique que cet homme n'a rien. Ni puissance, ni pouvoir de nuire, sinon ceux qu'on

lui donne.

Mouvement II : raconter le changement (« Grande chose assurément » → « inhumain et sauvage »)

Il refuse de s'étonner. Ce serait trop facile : on s'étonne d'un monstre, et l'on rentre

chez soi. Il remplace l'étonnement par la douleur : et il change de vocabulaire : les

hommes ne sont plus vaincus, ils sont « enchantés et charmés ». Le mot n'est pas politique.

Il est magique.

Mouvement III : raconter la leçon (« Notre faiblesse à tous » → la fin)

Il accorde une excuse, et il la circonscrit. Oui, la force existe ; oui, on lui obéit ;

Athènes est tombée sous les Trente. Mais cette excuse ne vaut que pour ceux qu'on a

contraints. Puis il va plus loin : il décrit un gouvernant qui mérite qu'on l'aime : et cette

description, qui a l'air d'une indulgence, est en réalité le piège du livre entier.

Phrase finale pour l'élève

⭐ Retiens ceci : le texte ne dénonce pas un tyran, il instruit un procès contre ceux qui

le portent. Et il le fait sans jamais élever la voix.


02L'INTRODUCTION · sept étapes

① L'auteur. Étienne de La Boétie, magistrat bordelais du seizième siècle, ami de Montaigne,

mort jeune. Il n'a jamais publié ce texte de son vivant.

② L'œuvre. Le Discours de la servitude volontaire, écrit vers 1549, un traité bref et

brûlant sur une seule question : pourquoi obéit-on ?

③ La situation de l'extrait. Ce sont les toutes premières pages. L'auteur vient d'écarter

les débats ordinaires sur les formes de gouvernement pour n'en garder qu'un seul.

④ La caractérisation du passage. Un exorde : l'ouverture d'un discours, celle qui pose la

question et gagne l'attention. ⭐ Mais un exorde retourné : au lieu de flatter son lecteur,

il l'accuse doucement.

⑤ La lecture. (à voix haute, sans se presser, en marquant les quatre « tant de »)

⑥ La problématique. ⭐ Comment La Boétie transforme-t-il une plainte contre le tyran en une

enquête sur ceux qui lui obéissent ?

⑦ L'annonce des mouvements. Nous suivrons trois temps : la question qui déplace tout

(« Pour le moment » à « le contredire ») · l'étonnement retourné en douleur (« Grande

chose » à « inhumain et sauvage ») · l'excuse accordée, et la porte laissée ouverte

(« Notre faiblesse » à la fin).


03LE COMMENTAIRE LINÉAIRE

MOUVEMENT 1 · La question qui déplace tout

1.1 ★ « Pour le moment, je voudrais seulement comprendre »

Procédé principal : la modalisation. « Je voudrais » et non « je veux » ; « seulement » et

non « d'abord ». Ce qu'il faut pouvoir pointer : le conditionnel de politesse et l'adverbe

restrictif, dans la même proposition.

Ce que ça fait. L'auteur se donne l'air de demander peu. ⭐ Or il demande tout.

Le décalage entre la petitesse annoncée et l'énormité de la question est le premier effet du

texte, et il tient dans deux mots.

Procédé secondaire : le complément circonstanciel de temps en tête. « Pour le moment ».

Il annonce que ce n'est qu'une étape : et il repousse tout le reste à plus tard, sans dire

quand.

Liaison. La question est posée. Reste à savoir contre quoi elle se pose : il faut une

masse, et il la fabrique.

1.2 ★ « tant d'hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations »

Procédé principal : l'accumulation. Quatre groupes, coordonnés par juxtaposition, chacun

ouvert par le même mot. Ce qu'il faut pouvoir pointer : les quatre occurrences de « tant

de », et l'absence de « et » entre elles.

Ce que ça fait. L'énumération va du plus petit au plus grand : un homme, un bourg, une

ville, une nation : et chaque terme contient le précédent. ⭐ La phrase grossit à mesure

qu'on la lit, et le lecteur entend le nombre avant de le comprendre.

Procédé secondaire : l'asyndète. L'absence de conjonction entre les quatre membres :

« tant d'hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations » : quatre virgules, aucun

« et ». Elle empêche la phrase de se refermer : on pourrait continuer, et c'est exactement ce que

l'auteur veut faire sentir.

⚠️ Ce qu'il ne faut pas dire. Ce n'est pas une « gradation » au sens strict, car les termes

ne montent pas en intensité mais en taille. Dis accumulation croissante, c'est plus juste

et c'est vérifiable.

