Ce site est en construction.

Le Bac par Patrick · Dossier · La Boétie · la grammaire

L'antre du dragon

Les questions de grammaire sur La Boétie

À l'oral, après ton explication, l'examinateur te montre une phrase du texte, il pose une question précise, et tu réponds. Deux points. Il ne pose que sept questions, et il les pose depuis toujours.
Voici les phrases qu'il peut te montrer cette année sur La Boétie, et la leçon qui va avec chacune.
Le réflexe en cinq pas, le même à chaque fois :
  1. Simple ou complexe ? Compte les verbes conjugués.
  2. Qu'est-ce qu'on te demande de regarder ?
  3. Analyse doucement, mot par mot.
  4. Nomme les natures et les fonctions.
  5. Conclus en nommant la notion.

Les huit leçons, et leur geste

ça mijote « je faisais mes devoirs » c'est retiré du feu « j'ai fait mes devoirs »
leçon 1
? poser juxtaposition mais coller coordination que… enchâsser subordination
leçon 2
celui-là, et pas un autre celui qui est mûr celui que tu m'as montré celui dont tu m'as parlé Le même melon les trois fois : ce qui change, c'est ce qu'il fait dans la phrase qu'on ajoute.
leçon 3
tu mets au four quand la pâte a reposé pour que ça lève parce que le beurre est froid si tu as le temps le geste les circonstances Le geste au milieu, les circonstances autour : toute recette est bâtie ainsi.
leçon 4
il arrive à heures à quelle heure ? Il ne manque qu'un mot, et je sais lequel. La ligne grésille : la phrase arrive entière, sauf un morceau.
leçon 5
pas ne quand tu parles, il en manque un ne pas quand tu écris, les deux, toujours
leçon 6
la boîte apporter exporter portable transport tous : port- La même famille, et personne ne se ressemble : c'est le radical qui les tient.
leçon 7
quelqu'un est derrière préparée la route est vide laissé Le participe passé regarde derrière lui, jamais devant.
leçon 8

Les cinq leçons absentes du relevé initial

Dans le relevé initial de 6 phrases, tirées des explications 1 et 3, le dragon appelle trois leçons : la circonstancielle deux fois, l'interrogation deux, la négation deux. Cinq leçons sur huit n’y apparaissent pas.
Or c'est l'examinateur qui choisit la phrase et la question : rien ne l'oblige à rester dans les trois. Voici donc une phrase du Discours pour chacune des cinq autres.
La couverture est néanmoins complète : chacune des huit leçons porte douze exercices tirés du Discours, soit quatre-vingt-seize en tout. Les liens ci-dessous t'y emmènent directement.
leçon 1le verbe

« qu'un seul, sans plus, soit le maître, et qu'un seul soit le roi » §1

sept questions, pas une de plus
Le dragon est l'examinateur. Il ne pose que huit questions, et elles sont écrites d'avance.

dans le texte de 1577 : « Qu'un sans plus soit le maistre, et qu'un seul soit le Roy »

Ce sont deux vers d'Homère (Iliade, II, 204-205), que La Boétie cite en français pour les contester : il écrit juste après qu'Ulysse aurait mieux fait de s'arrêter à la première moitié.

Ce que le dragon demande : Analysez le mode du verbe « soit » et dites ce qu'il exprime ici.

« Soit » est au subjonctif présent. La proposition n'est pas subordonnée : le « que » qui l'ouvre n'est pas une conjonction de subordination, c'est un introducteur du subjonctif, le mot qui lui permet de tenir seul dans une proposition indépendante. La phrase est de type impératif, et elle accomplit une injonction : elle ne constate pas, elle ordonne. C'est pourquoi le vers sonne comme une devise. La grammaire appelle cet emploi subjonctif jussif, ou subjonctif à valeur injonctive ; le terme n'est pas exigé au lycée, ce qu'on attend de toi c'est de dire que le subjonctif exprime ici un ordre.

↗ la leçon 1, le verbe

leçon 2la phrase complexe

« les hommes naissant sous le joug, puis nourris et élevés dans le servage, sans regarder plus avant, se contentant de vivre comme ils sont nés, et ne pensant pas avoir d'autre droit ni d'autre bien que ce qu'ils ont trouvé, prennent pour leur naturel l'état de leur naissance » §38

dans le texte de 1577 : « les hommes naissans sous le joug, et puis nourris et eslevez dans le servage, sans regarder plus avant, se contentans de vivre comme ils sont nais »

Ce que le dragon demande : Analysez la construction de cette phrase et l'effet produit par la place du verbe principal.