Liaison. La masse est là. En face, il ne met qu'un mot : et il passe le reste de la phrase

à le vider.

1.3 ◆ « qui n'a de puissance que celle qu'ils lui donnent »

Procédé principal : la subordonnée relative, répétée trois fois. « qui n'a de puissance

que… », « qui n'a pouvoir de leur nuire qu'autant que… », « qui ne pourrait leur faire aucun

mal, si… ». Ce qu'il faut pouvoir pointer : les trois pronoms relatifs « qui », tous sujets,

tous rattachés au même antécédent : « un tyran seul ».

Ce que ça fait. ⭐ Les trois relatives sont accrochées au tyran, et les trois lui retirent

quelque chose. Grammaticalement, elles le caractérisent ; logiquement, elles le démolissent.

La forme dit le contraire du fond, et c'est là que le texte est fort.

Procédé secondaire : la restriction. « ne… que », deux fois. Chaque fois, ce qui reste au

tyran après la restriction vient des autres : « celle qu'ils lui donnent », « autant qu'ils ont

pouvoir de l'endurer ».

⭐ La conclusion est déjà là, à la troisième ligne du texte : « s'ils n'aimaient mieux tout

endurer de lui que de le contredire ». Le verbe est « aimer ». Pas « craindre ».

TRANSITION. La question est posée et le tyran est vidé. Mais un fait ne suffit pas :

il faut encore décider ce qu'on en éprouve. C'est l'objet du deuxième mouvement.


MOUVEMENT 2 · L'étonnement retourné en douleur

2.1 ★ « Grande chose assurément – et pourtant si commune »

Procédé principal : l'antithèse. « Grande » contre « commune », dans le même souffle.

Ce qu'il faut pouvoir pointer : les deux adjectifs, et la conjonction « et pourtant » qui les

oppose.

Ce que ça fait. Une grande chose devrait être rare. ⭐ Celle-ci est partout, et c'est

précisément ce qui la rend insupportable. L'auteur ne dit pas que la servitude est un

scandale : il dit qu'elle est une habitude, ce qui est pire.

Liaison. Reste à en tirer la conséquence : et il la formule dans une phrase qui compte

deux mouvements contraires.

2.2 ★ « d'autant plus en éprouver de la douleur et d'autant moins s'en étonner »

Procédé principal : le parallélisme de construction. Deux groupes bâtis pareil, avec un seul

mot qui change. Ce qu'il faut pouvoir pointer : « d'autant plus » face à « d'autant moins »,

suivis chacun d'un infinitif.

Ce que ça fait. ⭐ La symétrie de la forme rend le renversement du sens presque évident.

Plus la chose est commune, plus elle fait mal et moins elle surprend. L'auteur congédie

l'étonnement, qui est un sentiment confortable, et le remplace par la douleur, qui oblige.

Procédé secondaire : le lexique de l'affect. « douleur », « étonner ». Ce ne sont pas des

mots de traité politique : et c'est délibéré : il veut que son lecteur sente avant de juger.

Liaison. Il a dit ce qu'il faut éprouver. Il lui reste à dire de quoi le mal est fait :

et là, il change de monde.

2.3 ★ « enchantés et charmés par le seul nom d'un individu »

Procédé principal : le champ lexical de la magie. « enchantés », « charmés ».

Ce qu'il faut pouvoir pointer : deux participes passés du même domaine, coordonnés.

Ce que ça fait. Ces deux mots ne relèvent ni de la guerre ni du droit. ⭐ Ils disent que

l'obéissance n'a pas de cause rationnelle : et donc qu'aucune force n'est nécessaire pour la

maintenir. Un charme se défait quand on cesse d'y croire. Toute la thèse du livre est déjà

contenue dans ces deux participes.

Procédé secondaire : le complément d'agent réduit. « par le seul nom d'un individu ».

Ce n'est même pas l'homme qui asservit : c'est son nom. L'adjectif « seul » et le mot

« individu » achèvent de le rapetisser.

⚠️ Attention à ne pas dire il utilise une métaphore de la magie sans plus. Nomme le

champ lexical, cite les deux mots, et dis ce qu'ils excluent : la contrainte.

TRANSITION. Le diagnostic est posé : ce n'est pas de la force, c'est un charme.

Mais un charme n'excuse pas tout, et l'auteur va maintenant faire le partage entre ce qui

se pardonne et ce qui ne se pardonne pas.


MOUVEMENT 3 · L'excuse accordée, et la porte laissée ouverte

3.1 ★ « Notre faiblesse à tous, hommes, est telle qu'il faut souvent que nous obéissions à la force »

Procédé principal : la première personne du pluriel. « Notre », « nous ».