Le sujet est « les hommes ». Le verbe principal, « prennent », est à l'indicatif présent de vérité générale. Il commande deux compléments qu'il ne faut pas confondre : « l'état de leur naissance » est le complément d'objet direct, et « pour leur naturel » est l'attribut de ce complément d'objet, c'est la construction prendre quelque chose pour quelque chose. L'attribut est placé avant le complément. Entre le sujet et le verbe s'intercalent cinq groupes : quatre groupes participiaux en apposition au sujet, et un groupe infinitif prépositionnel complément circonstanciel de manière, « sans regarder plus avant ». Les quatre appositions sont « naissant sous le joug », « nourris et élevés dans le servage », « se contentant de vivre comme ils sont nés » et « ne pensant pas avoir d'autre droit [...] ». Attention au compte : « nourris et élevés » fait deux participes coordonnés, mais un seul groupe, car ils partagent le même complément. Le verbe principal est ainsi différé jusqu'au dernier tiers de la phrase, qui fait donc éprouver ce qu'elle décrit : on traverse toute une vie d'accoutumance avant d'atteindre le verbe, et le verbe dit qu'on a pris l'habitude pour la nature. Deux pièges : ces groupes ne sont pas des propositions subordonnées participiales, qui exigeraient un sujet propre, comme dans « le chat parti, les souris dansent » ; et « naissant » est un participe présent, non un adjectif verbal, puisqu'il est invariable et régit un complément.

↗ la leçon 2, la phrase complexe

leçon 3la subordonnée relative

« c'est un malheur extrême que d'être soumis à un maître dont on ne peut jamais être assuré qu'il soit bon » §2

dans le texte de 1577 : « c'est un extreme malheur d'estre subject à un maistre, duquel on ne peut estre jamais asseuré qu'il soit bon »

Ce que le dragon demande : Analysez la proposition subordonnée relative et le pronom qui l'introduit.

« dont on ne peut jamais être assuré qu'il soit bon » est une proposition subordonnée relative adjective. Son antécédent est « un maître ». Elle est explicative, et non déterminative : elle ne distingue pas certains maîtres des autres, elle énonce ce qui vaut de tout maître, et la suite du texte le confirme, « puisqu'il est toujours en son pouvoir d'être mauvais quand il le voudra ». Sa fonction est donc l'apposition. Quant au pronom « dont », il est complément de l'adjectif « assuré » : on est assuré DE quelque chose. La complétive « qu'il soit bon » précise le contenu de cette assurance, et son sujet « il » reprend l'antécédent ; cette reprise est analysée diversement par les grammairiens, et le baccalauréat n'en demande pas le détail. Deux remarques utiles : le subjonctif « soit » est appelé par la négation « on ne peut jamais » ; et là où le français d'aujourd'hui met « dont », le texte de 1577 met « duquel ».

↗ la leçon 3, la subordonnée relative

leçon 7le lexique

« les uns libres et combattant pour leur franchise, les autres pour la leur ôter » §10

dans le texte de 1577 : « les uns libres, combatans pour leur franchise, les autres pour la leur oster »

Ce que le dragon demande : À quelle famille le mot « franchise » appartient-il, et que signifie-t-il ici ?

« Franchise » appartient à la famille de « franc », qui signifie libre, par opposition à serf, et qui a ce sens depuis le Moyen Âge : « franchise » est attesté au sens de liberté autour de 1130. Attention, le sens moderne de sincérité existe déjà au seizième siècle, attesté chez Amyot en 1559, contemporain de La Boétie : ce n'est donc pas la date qui tranche, c'est le contexte. Ici on est en pleine bataille, des hommes libres contre des hommes qui veulent leur ôter cette chose, et « pour la leur ôter », le « la » reprend justement la franchise. Le mot veut donc dire liberté. La même famille donne « affranchir », rendre libre. Et « franchir » aussi, ce qui surprend : le mot signifie d'abord libérer, affranchir, autour de 1170, et ne prend qu'au quatorzième siècle le sens de passer par-dessus un obstacle. On se libère d'un obstacle avant de le franchir. (Datations : TLFi.)

↗ la leçon 7, le lexique

leçon 8l'accord du participe passé · hors barème

« Il ne devrait pas leur venir à l'esprit combien d'autres y ont gagné de richesses, mais combien peu ceux-là les ont gardées. » §104

dans le texte de 1577 : « Il ne leur doit pas venir en l'esprit combien d'autres y ont gaigné de richesses, mais combien peu ceux-là les ont gardées. »

Ce que le dragon demande : Justifiez l'accord du participe passé « gardées », et expliquez pourquoi « gagné » ne s'accorde pas.