Ce qu'il faut pouvoir pointer : le déterminant possessif et le pronom sujet, dans la même

phrase, qui incluent l'auteur.

Ce que ça fait. ⭐ Il ne s'exclut pas. Après avoir décrit des millions d'asservis, il se

range parmi eux. C'est ce qui l'autorise à accuser sans mépriser : et c'est une leçon de

méthode pour ta propre copie.

Procédé secondaire : l'apostrophe. « hommes », entre deux virgules. Elle élargit le

« notre » à l'espèce entière et donne à la phrase une portée qui dépasse le cas politique.

Liaison. L'aveu appelle une preuve, et la preuve sera un exemple pris chez les Anciens.

3.2 ◆ « comme la cité d'Athènes soumise aux Trente tyrans »

Procédé principal : l'exemple historique. Une comparaison introduite par « comme ».

Ce qu'il faut pouvoir pointer : le mot « comme », et le nom propre qui suit.

Ce que ça fait. Athènes n'a pas choisi les Trente : elle les a subis après une défaite.

⭐ L'exemple sert à délimiter l'excuse, pas à l'étendre. Voilà le cas où l'on peut

« supporter le mal patiemment » sans être coupable : et il est le seul.

Procédé secondaire : le rythme ternaire. « ni s'en étonner ni s'en plaindre, mais supporter

le mal patiemment ». Deux refus, puis une conduite. La phrase se termine sur ce qu'il faut

faire, non sur ce qu'il faut sentir.

Liaison. L'excuse est bornée. Reste le cas inverse : celui où l'on donne sans qu'on nous

ait rien pris.

3.3 ★ « il ne saurait manquer d'y avoir de la bonté à ne craindre aucun mal de celui dont on n'a reçu que du bien »

Procédé principal : la double négation. « il ne saurait manquer » pour dire il y a

forcément ; « ne craindre aucun mal » pour dire avoir toute confiance.

Ce qu'il faut pouvoir pointer : les deux tours négatifs, et le fait qu'ils affirment.

Ce que ça fait. ⭐ La phrase la plus indulgente du passage est aussi la plus retorse.

Elle accorde qu'il est bon de faire confiance à un bienfaiteur : et le lecteur acquiesce.

Mais c'est cette confiance-là, et non la peur, qui installera le tyran dans les pages

suivantes. L'auteur nous fait signer notre propre servitude, et nous la fait signer de bon cœur.

Procédé secondaire : la restriction, encore. « dont on n'a reçu que du bien ». Le « ne…

que » revient, comme au premier mouvement : mais il ne sert plus à vider le tyran : il sert à

justifier qu'on le suive.

⭐ Le mot de la fin du passage est « bien ». C'est par là que la servitude entre.


04LA CONCLUSION

Ce que le passage a fait. En trois temps, La Boétie a déplacé une question, changé un

sentiment et posé un piège. Il a montré que le tyran ne tient que par ce qu'on lui prête ;

il a remplacé l'étonnement par la douleur ; il a décrit un bienfaiteur qu'on aime : et c'est

cet amour-là qui asservit.

Réponse à la problématique. ⭐ La plainte contre le tyran devient une enquête sur les

sujets par un seul moyen : retirer au tyran tout ce qui lui appartient en propre. Une fois

qu'il n'a plus rien, il ne reste plus qu'à expliquer ceux qui donnent.

Ouverture : et elle est dans ton parcours. Le texte de Jean-Baptiste Clément, en 1871,

montrera des paysans qui vont chercher les Prussiens contre leurs propres libérateurs.

⭐ Trois siècles plus tard, la même énigme, et un ton tout autre : La Boétie interroge,

Clément insulte.


05LE MÉMO DE L'ORAL · ce qu'on dit vraiment en dix minutes
tempsce que tu disce que tu cites
0–2 minles sept étapes de l'introduction, sans en sauter une:
2–4 minla question et le tyran vidé« tant d'hommes, tant de bourgs » · les trois « qui »
4–6 minl'étonnement retourné« d'autant plus… d'autant moins » · « enchantés et charmés »
6–8 minl'excuse et le piège« Notre faiblesse à tous » · Athènes · « que du bien »
8–10 minla conclusion et l'ouverture sur Clément:

⚠️ Si tu manques de temps, sacrifie 3.2 : l'exemple d'Athènes : et jamais 1.3.

Les trois relatives sont le cœur du passage.


06LE TABLEAU DE RÉVISION DES PROCÉDÉS
#le procédéoùce qu'il fait
1la modalisation« je voudrais seulement »annonce peu, demande tout
2l'accumulation croissanteles quatre « tant de »fait entendre le nombre
3l'asyndèteentre les quatre groupesempêche la phrase de se refermer
4⭐ la subordonnée relative, ×3les trois « qui »caractérise le tyran en le vidant
5la restriction « ne… que »tout le passagerenvoie sa force aux sujets
6l'antithèse« grande » / « commune »rend la chose insupportable
7le parallélisme« d'autant plus / moins »congédie l'étonnement
8⭐ le champ lexical de la magie« enchantés et charmés »exclut la contrainte
9la première personne du pluriel« notre », « nous »accuse sans mépriser
10l'exemple historiqueAthènes, les Trenteborne l'excuse
11⭐ la double négation« ne saurait manquer »fait acquiescer au piège

Hiérarchie claire pour la révision

⭐ Les trois à savoir par cœur : les trois relatives · « enchantés et charmés » · la double

négation finale.

Les utiles : l'accumulation, le parallélisme, l'antithèse.

Les autres se citent s'il reste du temps.


07LE TABLEAU DE COUVERTURE
ce que l'examinateur peut demanderoù c'est traité
le genre du texteII ④ : l'exorde
le mouvement littérairel'humanisme : le recours aux Anciens (Athènes), la confiance dans la raison, le retour au texte
le lien avec le parcoursIV : l'ouverture sur Clément
l'auteur et sa vieII ①
pourquoi ce texte a été interditil a circulé sous le manteau et n'a été imprimé qu'après la mort de l'auteur, par des adversaires du pouvoir royal
une phrase à retenir« enchantés et charmés par le seul nom d'un individu »

08LE TABLEAU DES ERREURS · propre à ce passage

Section A · erreurs de fond

⛔ ce qu'on lit souvent✅ ce qu'il faut dire
« La Boétie dénonce la tyrannie »il ne la dénonce pas, il l'explique : et il explique les sujets, pas le tyran
« le tyran est un monstre »le texte dit l'inverse : il n'a rien en propre, et c'est ce qui rend l'énigme entière
« les hommes sont contraints »⛔ non : « non pas contraints par une force supérieure » : c'est écrit
« c'est un appel à la révolte »aucun mot du passage n'appelle à agir ; il appelle à comprendre

Section B · erreurs de méthode à l'oral

  • ⛔ paraphraser le texte en croyant l'expliquer : cite, puis nomme le procédé, puis dis l'effet ;
  • ⛔ annoncer trois mouvements et n'en traiter que deux ;
  • ⛔ lire trop vite les quatre « tant de » : c'est le seul endroit où le rythme fait la preuve ;
  • ⛔ oublier la problématique dans la conclusion.

Section C · formulations interdites ou à éviter

⛔✅
« l'auteur nous montre que »« le texte établit que »
« ce passage est très intéressant »dis en quoi, ou tais-le
« gradation » (pour les quatre « tant de »)« accumulation croissante »
« métaphore de la magie »« champ lexical de la magie »

Section D · erreurs d'identification des procédés

  • « énumération » pour les trois relatives : ⛔ ce sont des subordonnées, pas une liste ;
  • « hyperbole » pour « des millions de millions » : ⚠️ acceptable, mais l'accumulation est plus productive ;
  • « ironie » pour la phrase finale : ⛔ il n'y a pas d'ironie ; il y a un piège, ce n'est pas la même chose.

09LES TROIS QUESTIONS DE GRAMMAIRE

Ce sont les trois notions de ta classe. Elles reviennent dans chacun de tes commentaires.

Question 1 · l'interrogation (leçon ⑤)

« comment il se peut que tant d'hommes […] supportent quelquefois un tyran seul »

① Directe ou indirecte ? ⭐ Indirecte. Elle est avalée par la phrase qui la porte :

« je voudrais seulement comprendre… ». Les trois preuves : pas de point d'interrogation ·

pas d'inversion du sujet · elle dépend d'un verbe, « comprendre ».

② Totale ou partielle ? ⭐ Partielle. Le trou est la manière. Le mot interrogatif est

« comment », et il a la forme du trou : on répondrait « en lui donnant sa puissance ».

③ Ce que la forme apporte au sens. Une question directe : « Comment se peut-il que… ? » :

aurait pris le lecteur à partie. ⭐ L'indirecte, elle, transforme la question en programme de

travail. L'auteur ne demande pas une réponse : il annonce qu'il va la chercher.

Question 2 · la négation (leçon ⑥)

« qui n'a de puissance que celle qu'ils lui donnent »

① Totale, partielle ou restrictive ? ⭐ Restrictive. C'est le tour « ne… que »,

qui ne nie pas : il limite.