Les deux verbes sont construits avec l'auxiliaire avoir. Avec avoir, le participe passé s'accorde avec le complément d'objet direct seulement si celui-ci est placé avant le verbe. Regarde d'abord « ont gagné de richesses » : le sujet est « combien d'autres », et « de richesses » est le complément d'objet direct, placé APRÈS le verbe, le « de » y vaut pour « des ». Donc aucun accord : « gagné » reste invariable. Regarde maintenant « les ont gardées » : le complément d'objet direct est le pronom « les », qui reprend « richesses », féminin pluriel, et il est placé AVANT. Le participe s'accorde donc, et prend deux marques : « gardées ». La terminaison le prouve à elle seule, puisque « autres » ne donnerait pas le féminin. La même phrase porte les deux cas à quelques mots d'intervalle. Le geste, dans cet ordre : on regarde APRÈS le verbe. Si le complément d'objet direct y est, on n'accorde pas. S'il n'y est pas, on le cherche AVANT : s'il y est, on accorde avec lui.

Le texte de 1577 porte « il ne leur doit pas venir en l'esprit » ; la version modernisée écrit « il ne devrait pas leur venir à l'esprit ». C'est le temps qui change, présent puis conditionnel présent, et non le mode : le conditionnel est un temps de l'indicatif. Cela ne touche pas l'accord.

↗ la leçon 8, l'accord du participe passé

Les phrases, texte par texte

Texte 1 · l'exorde et la question refondée

« Je ne veux pas, pour cette fois, débattre cette question tant remuée, à savoir si les autres formes de républiques valent mieux que la monarchie. »

l'interrogation · leçon 5, l'interrogation

« c'est un malheur extrême que d'être soumis à un maître dont on ne peut jamais être assuré qu'il soit bon, puisqu'il est toujours en son pouvoir d'être mauvais quand il le voudra »

la cause · leçon 4, la circonstancielle

« un tyran seul, qui n'a de puissance que celle qu'on lui donne »

la négation · leçon 6, la négation

Texte 3 · l'apostrophe et la formule de délivrance

« Comment a-il aucun pouvoir sur vous, que par vous autres mesmes ? »

l’interrogation · leçon 5, l'interrogation

« Que vous pourroit-il faire, si vous n’estiez receleurs du larron qui vous pille [...] ? »

la condition · leçon 4, la circonstancielle

« Je ne veux pas que vous le poussiez ny le bransliez, mais seulement ne le soustenez plus. »

la négation restrictive · leçon 6, la négation


Ce que fixe le programme national

1. Ce que le texte officiel dit

Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire / parcours : « Défendre » et « entretenir » la liberté.

Programme national d'œuvres pour l'enseignement de français pour l'année scolaire 2026-2027, Bulletin officiel n° 30 du 24 juillet 2025, note de service du 4 juillet 2025, NOR : MENE2518792N. Lire le texte officiel complet. Vérifié le 19 août 2026.

Objet d'étude : la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle. Voie générale et voie technologique : mêmes œuvre et parcours.

2. Ce qu'il ne dit pas

Le texte inscrit l'œuvre et son parcours au programme ; il ne fournit ni résumé, ni interprétation, ni plan de cours.

Et il n'impose aucune édition. Pour Chrétien de Troyes, la même note précise « édition bilingue » ; pour Graffigny, elle énumère les lettres à inclure. Pour La Boétie, rien : ni édition, ni traduction, ni découpe.

Le texte de 1548 et la façon de le donner à lire relèvent donc du choix du professeur, et ce choix demande à être déclaré.

3. Ce que la maison ajoute, et pourquoi

Une œuvre n'existe que si on la revisite, toujours et encore.

La page organise donc l'étude de l'œuvre. Ses explications, ses exemples et ses rapprochements relèvent du travail pédagogique, pas du Bulletin officiel.

Ce n'est pas une édition bilingue, et le programme n'en demandait pas. La page donne le français d'aujourd'hui ; le texte de 1577 reste accessible sous chaque paragraphe. Une colonne de seizième siècle en regard fait déchiffrer au lieu de faire comprendre : on a choisi de faire lire.

Des traductions existent, et elles sont bonnes. Mais chacune porte la langue du moment où elle a été faite : reprendre celle d'un autre, ce serait donner à lire un texte deux fois daté. Un classique qu'on ne retraduit plus est un classique qu'on a cessé d'ouvrir.

Et cette modernisation est déclarée : chaque intervention est relevée et motivée, vingt-sept passages restent dans leur forme ancienne parce que le texte s'y glose lui-même, et l'on peut donc la contester ligne à ligne.

Texte de base : l'imprimé de 1577, Vive description de la tyrannie, exemplaire de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, cote 8 R SUP 106 RES (P. 2), domaine public. Le manuscrit de Mesmes (BnF Français 839) a une autorité supérieure : notre choix est un choix d'accessibilité, et il n'est bon que parce qu'il est réversible. Réserve : la fin du §119 et tout le §120 reposent sur une restitution.