② Les deux volets. Premier volet : « n' » (l'adverbe ne). Second volet : « que »

: et c'est lui qui fait la restriction. ⚠️ Attention : « que » n'est pas ici une conjonction

de subordination.

③ Ce que la forme apporte au sens. Une négation totale : « il n'a pas de puissance » :

serait fausse : le tyran en a une. ⭐ La restriction dit la seule chose exacte : il en a une,

et elle vient d'ailleurs. La grammaire porte ici toute la thèse du livre.

Un second exemple, plus retors, dans la même page :

« non pas contraints par une force supérieure »

Négation partielle portant sur un seul groupe : « non pas » devant un participe.

Elle ne nie pas la servitude : elle en nie la cause.

Question 3 · les subordonnées circonstancielles (leçon ④)

« s'ils n'aimaient mieux tout endurer de lui que de le contredire »

① Sa nature. ⭐ Une subordonnée circonstancielle de condition (dite aussi hypothétique),

introduite par la conjonction « si ».

② Sa place et son mode. Elle est après la principale : « et qui ne pourrait leur faire

aucun mal ». Le verbe est à l'imparfait de l'indicatif, et la principale au conditionnel

présent : c'est le système classique de l'irréel du présent.

③ Ce que la forme apporte au sens. L'irréel dit que la condition n'est pas remplie.

⭐ Autrement dit : ils aiment mieux endurer que contredire : et c'est un fait, pas une

hypothèse. La subordonnée a l'air d'ouvrir une possibilité ; elle constate en réalité une

préférence. C'est là qu'apparaît, pour la première fois du livre, le mot « aimer ».

Le test que tu peux faire seul : remplace « si » par « au cas où ». Si la phrase se dit

encore, c'est bien une conditionnelle. Ici elle se dit : la nature est confirmée.


⭐ Un dernier mot. Ce texte est le plus difficile de ton descriptif, parce qu'il ne

contient aucune image. Tout y est fait de syntaxe. Si tu sais montrer les trois relatives

et la restriction, tu as le passage.

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Ce que fixe le programme national

1. Ce que le texte officiel dit

Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire / parcours : « Défendre » et « entretenir » la liberté.

Programme national d'œuvres pour l'enseignement de français pour l'année scolaire 2026-2027, Bulletin officiel n° 30 du 24 juillet 2025, note de service du 4 juillet 2025, NOR : MENE2518792N. Lire le texte officiel complet. Vérifié le 19 août 2026.

Objet d'étude : la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle. Voie générale et voie technologique : mêmes œuvre et parcours.

2. Ce qu'il ne dit pas

Le texte inscrit l'œuvre et son parcours au programme ; il ne fournit ni résumé, ni interprétation, ni plan de cours.

Et il n'impose aucune édition. Pour Chrétien de Troyes, la même note précise « édition bilingue » ; pour Graffigny, elle énumère les lettres à inclure. Pour La Boétie, rien : ni édition, ni traduction, ni découpe.

Le texte de 1548 et la façon de le donner à lire relèvent donc du choix du professeur, et ce choix demande à être déclaré.

3. Ce que la maison ajoute, et pourquoi

Une œuvre n'existe que si on la revisite, toujours et encore.

La page organise donc l'étude de l'œuvre. Ses explications, ses exemples et ses rapprochements relèvent du travail pédagogique, pas du Bulletin officiel.

Ce n'est pas une édition bilingue, et le programme n'en demandait pas. La page donne le français d'aujourd'hui ; le texte de 1577 reste accessible sous chaque paragraphe. Une colonne de seizième siècle en regard fait déchiffrer au lieu de faire comprendre : on a choisi de faire lire.

Des traductions existent, et elles sont bonnes. Mais chacune porte la langue du moment où elle a été faite : reprendre celle d'un autre, ce serait donner à lire un texte deux fois daté. Un classique qu'on ne retraduit plus est un classique qu'on a cessé d'ouvrir.

Et cette modernisation est déclarée : chaque intervention est relevée et motivée, vingt-sept passages restent dans leur forme ancienne parce que le texte s'y glose lui-même, et l'on peut donc la contester ligne à ligne.

Texte de base : l'imprimé de 1577, Vive description de la tyrannie, exemplaire de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, cote 8 R SUP 106 RES (P. 2), domaine public. Le manuscrit de Mesmes (BnF Français 839) a une autorité supérieure : notre choix est un choix d'accessibilité, et il n'est bon que parce qu'il est réversible. Réserve : la fin du §119 et tout le §120 reposent sur une restitution.

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